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Kléber

Jean-Baptiste Kléber est un général français, né à Strasbourg le 9 mars 1753, assassiné au Caire (Egypte) le 14 juin 1800. Fils d'un maçon, orphelin de bonne heure, il dot son éducation à un curé, son parent, et vint étudier l'architecture à Paris sous la direction de Chalgrin en 1772. De retour à Strasbourg en 1775, il fut emmené à Munich par deux gentilshommes allemands, dont il avait pris la défense dans un café, et fut admis à l'École militaire de cette ville. Il entra dans le régiment de Kaunitz comme cadet le 1er octobre 1777 et devint enseigne le 19 novembre suivant et sous-lieutenant le 1er 1779. Ne prévoyant pas d'avenir pour lui, parce qu'il n'appartenait pas à la noblesse, Kléber donna sa démission le 22 février 1785 et revint en Alsace, où il obtint la place d'inspecteur des bâtiments publics de Belfort. Il dirigea, comme architecte, la construction du château de Granvillars et de l'hôpital de Thann. La Révolution lui rouvrit la carrière militaire.
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Kleber.
Kléber (1753-1800), par Ansiaux.

Enrôlé en juillet 1789 dans la garde nationale, il fut nommé, le 8 janvier 1792, adjudant-major au 4e bataillon des volontaires du Haut-Rhin et élu lieutenant-colonel en second, le 20 mai suivant. Attaché à l'armée du Rhin, il reçut l'ordre, le 28 mars 1793, de rentrer dans Mayence et fut promu chef de brigade, la 1er avril, par les représentants Rewbell et Merlin de Thionville. Il se distingua pendant le siège par sa bravoure et ses talents et dirigea de nombreuses sorties jusqu'à la capitulation de Mayence (23 juillet 1793). II partagea la disgrâce de ses chefs, fut arrêté et conduit à Paris, mais bientôt mis en liberté. Nommé général de brigade le 17 août 1793, il fut envoyé à l'armée des côtes de La Rochelle sous les ordres de Rossignol. Placé à l'avant-garde des Mayençais, il débuta par un combat malheureux à Torfou le 19 septembre 1793 et fut blessé d'une balle à l'épaule en sauvant sa colonne. Le 30, il prit sa revanche à Saint-Symphorien. Kléber passa à l'armée de l'Ouest le 1er octobre et battit les rebelles, le 15, à La Tremblaie et le 17 à Cholet. Ces brillants succès lui valurent la 17 octobre le grade de général de division. A la fin du même mois, il refusa le commandement en chef en remplacement de L'Echelle et se contenta de celui de la 1re division (5 novembre). Destitué le 27 novembre, il fut maintenu dans son poste par Carrier. Il battit les Vendéens, avec Marceau, au Mans, les 12 et 13 décembre, et à Savenay le 23 (Les Guerres de Vendée). 

Il resta ensuite quelque temps inactif, mais il fut envoyé à l'armée des Ardennes le 28 avril 1794. Le 24 mai, il remporta un succès signalé à Merbes-le-Château, puis passa à l'armée de Sambre-et-Meuse le 13 juin, sous les ordres de Jourdan. Dès lors, Kleber se montre aussi habile que brave, et la gloire de cette campagne lui revient en partie. Le 16 juin, il décida le succès du combat de Charleroi et, le 26, il contribua puissamment à la victoire de Fleurus. Il passa à l'armée du Rhin le 23 novembre et, durant le rude hiver de 1794, il dirigea le siège de Mayence. En mars 1795, il refusa le commandement de l'armée de Sambre-et-Meuse, mais, malgré ses répugnances, il dut, le 2 avril, prendre par intérim celui de l'armée-du Rhin, en remplacement du général Michaud, blessé, et y joindre, le 10, celui de l'armée de la Moselle. Dès l'arrivée de Pichegru, le 16, il cessa ses fonctions et revint à l'armée de Sambre-et-Meuse. Il passa le Rhin le 6 septembre 1795 et continua l'investissement de Mayence; rappelé par son chef, il voulut repasser le fleuve le 11 octobre et trouva le pont de Neuwied incendié par suite d'un ordre donné par Marceau et mal éxécuté. Il consola son jeune ami, qui était au désespoir, et tint tête victorieusement aux Autrichiens jusqu'à ce que ce pont fût rétabli et lui permit d'effectuer le passage (13 octobre). Le 8 décembre 1795, Kléber reçut le commandement Strasbourg, sa ville natale. Du 19 au 28 février 1796, il exerça par intérim les fonctions de général en chef de l'armée de Sambre-et-Meuse. 

Le 23 mai, il fut placé à la tête de l'aile gauche de cette armée, avec laquelle il allait acquérir une gloire nouvelle. Le 1er juin, il battit les ennemis à Uckerath et le 4 à Altenkirchen. Rappelé par Jourdan et attaqué par le général autrichien Kray le 19 juin à Uckerath, il le repoussa et continua sa retraite. llremporta des succès à Offheim (7 juillet), à Ober-Merl (9 juillet) et à Friedberg (10 juillet), et il s'empara de Francfort le 16 juillet. Le 31, il remplaça provisoirement dans le commandement de l'armée Jourdan malade, et en cette qualité, le 4 août, il s'empara de Bamberg et le 7, il culbuta les impériaux à Forchheim. Le 12 octobre 1796, Kléber refusa de nouveau le poste de général en chef auquel le Directoire l'avait nommé; le 28 novembre, il offrit sa démission et fut encore chargé de l'intérim du commandement le 14 décembre. Enfin, sa démission ayant été acceptée le 26, il quitta l'armée le 2 février 1797, passa par Strasbourg et alla jouir dans une petite maison de Chaillot, près de Paris, d'un repos bien mérité. 

Il s'occupait de rédiger ses Mémoires quand le 12 janvier 1798, il fut appelé à commander une des divisions de l'armée d'Angleterre. Kléber accompagna Bonaparte en Egypte (mai 1798). A peine débarqué, le 2 juillet 1798, il dirigea l'attaque d'Alexandrie. N'écoutant que son courage, il gravit la brèche avec ses soldats et tomba frappé d'une balle à la tête. La gravité de cette blessure l'empêcha de prendre une part active aux premières opérations militaires et il dut se contenter du commandement de la ville et de la province d'Alexandrie. L'état de sa santé et les ennuis de sa situation sédentaire lui firent demander à rentrer en France (septembre 1798), mais Bonaparte, qui ne voulait pas se priver d'un si précieux lieutenant, rappela au Caire et le persuada de rester près de lui (22 octobre). C'est à lui qu'il confia le commandement de cette ville pendant son absence (24 décembre 1798 au 7 janvier 1799), et enfin il l'emmena dans son expédition de Syrie. 

Kléber se montra digne de sa haute réputation; il marcha sur Jaffa le 28 février 1799, occupa Caïffa au pied du Mont-Carmel le 17 mars, puis rejoignit Junot à Nazareth le 10 avril. Le 16 du même mois, il fut attaqué au Mont-Thabor par les Mamelouks et remporta une des plus glorieuses victoires de la campagne. Quand on leva le siège de Saint-Jean d'Acre, il eut la tâche ingrate de couvrir la retraite avec sa division. Il rentra à Damiette par le lac de Menzaleh. Appelé pour coopérer aux opérations militaires, il arriva trop tard, le 25 juillet, pour prendre part à la bataille d'Aboukir et il rentra à Damiette le 4 août. 

Quand Bonaparte abandonna son armée secrètement pour rentrer en France et perpétrer son coup d'Etat du 18 brumaire, il désigna comme son successeur Kléber (21 août 1799). Celui-ci, averti par une lettre, laissa exhaler l'indignation qu'il ressentait de la conduite de son ancien chef, mais il n'en assuma pas moins la charge du commandement, que Bonaparte, devenu premier consul, lui confirma par un brevet en date du 15 novembre 1799. Kléber, découragé, menacé par un ennemi toujours plus nombreux et jaloux de conserver son armée à la France, négocia l'évacuation de l'Egypte avec les Anglais. Le 24 janvier 1800, il signa avec l'amiral Sidney Smith la convention d'El-Arich, mais, au moment où il allait quitter Le Caire, il reçut de l'amiral Keith une lettre l'informant que le gouvernement britannique ne ratifiait la convention que si l'armée française mettait bas les armes et se rendait prisonnière de guerre. Ce manque de foi rendit à Kléber toute son énergie. Il fit publier aussitôt la lettre de l'amiral anglais et n'y ajouta que ces mots désormais historiques :

« Soldats, on ne répond à une telle lettre que par des victoires; préparez-vous à combattre. » 
Puis il marcha contre les Turcs et les battit complètement à Héliopolis le 20 mars 1800. Après cette glorieuse réponse à ses ennemis, Kléber s'assura par un traité l'alliance de Mourad Bey, le plus habile adversaire de la France (15 avril), et reprit Le Caire, où avait éclaté une insurrection (25 avril). Il mettait tous ses soins à consolider la situation de son armée et à assurer la conquête de l'Egypte quand un événement imprévu termina sa carrière. Etabli à Gizeh, il vint, le 14 juin 1800, déjeuner au Caire chez le général Damas, son ami et son chef d'état-major. Il sortait de la maison quand un jeune agent ottoman, nommé Soleyman, le frappa de six coups de poignard. Kléber tomba et mourut presque sur-le-champ. Le même jour, son compagnon d'armes Desaix périssait héroïquement dans la plaine de Marengo. La mort de Kléber amena la perte de d'Egypte. 

Kleber était de haute stature, avait une figure imposante et une voix douce ou grave, suivant les circonstances. Ses camarades disaient que c'était le dieu Mars en uniforme, et Bonaparte s'écriait : 

« Rien n'est beau comme Kleber un jour de combat. » 
La postérité a gardé fidèlement la mémoire d'un des plus grands capitaines de la Révolution, à côté de ses émules de gloire, Hoche, Marceau, Desaix et Joubert. 

En juin 1801, les restes de l'illustre guerrier furent ramenés en France par le général Belliard et déposés au château d'If, d'où ils furent transportés, en 1818, à Strasbourg. Kleber reposa désormais dans un caveau construit au milieu de la place d'Armes et sur lequel ses compatriotes lui érigèrent une statue en bronze, inaugurée le 14 juin 1840, date anniversaire de sa mort. (Etienne Charavay).

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Dictionnaire biographique
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