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Henri V, roi d'Angleterre

Henri V ou Henry V est un roi d'Angleterre fils aîné d'Henri IV et de Mary Bohun, cohéritière de Hereford, né à Monmouth le 9 août 1387, mort le 31 août 1422.  Il  succéda à son père en 1413.

Il signala le commencement de son règne par un changement heureux dans ses moeurs dissolues et réprima les entreprises des Lollards (partisans de Wiclef).  Il profita des dissensions qui déchiraient la France, divisée entre les factions des Armagnacs et des Bourguignons, pour lui déclarer la guerre, et remporta en 1415 la victoire d'Azincourt (Guerre de Cent Ans), à la suite de laquelle il conclut une trêve de deux ans, mais il recommença les hostilités en 1418, lorsqu'il se fut allié avec la reine de France, Isabeau de Bavière, et avec le duc de Bourgogne.

Le traité de Troyes, signé en 1420, lui donna pour épouse Catherine, fille de Charles VI, avec le titre de régent du royaume de France, et le désigna pour héritier du trône au préjudice du Dauphin (Charles VII). 

Il exerça en effet la régence, fit la guerre au Dauphin, le repoussa derrière la Loire et se rendit maître de presque toute la France; mais il mourut au milieu de ses succès, à 34 ans, au château de Vincennes, en 1422.
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Henry V.
Henri V d'Angleterre (National Gallery).

La jeunesse de Henri V.
D'après la tradition, il aurait étudié au Queen's College d'Oxford pendant le cancellariat de son oncle Henri Beaufort (1398). A l'avènement de son père, il devint (15 octobre 1399) comte de Chester, duc de Cornouailles et prince de Galles, puis (23 octobre) duc d'Aquitaine et (10 novembre) de Lancaster. On le trouve à Chester, dirigeant la défense des marches contre les Gallois, puis l'invasion du pays de Galles, pendant l'année 1401, en septembre 1402, en mars 1403. A la nouvelle de la conspiration des Percies, il rallia son père à Shreswbury, et, le 21 juillet 1403, il combattit vaillamment, fut blessé dans la bataille décisive où périt Hotspur. 

De 1401 à 1407, il fut encore lieutenant du roi dans les marches galloises, continuellement tenu en haleine par les rebelles. En novembre 1407, il dirigea une heureuse expédition contre l'Ecosse. Le 31 juin 1410, Thomas Beaufort fut fait chancelier d'Angleterre et le prince fut appelé à gouverner, de concert avec lui, au nom de son père empêché par la maladie. Il avait déjà manifesté la vigueur de ses sentiments religieux et catholiques en prenant part, au Parlement de juin 1406, à la présentation de la grande pétition contre les Lollards, en janvier 1410, il s'opposa nettement au projet de confisquer les biens temporels de l'Eglise et il assista au supplice d'un Lollard, John Badby, qui fut brûlé au mois de mars. Il avait complètement identifié sa politique avec celle des Beaufort et se brouilla, pour cette raison, avec la famille rivale des Arundel, qui exerçait beaucoup d'influence sur le roi. 

Henri IV, excité par les Arundel, se décida à se débarrasser des Beaufort, d'autant plus qu'ils avaient très probablement formé le projet de lui arracher son abdication en faveur du prince. Le 5 janvier 1412, Arundel remplaça Thomas Beaufort, et le prince se retira du conseil où son frère Thomas, duc de Clarence, lui fut substitué. Henri avait appuyé sur le continent le parti bourguignon; Clarence mena une expédition au secours des Armagnacs. Bien plus, le prince de Galles fut accusé d'avoir appliqué à ses besoins personnels l'argent destiné au paiement de la garnison de Calais. On n'entend, pour ainsi dire, plus parler de lui en 1412. Au printemps de 1413, il parut évident que le roi allait mourir, et c'est alors que se place la légende d'après laquelle le prince, au lit de mort de son père, se serait prématurément emparé de la couronne. 

Le 20 mars 1413, Henri V devint roi; il fut couronné le 9 avril, à Westminster, au milieu d'une violente tempête de neige. 

Que Henri V ait été, avant son avènement, un débauché, c'est une tradition que Shakespeare a immortalisée dans son Henri IV, mais dont rien ne démontre l'authenticité. Il est vraisemblable qu'il se rendit coupable de folies de jeunesse. Comme il vécut dans les camps dès quinze ans, on peut bien imaginer qu'il participa à quelques de bordées de soldat. La légende veut que le juge Gascoigne l'ait fait emprisonner, mais ce fait précis n'apparaît pour la première fois que dans un écrit daté de 1531, ou Hall, qui l'a transmis à Shakespeare, le prit. Elle ajoute que Henri, devenu roi, pardonna avec magnanimité audit Gascoigne et le continua dans son office, mais ce fait précis est inexact, car le chief justice Gascoigne fut remplacé, dès le 29 mars 1413, par sir William Hankford. 

Au vrai, le prince de Galles avait eu sûrement quelque impatience de régner et l'avait trop montrée; devenu roi, il fut subitement apaisé et se conduisit avec modération : s'il réinstalla les Beaufort, il ménagea les Arundel. Il accorda un pardon général, fit placer les restes de Richard Il dans un tombeau honorable à Westminster, se réconcilia avec les Percies. Aux Lollards seuls il n'accorda pas de répit. Un de ses anciens compagnons d'armes, sir John Oldcastle, était le chef du parti lollard; dénoncé par l'archevêque Arundel, il fut arrêté, condamné, s'échappa de la Tour de Londres et organisa une conspiration pour enlever le roi à Eltham. Cette conspiration échoua; un meeting de Lollards à Saint-Giles's Fields, le 7 janvier 1414, fut dispersé. Le Parlement, qui se réunit le 30 avril à Leicester, promulgua un nouveau statut contre l'hérésie et autorisa le roi à réclamer et à faire valoir, au besoin par la force, ses droits à la couronne de France

Henri V dans la Guerre de  cent ans.
Etait-ce là un moyen de distraire l'Angleterre, par une guerre étrangère, de la dangereuse question du lollardisme? Henri V voulait-il, comme on l'a dit, s'assurer un royaume pour le cas où celui d'Angleterre viendrait à lui manquer? Toujours est-il que le moment était bien choisi pour une expédition continentale, car la France, sous un roi fou, déchirée par la guerre civile, n'avait jamais été si faible. Les ambassadeurs de Henri V demandèrent à Charles VI la Normandie, la Touraine, l'Anjou, le Maine et le Ponthieu outre les pays cédés par le traité de Brétigny, en toute souveraineté, la main de sa fille Catherine et une dot considérable. Les négociations ne pouvaient aboutir : de pareilles propositions attestaient trop clairement la volonté des Anglais de faire la guerre.

Henri V, après avoir pourvu à la défense des marches de Galles et d'Ecosse en son absence et déjoué un complot en faveur de son cousin, le comte de March, s'embarqua à Porchester le 7 août 1415; 30,000 hommes sur 1500 vaisseaux l'accompagnaient. Harfleur fut prise le 22 septembre. Le 5 octobre, on résolut de regagner Calais à travers le pays ennemi, en renvoyant en Angleterre la flotte avec les malades (très nombreux) et en laissant une garnison dans Harfleur. Avec 15,000 hommes environ, le roi partit, le 8 octobre, pour cette expédition fort risquée. Le 17 eut lieu devant Corbie un combat assez vif. Le 19, l'armée passe la Somme à Béthencourt. Le 25, les Anglais, campés à Maisoncelles, près d'Azincourt reçurent le choc d'une grande armée française, qui fut mise en déroute. Le 29 octobre, ils étaient à Calais. Henri V revint à Londres en triomphe.

Il resta en Angleterre jusqu'en juillet 1417, occupé à pacifier le pays de Galles et l'Ecosse et à conclure des traités avec un grand nombre de puissances continentales. L'année 1416 fut marquée par la visite de Sigismond, roi des Romains, désireux d'agir comme arbitre entre la France et l'Angleterre; il n'y réussit pas et se contenta de conclure avec Henri une alliance (traité de Canterbury, 15 août), dont les principaux résultats furent d'amener la fin du schisme par l'élection de Martin V et d'enlever à la France l'appui des flottes génoises. Le 4 octobre, des ambassadeurs de Bourgogne conférèrent secrètement avec Henri et Sigismond; ils convinrent, dit-on, que la Bourgogne reconnaîtrait les droits du roi d'Angleterre au trône de France. Le 16 octobre, le Parlement reçut avis, à Londres, que la guerre était inévitable, et l'hiver fut employé à préparer une expédition décisive. 

Le 1er août 1417, 50,000 hommes avec Henri débarquèrent près de Touques; le 4 septembre, Caen fut prise d'assaut; vers le 15 octobre, toute la Basse-Normandie et tout le pays jusqu'au Mans étaient conquis. Durant les premiers mois de 1418, Henri V se promena de Falaise à Bayeux, de Bayeux  à Caen, tandis que ses lieutenants, Gloucester, Huntingdon, Warwick, Exeter, s'emparaient du Cotentin et des places qui protégeaient Rouen. Le siège fut mis devant Rouen même le 29  juillet; la ville, bloquée par terre et par eau, résista admirablement; mais, tandis qu'elle demandait du renfort, les Anglais seuls en reçurent; en décembre, elle était réduite à l'extrémité, et le dauphin comme le duc de Bourgogne n'essayaient de la secourir que par d'inutiles négociations; 12,000 « bouches inutiles » furent expulsées par la garnison; Henri, irrité d'un investissement si prolongé, refusa de leur laisser traverser ses lignes, et ces malheureux périrent de faim et de froid, en plein hiver, entre les deux camps. La ville capitula enfin le 13 janvier 1419 à des conditions honorables : un quart des habitants avait disparu devant le siège et le reste mourait de faim. 

Henri marqua le caractère durable de sa conquête en choisissant l'emplacement d'un nouveau palais à son usage et en convoquant les nobles de la province pour réorganiser l'administration du duché. Des pièces de monnaie furent frappées avec la légende : Henricus, rex Franciae. Cependant, les négociations continuaient avec la cour de France. Le 29 mai, à Mantes, Henri V eut une conférence avec le duc de Bourgogne, la reine de France et sa fille Catherine; il demanda la main de Catherine et ses conquêtes en toute souveraineté. Le 30 juillet, une surprise lui livra Pontoise; Gisors se rendit en septembre; la route de Paris était ouverte.

Un événement imprévu, l'assassinat de Jean sans Peur, le duc de Bourgogne, au pont de Montereau, par le parti du dauphin, débarrassa définitivement le conquérant, sur ces entrefaites, de la crainte de voir les deux partis qui se disputaient la France se réunir contre lui. Le nouveau duc de Bourgogne, Philippe le Bon, se jeta dans les bras des Anglais; or il disposait de Paris et de plusieurs autres grandes villes. Anglais et Bourguignons menèrent activement la campagne contre le dauphin, tandis que des préliminaires de paix étaient discutés entre les deux cours de France et d'Angleterre. Malgré la défaite navale que les Castillans, alliés du dauphin, infligèrent aux Anglo-Portugais en face de La Rochelle, les préliminaires aboutirent le 24 mai 1420 à la conclusion du fameux traité de Troyes. Henri V fut fiancé à Catherine et reconnu comme héritier du royaume de France à la mort de Charles VI; durant la vie de son beau-père, il était investi de la régence, à charge de gouverner avec un conseil d'indigènes et de conserver les coutumes. Après la consommation du mariage (2 juin), le roi fit une campagne en Bourgogne, où il s'empara de Sens et de Montereau. Melun fut pris le 18 novembre après une belle résistance. Le mois suivant, les Etats ratifièrent à Paris le traité de Troyes

Par Rouen, où il prit des mesures pour que la population ne fût pas traitée avec brutalité par les conquérants, Henri V, accompagné de la reine Catherine, se dirigea vers l'Angleterre. Il trouva le pays tranquille. Oldcastle avait été pris et exécuté après avoir inutilement appelé les Ecossais au secours du lollardisme; la belle-mère du roi, Jeanne de Navarre, accusée en 1419 de sorcellerie et d'attentat contre la vie de Henri, avait été enfermée à Leeds Castle. Le 24 février 1424, Catherine fut couronnée à Westminster. La cour était à York quand on apprit la nouvelle de la défaite et de la mort du duc de Clarence à Beaugé. 

Le Parlement s'assembla le 2 mai pour voter les fonds nécessaires à une troisième expédition; il ne les marchanda pas. Après avoir marié et renvoyé dans son pays le jeune roi d'Ecosse qu'il détenait à sa cour depuis de longues années, en vue de rompre l'entente entre le dauphin et les Ecossais, Henri V quitta pour la dernière fois l'Angleterre le 10 juin. Les Français, qui menaçaient Chartres et même. Paris, furent aisément rejetés dans le bassin de la Loire. Meaux, assiégée dès le 6 octobre, ne capitula que le 11 mai 1422; le chef de ses défenseurs, le bâtard de Vaurus, qui avait coutume de mener sur les remparts un âne couronné, en face des Anglais, et de crier quand l'animal brayait : « Ane rit (Henri), oyez le roi! », fut pendu. 

C'est alors que le roi, très fatigué, tomba malade; il fut emporté en quelques semaines par la consomption et la dysenterie. Mort le 31 août, son corps n'arriva à Londres que le 11 novembre; il fut enterré à Westminster, dans un tombeau magnifiquement décoré qui fut pillé en 1545. 

L'homme et l'administrateur.
Peu de rois d'Angleterre ont été plus populaires que celui-ci. Tempérant, frugal, pieux, généreux, courtois, affable, il est loué unanimement par les écrivains de France et d'Angleterre. Il parlait peu, mais nettement. Bel homme, très actif, bien que médiocrement vigoureux. Quoiqu'il ait été absorbé de bonne heure par la guerre, il avait du goût pour les livres et de l'instruction. Monarque de droit divin, il eut une très haute idée de son rôle providentiel ; il se crut destiné par Dieu à maintenir la pureté de la foi et à punir les péchés de la cour de France, à réformer la France qu'il considérait vraiment comme son héritage légitime : de là sa sévérité extrême pour les Lollards et pour les partisans du dauphin, rebelles aux desseins supposés de Dieu. 

C'était un excellent homme de guerre et un diplomate habile; il réussit, en outre, à apaiser les discordes qui avaient désolé l'Angleterre sous les règnes précédents, et par sa gravité, par sa justice, il impressionna très favorablement les populations du nord de la France, peu habituées au bon ordre. Il apporta beaucoup de soin à la réorganisation de la Normandie, en particulier, et encouragea l'émigration anglaise dans les villes de Harfleur, Caen, Honfleur et Cherbourg

Il avait l'intention, après la conquête de la France, de réunir les forces de ses deux royaumes pour la délivrance des lieux saints; toute sa diplomatie tendit à grouper autour de lui, pour cette expédition finale, les principaux Etats de l'Occident. 

Ses dernières paroles furent : 

« Vous savez, ô mon Dieu, que j'ai toujours voulu et que je voudrais encore, si je vivais, réédifier Jérusalem. »
Parmi les biographies contemporaines de Henri V, les plus importantes sont celles (Gesta Henrici Quinti) d'un chapelain français anonyme (jusqu'à 1416 seulement) et de Thomas Elmham. Goodwin, Cole, Tyler ont compilé et édité d'utiles Memorials of Henri V. ( L.).
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Dictionnaire biographique
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