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Les
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| Hâroûn
er-Rachîd (Aboû Djafar), cinquième calife-abbâside,
fils du calife El-Mahdi et de Khaïzourân, né à
Rey (Perse A partir de 791 jusqu'à la fin de
ce long règne, la paix relative dont venait de jouir l'empire ne
cessa pas d'être troublée au dedans comme au dehors. Ce fut
d'abord l'Alide Yahya ibn Abd Allâh qui, s'étant enfui dans
le Daïlam après la bataille d'El-Fakhkh en 786, était
parvenu à réveiller dans tout le Nord de la Perse les anciennes
haines du parti Chiite Le chef reconnu des Alides fut reçu
à la cour avec force honneurs; Hâroûn le choya, le gratifia
d'une dotation magnifique, puis, un an après, lui faisait secrètement
trancher la tête. Le parti n'en demeurait pas moins vivace et sa
haine séculaire comme ses revendications (792). A peu près
vers la même époque éclatait entre deux Bédouins
de la plaine de Damas, à propos d'une pastèque volée
à l'un par l'autre, une querelle que bientôt épousait
non seulement les clans auxquels appartenaient ces deux hommes, mais deux
des tribus arabes les plus puissantes, les Modharites et les Yéménites,
auxquels les liens du sang les rattachaient. De cette querelle naquit une
véritable guerre civile qui s'étendit à la Syrie tout
entière et ne dura pas moins de quatre ans. Djafar, chargé
par le calife de rétablir l'ordre, n'en put venir à bout
qu'en 796. Dans l'intervalle, comme contre-coup des divisions intestines
de Damas, les Égyptiens, mécontents de leur gouverneur, se
révoltaient en 794, mais Harthama, gouverneur de la Palestine, les
faisait rentrer bon gré malgré dans le devoir; Allâf
ibn Sofyan el-Azdi s'emparait de Mossoul et s'y maintenait jusqu'à
ce qu'il en eût été chassé par le calife en
personne : la Mésopotamie se soulevait à la voix de Walîd
ech-Cheïbâni. chef de tous Les Khâridjites En même temps qu'il cherchait à
apaiser ces troubles pour ainsi dire endémiques, Hâroûn
avait à soutenir la guerre contre les Byzantins Hâroûn, comme ses prédécesseurs, ne témoignait pas une très vive sollicitude pour les provinces occidentales de son vaste empire. Aussi bien la domination arabe n'avait jamais pu s'implanter complètement dans les contrées berbères. En 800, le calife accorda à Ibrahim ibn el-Aghlab et après lui, à ses descendants, l'investiture du gouvernement de l'Ifriqiya tout entière, à la seule condition de reconnaître la suzeraineté abbâside. Les Aghlabides régneront ainsi à Kaïrouân pendant un siècle. L'année 803 fut marquée par
une invasion de Khazars ( Djafar eut la tête tranchée et le vieux Yahya ibn Khalid fut jeté dans un cachot où il mourut en 805. La disgrâce de cette illustre famille constitue un horrible drame qui a laissé sur le nom d'er-Rachid une tache hideuse et indélébile. Hâroûn confia le soin de le remplacer à son grand chambellan Fadhl ibn Rabî. C'était un adroit courtisan, sinon un habile ministre; il n'avait pas peu contribué à préparer la chute de son prédécesseur. Cependant l'impératrice Irène ayant été déposée en 802, Nicéphore, qui lui succédait, voulut inaugurer son règne par une reprise d'hostilité avec les Arabes. Il écrivit à Hâroûn une lettre pleine de jactance; le calife, en réponse à ce défi, renvoya la missive à son auteur après avoir écrit sur la marge : Hâroûn, commandeur des croyants, au chien des Grecs. J'ai lu ta lettre, ô fils d'une infidèle. Tu n'entendras pas seulement ma réponse, mais tu la verras.En même temps, il entre en Asie Mineure avec 135 000 soldats et ne s'arrête que lorsque l'empereur réclame la paix et promet de payer tribut. Le pays évacué, Nicéphore refuse (805) et la campagne continue, désastreuse pour ses armes sur terre et sur mer : Héraclée est prise par les musulmans, pillée et brûlée, Chypre C'est en cette même année
que Hâroûn er-Rachîd envoya une ambassade à Charlemagne
pour lui remettre, sur sa prière, les clés du saint-sépulcre;
parmi les présents qu'il lui offrit, on remarquait une paire d'éléphants Il y a dans l'histoire peu de figures de
princes dont la gloire ait été autant surfaite que celle
de Hâroûn er-Rachîd. Ce nom est un de ceux qui ont le
plus à perdre de prestige et de l'éclat prêté
par les historiographes complaisants. Hâroûn, en effet, ne
posséda ni grands talents, ni grandes vertus; il n'exécuta
aucune grande entreprise. ne fit point de conquêtes et se laissa
surpasser par les Barmécides en munificence
et en libéralité. Il fut le type du despote oriental : fastueux,
excentrique dans ses goûts, d'une jalousie inexorable, cruel, injuste,
égoïste, vantard, viveur insaturable, prodigue jusqu'à
l'extravagance. Mais il payait bien les poètes et les littérateurs
courtisans. Tous les écrivains arabes se sont, par imitation mutuelle,
immolés à sa renommée, si bien que son nom a franchi
les limites du monde musulman et qu'il est devenu le héros d'un
cycle de contes et d'anecdotes qui l'ont rendu célèbre dans
le monde entier. Hâroûn eut le bonheur d'être conseillé
par de grands ministres et aussi par sa femme favorite, la fameuse Zobeïda.
Il sut racheter toutefois ses vices et ses crimes par quelques belles qualités.
Il aimait passionnément les lettres et les arts et admettait dans
son intimité ceux qui les cultivaient. Il avait dans son harem 400
concubines qui toutes excellaient dans quelque art d'agrément; l'histoire
de la littérature arabe a conservé
les noms d'un grand nombre de ces femmes poètes, conteuses, danseuses
ou musiciennes. Hâroûn était lui-même bon poète;
il avait le goût des constructions, embellit Bagdad |
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© Serge Jodra, 2005. - Reproduction interdite.