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Les climats de la France
Marié-Davy
ca. 1900
La France, située entre le 51e et le 42e degré de latitude, jouit d'un climat tempéré. Ce climat est, en outre, réchauffé par la prédominance des vents de Sud-Ouest, par le voisinage de l'Atlantique et par le courant marin dirigé du Sud-Ouest au Nord-Est., qui semble faire suite au Gulf-Stream, mais qui en est distinct. La France est soumise à deux régimes de vents principaux : celui des vents de Sud et d'Ouest, qui est généralement pluvieux et relativement chaud en hiver, et celui des vents du Nord, du Nord-Est et du Sud-Est, qui est généralement sec en toute saison (L'année et les saisons) et froid en hiver. 

La direction des vents, à un moment donné, dépend de la position des centres de hautes et de basses pressions; l'aire des basses pressions s'allonge d'ordinaire suivant une ligne orientée du Sud-Ouest au Nord-Est. Le déplacement des aires de basses pressions ou « dépressions » détermine, surtout en été, la formation des orages. Dans la Manche et dans les provinces qu'elle baigne, le vent pénètre avec force, comme la marée (Les marées), et souffle très souvent de l'Ouest et du Sud-Ouest Au Sud de la Bretagne, il semble que le vent tourne; c'est le vent de Nord-Ouest qui domine sur les côtes du golfe de Gascogne. Dans la région méditerranéenne, les principaux courants atmosphériques viennent des Alpes en soufflant du Nord-Est, ou du Massif Central en soufflant du Nord-Ouest. Ce dernier vent est le mistral, produit surtout par la différence de température entre les plateaux de la France centrale et les plaines de Provence. L'étroite vallée du Rhône est soumise à peu près au même régime de vents que la région méditerranéenne. 

Le vent du Sud-Ouest, venant des régions chaudes de l'Atlantique, est celui qui fournit le plus de pluie. C'est au premier contact, près du rivage de la mer, que les nuages déversent d'abord cette pluie : c'est pourquoi les côtes de la Bretagne et de la Manche sont arrosées par des pluies fréquentes, très abondantes, et par des brouillards, surtout dans les parties où les nuées sont arrêtées par le relief du sol, comme entre les monts d'Arrée et les montagnes Noires, au fond de la baie du mont Saint-Michel et dans la baie de la Somme. La même cause rend la pluie très abondante au fond du golfe de Gascogne dans les Pyrénées occidentales. Quand les vents d'Ouest ont franchi la zone côtière, ils portent leur humidité à travers les terres et en déposent la plus grande partie sur les plateaux et les montagnes qui arrêtent les nuages et qui, étant en général plus froids que les plaines, condensent la vapeur en pluie. De là, dans ces régions, des pluies souvent plus abondantes que sur les côtes, quoique le nombre des jours pluvieux soit moindre; elles tombent ainsi sur le Massif central, particulièrement dans les Cévennes qui reçoivent, d'une part, les nuages de l'Océan et, d'autre part, ceux de la Méditerranée, dans les Alpes qui sont plus hautes et plus froides que les Cévennes; la hauteur de la pluie qui tombe, dans certaines parties des Alpes du Dauphiné atteint jusqu'à 2 m par an.

Au contraire, dans les parties éloignées de la mer et suffisamment abritées, comme la Limagne et la Champagne pouilleuse, il tombe très peu de pluie. La pluie est rare en Provence, surtout sur la côte occidentale, parce que les vents de terre dominent en été et parce que les vents de la Méditerranée charrient beaucoup moins d'eau que ceux de l'Océan. On évalue approximativement à 80 centimètres la hauteur moyenne de la pluie qui tombe annuellement en France.

La température moyenne de l'année est de 11° C. Elle est déterminée surtout par la latitude et l'altitude des lieux. C'est ainsi qu'il fait plus chaud à Montpellier qu'à Lille et qu'au pied du Ventoux la moyenne est de 13°, tandis qu'au sommet (1,912 m.) elle ne dépasse pas 2°, comme dans la Finlande méridionale. La température est déterminée aussi en partie par la direction des vents, par le degré d'humidité de l'atmosphère, par la proximité de la mer. Ainsi, à latitude et à altitude égales, les régions où domine le vent de Nord-Est sont plus froides que celles où domine le vent de Sud-Ouest, celles où une atmosphère humide forme un écran contre l'ardeur du Soleil et contre le rayonnement de la chaleur, et celles qui sont voisines de l'Océan sont relativement moins froides en hiver et moins chaudes en été. En traçant une diagonale de l'embouchure de la Vire au col de Tende on divise à peu près la France en deux grandes régions; celles du Nord-Est ayant une température inférieure à la moyenne, et celle du Sud-Ouest. une température supérieure : ce qui est dû surtout à la double influence de l'Océan et de l'altitude. Cette diagonale, qui est la ligne isotherme moyenne de la France, n'est d'ailleurs pas une ligne droite. De la Vire, elle se dirige d'abord au Sud en laissant les collines de Normandie et du Maine dans la région froide; puis, dans la plaine de la Loire, elle se replie jusque par delà Orléans pour envelopper la Touraine et le Berry dans la région chaude; elle contourne ensuite par l'Ouest et le Sud le Massif central qui, malgré sa latitude, fait partie de la région froide; à l'Est de ce massif, elle remonte le long des Cévennes jusqu'à la partie septentrionale de la Saône et redescend en suivant le pied du Jura et celui des Alpes jusqu'en Provence. Cependant au Nord de cette ligne de partage, il y a certains points très exposés, comme la vallée de la Basse-Seine et la Limagne, où la moyenne de la température est de plus de 11°. Les plus hautes températures moyennes sont celles de la côte orientale de Provence (env. + 15°); les plus basses-sont sur la frontière Nord-Est (+ 8°). La température moyenne de l'hiver est de + 4°; la ligne isochimène moyenne, influencée comme la ligne isotherme moyenne, serpente en diagonale du pays de Caux à la Provence. La température moyenne de l'été est de 19°; la ligne isothère moyenne part de l'embouchure de la Loire, contourne le Massif central par le Sud, remonte la vallée du Rhône et aboutit aux Vosges; cependant les Grandes Alpes forment un îlot de température froide dans la région chaude.

Les cinq zones climatiques

Le territoire de la France peut être partagé en cinq régions climatériques présentant entre elles des différences générales assez tranchées sous le rapport de la température, du régime des pluies, de la direction des vents, de la fréquence des orages, etc.

Climat du Nord-Est ou Vosgien.
Climat de la région comprise entre le Rhin, la Côte-d'Or, les sources de la Saône et la chaîne qui s'étend de Mézières à Auxerre. C'est dans la vallée du Rhin qu'il est le plus accentué; il présente les plus grandes analogies avec celui de l'Allemagne continentale.

Température. - La température moyenne y est de 9°,6. Les hivers y sont rigoureux, car leur moyenne ne s'y élève pas au-dessus de 0°,6, mais en même temps l'été y est plus chaud que dans les climats voisins à latitude égale : la température moyenne y est de 18°,6. La différence entre les températures moyennes des deux saisons (L'année et les saisons) y est donc de 18°, ce qui constitue relativement un climat excessif. La différence moyenne entre les plus grands froids et les plus fortes chaleurs est de 44°,7 (de 1811 à 1834), tandis qu'à Paris elle n'est que de 42°,5. Les plus fortes gelées, notées à Mulhouse, Strasbourg, Épinal, Belfort et Metz, sont en moyenne de 23°,2 au-dessous de zéro. Le nombre annuel moyen des jours de gelée y est de 70 et à Paris seulement de 66.

Pluie. - La quantité annuelle moyenne d'eau pluviale est plus grande dans cette région que dans les régions voisines; la distribution des pluies dans le cours de l'année y est également différente; il y tombe, en effet, plus d'eau en été qu'en automne, et le nombre des jours pluvieux, qui est de 32 dans la seconde saison, y est de 34 dans la première.

Le nombre total des jours de pluie dans l'année est d'environ 137 en moyenne.

Vents. - Les vents du nord-est y soufflent presque aussi fréquemment que les vents du sud-ouest, tandis qu'à Paris les premiers sont moitié moins communs que les second, et c'est en grande partie à cette particularité, qui maintient souvent le ciel pur, qu'il faut attribuer la rigueur des hivers dans la région vosgienne, comme aussi la température élevée de ses étés.

Orages. - Le nombre des orages est assez considérable dans cette région, qui se trouve comprise entre les lignes de 20 à 25 orages en moyenne par année; ils se produisent presque tous (62%) pendant l'été.

Climat du Nord-Ouest ou séquanien.
Climat de la région nord-ouest de la France, comprise entre la frontière du nord depuis Mézières jusqu'à la mer, le contre fort du plateau qui règne de Mézières à Auxerre et le cours de la Loire et du Cher. C'est sur les bords de la mer, de Nantes à Dunkerque, qu'il est le mieux caractérisé; il y ressemble beaucoup à celui de l'Angleterre et de la Belgique, tout en s'échauffant graduellement à mesure qu'on descend vers la Loire, et s'y rapprochant beaucoup du climat de la région du sud-ouest.

Température. - La moyenne annuelle des températures est de 10°,9. La différence entre les moyennes de l'hiver et de l'été y descend de 14,1 (Paris) à 10°,8 (Brest, Cherbourg). C'est donc un climat à température assez égale et s'éloignant d'autant moins du climat des îles que l'on s'approche davantage de la mer. Le Gulf Stream contribue d'une manière très marquée a y adoucir la rigueur des hivers. A Dieppe, le maximum est en moyenne de 29°, le minimum de - 13°,6. La température moyenne de l'hiver est de 3°,95 pour les villes de Bruxelles, d'Arras, Denainvilliers, Paris, Angers, Saint-Malo; le nombre des jours de gelée est de 50 à 55. La température moyenne de l'été est de 17°,6 pour les mêmes villes.

Pluies. - La quantité moyenne annuelle d'eau qui tombe dans la région séquanienne est de 0,548  m environ pour les villes de Paris, Bruxelles, Cambrai, Lille, Troyes, Chartres et Bourges; mais elle augmente en allant vers l'ouest, atteint 0,800 m dans les départements de la Manche, des Côtes-d'Armor et du Morbihan, et probablement 0,900 m dans celui du Finistère. Le nombre des jours pluvieux est en moyenne de 31 pour l'été, de 37 pour l'automne et de 140 pour toute l'année. Toutefois ces nombres varient un peu en allant de l'intérieur des terres vers les côtes. A Paris, les jours de pluie sont aussi fréquents en été qu'en automne. Mais à Dunkerque, Abbeville, Rouen, Saint-Brieuc, Saint-Malo et Nantes, il pleut 10 jours de plus en automne qu'en été.

Vents. - Les vents dominants sont les vents du sud-ouest, inclinant ou à l'ouest ou au sud, suivant les localités et la configuration du sol. Après eux viennent les vents du nord-est qui sont près de moitié moins fréquents.

Orages. - Le nombre annuel des orages est en moyenne de 12 à 20. La plupart éclatent en été.

En moyenne, le 8 janvier est le jour où le thermomètre descend le plus bas, et le 19 juillet celui où il monte le plus haut. Pour que la Seine gèle, il faut que le thermomètre descende pendant plusieurs jours au-dessous de 9° de froid.

Climat du Sud-Ouest ou Girondin
Climat de la région de la France comprise entre le Loir, le Cher et les Pyrénées. Il règne aussi probablement sur le plateau central de I'Auvergne. Il participe du climat séquanien et du climat rhodanien, tandis qu'il a moins d'analogie avec les climats du nord-est et de la Provence. C'est dans la partie méridionale du bassin de la Loire et dans les bassins de la Gironde, de la Garonne et de l'Adour qu'il est le mieux caractérisé.

Température. - La température moyenne de l'année y est de 12°,7, de 2° environ plus élevée qu'à Paris. La différence entre les moyennes de l'été à l'hiver y est de 16°; plus élevée que dans le climat séquanien et moins que dans le climat vosgien. La moyenne température des hivers n'y est encore que de 5°, mais celle des étés s'élève à 20°,6. Le nombre des jours de gelée y atteint vingt-cinq ou vingt-huit en moyenne à Toulouse et à Pau. Le minimum moyen des villes de Poitiers, la Rochelle, Agen, Toulouse et eau est de - 12° environ; la moyenne du maxima y est de 35°. Ce climat est donc, en moyenne plus chaud que celui de Paris, mais il est aussi relativement plus excessif. La température y varie entre des extrêmes plus éloignés. Ce caractère est encore plus tranché vers le massif de l'Auvergne et la chaîne des Pyrénées.

Pluies. - Les moyennes de 177 ans d'observations ont donné 0,586 m pour les quantités d'eau pluviale qui tombent annuellement à Poitiers, la Rochelle, Saint-Maurice, le Girard, Bordeaux et Espalais. Ce nombre s'élève d'une manière très notable à mesure qu'on s'avance vers les Pyrénées, qui produisent ici le même effet que l'Océan dans la région nord-ouest. La prédominance des pluies d'automne y est partout très marquée.

Le nombre des jours de pluie n'est plus que de 130; ils sont répartis dans l'année à peu près dans le même ordre que les quantités pluviales. Les hivers y sont one très beaux, ce qui tend à les rendre froids. Remarquons d'ailleurs que Ie nombre 5° est calculé sur la température moyenne de chaque jour de l'hiver, nuit (Les jours et les nuits) comprise, et que ce sont particulièrement les nuits qui sont froides. Si l'on prenait la moyenne température des heures pendant lesquelles le Soleil est au-dessus de l'horizon, on trouverait un résultat beaucoup plus élevé qu'à Paris.

Vents. - Le régime des vents y est à peu près le même qu'à Paris; cependant, à mesure que l'on s'approche des Pyrénées, les vents dominants remontent de plus en plus vers l'ouest et le nord-ouest.

Orages. - Un peu plus communs que dans le nord-ouest de la France, mais moins communs que dans le nord-est. Ils varient de 15 à 20 en moyenne.

Climat du Sud-Est ou Rhodanien.
Climat de la vallée de la Saône et du Rhône, depuis Dijon et Besançon jusqu'à Viviers.

Température. - Elle est en moyenne de 11°. Les différences entre les moyennes de l'été et de l'hiver y sont de 18,6° dans les villes de Besançon, Dijon, Mâcon, Lyon, Vienne et Viviers et, par conséquent, aussi fortes que dans la région vosgienne. Mais les hivers y sont plus doux (moyenne, 2,5°) et les étés plus chauds (moyenne, 21,3°). C'est donc un climat continental tempéré, tandis que le climat vosgien est un climat continental froid relativement aux autres climats de la France.

Pluie. - La quantité annuelle des eaux pluviales est supérieure à celle des autres régions de la France : 115 années d'observations faites à Dijon, Mâcon, Lyon, Bourg, Joyeuse et Viviers ont donné en moyenne 0,946 m. Le long de la Saône, le nombre annuel des jours de pluie est de 120 à 130. Le long du Rhône, de Lyon à Viviers, il varie de 100 d 115. Si les pluies sont relativement rares, elles sont très abondantes; ainsi, à Joyeuse, il tomba, le 9 août 1801, 0,250 m, et le 9 octobre 1827, pendant un orage, 0,792 m de pluie en 22 heures, plus que dans toute une année à Paris.

Vents. - Les vents dominants sont ceux du nord et du sud. Ceux du sud-ouest et du nord-est sont assez rares, ce qui distingue nettement cette région des autres. Les vents du sud-est qui amènent la pluie sont la cause principale des débordements du Rhône.

Orages. - Cette région est une de celles où les orages sont le plus fréquents; leur nombre y oscille de 25 à 30 par année. Le climat vosgien est le seul qui présente une moyenne presque aussi élevée. Elle est aussi caractérisée par la fréquence et la violence des tremblements de terre et, sous ce rapport, elle ne peut être comparée à aucune autre région française.

Climat du Midi, méditerranéen ou provençal.
Le plus nettement tranché de tous les climats Français. Aussi de tout temps les météorologistes et les botanistes l'avaient-ils séparé des autres, avec lesquels il forme un contraste qui se traduit dans la végétation et les habitudes du pays. Viviers en forme la limite nord et il s'étend sur la Méditerranée en se modifiant un peu sous la corniche et vers le pied des Pyrénées.

Température. - La moyenne température de l'année est de 14°,8 pour les villes d'Alès, Avignon, Marseille, Montpellier, Nice, Orange, Toulon et Perpignan (182 années d'observations). La température moyenne de l'hiver est pour ces villes, la dernière exceptée, 6°,5; celle de l'été, 22,6°; différence, 16°. Malgré la douceur habituelle des hivers de la Provence, le thermomètre y descend quelquefois fort bas et le Rhône y gèle environ deux ou trois fois par siècle. La moyenne des minima pour les villes d'Alès, Arles, Avignon, Hyères, Marseille, Montpellier, Orange et Nice est - 11,5°; mais ces températures basses se produisent pendant les nuits presque toujours belles, et il est assez rare qu'il y gèle pendant le jour. La moyenne des maxima est 36,3°. 

Pluie. - Une série de 273 ans d'observations a donné, pour la quantité d'eau pluviale annuelle, 0,65 m. L'été y est une saison très sèche, et cela ressort encore du nombre de jours de pluie qui y est très faible il est pour toute l'année de 56. Par contre, les pluies torrentielles n'y sont pas rares.

Vents. - La prédominance du vent du nord-ouest, ou magistral, mistral, caractérise le climat provençal. Sa violence est souvent extrême; sa vitesse peut atteindre 20 mètres par seconde. Il déracine alors les plus gros arbres et enlève les toitures les plus solides. Sa violence n'est pas la même dans toute la région méditerranéenne. C'est dans la vallée de la Durance qu'elle est le plus forte, puis a Aix, à Arles; à Marseille et à Nîmes et Montpellier elle est déjà considérablement moindre.

Orages. - Leur nombre annuel est de 11 à 25; la plupart ont lieu le printemps et surtout l'été. Ils ne sont cependant pas très rares en hiver.

Tableau de la température et de la pluie dans certaines localités de chaque climat.
(D'après le Bureau central météorologique).

Villes
température moyenne (°)
Pluie
Climats
 
Janvier
Juillet
Année
Hauteur
(mm)
Nombre
de jours
 
Brest
6,3
17,9
11,7
920
205
Armoricain
Paris
2,6
18,3
10,2
550
170
Séquanien
Nancy
0,2
18,5
9,3
780
160
Vosgien
Lyon
2,4
21,2
11,5
740
150
Rhodanien
Avignon
4,8
23,8
14,0
690
70
Méditerranéen
Perpignan
7,5
23,1
14,7
540
60
Id. (Pyrénées)
Bordeaux
6,6
20,6
12,8
770
150
Girondin
Saint-Martin-de-Hinx(1)
6,6
20,2
13,2
1390
190
Id. (Pyrénées)
Clermont-Ferrand
2,7
18,3
9,5
540
150
Central
   (1) Landes, Nord-Est de Bayonne.

On a prétendu que le climat de la France devient de plus en plus rigoureux, rien ne démontre une pareille assertion.

On a cité le fait de la rétrogradation des cultures vers le Midi; c'est un simple résultat de l'élévation croissante du prix du sol et de la facilité plus grande des transports On ne cultive plus l'oranger dans la plus grande partie du Languedoc, parce que l'on trouve ailleurs des oranges meilleures et à plus bas prix, transport compris, et que l'on a trouvé à utiliser d'une manière plus profitable les terrains occupés par les orangers. Les oliviers disparaîtront peu à peu à leur tour en beaucoup de points qu'ils occupent aujourd'hui. Que le climat de la France passe par des périodes plus froides ou plus chaudes, il en est ainsi de tous les climats; mais nous ne sommes certainement pas actuellement dans une des périodes les plus rigoureuses.



Emmanuel Le Roy Ladurie, Histoire humaine et comparée du climat, canicules et glaciers (XIIIe - XVIIIe siècles), Fayard, 2004. - Si nous avions été tentés de l'oublier, l'été 2003 serait venu nous le rappeler avec violence : le climat joue sur la vie humaine un rôle aussi - voire plus - fort que les bouleversements géologiques, les guerres et les épidémies (encore n'est-il pas rare d'observer entre certains de ces phénomènes et le temps qu'il fait une constante interaction).

Dans des sociétés de subsistance comme celles de nos pays jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, les réchauffements et/ou les refroidissements, les excès ou déficits pluviométriques ont des effets directs sur les récoltes (en particulier le froment), les vendanges, l'état du bétail, la présence (ou non) de la dysenterie. De surcroît, les tendances lourdes - du XIIe au XVIIIe siècle s'observe ainsi un "petit âge glaciaire", donc de refroidissement - connaissent eux-mêmes des cycles et des variantes de plus faible amplitude. La taille changeante de certains glaciers au cours des âges comme les informations données par les anneaux des arbres ou les témoignages humains nous montrent bien que le climat ne fonctionne pas comme une horloge : telle année à hiver rigoureux connaît un été caniculaire, telle autre subit une pluviosité catastrophique des mois durant et en toutes saisons : plusieurs mois de gel ne donnent pas forcément des moissons calamiteuses, il arrive qu'un été sec et brûlant - on en a repéré plusieurs dizaines depuis le XIIIe siècle - fasse moins de dégâts qu'une humidité prolongée.

Reliés à l'histoire générale avec ses soubresauts divers (géopolitiques, politiques, guerriers) et ses évolutions techniques, les événements climatiques apparaissent comme le "donné de base" par excellence de l'Histoire, comme la trame même de l'étoffe sur laquelle l'humanité inscrit sa destinée, certes autonome.

Abondant en détails représentatifs d'une situation ou bien curieux par eux-mêmes, s'inscrivant en contrepoint d'une longue durée qui s'étend à l'échelle européenne et sur plus de cinq siècles, l'immense travail d'Emmanuel Le Roy Ladurie (qui sera sous peu suivi d'un second volume : XVIIIe-XXe siècles) redistribue les cartes : avec tout un souffle braudelien, il remet à leur juste place l'écume des jours et les grandes houles. Il nous invite à lire l'histoire autrement. L'exercice est roboratif. (couv.).



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