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Jamaïque
Jamaica

18 15 N, 77 30 W
La Jamaïque est une des Grandes Antilles. C'est une ancienne colonie britannique, indépendante depuis 1962. Elle est située  dans la mer des Antilles, à 140 kilomètres au Sud de Cuba, 185 kilomètres à l'Ouest de Haïti, dont la sépare le passage des Vents, à 635 kilomètres du continent américain (cap Gracias a Dios) à 960 kilomètres au Nord de Colon (isthme de Panama), entre 17° 40' et 18°30 de latitude Nord, 78°30' et 88°50' de longitude Ouest. De forme ovale, elle mesure 225 kilomètres de l'Est à l'Ouest, du cap Morant au cap Negril, 50 à 60 kilomètres du Nord au Sud. Elle a 10 991 km², 2 758 000 habitants (2006).

Les côtes ont un développement de 1022 km kilomètres (525 km, en négligeant les petites indentations du littoral). Au Nord, elles sont hautes et accores, au Sud très découpées. On y trouve, à partir du cap Morant : au large de ce cap, le vaste banc de sable des Hormigas, long de 18 kilomètres, à 75 kilomètres de l'île; les quatre îlots des Cayes Morant ou la Ranas (qui furent occupés par les Anglais pendant un siècle, à partir de 1862) ; sur le littoral septentrional, la baie de Manchioneal, le double mouillage de Port Antonio, les baies Hope, Buff, Annetta, la pointe Blowing, Port Maria, la pointe Gallina; puis les baies Ocho Rios, Saint Ann encombrée d'écueils, du Rio Bueno, le port de Falmouth, la mauvaise baie de Montego, l'excellent port de Mosquito, le bon mouillage de l'anse de Lucea, celle de Davis, la baie Orange; entre les deux caps Negril s'ouvre la baie Long. Après le cap Negril du Sud, la côte tourne vers l'Est; on y trouve les baies de Savanna la Mar, de Bluefields, les écueils et pointes Saint John et Crab Pond, l'estuaire du Black River, la pointe Great Pedro Bluff, la lagune Swift, la baie de Carlisle; la presqu'île de Portland, avec son cap, le plus méridional de la Jamaïque abrite la baie de Portland ou Old Harbour, renfermant les mouillages de West Harbour, Peake Bay, Salt River, Great Wharf, Long Wharf, et fermée à l'Est par la pointe Saint George; les bancs de Portland, Half Moon et du Pélican couvrent la baie du côté de la mer; au fond est Great Island. Derrière une nouvelle saillie du rivage, on arrive à la baie de Port Royal, au fond de laquelle s'ouvre la rade de Kingston isolée par une langue de terre longue de 14 kilomètres ; on y accède par deux passes, dont la principale n'a, en un point, que 50 m de large; les bas-fonds sont nombreux et redoutés; tout ce rivage est semé d'écueils au large des pointes Plum, Yallah, des baies Morant et Port Morant; il est bas et marécageux. On compte dans l'île entière seize ports et une trentaine de mouillages plus ou moins abrités.

La Jamaïque est très montueuse, comme Haïti dont elle prolonge la presqu'île Sud-Ouest. Les montagnes de l'intérieur sont difficiles à franchir et séparent les versants septentrional et méridional. Elles sont très pittoresques et atteignent leur plus grande altitude vers l'Est, dans les montagnes Bleues (2256 m, à Mountain Peak), qui sont admirablement boisées; les plus hauts pics sont le Great Cascade et le Cold Ridge. A l'Ouest du mont Sainte Catherine (1362 m), l'altitude ne dépasse guère 1000 m. Dans les chaînons du centre domine le Bull Head (957 m), à l'Ouest le Dolphin Head (1052 m). Le noyau de l'île est de formation volcanique; mais des roches métamorphiques, des sédiments crétacés et calcaires tertiaires l'ont recouvert. Au Nord-Ouest, on voit un volcan éteint; les alluvions des vallées sont peu étendues, très fertiles. Les filons métalliques sont nombreux (cuivre, argent, plomb, zinc, etc.), mais pauvres. Dans le plateau calcaire se perdent les eaux qui rejaillissent près de la mer.

Carte de la Jamaïque.
Carte de la Jamaïque. Source : The World Factbook.
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L'île est arrosée par 114 rivières ou ruisseaux, dont un seul (le Black River) est navigable sur quelques kilomètres. Les principaux cours d'eau sont : le Great River (40 km), qui aboutit à la baie de Montego; le Black River (70 km), le Minho (60 km), le Cobre qui se jette dans la baie de Kingston.

Le climat est très égal : la température moyenne annuelle est à Kingston de +26° et l'écart moyen entre le mois le plus chaud et le plus froid atteint à peine 3°. On voit de la glace sur les hautes cimes à la fin de l'hiver. La chute d'eau annuelle varie de 900 à 3750 mm; elle est de 1220 à Kingston; il pleut plus au Nord, qu'au Sud et surtout en mai et en octobre. Les alizés du Nord-Est, surtout à l'Est de l'île, la brise de terre d'août à octobre, le vent du Nord, de novembre à janvier, sont les vents dominants. Les orages sont fréquents de mai à octobre; ouragans et cyclones sont très dangereux, particulièrement en septembre et octobre. 

L'histoire de la Jamaïque. -  La Jamaïque a conservé un nom indigène (Xaymaca, pays des sources). Christophe Colomb, qui la découvrit le 5 mai 1494 l'appella Santiago. Les habitants étaient des Indiens pacifiques, qui n'étaient pas des Caraïbes. En 1509, Diego Colomb, confirmé dans son gouvernement d'Hispaniola, fit occuper la Jamaïque par don Juan d'Esquivel en opposition avec Alonzo de Ojeda qui revendiquait l'autorité royale. Les Espagnols fondèrent Oriston et Santiago de la Vega au Sud, Sevilla de Oro au Nord, Mililla vers l'Est. La population indigène fut exterminée et remplacée par des esclaves amenés d'Afrique. En 1596, l'amiral anglais Shirley pilla l'île; sous Charles Ier le colonel Jackson y parut. En mai 1655, les amiraux Penn et Venables, envoyés par Cromwell, s'en emparèrent. Un retour offensif des Espagnols fut repoussé en mai 1658, mais il fallut combattre durant un siècle et demi les esclaves en fuite, qui s'étaient réfugiés dans les montagnes. En 1661, l'Angleterre donna à l'île un gouverneur, le colonel d'Oyley, et un conseil électif; la Jamaïque demeura un quartier général des boucaniers.

En 1670, l'Espagne ayant formellement cédé l'île aux Anglais, ceux-ci se débarrassèrent des boucaniers et organisèrent la Fourth ou Royal African Company pour la traite esclavagiste (1672). L'année suivante, on dénombrait 7768 Blancs et 9504 Noirs. Les colons étaient presque autonomes; les privilèges de leur assemblée élective furent restreints en 1678, rétablis en 1682; ce fut seulement en 1728 qu'on consentit à payer à l'Angleterre un tribut annuel de 8000 livres (réduit ensuite à 6000) et à accepter les lois anglaises. La lutte contre les Noirs insoumis des montagnes continuait; en 1730, ceux-ci dirigés par Cadjoc faillirent conquérir l'île entière; on les fit traquer par des chiens dressés à cet effet (bloodhounds) et des Indiens Mosquitos. De 1680 à 1786, les planteurs anglais importèrent d'Afrique 2 130 000 esclaves, 700 000 de 1786 à 1807. L'oppression des esclaves était atroce et engendra des révoltes noyées dans le sang, les principales en 1795 et 1832. En 1782 et 1806, les Français attaquèrent l'île sans succès. La révolte de 1832 détermina le Parlement anglais à voter l'abolition de l'esclavage dans ses colonies (1833), une forte indemnité payée aux planteurs jamaïcains; leur assemblée accepta l'émancipation en 1838.

La mésintelligence persistante entre les autonomistes locaux et le gouvernement de la métropole finit par l'assimilation de la Jamaïque aux autres colonies et la perte de ses franchises. Cette révolution fut le résultat de l'insurrection des Noirs contre lesquels on maintenait des règlements oppressifs. Refusant de s'y soumettre, ils avaient en grande partie abandonné les plantations des blancs pour se retirer dans les régions incultes de l'intérieur. Les planteurs voulurent les en expulser. Une éviction accomplie à Port Morant (octobre 1865) provoqua une prise d'armes. Le gouverneur Eyre et les Blancs en profitèrent pour déclarer l'état de siège, massacrer 2000 Noirs et Métis, en exécuter 330 dont un membre de la Chambre, fouetter des femmes, brûler plus de 1000 maisons, etc. Eyre fut rappelé, mais non puni, et son successeur Storks ne châtia pas ces crimes; mais on reconnut la nécessité de restreindre l'autonomie. Une nouvelle constitution fut donnée à l'île et acceptée par elle (décembre 1866). L'ancienne constitution, qui avait duré deux siècles, comportait, outre le gouverneur, un conseil privé et un conseil législatif, une assemblée élective de 47 députés avec un comité exécutif. 

La Jamaïque a obtenu sa pleine indépendance, au sein du Commonwealth britannique, en 1962. Les conditions économiques s'y sont détériorées pendant les années 1970 et ont débouché sur l'apparition d'une violence récurrente, elle-même à l'origine d'une forte baisse de l'activité touristique. La violence politique, attisée par le trafic de drogue, a continué de troubler les élections et le reste de la vie institutionnelle dans les années 1990. (A.-M. B.).

L'économie jamaïcaine est fortement dépendante du secteur des services, qui représentent actuellement  60% du PIB. Le pays doit la majeure partie de ses devises étrangères aux reversements de ses expatriés, au tourisme, et à ses exportations de bauxite/alumine. La Jamaïque a subi le contrecoup de la baisse d'activité américaine après les attaques terroristes du 11 septembre 2001 contre les États-Unis. La croissance a repris modérément  en 2003-2004, avec le retour de bonnes saisons touristiques. Mais l'économie fait face à des problèmes à long terme sérieux : dette importante,  instabilité des taux de change, considérable déficit du commerce extérieur, etc. S'y ajoutent le très fort taux de chômage et de sous-emploi et les conséquences persistantes du marasme connu par le secteur financier dans les années 1990. Les tentatives du contrôle des déficits menées au tout début des années 2000 ont échoué à la suite du passage de l'ouragan Ivan, en septembre 2004. Depuis, le pays compte surtout sur le tourisme pour redémarrer sa croissance.


Bruno Blum, Le Rap est né en Jamaïque, Le Castor Astral, 2009.
2859207996
Le rap et le remix ont bouleversé la musique populaire mondiale. Selon une idée convenue, le rap serait né à New York. Or ses origines jamaïcaines et ses premiers succès internationaux, bien avant les tubes américains, étaient jusqu'ici presque passés sous silence. Contrairement aux poncifs, ces pratiques essentielles ont presque entièrement été créées et perfectionnées en Jamaïque. Elles figuraient au coeur de la musique populaire de l'île bien des années avant d'être reprises par des musiciens non jamaïcains et d'être livrées au grand public. Ce livre raconte l'extraordinaire histoire de la culture Dl jamaïcaine, du reggae au remix. La pratique du rap sur des disques instrumentaux remonte à 1950 en Jamaïque. Elle a été introduite dans le Bronx par le jamaïcain Kool Herc et ses compatriotes. Rétablissant la réalité historique, Bruno Blum permet enfin de rendre justice à des artistes jamaïcains comme King Stitt, U Roy ou Dillinger dont le "Cocaine in my Brain" fut un succès international dès 1976. L'immense contribution de la Jamaïque à la musique populaire mondiale ne doit plus être victime de la désinformation du géant américain. (couv.).
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