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Maskelyne

Maskelyne (Nevil). - Astronome né à Londres le 6 octobre 1732, mort à Greenwich le 9 février 1811. L'éclipse de Soleil de 1748, qui fut de dix doigts à Londres, lui inspira le désir de se faire astronome; et pour y parvenir, il  étudia de front la théologie et l'astronomie, la géométrie, de l'algèbre et de l'optique, à Westminster d'abord, puis à Cambridge.  II accepta, en 1755, une cure à Barnet (Hertfordshire), aux environs de Londres, ce qui ne l'empêcha pas de suivre ses études favorites. Il se lia avec Bradley, dont il devint le collaborateur, et d'après les observations duquel il calcula, cette table de réfractions qui, pendant tant d'années, fut la seule employée par tous les astronomes de tous les pays. Il fut envoyé à l'île Sainte-Hélène, en 1761, pour y observer le passage de Vénus. Il voulut profiter de cette occasion pour tenter de nouvelles recherches sur la parallaxe de la Lune, déjà si bien déterminée par La Caille au Cap de Bonne-Espérance. Il voulait aussi vérifier le soupçon d'une petite parallaxe dont il croyait trouver quelques indices dans les nombreuses observations de Sirius (Grand Chien) que La Caille avait aussi faites dans le même lieu. Pour cet objet, il sentit la nécessité d'un instrument d'une précision plus grande, et fit construire un secteur qui ne lui fut livré qu'à l'instant même où il s'embarquait. 

Arrivé à Sainte-Hélène, il se hâta d'essayer le nouvel instrument, et fut bien étonné d'y trouver des irrégularités qui surpassaient de beaucoup la petite parallaxe qu'il se proposait de déterminer. Il en chercha la cause et vit, ou crut voir, que ces anomalies tenaient à la manière dont le fil à plomb était suspendu. Ce récit tiré de ses mémoires offre quelque obscurité; l'auteur ne nous dit pas quelle était cette suspension, si elle était celle que Graham avait employée pour le secteur de Bradley et pour celui de Le Monnier; on concevra bien qu'elle ait donné de fausses distances zénithales; mais, on ne verra pas aussi clairement comment d'un jour à l'autre les distances de la même étoile pouvaient varier si brusquement, car elles suivent une marche très uniforme dans les observations de Le Monnier et dans ce que nous connaissons des observations de Bradley. 

Si nous en croyons Bradley, les observations qu'il a supprimées n'étaient pas moins régulières, puisqu'elles étaient si conformes à la marche de l'aberration. Il fallait donc que le secteur de Maskelyne fût plus mal exécuté encore que mal conçu, s'il était semblable aux deux secteurs anciens. S'il était différent, Maskelyne aurait dû nous dire où et comment était suspendu le fil à plomb II imagina aussitôt une nouvelle suspension, qu'il ne décrit pas plus que la première; dépourvu de tous les moyens nécessaires pour la mettre à exécution, il ne put que diminuer les erreurs sans les anéantir. J'en avais conclu que probablement il avait limé le petit cylindre ou double cône, qu'embrassait la boucle du fil. Mais je n'ai pu vérifier cette conjecture. Il se vit donc forcé de renoncer à ses projets sur Sirius et sur la Lune. Les nuages couvrirent le Soleil au temps du passage de Vénus : Déjà, par une expérience malheureuse; quatre-vingt-dix ans auparavant, Halley s'était convaincu que le climat de Sainte-Hélène, qu'on lui avait beaucoup vanté, n'était nullement favorable aux observations astronomiques. Ainsi, sans qu'il y eût de sa faute, Maskelyne se trouva déchu de toutes ses espérances. Mais ce voyage, en apparence si malheureux; n'en fut pas moins une époque intéressante dans l'histoire de l'astronomie.

Que Maskelyne soit ou non l'auteur de la suspension que Lalande attribue à Bird; que Maskelyne ait employé dans l'intervalle cette plaque avec son entaille, que Lalande a vue au secteur de Greenwich, il est toujours à croire que le malheur arrivé au secteur de Sainte-Hélène réveilla l'attention de l'artiste et nous procura la suspension actuelle, bien supérieure aux précédentes, quoiqu'elle ne paraisse pas encore à l'abri de toute objection. Bien déterminer le centre d'un secteur; faire que le fil, qui a toujours une épaisseur de plusieurs secondes, tourne exactement autour de ce centre, ou couvre toujours ce centre de la même manière dans toutes les positions, de cet instrument, sera toujours un problème, sinon insoluble, au moins très difficile. Cette amélioration, en la supposant même imparfaite, serait déjà une chose plus importante que toutes les recherches que se proposait Maskelyne. En se distribuant sur les diverses parties du Globe, les astronomes s'étaient précautionnés contre le hasard qui nous a privés des observations de Sainte-Hélène et de Pondichéry. Le passage de Vénus fut observé dans des stations assez éloignées les unes des autres, pour qu'on en ait pu déduire la parallaxe du Soleil d'une manière plus approchée que par tous les moyens employés jusqu'alors.

Dans ses deux traversées, Maskelyne essaya toutes les méthodes qu'on avait proposées pour le problème des longitudes. Ces comparaisons avaient pleinement confirmé les remarques faites par La Caille dans ses voyages. A son retour Maskelyne publia son Guide du Marin, British Mariner's Guide, London, 1763. Il y proposait à l'Angleterre d'adopter le plan d'Almanach Nautique tracé par l'astronome français. A force de persévérance et par la considération que lui méritèrent d'autres travaux, il réussit enfin à faire agréer sa proposition. Il fut chargé de diriger les calculateurs. Il revit et publia quarante cinq années de cette Ephéméride éminemment utile, imitée depuis par toutes les nations qui ont une Marine. Il publia des Tables pour en faciliter l'usage à tous les marins, Tables requisite to be used with the nautical Ephemeris, London, 1781. Dans deux éditions postérieures, il perfectionna encore ce recueil commode.

Deux ans après son voyage à saint-Hélène,  en 1763, Nevil Maskelyne fut envoyé à la Barbade pour y suivre la marche du nouveau chronomètre d'Harrison. Puis, il remplaça Bliss en 1765 à l'observatoire de Greenwich. Là, pendant quarante-sept ans, Maskelyne observa le ciel avec des soins et une exactitude dont il existait peu de modèles. Il est vrai qu'il avait à sa disposition des instruments supérieurs à tous ceux de ses contemporains; mais ce qui n'est dû qu'à lui seul, c'est le scrupule qu'il mit à noter avec plus de précision les instants des passages des astres aux cinq fils de la lunette méridienne; c'est la mobilité qu'il sut donner à l'oculaire, pour l'amener successivement vis-à-vis de chacun des fils; et se prémunir ainsi contre toute parallaxe, enfin, c'est l'exemple qu'il donna le premier de diviser une seconde de temps en dix parties, non qu'il se flattât de ne jamais se tromper, de un ou deux dixièmes. Mais il est presque impossible que les cinq erreurs agissent dans le même sens; les fils doivent se corriger les uns par les autres, et il est de fait que la moyenne arithmétique entre les cinq fils, comparée au fil du milieu, s'accorde toujours avec une exactitude étonnante. Tous ces moyens réunis, imités depuis par tous les astronomes, conduisirent l'art des observations à un degré de précision qu'il paraît désormais presque impossible de surpasser.

Il faut pourtant que ces attentions si recherchées aient encore laissé subsister quelque vice caché et qu'il y ait quelque chose d'arbitraire dans la manière dont l'on estime le passage des astres au fil. Toutes les observations faites par Maskelyne lui-même présentent l'accord le plus satisfaisant. La marche de la pendule paraît parfaitement constatée. Les observations de son adjoint ne s'accordent pas moins bien entre elles, mais elles ne donnent pas pour la correction de la pendule bien précisément la même quantité; c'est du moins ce que Maskelyne nous apprend lui-même, et ce qui le détermina à congédier l'adjoint, dont la manière de compter les secondes de l'horloge en observant, ne pouvait s'accorder avec la sienne propre.

Ces obligations déjà si grandes ne sont pas les seules que l'on doit à Maskelyne; jusqu'à lui toutes les observations restaient enfouies dans les observatoires où elles avaient été faites; elles y étaient comme non avenues; tant pour les astronomes qui n'étaient pas à portée de consulter ces dépôts, que pour l'observateur lui-même, que ses occupations de tous les jours et de tous les instants empêchent de tirer de ce qu'il a vu toutes les conséquences qui pourraient s'en déduire; car, à moins qu'il ne soit un autre La Caille, et jusqu'ici l'exemple est unique, il paraît bien difficile qu'un astronome se livre à un cours non interrompu d'observations, et qu'il trouve ensuite le temps ou le courage d'exécuter tous les calculs qu'elles entraînent, et de les comparer aux Tables pour en modifier ou en refondre tous les éléments.

Les observations de Flamsteed, commencées en 1676, parurent pour la première fois, et d'une manière fort incomplète, en 1712 par une faveur particulière du Prince Georges, mari de la reine Anne. Les héritiers de Flamsteed en donnèrent une édition plus ample en 1725. Les observations de même genre, commencées à Paris en 1683, et continuées pendant plus de trente ans, n'ont jamais vu le jour. On n'a rien de celles de D. Cassini. Celles de Halley, continuées sans interruption depuis 1720 jusqu'en 1742, sont et resteront toujours inédites. Ces collections, ignorées de tous pendant qu'elles pouvaient être utiles, auraient beaucoup moins de prix si elles étaient publiées aujourd'hui, parce qu'elles ne pourraient soutenir la comparaison avec celles qu'on fait faire maintenant. Le Monnier eut le crédit de faire imprimer au Louvre quelques cahiers de ses observations; mais c'était encore une faveur particulière du gouvernement, qui ne l'étendit pas à La Caille, qui, pour donner à ses contemporains ses Fundamenta Astronomiae, ne trouva d'autre moyen que de calculer un ou deux volumes d'Éphémérides. Par cet emploi si déplorable d'un temps si précieux, il acheta quelques exemplaires d'un volume de 250 pages, dont il fit présent aux astronomes de son âge. Son Ciel austral, ne parut qu'après sa mort; ses autres observations restèrent inédites, et la manière dont elles ont été calculées pour former ce Catalogue zodiacal, qui lui coûta la vie, fait regretter trop souvent les observations originales, qui serviraient à rectifier des fautes de calcul ou d'impression dont on s'exagère encore le nombre, et qui ont discrédité un excellent ouvrage.

Les observations, de Bradley n'ont paru que 40 ans après sa mort, malgré les sollicitations réitérées de Maskelyne. En fondant les observatoires, on oublia un article bien plus essentiel que ce luxe de constructions, déployé si vainement dans quelques-uns de ces bâtiments. On suivit les idées des architectes de préférence à celles des astronomes. On fit beaucoup de dépenses, au moins inutiles, et l'on négligea d'assigner les fonds qui auraient subi à l'impression successive des observations de chaque année.

Si cet oubli est enfin réparé, c'est à Maskelyne qu'on le doit; il obtint du conseil de la Société royale de Londres, que toutes ses observations seraient imprimées par cahiers, et d'année en année. Ces cahiers forment aujourd'hui quatre volumes in-folio. Réunis aux deux volumes de Bradley, qui ont enfin paru en 1798 et 1805, ils forment un recueil précieux, qui s'accroîtra continuellement, et dans lequel tous les astronomes pourront puiser, comme ils ont déjà fait pendant trente ans, dans les cahiers de Maskelyne. C'est ainsi qu'ont été perfectionnées en France et en Allemagne, les Tables du Soleil, celles de la Lune et celles de toutes les planètes. Ainsi, l'on a pu dire avec vérité que si, par quelque grande révolution, les sciences venaient à se perdre, et que ce Recueil fût seul conservé, avec quelques méthodes de calcul, ou y trouverait de quoi reconstruire presque en entier l'édifice de l'astronomie moderne; avantage qui n'appartient qu'à cette collection unique, parce qu'au mérite d'une précision rarement atteinte et non encore surpassée, elle réunit le mérite d'une série non interrompue depuis l'an 1750, première époque des observations qui laissent bien peu à désirer. Un tel exemple ne pouvait manquer d'être imité; et déjà plusieurs gouvernements ont donné à leurs astronomes les moyens de mettre en commun les fruits de leurs veilles.

Si ce bel exemple laisse encore quelque chose à regretter, c'est que les étoiles y sont généralement trop négligées. Bradley lui-même, auquel on doit un célèbre catalogue, qu'il n'a pourtant pas formé lui-même, Bradley n'a pas fait tout ce qu'on était en droit d'attendre d'un astronome aussi habile, placé si favorablement, et avec un adjoint sur lequel il pouvait se reposer des observations secondaires qui auraient grossi son catalogue. A cet égard, Maskelyne a fait beaucoup moins encore; se bornant à trente-quatre étoiles, qui servent bien à régler la pendule, et à donner les ascensions droites des planètes, il n'observait d'ailleurs que le Soleil, la Lune, les planètes en syzygie ou en quadrature; enfin, quelques éclipses et les comètes qui se présentaient. On trouve bien là les fondements d'un grand et bon catalogue, mais il reste à faire. Dans les observatoires les plus célèbres, on se borne à faire ce qu'on voit faire à Greenwich. La Caille faisait bien plus; quand il avait observé le Soleil et la Lune, il demeurait toute la nuit à ses lunettes, ce qui ne l'empêchait pas les jours suivants de calculer les lieux de la Lune, et de préparer les réductions de ses étoiles. On ne compte pas deux cents nuits passablement belles par an, dans nos climats; les jours de nuages ou de pluie suffisent aux calculs, surtout quand un même observatoire réunit deux astronomes et davantage. C'est dans ces établissements permanents qu'il conviendrait de travailler sur un plan plus vaste. Quand on ne donnerait chaque belle nuit que cinq ou six heures aux étoiles, il est aisé de voir quelle immense collection résulterait de vingt, trente ou quarante années ainsi employées.

Maskelyne ne quittait plus son observatoire; il y resta en 1769, quoique l'observation qu'il pouvait y faire du passage de Vénus ne pût être qu'incommode mais il rédigea des instructions pour les astronomes voyageurs. Une seule fois , en 1774, il s'était permis de s'absenter, et c'était pour aller mesurer l'attraction des montagnes. Il répéta au mont Schiehallion, dans le comté de Perth, les opérations effectuées antérieurement par Bouguer, au Pérou pour la mesure cette attraction et trouva 4,5 comme densité moyenne de la Terre. Avec des instruments assez médiocres, tels qu'on les avait alors, il était parvenu à prouver la réalité de cette attraction par la déviation que le Chimborazo produit dans le fil à plomb; c'était déjà beaucoup; on ne pouvait mieux attendre. Seulement il fut étonné d'en trouver l'effet de moitié moindre qu'il ne l'avait estimé. II en concluait avec beaucoup de vraisemblance, que la montagne devait être creuse; mais il n'en pouvait mesurer les vides. II en résultait qu'il ignorait le volume réel de la montagne; il n'en connaissait pas la densité, et il n'avait pas réellement tous les éléments du calcul. Lui-même il avait témoigné le désir que l'expérience pût être répétée. Il était impossible de trouver en Europe une montagne comparable à celles du Pérou. Après bien des recherches, Maskelyne fit choix de la montagne Schehallien, en Écosse. Avec un instrument plus précis et des soins extrêmes, il répara ce que sa position avait de moins avantageux. Il observa les mêmes étoiles au nord et au sud de la montagne. Il mesura trigonométriquement la petite différence des parallèles; il en conclut la double déviation produite par les deux attractions contraires de 11",6. C'était une détermination fondamentale : il restait à faire une recherche également importante, mais bien plus incertaine. Elle fut entreprise (Transactions de 1778) par le docteur Hutton, dans un travail couronné par la Société royale de Londres. 

Ce géomètre a trouvé que la densité de la Terre est à celle de la montagne, dans le rapport de 9 à 5. Playfair a fait beaucoup plus tard un examen lithologique de cette montagne, et il a porté sa densité à 2,75. Ces deux résultats montrent que la densité moyenne de la terre doit être à fort peu près cinq fois celle de l'eau. Avec un appareil de Michell, perfectionné par Cavendish, et dont la pièce fondamentale était la balance de torsion, que Coulomb avait inventée de son côté et publiée le premier, Cavendish a mesuré l'attraction de deux petits globes de plomb et il en a conclu la densité moyenne de 5,48; c'est un milieu entre vingt-neuf expériences, dont les extrêmes donnaient 4,88 et 5,79. Hutton, en recommençant les calculs de Cavendish dans les Transactions de 1821, ne trouve que 5,31. Ainsi les expériences de Maskelyne et de Cavendish donnent à très peu près pour la densité moyenne; il était difficile d'espérer un accord plus satisfaisant dans une recherche si délicate, et, nous devons l'avouer, si incertaine.

L'attraction des montagnes peut à présent passer pour un fait constaté. Mais quelle conséquence en pouvons-nous tirer? Peut-on, dans chaque lieu dont on veut déterminer la latitude, se placer à une distance où l'attraction cesse d'être sensible? Peut-on examiner la densité de chacune des couches, déterminer, la résultante de toutes les forces, et sa direction? Au lieu d'être étonné de trouver deux ou trois secondes, dont les latitudes, éloignées comme celles de Paris et d'Evaux, s'écartent de ce qu'elles devaient être dans un ellipsoïde parfait? Ne devrions-nous pas nous féliciter de ce que les écarts ne sont pas plus grands, et tels que ceux qui nous ont été prouvés par les degrés de Mudge en Angleterre, par les deux arcs de Suède, et par quelques opérations plus modernes en Italie? Nous voulons partout des figures régulières, des sphères d'abord, puis des sphéroïdes elliptiques dont la densité aille croissant selon une loi mathématique, depuis la surface jusqu'au centre. Reconnaissons que toutes ces suppositions étaient de toute nécessité chacune à l'époque où elle a été faite. C'est ainsi qu'en astronomie on a supposé d'abord des moyens mouvements, puis des excentricités, des ellipses, et enfin des perturbations impossibles à calculer rigoureusement.

Avouons, écrit ici Delambre,  que nos suppositions sont arbitraires, qu'elles reposent au fond sur l'idée d'une fluidité parfaite à l'origine; fluidité qui déjà paraît plus que douteuse pour la Lune. Nous pouvons, jusqu'à un certain point, saisir les phénomènes en gros, nous ne pourrons jamais les expliquer dans tous les détails. Nous connaissons la grandeur et la figure de la Terre, autant qu'il est nécessaire pour les opérations les plus délicates de l'astronomie de la géographie et de la navigation. Que pouvons-nous raisonnablement demander de plus? Ne considérons les incertitudes qui nous restent, et que jamais nous ne pourrons éclaircir, que comme des aiguillons qui nous empêchent de retomber dans l'engourdissement; saisissons les occasions qui s'offriront pour diminuer un peu l'amplitude de ces oscillations qui sont peut-être arrivées à un état qui ne changera que par les variations qui naissent des défauts des instruments ou des inadvertances des observateurs. Mais que ces recherches ne nous coûtent ni plus de temps, ni plus de peines qu'elles n'en méritent. Que les habitants des observatoires se résolvent à être entièrement astronomes, qu'ils regardent le Ciel plus que la Terre, et s'étudient à nous révéler ce qui peut encore nous être caché, et qu'eux seuls peuvent découvrir; le nombre des planètes et des comètes, les mouvements généraux et particuliers des étoiles.
La question de la densité relative de la Terre et de l'eau n'est pas nouvelle; l'attraction des montagnes était un corollaire bien simple du principe de l'attraction réciproque de toutes les parties de la matière. Newton, le premier, énonça nettement ce principe. Il eut aussi la première idée de ce rapport de pesanteur spécifique, qu'il avait estimé d'une manière singulièrement heureuse. Son raisonnement était que si la Terre était moins dense que l'eau, elle en sortirait par sa légèreté, ce qui supposait qu'elle y fût entièrement plongée, et tout à fait distincte. Les matières les plus denses doivent se porter naturellement vers le centre, et de l'accroissement de densité vers ce point, il avait conclu que la masse entière de la terre est cinq ou six fois plus dense que si elle était formée d'eau. C'était encore supposer cette fluidité parfaite dont il est encore permis de douter. Ne serait-ce pas ici le cas de dire, comme Fontenelle le disait de D. Cassini, mais avec plus de justesse, un astronome si subtil est presque un devin; on dirait qu'il prétend à la gloire d'un astrologue. Histoire, Astr. moderne, tom. II, pag. 739.

Maskelyne calcula les observations des astronomes que l'Angleterre avait envoyés en diverses parties du globe pour le passage de Vénus. II en déduisit pour parallaxe du Soleil la même quantité que Du Séjour trouvait par la totalité des observations publiées jusqu'alors; c'est-à-dire, 8",8. Nous croyons cette parallaxe un peu trop forte. Maskelyne employait trop peu d'observations; Du Séjour en employait trop, et n'en avait pas assez pesé la bonté relative.

Mason, qui avait été l'assistant de Maskelyne à,Greenwich, envoyé avec Dixon pour la fixation des limites des États-Unis (ligne Mason-Dixon), avait profité de l'occasion pour mesurer un degré en Pennsylvanie. Maskelyne calcula les observations envoyées par son ancien élève. Il fut l'éditeur des Tables lunaires de Mayer, qui parurent à Londres en 1770, et auxquelles il fit accorder la moitié du prix de 2000 livres sterling, fondé en Angleterre pour le problème des Longitudes. Sur son rapport, l'autre moitié du prix avait été adjugée aux montres de Harrison. L'artiste s'était plaint de cette décision. Ses réclamations et la réponse de Maskelyne sont publiques, et l'on peut se convaincre que si, en s'arrêtant à la lettre de l'acte du Parlement, la montre d'Harrison avait droit au prix tout entier, on pouvait en dire autant pour le moins des Tables de Mayer. Maskelyne avait prononcé en arbitre équitable qui consulte les vrais intérêts de la science en général et les intérêts particuliers des auteurs. Au reste, Harrison obtint depuis qu'on lui complétât la somme, et le rapport fut encore signé par Maskelyne.

Non content d'avoir mis tous les astronomes en possession des Tables lunaires de Mayer, il augmenta encore la précision de ces Tables, en les faisant comparer par Mason à 1200 observations de Bradley, qui servirent à mieux déterminer quelques équations employées déjà par le premier auteur, et à introduire de nouvelles équations simplement indiquées par Mayer, qui n'avait pu en déterminer les coefficients, parce qu'aucun recueil d'observations n'avait encore été publié.

On avait élevé trop légèrement quelques doutes sur la position respective des observatoires de Paris et de Greenwich, et l'on proposait un moyen pour dissiper ces doutes, Maskelyne, consulté sur ce projet, démontra solidement que les doutes n'étaient pas fondés, mais il approuva l'opération demandée, parce qu'elle devait fournir une preuve de son assertion, et l'événement la justifia.

Malgré tous les soins qu'il se donnait pour la conservation des instruments, dont, il faisait un si fréquent et si excellent usage, malgré tout ce qu'il avait pu y ajouter d'améliorations que lui fournissaient ses propres lumières et sa longue expérience ainsi que les progrès de l'optique et de l'horlogerie; dans les derniers temps de sa vie, il commença à soupçonner qu'ils n'avaient plus leur exactitude primitive, et que son quart de cercle, en particulier, avait pu contracter des défauts qui rendaient les déclinaisons moins sûres. D'autres astronomes avaient fait et publié des remarques semblables. Les vérifications qu'il aurait pu tenter sur l'instrument eussent été difficiles et incertaines. Il voulut remplacer ce quart de cercle par un cercle entier, dont l'exécution fut confiée au célèbre Troughton; mais il n'eut pas la satisfaction de le mettre en place. Son successeur, John Pond, n'a commencé à s'en servir qu'en juin 1812. Il y a joint une lunette méridienne nouvelle; autre chef-d'oeuvre du même artiste. On parle d'un nouveau secteur destiné à remplacer le secteur de Graham, avec lequel Bradley a fait ses deux immortelles découvertes de l'aberration et de la nutation. On ne parle plus qu'avec une espèce de dédain de la lunette méridienne de Bird, si universellement admirée pendant tant d'années. Ainsi, les trois principaux instruments de Greenwich se trouveront renouvelés. On attend beaucoup de ceux qui les ont remplacés. Nous leur croyons des avantages réels, mais n'exagérons rien, attendons ce qu'on aura pu faire pour constater bien clairement ces avantages et nous en donner la mesure. En ce genre, on passe trop souvent de l'admiration au mépris. On s'est exagéré l'avantage des lunettes, des micromètres et des héliomètres. En France, on s'est exagéré le mérite très précieux du cercle répétiteur de Borda; en Angleterre, on a beaucoup vanté, puis dénigré le beau secteur de Ramsden. On a donné comme la merveille des merveilles, les cercles de Reichenbach, et puis on a prétendu que ces cercles pouvaient avoir des erreurs constantes de plusieurs secondes. 

On a été séduit par un peu plus de précision et de finesse dans les traits de la division. On n'a pas assez songé que la répétition des angles faisait disparaître les petites erreurs qu'on ne niait pas dans les divisions de Lenoir; que le niveau mobile de Borda réparait de même les négligences qui pouvaient échapper à celui qui gouverne la seconde lunette et qu'il indique bien les mouvements du cercle auquel il s'adapte. On n'a pas imaginé que le cercle, attaché à l'axe pouvait se déranger d'une quantité sensible dans la lunette, et fort peu dans le niveau fixe qui ne donne que le mouvement de l'axe vertical. On a cru successivement qu'il fallait envoyer le cercle à niveau fixe de Fortin au secours du secteur de Ramsden, et puis appeler ce secteur pour rectifier les erreurs du cercle de Borda et constater l'avantage du cercle de Fortin, l'événement a montré l'accord du secteur anglais avec le cercle de Borda; on a reconnu que celui de Fortin avait une erreur constante dont le cercle employé à Paris, Evaux et Dunkerque était exempt; on a commencé à se défier de la latitude de Formentera. On est convenu que les niveaux fixes, loin d'être une amélioration, pouvaient être une imperfection nouvelle. "Attendre est pour juger la règle la plus sûre", a dit un de nos poètes. Les astronomes reconnaîtront la vérité de ce principe. A son entrée à l'observatoire de Greenwich, Maskelyne trouva deux marques méridiennes attachées à une cheminée en briques, éloignée d'un quart de mille; il ne sut d'abord quelle était la véritable; il les essaya successivement, et les passages des étoiles circumpolaires lui indiquèrent celle à laquelle il devait s'en tenir. II est étonnant qu'on ne trouve aucun renseignement sur ces deux marques, ni dans les observations de Bradley, ni dans celles de Bliss. Leur distance angulaire mesurée au micromètre était de 7", 6.

Pour vérifier les ascensions droites des étoiles, il commença par les comparer toutes à a de l'Aigle (Altaïr), dont il prit l'ascension droite dans le catalogue de Bradley. Ainsi, en supposant la lunette bien rectifiée, toutes les ascensions droites devaient avoir la même erreur que a de l'Aigle. Pour obtenir cette erreur commune, il observa les déclinaisons du Soleil à mesure qu'il s'approchait du parallèle de chacune de ces étoiles; et d'après un nombre très considérable d'observations de ce genre, il crut devoir retrancher 3", 8 de toutes les ascensions droites, c'est-à-dire environ 1/4 de seconde de temps.

Longtemps après, il trouva que cette correction n'était pas fondée, et il en avertit les astronomes, qui, depuis tant d'années, faisaient tous leurs calculs sur les ascensions droites mal à propos diminuées. Lalande examina la question, et il crut devoir ajouter 5" au lieu de 3", 8. Par d'autres moyens, (Astr. tome II, page 254), j'ai vérifié moi-même la nouvelle remarque de Maskelyne. Mais ces variations de 0",25 ou 0",33 sur les ascensions droites des étoiles fondamentales ont inquiété les astronomes et altéré tant soit peu la confiance qu'ils avaient aux déterminations de Maskelyne. Tout nouvellement, Pond vient de faire une correction de 0", 31 aux ascensions droites qu'il avait déterminées deux ans auparavant. Que conclure de ces variations? Ne serait-ce pas que malgré tous nos soins, malgré les progrès annoncés dans l'art de construire et de diviser les instruments, ces petites quantités sont de l'ordre des erreurs jusqu'à présent inévitables de toutes les observations?

Maskelyne mourut le 9 février 1811, âgé de plus de 78 ans. Outre les ouvrages que nous avons mentionnés, il a publié divers Mémoires dans les Transactions philosophiques et dans son Nautical Alamanac. Nous citerons particulièrement celui qu'il a mis dans les Transactions de 1777 sur un nouveau micromètre prismatique, et qui a donné lieu à des réclamations de la part de Boscovich et de Rochon. Les manuscrits ont été remis à M. Vince, qui s'était chargé de les rendre publics, mais rien n'a paru jusqu'ici (juin 1822). Il est à craindre que ces manuscrits, ne soient des ébauches imparfaites car les occasions ne manquaient pas à l'auteur pour faire paraître ce qu'il aurait pu terminer. 

Maskelyne a été pendant 9 ans l'un des huit associés étrangers de l'Institut il était en correspondance avec tous les astronomes de l'Europe, qu'il considérait comme ses frères et qui le respectaient comme un doyen dont les travaux leur avaient été éminemment utiles. II n'a laissé qu'une fille, Mlle Marguerite Maskelyne, à qui l'auteur de cette histoire a dû les renseignements qu'il n'aurait pas trouvés dans les livres, et qu'il a fait entrer dans son Éloge historique inséré dans le tome 8 des Mémoires de l'Institut pour 1811, classe des sciences Mathématiques et physiques.
Maskelyne en 1783 et Chladni en 1819 étaient enclins à regarder les étoiles filantes comme de petites comètes. (Delambre / L. S.).


En bibliothèque - Outre de nombreux mémoires insérés dans les Philosophical Transactions (1760-1808), Nevil Maskelyne a publié : British rnariner's Guide (Londres, 1763, in-4); Astronomical Observations (1765 et s.); An Account of the going of Mr Harrison's watch (Londres, 1768, in-4); Tables for computing the apparent places of the fixed stars (Londres, 1774, in-fol.), etc. 
 
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