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L'histoire de l'Italie
L'Italie de 1815 à 1900
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Restauration des anciens souverains et domination autrichienne

Les traités de 1815, oeuvre du congrès de Vienne, restaurèrent en Italie l'ancien ordre de choses, en l'aggravant toutefois par le rétablissement d'une disposition fatale du traité de Campo Formio. François II, empereur d'Autriche, recouvra, avec son domaine lombard, la Vénétie, accrue d'une bande de territoire pontifical sur la rive gauche du Pô. Il s'attribua de plus le droit de garnison à Ferrare et à Comacchio dans les Etats de l'Eglise, à Plaisance dans les Etats de Parme. Des fortes positions de la Lombardo-Vénétie, formant une masse compacte avec le reste de son empire, il pesait sur toute la péninsule. Ferdinand III, archiduc d'Autriche, rentra dans le grand-duché de Toscane, augmenté des Présides, de l'île d'Elbe et de Piombino. Un autre archiduc, François IV, héritier de la maison d'Este, prit possession du duché de Modène: sa mère, Marie-Béatrice, devait conserver jusqu'à sa mort Massa et Carrare. L'archiduchesse Marie-Louise, ex-impératrice des Français, reçut le duché de Parme. On indemnisa provisoirement l'infante Marie-Louise, ex-régente d'Etrurie, et son fils Charles-Louis en leur donnant la principauté de Lucques, érigée en duché, réversible au grand-duc de Toscane. 

Une convention postérieure (1817) assura aux Bourbons installés temporairement à Lucques la succession de la duchesse de Parme. Ferdinand IV, restauré à Naples après la chute de Murat, qui paya de sa vie une dernière tentative en Calabre (13 octobre 1815), ne pouvait se soutenir qu'en s'appuyant sur l'Autriche. Le roi de Sardaigne lui-même, Victor-Emmanuel Ier, à qui l'on abandonna l'ancienne république de Gênes, dépendait tout autant de la puissance dominante, Des vieilles républiques italiennes, il ne restait plus que le petit Etat de Saint-Marin, toujours respecté. L'Autriche, décorant ses possessions directes du nom de royaume lombardo-vénitien, affecta, dans les commencements, plus de modération que la plupart des souverains qu'elle protégeait; mais, sous ces apparences trompeuses, elle instituait l'omnipotence de la police. L'absolutisme tendait à la douceur à Parme et à Lucques. En Toscane, il se montrait tolérant. A Modène, il était arrogant et cruel. Les Etats de l'Eglise, malgré la modération affichée de Pie VII, se replongeaient dans la nuit du Moyen âge. Dans les Etats sardes, on reculait au delà des jours antérieurs à la Révolution française. Dans les Deux-Siciles, dont Ferdinand IV, prenant le nom de Ferdinand Ier, avait fait un royaume uni en abolissant l'autonomie de la Sicile (décembre 1816), les lois françaises étaient à peu près conservées à Naples, mais, en réalité, l'arbitraire le plus ignominieux régissait les provinces continentales aussi bien que la partie insulaire. 

Les nationalistes italiens cherchèrent dans les conspirations un remède à tant de maux. Déjà, sous les Français, des sociétés s'étaient formées, qui se proposaient pour but l'indépendance, voire l'unité nationale, voeu de nombreux Italiens depuis Dante. La vaste association des carbonari les avait absorbées presque toutes. En 1820, le succès de la révolution espagnole détermina les sectaires à l'action. Un soulèvement, d'abord militaire (2 juillet), puis populaire, obligea Ferdinand Ier de proclamer dans les Deux-Siciles la constitution d'Espagne (9 juillet). Mais, après les congrès de Troppau et de Laybach, les Autrichiens traversèrent les Etats romains, défirent l'armée constitutionnelle à Rieti le 7 mars 1821, entrèrent dans Naples le 23, et y rétablirent l'absolutisme. Un soulèvement semblable, malheureusement trop tardif, venait d'éclater en Piémont (10 mars). Victor-Emmanuel Ier avait abdiqué le 13, et le prince de Carignan, régent en l'absence de Charles-Félix, avait aussitôt promulgué la constitution espagnole. Mais, le 21, effrayé de son rôle, il s'était réfugié au milieu des Autrichiens. Ceux-ci passèrent le Tessin et battirent les constitutionnels prémontais à Novare le 8 avril. Ils n'évacuèrent complètement le Piémont qu'à la fin de 1823 et les Deux-Siciles qu'en 1827. Les souverains, rassurés, furent effrénés dans leurs vengeances. Les libéraux périrent dans les supplices ou remplirent les galères et les cachots. Les bannis et les émigrés étaient innombrables.

En Lombardo-Vénétie, où il n'y avait eu que des complots non suivis d'effet, des procès odieusement conduits envoyèrent au Spielberg les hommes les plus illustres. Les persécutions se firent sentir même dans les Etats où aucune agitation ne s'était produite. La Toscane seule conserva son régime tolérant. En 1828, sous François Ier, l'insurrection du Cilento, dans les Etats napolitains, donna lieu à une répression féroce. Dans les Etats de l'Eglise, sous Léon XII et sous Pie VIII, la secte austro-papaline des sanfédistes, opposée à celle des carbonari, se livrait impunément à tous les excès; le brigandage infestait les campagnes, la misère croissait, le peuple se démoralisait. Les événements de France (juillet 1830) eurent leur contre-coup dans l'Italie centrale. Le duc de Modène, en voulant étouffer chez lui, le 3 février 1831, une conjuration dans laquelle il avait lui-même trempé par ambition de s'agrandir, précipita le soulèvement de Bologne contre le pape (4 février). Menacé par ses sujets, le duc s'enfuit le 5 à Mantoue. La duchesse de Parme se sauva le 15 à Plaisance.

Le mouvement se propagea rapidement dans les Romagnes, dans les Marches et dans l'Ombrie. Les notables des villes pontificales, réunis à Bologne, proclamèrent le statut des Provinces-Unies italiennes (4 mars). Mais les Autrichiens ramenèrent Marie-Louise à Parme, rétablirent François IV dans sa capitale après avoir battu les Modenais, envahirent les Etats romains, y battirent aussi les insurgés, et forcèrent leur gouvernement à capituler dans Ancône (26 mars). Le duc de Modène et les sanfédistes exercèrent d'horribles représailles. A peine les Autrichiens eurent-ils repassé le Pô que l'agitation recommença. 1800 jeunes gens, mal armés, furent défaits près de Césène (20 janvier 1832). La soldatesque papale, entrée dans la ville, massacra, saccagea, pilla même les églises. Forli subit le même sort. Les Autrichiens passèrent de nouveau la frontière et occupèrent Bologne. Alors la France, qui voulait pousser à des réformes le pape Grégoire XVI, occupa Ancône, aux applaudissements des Italiens (22 février). Elle n'en sortit qu'en 1838, lorsque les Autrichiens quittèrent Bologne. Son intervention n'eut d'ailleurs aucun résultat. Le sanfédisme, ayant son centre à Modène, étendit partout son influence. Le prince de Carignan, devenu roi de Sardaigne sous le nom de Charles-Albert (27 avril 1831), trompait une seconde fois l'attente des libéraux. 

Les révolutionnaires se mirent à l'oeuvre. L'association de la Jeune Italie, fondée à Marseille par Mazzini (1832), recueillit en partie l'héritage du Carbonarisme. Sa propagande démocratique et républicaine provoqua les rigueurs du gouvernement piémontais. Les exécutions ensanglantèrent en 1833 les villes de Chambéry, d'Alexandrie et de Gênes. La triste issue de l'expédition de Savoie (1834) porta un coup presque mortel à la Jeune Italie, mais les sociétés locales continuèrent d'agir. Pendant que les réformistes, renonçant aux moyens hasardeux, obtenaient quelques améliorations en Toscane et dans les Etats sardes, des tentatives insurrectionnelles, impitoyablement réprimées, se produisaient encore çà et là, en Sicile (1837), dans les Abruzzes et dans les Calabres (1841), dans les Romagnes (1843). Le sacrifice des frères Bandiera, qui émut si profondément l'Italie tout entière, marqua la fin des entreprises désespérées (1844). Les insurgés de Rimini, en 1845, s'appuyaient déjà sur la légalité. 

Le parti réformiste, opposé au parti républicain unitaire, prit dès lors la direction du mouvement. Avec Gioberti, Balbo, Azeglio, qui en traçaient le programme dans des publications célèbres, l'influence piémontaise prédomina. Charles-Albert, s'enhardissant, commençait à tenir tête à l'Autriche, qui, sous Ferdinand Ier, entreprenait plus ouvertement la germanisation de ses provinces italiennes. A l'avènement de Pie IX (16 juin 1846), les premières tendances du nouveau pape parurent devoir réaliser l'accord entre les princes et les peuples, rêvé par les réformistes. L'enthousiasme touchait au délire. Les remontrances de l'Autriche, suivies de l'occupation de Ferrare (13 août 1847), ne firent que surexciter le sentiment national. Le grand-duc de Toscane, Léopold II, céda le premier aux manifestations populaires : le 4 septembre, il institua la garde civique. L'abdication de Charles-Louis le mit bientôt en possession du duché de Lucques (5 octobre). Charles-Albert, qui hésitait encore, consentit enfin à accorder des réformes (30 octobre).

Mais, dans les autres Etats, les espérances des réformistes étaient cruellement déçues. Les manifestations en l'honneur de Pie IX amenaient des collisions sanglantes, non seulement en Lombardo-Vénétie, mais aussi dans les duchés. L'ancien duc de Lucques, devenu duc de Parme sous le nom de Charles II après la mort de Marie-Louise (17 décembre), fit entrer les Autrichiens dans sa capitale. Le duc de Modène, François V, menaçait ses sujets d'une intervention autrichienne: Dans les Deux-Siciles, ou Ferdinand II avait encore exagéré le système oppressif des règnes précédents, il n'y avait d'autre recours que la force populaire.

Révolution de 1848 et guerre de l'indépendance

Le 12 janvier 1848, la révolution éclata à Palerme : en quelques jours, l'île entière secoua le joug des Bourbons. Naples remuait : Ferdinand II s'empressa de promettre une constitution (29 janvier). Les autres princes durent le suivre. Des statuts de gouvernement représentatif furent promulgués, à Naples le 10 février, à Florence le 15, à Turin le 4 mars, à Rome le 14. La proclamation de la république en France (24 février) avait ébranlé toute l'Europe. A la nouvelle des événements de Vienne, Milan se souleva, et, après une lutte héroïque (18-22 mars), chassa les Autrichiens. Le même jour, Venise, où Manin avait vaincu par le seul ascendant de la force morale, proclamait la république : les Autrichiens capitulaient le lendemain. Le duc de Modène avait pris la fuite le 21, le duc de Parme ne tarda pas à en faire autant. La révolution était maîtresse partout : il ne restait plus à l'Autriche que le fameux quadrilatère. Charles-Albert se décida alors à tirer l'épée hors du fourreau. Le 27 mars, il passa le Tésin. 

On sait comment cette guerre de l'indépendance, brillamment commencée, finit malheureusement. Le roi, se défiant de la France républicaine, avait déclaré que l'Italie était en état d'agir par elle-même (di fiare da sè). Très faiblement secouru par le grand-duc de Toscane, abandonné par le pape qui reniait toute idée de guerre
(29 avril), trahi par Ferdinand II qui, après avoir opéré une contre-révolution à Naples (15 mai), rappela ses troupes et sa flotte, ne recevant que des contingents sans instruction des duchés et de la Lombardie qui s'étaient donnés à lui, trop attaché aux règles pour tirer parti de l'élan des volontaires, Charles-Albert, malgré l'occupation de la ligne du Mincio, l'éclatant succès de Pastrengo (30 avril), la victoire de Goïto et la prise de Peschiera (30 mai), ne put empêcher les Autrichiens de reprendre l'offensive avec de nombreux renforts. La bataille de Custoza (23-25 juillet) décida du sort de la campagne. 

Poursuivie jusque dans Milan, qui dut capituler (6 août), l'armée piémontaise repassa le Tésin. Venise avait prononcé sa réunion au royaume de Charles-Albert le 4 juillet : à la nouvelle de l'armistice signé le 9 août, elle confia le pouvoir dictatorial à Manin (13 août) et continua seule la résistance. Le roi de Sardaigne, retrempé par le malheur, maintint du moins chez lui le statut juré. Les ducs de Modène et de l'arme furent restaurés par les Autrichiens : Charles Il ne rentra pas dans ses Etats; il abdiqua le 14 mars suivant en faveur de son fils, Charles III. La Sicile avait élu roi, le 11 juillet, le duc de Gênes, second fils de Charles-Albert, qui n'avait pas accepté : le roi de Naples, s'occupant de la reconquérir, bombarda Messine, détruisit en partie (3-7 septembre), mais la France et l'Angleterre l'obligèrent à suspendre les hostilités. Pie IX et Léopold II, qui ne se prêtaient qu'à contre-coeur au régime constitutionnel, se débattaient au milieu de difficultés croissantes. L'assassinat du ministre Rossi (15 novembre) fut suivi de troubles à Rome. Le 24, le pape s'enfuit à Gaète. Le 30 janvier 1849, le grand-duc quitta Florence pour rejoindre le pape trois semaines après. Le 8 février, les Chambres toscanes nommèrent un gouvernement provisoire. Le 9, l'Assemblée romaine proclama la république. 

Le 18, le pape réclama officiellement l'intervention armée des puissances catholiques. Charles-Albert, poussé par son propre désir de revanche autant que par les impatiences du parti démocratique, recommença la guerre contre l'Autriche le 20 mars. Vaincu le 23 à Novare, il abdiqua le soir même et partit pour l'exil : il mourut au Portugal le 28 juillet suivant. Les Autrichiens, après avoir réprimé en Lombardie une insurrection qu'illustra la défense acharnée de Brescia (23 mars - 1er avril), s'approchèrent de la Toscane. Là, le parti constitutionnel, pour prévenir une intervention de l'étranger, effectua lui-même la restauration du grand-duc (12 avril). Les Autrichiens n'en passèrent pas moins la frontière le 5 mai, prirent de force Livourne le 11, et occupèrent Florence le 25. La Toscane ne fut plus, comme les duchés, qu'une dépendance de l'Autriche. La Sicile, où les hostilités avaient recommencé à la fin de mars, rentra sous le joug de Ferdinand II après la chute de Palerme (15 mai). A Rome, le 29 mars, on avait donné, pour la défense de la république, des pouvoirs illimités à un triumvirat dont Mazzini était le chef. Le gouvernement de Louis Bonaparte, voulant prendre position avant l'Autriche, l'Espagne et Naples qui s'apprêtaient à intervenir, résolut d'agir seul. Le 24 avril, les troupes françaises débarquèrent à Civitavecchia. Elles n'entrèrent à Rome que le 3 juillet, après un siège qui fit grand honneur à la défense, surtout à Garibaldi. La souveraineté temporelle du pape fut restaurée le 14. Venise seule restait debout. Bloquée de toute part, bombardée, ravagée par le choléra, elle résista jusqu'à son dernier morceau de pain (24 août).

La révolution italienne avait prouvé à l'Europe la vitalité de l'Italie, et à l'Italie son impuissance à chasser l'Autriche sans une alliance étrangère. Les rivalités municipales, les divisions entre constitutionnels et républicains, avaient contribué à sa perte : elle comprit que, pour elle, l'indépendance était inséparable de l'unité. Excepté dans le royaume subalpin, elle se retrouvait en 1849 aussi assujettie qu'avant 1846. Pie IX, qui ne retourna à Rome que le 12 avril 1850, ne tenant aucun compte des représentations de son protecteur, revint au vieux système pontifical. Le Piémont, à qui la loyauté de son jeune roi Victor-Emmanuel II avait conservé la liberté politique et le drapeau italien, fut le refuge de la révolution vaincue. Ce fut vers lui que se tournèrent définitivement les patriotes des autres régions. Dès lors, il n'y a plus guère en Italie d'autre histoire que la sienne.

Hégémonie piémontaise et mouvement national

Le Piémont s'animait d'une vie nouvelle. Son énergie supporta vaillamment les lourdes charges que la liquidation de Novare lui imposa. Sous les ministères de Launay et d'Azeglio, les partis s'agitèrent encore. Mais, quand le comte de Cavour, déjà ministre sous Azeglio (octobre 1850-mai 1852), eut pris la présidence du conseil (2 novembre 1852), le pays se mit à marcher d'un pas libre et ferme dans la voie tracée par ce grand homme d'Eta. L'impulsion donnée aux échanges par les traités de commerce et le développement des communications, refit ses ressources : son armée se reconstitua. En 1853, lorsque l'Autriche, prenant prétexte de l'échauffourée mazzinienne de Milan (6 février), séquestra les biens des émigrés, Cavour ne craignit pas de protester hautement contre cette spoliation, au prix d'une rupture des relations diplomatiques. Il saisit l'occasion de la guerre de Crimée pour faire prendre rang au drapeau italien à côté de ceux de la France et de l'Angleterre, et la belle conduite des Piémontais, notamment au combat de la Tchernaïa (10 août 1855), justifia son initiative. 

Au congrès de Paris (mars 1856), il posa officiellement la question italienne. Il sut intéresser l'empereur des Français à sa solution. Il encouragea la Société nationale italienne, qui, fondée en 1857 sous les auspices de Manin, rayonnait sur les régions opprimées et y préparait l'affranchissement. L'entente avec la France se fit dans l'entrevue secrète de Plombières (20-21 juillet 1858). L'Autriche, avertie par un mot de Napoléon III à la réception du 1er janvier 1859, se disposa à la guerre. La diplomatie tenta vainement d'intervenir. Le Piémont repoussa l'ultimatum autrichien (26 avril) : le même jour, les premiers régiments français débarquèrent à Gênes. Cette fois, l'Italie n'était plus seule. Le mouvement national commença immédiatement par la Toscane : le grand-duc quitta Florence dès le 27. Partout ou les populations pouvaient reprendre possession d'elles-mêmes, elles s'empressaient de réaliser le programme de la Société nationale : « Italie et Victor-Emmanuel ». 

Les affaires de Frassineto (3 mai), de Montebello (20 mai), de Varese et de San Fermo, celles-ci particulières aux volontaires de Garibaldi (26 et 27 mai), de Palestro (30 et 31 mai), de Turbigo (3 juin), furent autant de succès pour les armes franco-sardes. Le 4 juin, la victoire de Magenta délivra la Lombardie. Le 8, pendant que l'ennemi en retraite était encore battu à Melegnano, Napoléon Ill et Victor-Emmanuel firent leur entrée à Milan. Les duchés et les légations, abandonnés par les Autrichiens, proclamèrent à leur tour Victor-Emmanuel (9-13 juin). Le 18, l'empereur d'Autriche, François-Joseph, prit lui-même le commandement de son armée. La sanglante bataille de Solferino (24 juin) le rejeta sous Vérone. Les Italiens voyaient déjà l'Italie « libre jusqu'à l'Adriatique », selon la déclaration de Napoléon III, lorsque celui-ci, pour des  motifs très complexes, signa la paix de Villafranca (11 juillet). 

L'Italie devait former une confédération sous la présidence honoraire du pape. Le roi de Sardaigne recevait la Lombardie, moins Peschiera et Mantoue. L'Autriche conservait la Vénétie, qui ferait partie de la confédération. Le grand-duc de Toscane et le duc de Modène rentreraient dans leurs Etats : il n'était pas fait mention du jeune duc de Parme, Robert de Bourbon, qui avait succédé à son père, assassiné en 1854. Cavour, indigné de cette paix inattendue, donna sa démission. Le roi forma un ministère La Marmora-Rattazzi (19 juillet). Mais le mouvement national, loin de s'arrêter, continua avec une force nouvelle. Le principe de non-intervention, imposé du moins à l'Autriche par la France, permit aux provinces sacrifiées d'opposer à la diplomatie des faits accomplis. Elles nommèrent des assemblées qui votèrent leur union au royaume de Victor-Emmanuel, celle de Florence le 20 août, celle de Modène le 21, celle de Bologne le 7 septembre, celle de Parme le 12. Elles formèrent entre elles la ligue militaire de l'Italie centrale. Modène, Parme et les Romagnes, en attendant l'acceptation du roi, se fondirent en une seule province, l'Emilie. 

Le traité de Zurich régla en vain les détails des préliminaires de Villafranca (10 novembre). Il fut question d'un congrès. Mais Cavour reprit enfin le pouvoir (20 janvier 1860). Il entama avec le cabinet des Tuileries de nouvelles négociations, à la suite desquelles l'annexion de l'Emilie et de la Toscane au Piémont fut confirmée par le suffrage universel le 11 et le 12 mars, et la cession de la Savoie et du comté de Nice à la France fut signée le 24, pour être sanctionnée par le Parlement et par le vote des populations. Le Parlement national, ouvert le 2 avril, réunissait déjà les représentants de onze millions d'Italiens. Une insurrection en Sicile (4 avril) eut pour conséquence la prodigieuse expédition de Garibaldi (6 mai), qui poursuivit l'oeuvre de l'unification.

Les concessions tardives du jeune roi François II ne purent arrêter les progrès de la révolution. Garibaldi passa sur le continent (19 août) et entra à Naples le 7 septembre. Cavour, prenant une résolution hardie, fit franchir la frontière romaine à l'armée royale (11 septembre). Après avoir battu l'armée pontificale à Castelfidardo (18 septembre) et pris Ancône (29 septembre), les troupes régulières donnèrent la main aux milices garibaldiennes sur le territoire napolitain. Pendant qu'elles refoulaient dans les dernières forteresses les restes de l'armée bourbonienne, le peuple, convoqué dans ses comices, votait l'annexion des Deux-Siciles à l'Etat italien (21 octobre). Celle des Marches et de l'Ombrie fut votée le 4 novembre. Le 7, Victor-Emmanuel fit son entrée à Naples, ayant à son côté le libérateur de dix autres millions d'Italiens. La capitulation de Gaète (13 février 1861) et celle de Messine, quelque temps après, consommèrent la chute des Bourbons. Le 14 mars, à Turin, les députés des diverses régions italiennes, moins la Vénétie et la province romaine, conféraient à Victor-Emmanuel le titre de roi d'Italie. Le 25, Cavour déclarait en plein Parlement que l'Italie ne pouvait se constituer sans Rome pour capitale, et, afin de rassurer les consciences catholiques en Europe, il formulait son principe de l'Église libre dans l'Etat libre. Le 6 juin, le grand ministre mourait.

Royaume d'Italie

Le nouveau royaume d'Italie, si rapidement formé au profit de la maison de Savoie, avait à surmonter de grandes difficultés avant de jouir d'une existence normale. Le ministère Ricasoli (12 juin 1861) se trouva en face des finances obérées par la guerre et par la réorganisation administrative, du brigandage soudoyé dans les provinces méridionales par les Bourbons réfugiés à Rome, des résistances de la cour papale à toute proposition d'arrangement, des impatiences du parti d'action qui réclamait à grands cris Rome et Venise. Sous le ministère Rattazzi (4 mars 1862), le gouvernement français, qui était déjà venu en aide au nouvel Etat en le reconnaissant après la mort de Cavour, obtint de la Russie et de la Prusse qu'elles le reconnussent aussi (juillet). Mais la résolution bien arrêtée de Napoléon III de garantir au pape la possession de Rome jeta Garibaldi dans la périlleuse aventure d'Aspromonte (29 août), qui entraîna la chute du ministère. Farini (8 décembre) ne fit que passer à la présidence du conseil. Minghetti, pile remplaça (23 mars 1863), conclut avec le cabinet des Tuileries la convention du 4 septembre 1864, par laquelle le gouvernement italien s'engageait à respecter et à protéger contre toute attaque le territoire romain, et le gouvernement français à le faire évacuer par ses troupes dans les deux années qui suivraient la translation de la capitale de l'Italie à Florence. 

Des troubles sanglants eurent lieu à Turin (21 et 22 septembre). Le ministère La Marmora (28 septembre) fit reconnaître la liberté d'action de chacune des deux parties contractantes pour le cas on le pape, n'ayant affaire qu'à ses propres sujets, ne pourrait plus subsister par lui-même. Le gouvernement italien se transporta à Florence le 28 avril 1865. L'imminence d'une guerre entre la Prusse et l'Autriche ramena la question de Venise. L'Italie, avec l'assentiment au moins tacite de Napoléon III, s'allia avec la Prusse (8 avril 1866). Elle déclara la guerre à l'Autriche le 20 juin. Vaincue sur terre à Custoza (24 juin) et sur mer à Lissa (20 juillet), elle profita de la victoire de la Prusse à Sadowa. Mais elle reçut la Vénétie des mains de l'empereur des Français, à qui l'Autriche l'avait cédée, ce qui blessa les Italiens irrités de leurs défaites. Toutefois, les populations vénitiennes furent appelées à voter leur annexion (21 et 22 novembre). Ricasoli, qui avait remplacé La Marmora au début de la guerre, avait eu à réprimer à Palerme une terrible insurrection, fomentée surtout par les moines dont les couvents venaient d'être supprimés (19-22 septembre). Il essaya vainement de régler les affaires ecclésiastiques. Rattazzi revint au pouvoir (10 avril 1867). 

C'est encore sous son ministère que Garibaldi, voulant à tout prix résoudre la question romaine, se lança dans l'entreprise qui provoqua le retour des troupes françaises dans l'Etat pontifical et qui eut à Mentana une issue si déplorable pour tous (3 novembre). Le général Menabrea, qui avait constitué un ministère conservateur le 27 octobre, s'empressa de réserver les droits de la nation sur sa capitale naturelle. Le ministère Lanza (14 décembre 1869) eut la bonne fortune de compléter l'unification de l'Italie. En 1870, quand la guerre eut éclaté entre la France et la Prusse, les derniers soldats français quittèrent Civitavecchia (9 août). Les populations s'agitaient, les troupes italiennes s'acheminèrent vers Rome. Après une courte canonnade, elles en prirent possession le 20 septembre. La République française adressa le lendemain ses félicitations au gouvernement italien. Un plébiscite prononça l'annexion du territoire romain au royaume d'Italie (2 octobre). Le décret d'acceptation du roi reconnut au pape la dignité, l'inviolabilité et toutes les prérogatives personnelles d'un souverain. Une loi devait lui donner toutes les garanties nécessaires à l'exercice de son autorité spirituelle : elle fut votée le 13 mai suivant. Le 5 décembre 1870, à l'ouverture du Parlement, qui eut encore lieu à Florence, Victor-Emmanuel put dire : 

« L'Italie est libre et une; désormais il ne dépend que de nous de la faire grande et heureuse.»
Le roi fit son entrée solennelle à Rome le 2 juillet 1871. Le Parlement s'ouvrit le 27 novemmbre dans la capitale définitive. La situation de l'Italie était excellente à l'extérieur. Elle avait fait de grands progrès à l'intérieur, bien que ses finances fussent toujours embarrassées et que la sécurité publique fût encore troublée dans quelques provinces méridionales. La question financière amena la chute du ministère Lanza. Le ministère Minghetti (10 juillet 1873) venait enfin d'assurer l'équilibre du budget quand une coalition le renversa (18 mars 1876). A part les deux courtes administrations de Rattazzi, la droite gouvernait depuis la mort de Cavour. Il semblait qu'elle fût usée. La gauche arriva au pouvoir avec Depretis et Nicotera (27 mars). Les divisions ne tardèrent pas à se produire dans la gauche prépondérante. Depuis que les Italiens n'avaient plus à s'occuper que de questions intérieures, les compétitions et les rivalités prenaient chez eux une importance excessive. Les différences de principes ne donnaient pas toujours la raison des fréquents changements de personnes. Le ministère Depretis-Nicotera devint le ministère Depretis-Crispi (27 décembre 1877). Victor-Emmanuel mourut au moment ou son rôle de modérateur était le plus utile (9 janvier 1878). 

Son fils, Humbert Ier, promit de suivre les traditions paternelles. Presque en même temps mourait Pie IX (7 février) : Léon XIII, son successeur (20 février), renouvela ses protestations. Le roi Humbert avait maintenu les ministres de son père, mais la démission de Crispi, pour un fait non politique (7 mars), fut suivie de celle du ministère tout entier. Cairoli prit la présidence du conseil (23 mars). L'absence de majorité compacte à la Chambre des députés rendait très difficile la stabilité ministérielle. Le 19 décembre, Cairoli céda la place à Depretis pour la reprendre le 14 juillet 1879. Les esprits inquiets commençaient à rêver pour l'Italie, devenue grande puissance, une action plus éclatante au dehors. Bien qu'elle eût siégé honorablement au congrès de Berlin, on était mécontent qu'elle n'en eût rapporté aucun avantage. L'agitation de l'Italia irredenta, visant le Trentin et Trieste, voire d'autres revendications, ne laissait pas de causer des embarras au gouvernement. Les questions urgentes restaient sans solution. Le 25 novembre 1879, Cairoli s'entendit avec Depretis pour former un ministère de fusion. Ils furent forcés de dissoudre la Chambre le 2 mai 1880. Ils réussirent, après les élections, à faire adopter la suppression graduelle de la taxe sur la mouture (14 juillet). 

Mais, les fausses manoeuvres des agents italiens en Tunisie ayant conduit la France à y consolider sa prééminence de fait par un protectorat de droit, les jeunes ambitions, éveillées cette fois par de vieux souvenirs classiques, s'en prirent à l'inhabileté de Cairoli, qui se retira (14 mai 1881). Depretis constitua un nouveau cabinet, dans lequel Mancini reçut les affaires étrangères (28 mai). Dans le courant de l'année suivante, le roi, qui avait toujours eu des sympathies allemandes, usa du droit que lui donnait le statut pour signer avec l'Allemagne et l'Autriche le traité secret de la triple alliance. Depretis en modéra les effets autant qu'il le put. Il réalisa en 1882 la réforme électorale, qui abaissait l'âge de l'électorat à vingt et un ans, réduisait le cens, et substituait le scrutin de liste au scrutin uninominal (celui-ci a été rétabli le 5 mai 1891). Il fit abolir le cours forcé à partir de 1883. Malgré sa prudence personnelle, le déficit reparut avec l'augmentation des armements, les entreprises coloniales et l'occupation de Massaouah (5 février 1885). L'oeuvre principale de son long ministère, plusieurs fois remanié, fut la dissolution des anciens partis, connue sous le nom de transformisme. Le jeu des institutions constitutionnelles s'en trouva faussé. 

Après la mort de Depretis (29 juillet 1887), Crispi devint président du conseil (7 août). Il apportait dans la politique italienne à la fois des idées nouvelles et des procédés nouveaux. Vieux mazzinien, son avènement au pouvoir marquait celui de la gauche avancée; Crispi allait appliquer à la réalisation de son programme une habileté parfois sans scrupules, un autoritarisme voisin de la brutalité, une ténacité confinant à l'entêtement. Renversé en 1891à la suite de difficultés financières causées par sa mégalomanie, Crispi eut pour successeur le chef de la droite, le marquis di Rudini. Il revint au pouvoir, le 15 décembre 1893, après un court interrègne ministériel de Giolitti, qui avait succédé à di Rudini. Il mit résolument en état de siège, le 4 janvier 1894, la Sicile troublée par les Fasci (les Faisceaux, associations de travailleurs). Il parvint aussi, par le même moyen, à réprimer des tentatives révolutionnaires dans la province de Massa-et-Carrare (janvier). Vivement combattu d'abord dans le Parlement, Crispi en obtiendra pourtant l'approbation de ses mesures répressives (3 mars). Après une crise ministérielle (5-14 juin), il finit par faire voter aussi les mesures financières qu'il réclamait (juillet). La prise de Kassala, en Afrique (17 juillet), ne permettaient guère d'espérer une réduction des dépenses coloniales. L'aventure africaine se terminera d'ailleurs par un désastre militaire, à Adoua (1896). Un échec qui allait aussi causer sa chute. Il sentit perdue la partie qu'il avait jouée presque seul contre tous pour imposer à son pays une politique extérieure et coloniale hors de proportion avec ses ressources et en contradiction avec ses véritables intérêts; il démissionna le 4 mars 1896.

Les premiers mois du second ministère Rudini, qui succéda encore à Crispi, furent marqués par trois faits importants : la signature, à Addis-Abeba, d'un traité de paix avec l'Ethiopie, qui impliquait la reconnaissance de l'indépendance complète de ce pays et l'abandon du Tigré par l'Italie (26 octobre 1896); celle, à Paris, de conventions qui, en reconnaissant formellement la situation de la France en Tunisie, ouvraient la porte à des rapports de plus en plus cordiaux entre cette dernière et l'Italie (30 septembre); enfin, le mariage (24 octobre) du prince héritier Victor-Emmanuel avec la princesse Hélène de Montenegro.

Après avoir créé pour la Sicile, où la situation était inquiétante, un poste de commissaire royal, ayant le rang et les pouvoirs d'un ministre, di Rudini fit dissoudre la Chambre le 3 mars 1897. Les élections (21 mars) donnèrent une forte majorité au ministère; mais son chef pensa toutefois, qu'après avoir réprimé les menées socialistes, sur lesquelles l'attentat d'Acciarito (22 avril 1897) avait attiré l'attention, il pouvait gagner à gauche de nouveaux partisans. II profita de la démission du général Pelloux, à l'occasion du rejet d'un projet de loi sur l'avancement dans l'armée, pour se retirer (6 décembre). Chargé par le roi de constituer un nouveau ministère, il parvint à. y maintenir le plus éminent représentant de la droite,Visconti-Venosta, comme ministre des affaires étrangères, tout en y faisant entrer un vétéran des luttes parlementaires, le président de la Chambre, Zanardelli, véritable chef de la gauche. 

Une politique d'économie et de bonne administration à l'intérieur, de sagesse à l'extérieur, où on se réduisit volontairement à l'occupation de Massaouah, paraissait devoir lui assurer une longue durée, tandis qu'un vote de censure politique de la Chambre contre Crispi le débarrassait d'un adversaire tenace et toujours dangereux. Mais les troubles agraires de Sicile et des Marches, puis l'insurrection de Milan (6-9 mai 1898), réprimée avec une terrible énergie par le général Bava-Beccaris, amenèrent la chute du cabinet (28 mai). Une tentative de reconsti tution sans Visconti-Venosta et Zanardelli échoua (18 juin) et le roi fit appel au général Pelloux. Celui-ci constitua un cabinet d'affaires qui rétablit l'ordre, ramena le calme et signa, le 21 novembre 1898, un traité rétablissant les relations commerciales avec la France. 

L'hostilité des gauches aux projets de loi destinés à réprimer la propagande socialiste et anarchiste, puis l'affaire de San-Moun, où la Chambre se montra disposée à ne pas suivre le ministère dans son projet d'établissement en Chine, amenèrent la démission du ministère. Le général Pelloux, chargé par le roi de constituer un nouveau cabinet, s'orienta nettement à droite en rendant les affaires étrangères à Visconti-Venosta et en donnant l'agriculture à Salandra. Aussitôt, il eut contre lui l'opposition de toute la gauche, se manifestant par l'obstruction à la Chambre et par l'agitation dans le pays. Après avoir essayé d'y parer par le fameux décret-loi du 22 juin 1899, au bout de deux années de luttes incessantes, le général Pelloux dut se retirer (18 juin 1900) et le président du Sénat, Saracco , réussit à, former un cabinet transactionnel (27 juin). L'assassinat du roi Humbert Ier à Monza (29 juillet 1900) le laissa au pouvoir. Mais cette situation transitoire ne pouvait durer. Saracco ayant été mis en minorité le 7 février 1901, le nouveau roi, Victor-Emmanuel III, fit appeler Zanardelli. (Félix Henneguy / NLI).

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