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Levera

Francesco Levera' Romano est un astronome du XVIIesiècle. Il est l'auteur d'un ouvrage intitulé Francisci Leverae romani prodromus universae Astronomicae restitutae, qui a été publié à Rome et 1663 et est dédié à Christine de Suède.

L'auteur, dans sa préface, s'applique à la recherche des causes qui font que les tables astronomiques présentent si peu d'accord, et que les éphémérides construites sur ces diverses tables font tant d'annonces démenties par les observations. La première de ces causes, à son avis, est l'ignorance des mouvements du Soleil; on avait mal déterminé la longueur de l'année, il en est résulté que ni Longomontanus ni Kepler n'ont pu faire de bonnes tables pour les planètes. Ainsi, pour réformer entièrement l'astronomie, il va commencer par le Soleil; il va nous offrir les fruits de quarante ans de recherches. Il est bien persuadé que l'astronomie avait été cultivée avec beaucoup de succès par les Babyloniens et par les Egyptiens, avant que la mer eût envahi une grande partie du territoire de l'Égypte

Les Grecs, à son avis, n'ont jamais égalé les Egyptiens, qui faisaient mystère de leurs découvertes astronomiques. Il avoue cependant qu'Hipparque, le premier, a reconnu le mouvement de précession; et qu'avait donc de si profond la science des Egyptiens, s'ils n'avaient pas reconnu un mouvement qui est d'un degré en soixante-douze ans? Les Romains se sont peu occupés d'astronomie; ils citent cependant Jules César pour la réforme julienne du calendrier, et Auguste pour avoir placé sur une médaille le signe du Capricorne, sous lequel il était né; Titus et Hadrien, qui connaissaient bien les mouvements célestes. Mais on sent que des astronomes de cet ordre ne reculent pas beaucoup les limites de la science. 

En faisant l'énumération des avantages que procure l'astronomie, et tous les encouragements qu'elle a reçus des puissances, il avoue que les Pères ne l'ont pas traitée si favorablement. Saint Ambroise pensait, comme saint Augustin, que les sciences ne sont bonnes à rien pour le salut; elles mènent à l'erreur, et ceux qui s'en occupent négligent le soin de leur âme. A cette opinion on pourrait opposer celle de Fontenelle, qui disait de l'astronomie et de l'anatomie, que ces deux sciences conduisent presque infailliblement à la dévotion. Avouons pourtant encore que saint Jérôme disait, au contraire, que l'astronomie était une espèce d'idolâtrie (idolatriae genus quoddam).

Levera se déclare pour l'opinion que Fontenelle a depuis émise. Non seulement l'astronomie n'est pas un obstacle au salut, mais elle est le fondement de la médecine, de la météorologie, de l'art nautique, de la cosmographie et de la chronologie; elle n'est pas inutile à l'agriculture, ni même à la poésie. Quant à l'astrologie, elle peut tromper dans des cas particuliers; en général, elle est conjecturale et imparfaite. Saint Thomas lui était assez favorable, Sixte-Quint la condamnait. Pour conclusion, il proclame l'astronomie la reine des sciences. Il en excepte pourtant la métaphysique, et les autres sciences qui ne sont pas naturelles; il entend sans doute la théologie principalement.

Après une dissertation fort longue et fort subtile sur l'équation du temps, il conclut, avec Longomontanus et Vendelinus, que l'inégalité des jours est une chimère. Ses raisonnements sont à peu près de même force quand il prétend établir que tous les mouvements sont circulaires et parfaitement uniformes, que l'année solaire est invariablement de la même longueur, et que l'apogée est immobile; il prétend, qu'il est impossible de déterminer si les observations d'Hipparque nous ont été transmises en temps astronomique ou en temps civil. 

L'erreur d'un jour sur l'équinoxe produit une erreur d'un degré environ sur le lieu du Soleil, celle d'une année n'en fait pas une de 15 minutes.  Ainsi, quand on a la longueur de l'année, et qu'on partira d'une observation certaine d'équinoxe, on sera en état de corriger l'erreur d'un jour ou d'un an sur les équinoxes anciens. Mais alors, à quoi seront bonnes ces anciennes observations? Il prétend que le premier équinoxe d'Hipparque est celui de l'an 161 bissextile, et non pas 162, qui était le troisième après la bissextile, ni l'an 164 d'Hérodote, comme le prétendent quelques auteurs.

De même la seconde observation est de l'an 158, troisième après la bissextile, et non 159, comme le veut Riccioli. La troisième observation d'Hipparque est de l'an 157 bissextile. On voit qu'il compte comme les chronologistes. La quatrième observation est de l'an 147, seconde après la bissextile. La cinquième est de l'an 146 avant J.-C., et cette année suivait la bissextile. Enfin, la sixième est de l'an 145, qui était bissextile.

D'après toutes ces corrections, que nous n'entreprendrons pas de discuter, il pense que la durée de l'année est de 365j5h48'12", et cela par les observations d'Hipparque. Par celles de Ptolémée, il ne trouve que 47'57"21'", et par un milieu en nombre rond 48'0". Remarquez encore que pour l'une de ces dernières observations, il a supposé que Ptolémée l'avait donnée en temps astronomique, encore est-il obligé d'avouer que dans une observation de solstice il s'est trompé d'un jour.

Dans toutes ses comparaisons il est parti des équinoxes de Tycho, il refait les calculs avec les équinoxes de Boulliaud, de Riccioli. Il reproche à Képler et Cassini d'avoir diminué la parallaxe du Soleil. Il ne paraît pas bien persuadé de la sûreté des grands gnomons; il pense, avec Riccioli, qu'un bon quart de cercle est bien préférable. La postérité ne croira pas qu'il y ait le moindre doute, mais, même au temps de Cassini, l'opinion de Levera pouvait encore se soutenir. Après d'autres calculs, qui lui donnent 47'38", ou 47'57", il finit par s'en tenir à 5h48'. On voit par ce résultat ce que valent ces recherches si systématiques et si prolixes.

Ce qu'il a trouvé par les observations, il prétend le confirmer par ses idées d'harmonie. Sa longueur de l'année lui fournit une période de cent vingt ans, qui ramène le Soleil non pas seulement au même lieu du ciel, par rapport au zodiaque, mais aussi par rapport à un horizon donné, et elle accorde les révolutions annuelles et les révolutions diurnes de la Terre ou plutôt du ciel étoilé; car on voit en plus d'un lieu qu'il est grand partisan de l'immobilité de la Terre. Sa période ramène également les conjonctions des planètes. A l'appui de son idée, il fait une longue énumération des propriétés du nombre 120, qu'il appelle la grande année; il la corrobore enfin de considérations astrologiques. Il fait un usage analogue de ses harmonies pour régler le mouvement de l'apogée, qu'il avait ci-dessus l'air de croire nul, et qu'il fait ici d'une minute juste en un an, pour régler l'entrée du Soleil dans les douze signes du zodiaque.

Dans le chapitre suivant, il veut établir l'invariabilité de l'équation du centre ou de l'excentricité du Soleil, ce qui est fort excusable; on peut même lui passer d'avoir cru l'obliquité de l'écliptique la même dans tous les teins, et d'en avoir conclu que les latitudes des étoiles n'éprouvent ni augmentation ni diminution. On lui passera plus difficilement la prolixité et l'ennui de ses explications. Des quatre cent dix-huit pages in-folio qui composent son livre, le résultat le plus clair est qu'il faut partir des équinoxes des longitudes et des latitudes des étoiles de Tycho, que l'année est de 365j5h48'0", et la plus grande équation du centre de 2°3'15".

Ces conclusions peuvent faire juger du mérite de l'ouvrage. Cassini et Riccioli s'étaient élevés contre ces prétentions, si mal appuyées. Levera reproduit leurs lettres pour les réfuter l'un par l'autre, et mettre dans tout son jour l'excellence de sa doctrine.
Levera s'était servi de quelques phrases de Riccioli contre les gnomons qu'il pouvait connaître, pour révoquer en doute la qualité des observations que Cassini avait pu faire au gnomon de Saint-Petrone, qu'il n'avait pas refait encore. Riccioli proteste contre cette application, et récuse le jugement d'un homme qui ne possédait aucun instrument, et qui jamais ne s'était exercé aux observations. Quant à lui, il avoue que ses instruments, même les plus grands, et qu'il croit supérieurs à ceux de Tycho, pour les observations du Soleil, ne peuvent entrer en parallèle avec le gnomon de Cassini, sur lequel un degré occupe un espace de six pieds. Cassini paie cette politesse de Riccioli par de grands compliments sur ses connaissances et ses ouvrages.

Levera, dans sa réponse, nous apprend qu'il n'avait pas voulu perdre son temps ni sa peine à faire de nouvelles observations, puisqu'on a d'une part celles de Tycho, et de l'autre des observations qui ont deux mille ans de date. Nous emploierions notre temps bien plus mal encore, si nous discutions les reproches qu'il fait à ses deux antagonistes. Nous ne tairons pourtant pas qu'il reproche à Cassini le mystère qu'il fait de ses tables du Soleil, et de n'avoir pas publié les observations sur lesquelles il s'était appuyé. Il montre des différences de1' de temps entre les équinoxes observés par Cassini et les temps de ces équinoxes donnés par les Ephémérides de Malvasia; nais 1' de temps ne fait pas 2",5 dans la longitude du Soleil, et Cassini n'avait certes pas la prétention que ses tables eussent une exactitude de 3". 

Levera soutient, et l'on peut le suivre sur ce point, qu'un gnomon, quel qu'il soit, ne vaut rien pour les recherches délicates, telles que l'obliquité de l'écliptique, la hauteur des pôles, et les réfractions. Il reproche en outre aux gnomons d'être exposés à toutes les injures du temps, aux tremblements de terre, aux tassements et aux inconvénients qui naissent de ce que journellement ils sont foulés aux pieds, et il s'appuie des exemples d'Hipparque, de Ptolémée, d'Albategnius, Copernic et Tycho, qui jamais ne s'étaient servis de cet instrument. Nous omettons les discussions sur la Chronologie et sur les corrections qu'il a faites aux équinoxes anciens.

On trouve ensuite des Ephémérides calculées, de 1664 à 1670, sur les Tables de Levera. Ces éphémérides ne sont pas dans la forme ordinaire; on y trouve les levers des étoiles, leur passage au méridien et par les parallèles que décrit successivement le Soleil.

Ces Ephémérides sont suivies d'un Traité des forces et de l'excellence des fixes, duquel on nous dispensera de faire ici l'extrait. (Delambre).

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