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L'île de Lesbos
[Histoire de Lesbos]

39° 10' N
26° 20' E
Lesbos (grec Lesvos, Mytilini, Mitilini, turc Midullu, ) est une île du Nord-Est de la mer Egée, la plus grande de cette mer, située en face des côtes de la Mysie et de la Troade; elle appartient à la Grèce après avoir formé, sous la domination ottomane un district du vilayet des Iles. Elle a une superficie de 1630 km² et une population d'environ 90 000 habitants (2015); sa capitale est Mitilini (Mytilène).
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Carte de Lesbos.
Carte de Lesbos. (Alitudes en pieds; 1 pied = 0,305 m).

Au Nord, le canal de Mousselim la sépare de la côte de l'Anatolie; à l'Est, le golfe d'Edremit s'étend entre elle et la côte de Mysie au Sud-Est, le canal de Mytilène la sépare des monts du Karadagh. Elle est de forme irrégulière, terminée au Nord par le cap Martina, à l'Ouest par le cap Sigri, à l'Est par le cap Malea (Malée). Elle est profondément entaillée par deux golfes aux entrées étroites,  qui  la découpent en trois fragments : le golfe de Geras (ou de Hiero) au Sud-Est, et celui de Kallonis ou Kaloni (autrefois Euripos Pyrrhiaeos) au Sud-Ouest. 

Le golfe de Gera a son ouverture près de la pointe orientale de l'île, à près d'une trentaine de kilomètres au Nord du cap Coloni, qui s'avance du continent de l'Anatolie au nord. L'entrée en est assez difficile , et si étroite qu'on ne la découvre pas facilement de la mer. Une fois franchies, les deux pointes de terre qui en forment l'embouchure, se rapprochent et se recourbent en dedans, de sorte qu'on ne voit plus d'issue. On dirait alors un joli lac dont les bords, singulièrement gracieux, s'arrondissent entre des montagnes et des forêts d'oliviers. C'est sans doute un des plus vastes ports naturels. Il a plus de dix kilomètres de long sur cinq de large, et on peut y donner fond partout sur quinze et seize brasses d'eau.

• Les eaux du golfe de Kallonis sont si froides, selon Aristote, qu'en hiver les poissons s'en vont tous, à l'exception du goujon, et s'en reviennent avec le printemps. C'est dans ce golfe que viennent pondre tous les poissons qui vivent sur les côtes de Lesbos, tant ceux du golfe même que ceux de la pleine mer. -

Lesbos est très montagneuse et révèle deux systèmes orographiques; le Nord-Ouest continue les monts de la Troade; l'Est ceux de la Mysie. Les principaux sommets sont : l'Olympe (Olimbos, 967 m) au Sud; le Profitis Ilias, dans le massif de Lepetymnos (968 m) au Nord; et le  Psilokoudouno (914 m). L'île possède d'excellents ports, en première ligne celui de son chef-lieu, Mytilène au Sud-Est, vaste et sûr; puis le port de Sigri, à l'Ouest, derrière îlot de Megalonisi; le port Plomari (Plomarion) au Sud, etc. 

Le climat, de type méditerranéen, est très doux. Les rivières font défaut; mais les sources sont nombreuses. On cultive surtout l'olivier, le mûrier, la vigne, laquelle donne des vins excellents; celui de Méthymne fut célèbre dans l'Antiquité. Les figuiers, les platanes près des sources, les pins, les chênes, les lentisques, les cistes, les arbousiers, les myrtes, les térébinthes sont les principaux arbres.

Les petites îles voisines.
Lesbos s'étend dans la direction du nord au sud le long des côtes de l'Anatolie, depuis le promontoire Coloni (anc. Cané) jusqu'au cap Baba (anc. Lectum), à une distance égale de Ténédos et de Chio. Le golfe d'Edremit la sépare de l'Asie, sans lui ôter la vue de ses admirables rivages. 

Entre Lesbos et le continent,  se trouve un groupe d'îles, connu dans l'Antiquité sous le nom des Hécatonnèses (= îles d'Apollon), aujourd'hui désignées par celui de Musconisi, à cause d'un polype, qu'on y pêche en abondance, et dont l'odeur n'est pas sans rapport avec celle du musc. Les Musconisi sont au nombre de trente-deux,  toutes très bien cultivées et très fertiles; la plus grande est Maden Adasi (Pyrgos).

Au sud des Musconisi, sur les côtes mêmes de l'Anatolie, en face la pointe la plus méridionale de Lesbos, se trouvent trois petites îles connues autrefois sous le nom d'Arginuses, et fameuses par la défaite des Spartiates, commandés par Callicratidas. Les Anciens désignaient aussi sous le nom de Leucae Insulae (les Îles Blanches) trois gros rochers placés sur les côtes de Lesbos, au nord-est de Mytilène.

Différents noms de Lesbos.
Le premier nom de l'île semble avoir été Issa, qui était, dit-on, celui d'une de ses cités. A l'arrivée des Pélasges (du nom que les Grecs donnaient à des populations établies  en Méditerranée avant l'arrivée des Indo-Européens), elle le quitta pour prendre le nom de Pélasgie, et bientôt celui de Macarie, qui rappelait à la fois et le bonheur dont elle jouissait, et le roi à qui elle en était redevable. Au moment où Lesbos succéda à son beau-père, Maeare, elle prit le nom de Lesbos, qu'elle porta durant toute l'Antiquité grecque, jusqu'à l'époque incertaine où elle le changea pour celui de Mytilène, sa capitale. Eustathe, qui vivait au XIIe siècle, observe que cette transformation avait eu lieu depuis peu de temps.

Ce ne furent pas là d'ailleurs les seules dénominations que porta Lesbos. On l'appela encore quelquefois Himerte, par allusion à ses moeurs supposément dissolues; Lasia, à cause de ses forêts; Aethiope, en souvenir de la domination que l'on attribue sur cette île aux Amazones, originaires, disait-on, de l'Ethiopie; Aegira, du nom d'Aegirus, une des villes au nord-est de Mytilène, etc. Tous ces noms se rencontrent plus fréquemment dans les fantaisies des poètes que dans les récits véridiques de l'histoire, et la seul nom sérieux qu'ait porté Lesbos est celui qu'elle illustra pendant plus de dix siècles, et qu'elle a repris au cours du XIXe siècle.
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Carte muette de Lesbos (Relief).
Carte muette de Lesbos (relief).

Géographie ancienne

Lesbos est parcourue de l'est à l'ouest et du nord au sud par deux chaînes de montagnes, que les Anciens désignaient sous différents noms. Le Lépéthymnus était de tous le plus élevé et aussi le plus remarquable. On y voyait, au témoignage de l'historien lesbien Myrsile, un temple d'Apollon, et une chapelle du héros Lépéthymnus, qui donnait son nom à la montagne. Palamède y avait aussi un temple et peut-être même son tombeau. C'est sur le Lépéthymnus, suivant Théophraste, que s'établit, pour observer les astres, l'astronome Matricétas.

Ces chaînes de montagnes, prolongeant leurs ramifications jusqu'à la mer, formaient aux trois extrémités de l'île trois caps : à l'est le cap Argennum, droit en face le golfe d'Adramyttium; à l'ouest le cap Sigrium; enfin, au sud le cap Maléa.

Les dimensions de Lesbos ne lui permettent pas d'avoir de grands fleuves; mais on y trouve de nombreux torrents, et les sources abondent partout. La température y était si douce que les Anciens en avaient fait une des îles Fortunées.

Malgré la nature de son sol, Lesbos avait été de tout temps renommée pour sa fécondité; ses vallées profondes, ses vastes plaines, ses riches collines se couvraient d'une puissante végétation. Le blé de Lesbos était célèbre, surtout le blé d'Érésos (Erésus), qui sur ses monnaies mettait un épi. 

« La farine la plus parfaite, celle qui est préparée avec le froment le plus pur et le plus beau, est à Lesbos, à Erésos , sur sa colline battue par les flots. La neige du ciel ne l'égale pas en blancheur : si les dieux mangent du pain, c'est là que vient l'acheter Hermès (Archestrate, cité par Athénée). »
La truffe venait abondamment sur la colline de Tiares, et dans le temps des pluies, s'il y avait débordement, les eaux en répandaient la graine jusque surtout le territoire de Mytilène. 

Les montagnes de Lesbos, toutes ombragées de forêts, fournissaient, et au delà, le bois nécessaire à la construction des navires; le hêtre, le cyprès, le pin y croissaient partout, le pin surtout autour de Pyrrha, et Pline, après Théophraste, rapporte, comme une particularité remarquable, que le feu ayant dévoré ces forêts, elles repoussèrent d'elles-mêmes. Les montagnes de l'île contenaient encore d'inépuisables carrières, d'où les Anciens tiraient un marbre tacheté de couleurs diverses, et, quoique plus brun , estimé par les statuaires à l'égal du marbre de Thasos. On y trouvait aussi l'agate et une pierre noire que l'on nommait lesbias.

Sur les côtes, les baies profondes creusées par la nature étaient peuplées de poissons d'espèces rares et recherchés, dont la pêche alimentait le commerce des Lesbiens. Les huîtres de Mytilène n'avaient pas de rivales.

Comme productions singulières, Pline place à Lesbos l'éringion blanc, appelé par les Latins l'herbe aux cent têtes. Celui qui trouvait cette plante dans certaines conditions était sûr de se faire aimer, et ce fut là, dit-on, le bonheur de Phaon dont s'éprit Sapho. Enfin Théophraste et Pline  décrivent longuement l'arbre évonimus (Evonimus euripaeus de Linné) qui croissait particulièrement sur l'Ordymnus. La pousse en est en décembre, la floraison au printemps. Les feuilles tiennent le milieu entre les feuilles de l'olivier et celles du grenadier. La fleur, d'une odeur forte, ressemble à la violette blanche. Le fruit et les feuilles de cet arbre sont un poison mortel pour les animaux.

Mais ce qui faisait surtout la richesse de l'île, c'était son vin, ce vin de Lesbos que tous les poètes ont chanté :

« Pour votre dernière coupe, prenez-moi d'un vin vieux, blanchi par les ans, dont vous couronniez la tête humide d'une blanche guirlande de fleurs, du vin né à Lesbos, l'île battue par les flots. Celui qui nous vient de Byblos, de la Phénicie, terre sacrée, certes je le prise; mais je n'ai garde de le comparer à celui-là ! car si tout d'abord vous y goûtez sans y être fait, le vin qui semble avoir le plus de fumet, ce n'est pas celui de Lesbos. Le sien, il le trouve dans sa vieillesse même. Mais buvez toujours, et vous me direz quel est le meilleur. Ce n'est plus du vin, c'est de l'ambroisie. Que des fanfarons vains et bavards se moquent et disent : de tous le plus délicieux est encore le vin de Phénicie! je n'y prends garde. Et le vin de Thasos aussi est généreux. Quand du moins il a vieilli maintes belles années! Je sais plus d'une autre ville encore où la vigne ruisselle aux vendantes, dont je fais cas, qu'il ne tient qu'à moi de nommer. Mais aucun vin, c'est tout dire, aucun n'est comparable au vin de Lesbos. Après cela, il y a des gens qui aiment à vanter ce qui vient le chez eux (Archestrate cité par Athénée). »
Cet enthousiasme du gastronome émérite était partagé de toute l'Antiquité. On renommait surtout les coteaux de Méthymne et d'Érésos, pour le goût délicieux et le parfum exquis de leurs vendanges. Les vignes de Lesbos n'étaient pas, comme en Grèce et en Italie, entrelacées aux ormeaux ou aux peupliers. Elles s'appuyaient sur des pieux peu élevés ou traînaient à terre : 
« Car, dit Longus, les vignes du vignoble de l'île sont toutes basses, au moins non élevées sur arbres fort hauts, tellement que les branches pendent  jusques contre terre, et s'étendent çà et là comme lierre, si qu'un enfant de mamelle, par manière de dire ,  atteindrait aux grappes. »
Pline dit que le vin de Lesbos était recommandé par les médecins à leurs malades comme un fortifiant; les Anciens lui trouvaient naturellement un goût de mer qu'ils prisaient beaucoup et que l'art n'obtenait des autres vins qu'à grand peine. Tous ces mérites lui donnaient le plus grand prix. Les Romains, qui avaient leur Falerne, le délaissaient pour le vin de Lesbos, que se disputaient aussi les marchés de la Grèce et de l'Égypte. (L. Lacroix).


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