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Jean Ier, duc de Berry

Jean de France, duc de Berry est né le 30 novembre 1340, mort le 15 juin 1416. Il était le troisième fils de Jean II, roi de France, et de Bonne de Luxembourg. Il naquit au château du Bois de Vincennes. Son premier titre fut celui de comte de Poitiers, que lui donna son père, au mois de mai 1356. En même temps, il le nomma son lieutenant dans les pays situés au delà de la Loire et dans le Languedoc, mais ce fut le comte d'Armagnac, Jean ler, qui gouverna ces provinces en son nom.

Le jeune prince reçut une instruction remarquable. De même, que son frère aîné, le roi Charles V, il aima toujours les lettres et les arts. Il avait une grande vivacité d'esprit et égalait, dit-on, s'il ne les surpassait en éloquence, les plus célèbres orateurs de son temps. Il n'avait pas encore seize ans quand il eut à défendre contre les Anglais l'apanage qu'il venait de recevoir. Il fit ses premières armes a la désastreuse journée de Poitiers (19 septembre 1356). Avec ses frères aînés, Charles, duc de Normandie et Louis, plus tard duc d'Anjou, il commandait une des trois batailles de l'armée française (La Guerre de Cent Ans). Au premier choc il s'enfuit, comme eux, pendant que son jeune frère, Philippe, combattait aux côtés du roi Jean, qui fut fait prisonnier. Charles, duc de Normandie, régent pendant la captivité du roi, nomma aussi le jeune comte de Poitiers lieutenant-général dans les pays situés au delà de la Dordogne et dans le Languedoc (décembre 1357), puis dans l'Auvergne, le Périgord et le Poitou (janvier 1358), et lui donna le comté de Mâcon (mai 1359). A l'époque du traité de Brétigny (mai 1360), Jean se rendit dans le Languedoc. Là, il se laissa diriger par le comte d'Armagnac, Jean ler, et eut à lutter contre Gaston III Phoebus, comte de Foix, ennemi de ce seigneur. C'est alors qu'il épousa Jeanne d'Armagnac, fille aînée du comte Jean Ier, le 24 juin 1360, à Carcassonne. Après avoir fait la paix avec le comte de Foix, grâce au maréchal de Boucicaut (juillet 1360), il alla retrouver à Calais son père, qui fut mis en liberté le 25 octobre suivant. Comme il avait perdu le Poitou, cédé aux Anglais par le traité de Brétigny, il reçut en apanage l'Auvergne et le Berry, érigés en duchés-pairies (fin d'octobre 1360). Dès lors il prit le titre de duc de Berry, qu'il porta jusqu'à la fin de sa vie.

A la même époque, il fut emmené captif en Angleterre, avec son frère Louis, duc d'Anjou, son oncle Philippe, duc d'Orléans, et beaucoup d'autres seigneurs, qui devaient rester en otage jusqu'à ce que la rançon de Jean II fût entièrement payée. II conserva néanmoins le gouvernement nominal du Languedoc, réduit aux sénéchaussées de Toulouse, de Carcassonne et de Beaucaire, par suite des pertes que la France venait de subir. En 1361, il obtint même la permission d'aller passer quelque temps dans cette province, puis il retourna en Angleterre. Après deux ans de captivité, les princes des fleurs de lys conclurent à Londres, avec Edouard III, un traité par lequel ils s'engageaient à lui donner des terres et de l'argent pour recouvrer leur liberté (mai 1363). N'ayant pu tenir leurs engagements, ils restèrent captifs, excepté le duc d'Anjou, qui s'enfuit (1363). Le duc de Berry demeura donc auprès de son père, qui, revenu en Angleterre, mourut à Londres le 8 avril 1364. Peu après, Charles V donna le gouvernement du Languedoc au duc d'Anjou (19 mai 1364). En 1367, le duc de Berry vint en France pour s'occuper de sa rançon. Il différa son retour sous divers prétextes, et Charles V ayant rompu le traité de Brétigny, il ne retourna pas en Angleterre. Il prit part à la guerre contre les Anglais, avec Du Guesclin et le duc d'Anjou, dans le Poitou, l'Angoumois, la Saintonge, l'Aunis et autres pays de l'Ouest, dont le roi, son frère, lui avait donné la lieutenance-générale (1369-1373).
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Jean, duc de Berry (Livre d'Heures).
Le duc de Berry à table. Détail d'une miniature de ses Très Riches Heures (janvier).

La médiocrité de ses talents et la nature de ses goûts ne lui permirent pas de jouer un rôle bien remarquable à côté de ses frères, plus audacieux, plus actifs ou plus habiles. Charles V lui restitua, en 1373, le Poitou, repris aux Anglais, mais, quand il rendit sa fameuse ordonnance sur la majorité des rois (août 1374), il n'assigna aucune fonction au duc de Berry, tandis qu'il réservait la régence et la tutelle au duc d'Anjou et au duc de Bourgogne. Le duc de Berry se consolait de cette infériorité en se livrant à ses goûts pour le luxe et pour les plaisirs, pour les arts et pour les lettres, tout en continuant de guerroyer contre les ennemis. En 1378, il allait, avec le duc d'Anjou, attaquer Bordeaux, quand il fut appelé contre le duc de Lancastre, qui menaçait Saint-Malo. Avec Du Guesclin, il marcha contre les Anglais et les repoussa (janvier 1379). Il assista, ainsi que le duc de Bourgogne, aux derniers moments de Charles V, qui lui recommanda son fils, puis au sacre de Charles VI (4 novembre 1380). Moins avide de pouvoir que ses deux frères, il se contenta du gouvernement du Languedoc, que le feu roi avait récemment enlevé au duc d'Anjou et donné à Gaston III Phoebus, comte de Foix (août 1380). Ce seigneur se révolta encore contre le duc de Berry, comme il l'avait déjà fait vingt ans auparavant. Soutenu par la noblesse, le peuple et les états de la province, il tint tête au nouveau gouverneur et à son beau-frère, Jean Il, comte d'Armagnac. Vainqueur au combat de Revel, le 16 juillet 1381, il conclut néanmoins avec le duc de Berry le traité de Capestang, au mois de décembre suivant, pour épargner à son pays de plus longues souffrances.

Cette soumission n'empêcha pas le duc de châtier et de pressurer avec une cruauté et une rapacité impitoyables les malheureuses populations déjà tyrannisées pendant seize ans par son frère (1364-1380). De tous côtés paysans et ouvriers prirent les armes. Alors éclata la formidable révolte des Tuchins ou Coquins (1382). Le duc les battit, les traqua sans pitié. Avant d'avoir pu étouffer cette insurrection, il fut appelé par ses frères pour combattre les Flamands, révoltés aussi contre leur seigneur, Louis de Male, beau-père du duc de Bourgogne. Il prit part à la bataille de Rosebeke, où les Flamands furent vaincus (11 novembre 1382), puis à la répression sanglante infligée aux Parisiens, qui s'étaient également mutinés. Les Etats du Languedoc, réunis à Lyon, durent voter, comme ceux des pays de Langued'oil, le rétablissement des taxes arbitraires et, en outre, une somme de 300,000 francs pour payer l'amende exigée par le duc de Berry (1383). En 1384, il alla négocier, à Leulinghen, près de Calais (arr. de Boulogne), une trêve avec le duc de Lancastre (26 janvier). C'est alors qu'il aurait poignardé, dit-on, pendant une querelle, le comte de Flandre, qui mourut le 20 janvier 1384, mais cette accusation est dénuée de fondement. 

Le duc de Berry se rendit ensuite à Avignon, en passant par le Poitou et l'Auvergne, pour écraser la révolte des Tuchins, qui s'était, propagée jusque dans ces provinces (avril 1384). Après avoir conféré avec Clément VII et châtié cruellement les rebelles, le duc revint à Paris. Il voulut faire arrêter P. de Craon, qu'il accusait d'avoir retenu l'argent destiné au duc d'Anjou, mort en Italie le 24 septembre 1384. Il assista au mariage de Charles VI avec Isabeau de Bavière, qui eut lieu à Amiens, le 17 juillet 1385. D'après J. Jouvenel des Ursins, il aurait failli être empoisonné, vers cette époque, par un agent secret du roi de Navarre, Charles le Mauvais. Envoyé de nouveau à Calais, pour reprendre les négociations avec le duc de Lancastre, il ne réussit pas et la guerre recommença. Il établit alors, comme capitaine-général en Guyenne et Languedoc, son neveu Jean III, comte d'Armagnac (octobre 1385). L'année suivante, il fit manquer, par ses lenteurs calculées, une expédition préparée, à grands frais, contre l'Angleterre, dans les ports de Flandre (octobre 1386). On alla jusqu'à dire qu'il avait reçu, pour cela, beaucoup d'argent des ennemis. Le connétable de Clisson n'en continuait pas moins les préparatifs qu'il avait commencés, de son côté, pour cette entreprise, quand il fut arrêté traîtreusement par le duc de Bretagne, Jean IV de Montfort, partisan de l'Angleterre (juin 1387). 

Le duc de Berry, jaloux de la grande influence du connétable sur le jeune roi, ne fit rien pour venir en aide à Clisson. Il voulait bien partager le pouvoir avec le duc de Bourgogne, mais non avec le connétable et avec les anciens ministres du sage roi Charles V, qui étaient encore auprès de Charles VI, comme P. de Montagu, cardinal-évêque de Laon, Bureau de La Rivière, etc. Au retour d'une expédition aussi coûteuse qu'inutile contre le duc de Gueldre, le duc de Berry et son frère, accusés d'avoir causé ce nouvel échec par leurs fautes, furent disgraciés. Les conseillers de Charles VI, les Marmousets, devinrent tout-puissants. Le duc de Berry se vit enlever le gouvernement du Languedoc, vers la fin de 1388, bien qu'il y eut été prorogé pour six ans, par lettres du 16 août de la même année. Il garda une profonde rancune aux auteurs de cette révolution de palais. L'un d'eux, P. de Montagu, mourut peu après, empoisonné, dit-on.

Le duc de Berry assista au mois d'août 1389, à l'entrée solennelle de la reine Isabeau de Bavière à Paris. Il ne put empêcher le jeune roi d'aller faire lui-même une enquête dans le Languedoc (novembre 1389). Cette enquête révéla des abus monstrueux. Charles VI fit arrêter les principaux officiers de son oncle. Le plus compromis d'entre eux, Bétisac, fut condamné à mort et brûlé à Toulouse (décembre 1389), quoique le duc de Berry eût fait tous ses efforts pour le sauver. Un des réformateurs du Languedoc, l'archevêque de Nîmes, étant mort à cette époque, le duc de Berry fut encore soupçonné de l'avoir fait empoisonner. Il essayait, malgré tout, de se maintenir auprès de Charles VI, en dissimulant sa haine contre les Marmousets. Il y trouvait d'ailleurs son profit. C'est ainsi qu'il reçut une forte somme de Mathieu, vicomte de Castelbon, pour lui faire obtenir l'investiture du comté de Foix, après la mort de son oncle, Gaston Phoebus (1391). En 1392 (janvier) il ménagea au duc de Bretagne, Jean IV, un rapprochement avec Charles VI et, d'autre part, une réconciliation avec Clisson et son gendre, Jean de Blois, comte de Penthièvre, ennemi des Montfort. Peu après, une tentative d'assassinat était dirigée contre Clisson par P. de Craon, réconcilié alors avec le duc de Berry, qui connaissait bien ses projets et ne fit rien pour empêcher le crime (3 juillet 1392). 

Charles VI ayant voulu marcher contre le duc de Bretagne, qui avait donné asile au meurtrier, le duc de Berry le suivit, après avoir essayé vainement de le retenir. Quand le roi fut frappé de démence, pendant cette expédition (5 août 1392), il était auprès de lui et il le ramena au Mans, puis à Paris. Alors les ducs ressaisirent le pouvoir et se vengèrent des Marmousets. La jeune duchesse de Berry obtint cependant la grâce de Bureau de La Rivière, qui avait contribué à son mariage. Il est fort douteux que le duc de Berry ait osé reprendre, comme on l'a dit, le gouvernement du Languedoc, dès cette époque, tant il y était exécré. D'ailleurs il dut céder le pas au duc de Bourgogne, plus hardi, plus ambitieux, et au jeune duc d'Orléans, frère de Charles VI. Néanmoins, son rôle ne fut pas sans importance. Il prit part, avec le duc de Bourgogne, en 1393, aux conférences de Leulinghen, qui aboutirent à une nouvelle trêve (mai 1394) et préparèrent un rapprochement plus marqué avec l'Angleterre. C'est alors qu'il recommandait au religieux de Saint-Denis, l'historiographe anonyme de Charles VI, de bien noter tout ce qui se passerait aux conférences, pour consigner exactement ces détails dans sa chronique. 

Dans l'affaire du schisme, il prit parti pour Clément VII, sans pouvoir empêcher Clémangis et l'Université de Paris de proposer à la fois la déposition de cet antipape et de Boniface IX. Il ne réussit pas mieux à intimider Benoît XIII, élu après la mort de Clément VII (16 septembre 1394) et qui refusa d'abdiquer. En 1396 (mars), il négocia une trêve de vingt-huit ans avec le jeune roi d'Angleterre, Richard II, et le mariage de ce prince avec Isabelle, seconde fille du roi de France. Il accompagna ensuite Charles VI dans l'entrevue qu'il eut, entre Guines et Ardres, avec Richard II au moment du mariage (fin d'octobre 1396). En 1399, il fut sur le point de marier une de ses filles avec le duc de Lancastre, alors exilé et qui, peu après, renversa Richard II D'accord avec le duc de Bourgogne, il fit même reconnaître l'usurpateur, devenu roi d Angleterre, sous le nom de Henri IV (septembre 1399). En 1401 (mai), il reprit le gouvernement de la Guyenne et du Languedoc, mais il ne retourna pas dans le pays et s'y fit représenter par son gendre, Bernard d'Armagnac.

Il intervint, à cette époque, dans la rivalité ardente qui allait mettre aux prises les ducs d'Orléans et de Bourgogne. Il les réconcilia une première fois, dans une entrevue qui eut lieu chez lui, à l'hôtel de Nesle, le 14 janvier 1402, mais il n'abandonna pas, pour cela, le duc de Bourgogne, son frère. Quand Philippe le Hardi mourut (27 avril 1404) le duc de Berry était lui-même fort malade à son château de Bicêtre. Il éprouva un vif chagrin et parut se repentir de ses méfaits, ce qui ne l'empêcha pas de revenir bientôt aux mêmes agissements. Pendant la lutte qui éclata ensuite entre ses neveux, Louis d'Orléans et le nouveau duc de Bourgogne, Jean sans Peur, le duc de Berry continua son rôle de médiateur, en inclinant plutôt vers le duc de Bourgogne. C'est ainsi qu'il approuva Jean sans Peur d'avoir enlevé et conduit à Paris le dauphin Louis, pour le soustraire au duc d'Orléans et à la reine Isabeau, son alliée (août 1405). Les deux princes, maîtres de la capitale, rendirent alors aux Parisiens les droits qui leur avaient été ôtés en 1383 et le duc de Berry fut nommé capitaine de Paris. La guerre civile allait commencer, quand il parvint à réconcilier ses deux neveux (16 octobre 1405). Ce ne fut pas pour longtemps. Le duc d'Orléans, après une expédition malheureuse contre les Anglais en Guyenne (1406), étant revenu à Paris (janvier 1407), se brouilla encore avec Jean sans Peur. Le 20 novembre, le duc de Berry opéra un nouveau rapprochement entre les deux rivaux, qui entendirent la messe et communièrent ensemble. Le 22, il les réunit dans un festin, pour achever leur réconciliation. Le lendemain, le duc d'Orléans était assassiné.
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Jean, duc de Berry.
Jean de France, duc de Berry. Statue dans la cathédrale de Bourges.
© Photo : Serge. Jodra, 2009.

Le duc de Berry se trouvait dans une situation embarrassante. « Je perds aujourd'hui mes deux neveux », s'écria-t-il quand le meurtrier lui eut lui-même avoué son crime. Il assembla plusieurs fois le conseil du roi à l'hôtel de Nesle et refusa d'y recevoir Jean sans Peur, mais il n'empêcha pas sa fuite. Quand le duc de Bourgogne voulut revenir à Paris, son oncle alla le trouver à Amiens et fit de vains efforts pour le détourner de ce projet. Il ne fut pas plus écouté à Saint-Denis, où il vint lui défendre, au nom du roi, d'entrer dans la capitale. Le 8 mars 1408, il entendit, à l'hôtel Saint-Paul, l'impudente justification de Jean sans Peur par le cordelier Jean Petit, puis, le 11 septembre, au Louvre, les éloquentes accusations portées par l'abbé de Sérisy contre l'assassin de L. d'Orléans, au nom de sa veuve et de ses enfants. Peu après, il suivit à Tours le roi, la reine et le dauphin (novembre 1408). Il essaya encore d'empêcher la guerre civile en réconciliant les fils de L. d'Orléans avec Jean sans Peur, par le traité de Chartres (9 mars 1409). Il ne semble pas qu'il ait fait de sérieux efforts pour soustraire à la vengeance du duc de Bourgogne le grand-maître Jean de Montaigu, dont le frère, Gérard, était son chancelier. 

Après le supplice de Montaigu (17 octobre 1409), le duc de Bourgogne apaisa, dit-on, le ressentiment de son oncle, en lui donnant une part de ses dépouilles. Le duc de Berry conseilla lui-même de confier à Jean sans Peur la garde et le gouvernement du dauphin (27 décembre 1409). Malgré toutes ses complaisances, le duc de Bourgogne lui témoigna peu de gratitude et voulut accaparer tout le pouvoir. Alors le duc de Berry se laissa gagner par les princes d'Orléans et leurs partisans, dont le chef était son gendre, Bernard d'Armagnac. Il entra dans la ligue de Gien, formée contre le duc de Bourgogne (15 avril 1410) et prit part à la première guerre entre les Armagnacs et les Bourguignons. C'est à son château de Bicêtre que fut conclu le traité du 2 novembre 1410, qui termina cette guerre. Les hostilités ayant bientôt recommencé, le duc de Berry vint, avec les Armagnacs, guerroyer aux environs de Paris (septembre-novembre 1411). Il perdit alors la popularité dont il jouissait auprès des Parisiens. Ils lui enlevèrent la capitainerie de leur ville saccagèrent l'hôtel de Nesle et allèrent, avec le boucher Legoix, incendier le magnifique château de Bicêtre. Traité comme rebelle, il perdit encore le gouvernement du Languedoc (1411). L'année suivante, il fut assiégé dans sa ville de Bourges par le roi, le dauphin et le duc de Bourgogne. C'est là que les chefs du parti Armagnac signèrent deux traités, l'un le 10 juin, avec le roi d'Angleterre, qui leur envoya des secours, l'autre le 15 juillet avec les Bourguignons. 

Le duc de Berry revint ensuite à Paris (septembre 1412). Un peu plus tard, il s'interposa encore, comme médiateur entre les Armagnacs et les Bourguignons, toujours ennemis, malgré le traité de Bourges. Il blâma les violences de Jean sans Peur et les excès de ses alliés, les Cabochiens. Il assista, le 25 mai 1413, à la séance royale où fut promulguée la fameuse ordonnance cabochienne, élaborée par l'Université de Paris. Il négocia le traité de Pontoise (31 juillet 1413) dans le but de réconcilier les deux factions rivales, puis, avec l'avocat-général J. Jouvenel des Ursins, il provoqua une réaction victorieuse de la bourgeoisie contre les Cabochiens, contraignit. Jean sans Peur à s'éloigner et put ainsi triompher les Armagnacs (août 1413). La capitainerie de Paris et le gouvernement du Languedoc lui furent rendus (21 octobre 1413) et il exerça quelque temps le pouvoir, au nom du roi et du jeune dauphin, Louis, duc de Guyenne. Il ne prit pas part à une expédition des Armagnacs contre Jean sans Peur, ni au traité d'Arras, qui la termina (4 septembre 1414). Au mois d'avril 1415, le dauphin se débarrassa de sa tutelle et voulut gouverner lui-même. Relégué un moment à Dourdan, le duc de Berry n'eut plus qu'un rôle secondaire. Malgré son grand âge, il voulut encore prendre les armes, quand Henri V envahit la France. II suivit le roi et l'armée à Rouen, mais il conseilla de ne pas livrer aux Anglais une grande bataille, qui pourrait être un nouveau désastre. Il obtint seulement qu'on n'y menât pas Charles VI. Revenu à Paris après la funeste journée d'Azincourt (25 octobre 1415), il y vécut encore quelque temps, dans son hôtel de Nesle. C'est là qu'il mourut, le 15 juin 1416, à l'âge de soixante-seize ans.

Quelques jours auparavant, le 7 juin, il s'était fait lire son testament, daté du 25 mai 1416. Il laissait de grandes richesses et des dettes considérables. Ses prodigalités, ses dépenses ruineuses avaient absorbé ses revenus, avec les sommes énormes qu'il s'était procurées par tous les moyens. N'ayant pas d'héritier mâle, il léguait ses domaines au roi et au dauphin. Les chroniqueurs du XVe siècle ont loué les grandes qualités qu'ils lui prêtent avec une complaisance ou une naïveté suspecte, mais il est plus juste de dire que, pendant sa longue carrière, il a fait beaucoup de mal, par son égoïsme et sa rapacité. Au lieu d'imiter en tout son frère Charles V, il n'avait guère cherché dans l'exercice du pouvoir que les moyens de satisfaire ses goûts pour le faste, le luxe, les constructions grandioses. Il avait fait bâtir ou achever de somptueux édifices : à Poitiers, le palais, le château situé à une des extrémités de la ville, vers le Clain, la cathédrale, la grosse tour de l'Horloge; à Bourges, le palais, la grosse tour et la Sainte-Chapelle, enrichie d'un merveilleux trésor; à Riom un autre palais et une Sainte-Chapelle; à Paris, l'hôtel de Nesle; aux environs de Paris, le château de Bicêtre (ou de Winchestre) qu'il releva de ses ruines. 

On peut citer encore le magnifique château de Mehun-sur-Yèvre (arrondissement de Bourges), ceux de Concressault (canton de Vailly-sur-Sauldre, arrondissement de Sancerre), de Nonette (canton de Saint-Germain-Lembron, arrondissement d'lssoire), et d'Usson (canton de Sauxillanges, arrondissement d'Issoire). Il avait encore plusieurs autres hôtels à Paris et aux environs. Ses résidences favorites étaient ornées, avec une prodigalité inouïe, de tout ce qui pouvait les embellir. Son testament contient l'inventaire de ces richesses. On y trouve une incroyable énumération de tapis précieux, de joyaux, de croix, de reliquaires, de tableaux et images d'or, de pierreries, d'armes, de coffrets, d'ustensiles de toute sorte. Il n'aimait pas moins les beaux manuscrits, artistement enluminés. Il en avait réuni un grand nombre, bibles, psautiers, ouvrages latins, français, italiens, romans, chroniques, histoires, cartes, mappemondes, dont la plupart étaient au château de Mehun-sur-Yèvre, d'où ils furent transportés à Paris, à l'hôtel de Nesle. Il avait ainsi rendu de véritables services aux arts et aux lettres. Beaucoup de ses manuscrits se trouvent encore à Paris, à la Bibliothèque nationale, notamment son magnifique psautier (manusc. franç. 13091). Le joyau de sa bibliothèque était un livre d'Heures (Les Très Riches Heures du duc de Berry) conservé aujourd'hui au musée Condé (château de Chantilly).

Selon ses dispositions testamentaires, le duc de Berry fut inhumé dans la Sainte-Chapelle du palais de Bourges, qu'il avait ornée avec tant de prédilection. Il avait d'ailleurs fait de riches dons à d'autres églises, à celles de Bourges, au monastère de Saint-Denis, à Notre-Dame-de-Paris. Sa statue en marbre blanc, placée autrefois sur son tombeau, se trouve aujourd'hui dans la crypte de la cathédrale de Bourges. Il était surnommé le Camus. Sa devise était : le temps venra.

Après la mort de sa première femme, Jeanne d'Armagnac (mars 1387), le duc de Berry avait demandé vainement la main de Catherine de Lancastre, fille de Jean, duc de Lancastre, et petite-fille du roi Edouard III. Il épousa, en secondes noces (juin 1389), Jeanne, qui devint comtesse de Boulogne et d'Auvergne, après la mort de son père Jean II (28 septembre 1394). Sa première femme, Jeanne d'Armagnac, lui avait donné plusieurs enfants 1° Charles de Berry, qui épousa Marie de Sully et mourut sans postérité avant 1382; 2° Jean de Berry, qui mourut aussi sans enfants, après avoir épousé Catherine de France, fille de Charles V, puis Anne de Bourbon, fille de Jean de Bourbon, comte de la Marche; 3° Louis de Berry, qui mourut après 1383; 4° Bonne de Berry, mariée en décembre 1376, au comte de Savoie, Amédée VII, puis, en décembre 1393, à Bernard VII d'Armagnac, plus tard connétable de France; 5° Marie de Berry, mariée d'abord à Louis III de Châtillon, comte de Dunois, puis, en janvier 1392, à Philippe d'Artois, comte d'Eu, enfin, en juin 1400, à Jean ler, duc de Bourbon. Quant à la seconde femme du duc de Berry, Jeanne de Boulogne, elle ne lui donna pas d'enfants. (E. Cosneau).

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Dictionnaire biographique
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