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Guérin

Gilles Guérin est un fécond sculpteur, né à Paris en 1606, mort en 1678, orna de ses oeuvres le Louvre, Versailles, ainsi que les châteaux des  seigneurs les plus en vue, et plusieurs églises de Paris et de la province; fut de l'Académie de peinture et de sculpture dès la fondation, et y fut nommé professeur. 

Au Louvre, il fit, pour la chambre du roi, un bas-relief représentant la Fidélité, l'Autorité et la Justice; à Versailles, on remarque dans le bosquet des bains d'Apollon, deux beaux Chevaux abreuvés par des Tritons, et près de la pyramide d'eau l'Amérique, le dernier de ses ouvrages.

Pierre Guérin est un peintre d'histoire, né à Paris, en 1774, mort en 1833, était fils d'un quincaillier. Il remporta le grand prix de peinture en 1797, se rendit en Italie en 1798, fut nommé en 1814 professeur à l'École des beaux-arts, en 1815 membre de l'Institut, en 1822 directeur de l'Académie française à Rome, remplit ces fonctions jusqu'en 1829, et fut créé baron à son retour.

Ses principaux tableaux sont : le Retour de Marcus Sextus, 1800; Phèdre et Hippolyte, 1802; Bonaparte pardonnant aux révoltés du Caire; Andromaque, 1810; Énée et Didon; Égisthe et Clytemnestre, 1817, l'un des plus beaux ouvrages de l'école française. On a reproché à Guérin un appareil théâtral, des poses déclamatoires, et un coloris imparfait, mais en lui reconnaît une grande pureté de contours, un goût parfait dans l'ajustement, et une profonde entente de l'expression. Presque tous ses tableaux ont été gravés.
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Guérin : Le Retour de Marcus Sextus.
Le Retour de Marcus Sextus, par Pierre Guérin (1800).
Paulin Guérin est un peintre  né à Marseille en 1783, mort en 1855, a laissé, entre autres ouvrages : Caïn après le meurtre d'Abel, 1812; Ulysse en butte au courroux de Neptune, 1824; Adam et Ève chassés du Paradis, 1827; le Dévouement du Chevalier Roze pendant la peste de Marseille, 1834; la Conversion de Saint Augustin, 1844.
Victor Guérin est un archéologue né à Paris le 15 septembre 1824, mort à Paris le 21 septembre 1894. Sorti de l'Ecole normale en 1842, il fut professeur de rhétorique successivement à Agen, Bastia, Mâcon, Angers et Alger. En 1852, il fut nommé membre de l'Ecole d'Athènes

Pendant son séjour en Grèce, il explora les îles de Patmos et de Samos. A la même époque, il se rendit pour la première fois en Syrie; il y retourna en 1854, en 1863, 1870, 1875, 1882, 1884 et 1888. Il fut l'un des premiers archéologues qui explorèrent la Tunisie, en 1860. Au cours de ces voyages, il procéda à une étude méthodique des antiquités de l'ancienne Judée, de la Samarie, de la vallée du Jourdain, de la Galilée et d'une partie de la Phénicie. Il était membre de la Société des Antiquaires (= Archéologues) de France (1862).

Victor Guérin a consigné le résultat de ses voyages dans une série d'ouvrages dont les plus importants sont : Description de l'île de Patmos et de l'île de Samos (Paris, 1856, in-8); Voyage archéologique dans la régence de Tunis (Paris, 1862, 2 vol. in-8); Description géographique, historique et archéologique de la Palestine (Paris, 1869-1880, 7 vol. in-8); la Terre sainte (Paris, 1884-1883, 2 vol. in-4); Jérusalem, son histoire, sa description, ses établissements religieux (Paris, 1889, in-8). (M. P.).

Georges-Maurice de Guérin est un écrivain français, né au château du Cayla (Languedoc) le 5 août 1810, mort au même lieu le 17 juillet 1839. Il appartenait à une famille originaire de Venise, dit-on, noble mais peu riche.  Il se montra dès son enfance; au témoignage de sa soeur Eugénie de Guérin « imaginatif et rêveur ». 

A l'âge de douze ans il fut placé au petit séminaire de Toulouse et il y commença des études qu'il acheva au collège Stanislas de Paris, autre séminaire. Sa famille le faisait tourner vers les idées religieuses et eût souhaité de le voir entrer dans les ordres; mais, quoiqu'il fût porté naturellement au mysticisme, sa vocation restait incertaine, au moins quant au côté pratique. Il éprouva très jeune l'amour, un amour vague et platonique sans doute, comme furent les aspirations de toute sa vie, et il le chanta dans une pièce de poésie où, à côté de trè beaux vers, il dit, en style de Gongora :

Ses pleurs vont s'amasser dans le creux d'un rocher.
De pareilles recherches alambiquées sont fréquentes chez ce poète, très surfait, que l'on a voulu présenter comme un des interprètes les plus naïfs de la nature.

Dès l'enfance, il était déjà envahi d'une mélancolie maladive. Il rédigeait chaque soir un journal de ses impressions et de ses pensées, et l'idée de la mort était celle qui revenait le plus souvent sous sa plume. Lorsqu'il eut achevé ses études, il alla passer quelque temps dans sa famille, au Cayla, puis il se rendit en Bretagne, auprès de Lamennais, qui voulait alors fonder un établissement d'études religieuses, une sorte de Port-Royal-des-Champs, et groupait autour de lui ceux que l'on appela les solitaires de la Chesnaye (1832)

" C'était alors, a dit de lui Lamennais, un jeune homme timide, d'une piété douce et timorée, d'une organisation si frêle qu'on l'eût cru près de se briser à chaque instant, et ne montrant point encore les facultés d'une intelligence remarquable. "
Le jeune Maurice, cette personnalité faible et rêveuse, cette fleur étiolée, ne pouvait
guère être apprécié par ce rude Breton, mal l'aise dans le catholicisme, et en qui déjà se dessinait le prêtre rebelle.

A la Chesnaye, Maurice de Guérin rencontra le jeune Edmond de Cazalès, petit-fils de l'orateur de la droite à la Constituante de 1799, et l'abbé Gerbet, devenu ensuite évêque de Perpignan. De longues promenades et des discussions philosophiques étaient les occupations favorites du ces solitaires; Maurice en a retracé quelques-unes en détail dans son Journal. Lamennais était non seulement le directeur mais l'inspirateur de ces adolescents, et Maurice en subit l'influence, non seulement dans le sens des idées religieuses, mais encore dans celui des goûts littéraires. La pompe du style de Lamennais se retrouve dans le sien, en sens inverse, pour ainsi dire, par l'affectation même qu'il met à éviter cette pompe et par la recherche des tours prosaïques, en opposition avec le grand flot de poésie du maître.

Il quitta la Chesnaye au bout de quelques mois (1833), séjourna chez des amis ou des parents, fit quelques excursions pittoresques dans le coeur de la Bretagne et se rendit enfin à Paris, dans l'espoir d'y trouver une position. Une chaire de littérature comparée lui fut un moment promise, au collège de Juilly; mais cette espérance s'envola et il dut se contenter d'une classe provisoire au collège Stanislas. Il s'enfonça de plus en plus dans l'étude et le mysticisme, se fit néanmoins quelques amis, Scudo, Amédée Renée, Barbey d'Aurevilly, et même crut un instant qu'il allait devenir journaliste; quelques articles de critique, signés de son nom ou de l'initiale M, parurent dans la France catholique et dans la Revue européenne; mais c'était à des oeuvres plus intimes, plus personnelles qu'il était naturellement porté, et vers cette époque il composait le Centaure, véritable poème antique, d'un naturalisme savant, qui le fit accuser de panthéisme. Hécube et la Bacchante, autres fragments antiques, jaillirent de la même source d'inspiration et, bien que incomplets, révèlent une véritable originalité. 
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Extrait du Centaure

« L'usage de ma jeunesse fut rapide et rempli d'agitation. Je vivais de mouvement et ne connaissais pas de borne à mes pas. Dans la fierté de mes forces libres, j'errais, m'étendant de toutes parts dans ces déserts. Un jour que je suivais une vallée où s'engagent peu les centaures, je découvris un homme qui côtoyait le fleuve sur la rive contraire. C'était le premier qui s'offrît à ma vue, je le méprisai. Voilà tout au plus, me dis-je, la moitié de mon être! Que ses pas sont courts et sa démarche malaisée! Ses yeux semblent mesurer l'espace avec tristesse. Sans doute c'est un centaure renversé par les dieux et qu'ils ont réduit à se traîner ainsi.

Je me délassais souvent de mes journées dans le lit des fleuves. Une moitié de moi-même, cachée dans les eaux, s'agitait pour les surmonter, tandis que l'autre s'élevait tranquille et que je portais mes bras oisifs bien au-dessus des flots. Je m'oubliais ainsi au milieu des ondes, cédant aux entraînements de leur cours qui m'emmenait au loin et conduisait leur hôte sauvage à tous les charmes des rivages. Combien de fois, surpris par la nuit, j'ai suivi les courants sous les ombres qui se répandaient, déposant jusque dans le fond des vallées l'influence nocturne des dieux! Ma vie fougueuse se tempérait alors au point de ne laisser plus qu'un léger sentiment de mon existence répandu par tout mon être avec une égale mesure, comme, dans les eaux où je nageais, les lueurs de la déesse qui parcourt les nuits. Mélampe, ma vieillesse regrette les fleuves; paisibles la plupart et monotones, ils suivent leur destinée avec plus de calme que les centaures et une sagesse plus bienfaisante que celle des hommes. Quand je sortais de leur sein, j'étais suivi de leurs dons qui m'accompagnaient des jours entiers et ne se retiraient qu'avec lenteur, à la manière des parfums.

Une inconstance sauvage et aveugle disposait de mes pas. Au milieu des courses les plus violentes, il m'arrivait de rompre subitement mon galop, comme si un abîme se fût rencontré à mes pieds, ou bien un dieu debout devant moi. Ces immobilités soudaines me laissaient ressentir ma vie tout émue par les emportements où j'étais. Autrefois, j'ai coupé dans les forêts des rameaux qu'en courant j'élevais par-dessus ma tête; la vitesse de la course suspendait la mobilité du feuillage qui ne rendait plus qu'un frémissement léger; mais, au moindre repos, le vent et l'agitation rentraient dans le rameau, qui reprenait le cours de ses murmures. Ainsi ma vie, à l'interruption subite des carrières impétueuses que je fournissais à travers ces vallées, frémissait dans tout mon sein. »
 

(M. de Guérin).

En 1838, quoique sa santé fût déjà profondément altérée, Maurice de Guérin se maria, et, à partir de ce moment, la maladie de poitrine qui le minait empira avec une effrayante rapidité. Il voulut revoir le Cayla et mourir ou s'était écoulée son enfance; à peine y fut-il arrivé qu'une crise suprême le prit et l'emporta.

Les fragments publiés de ses oeuvres, le Centaure entre autres, connus seulement d'un petit nombre de ses amis, étaient passés inaperçus. George Sand, en s'en faisant l'éditeur enthousiaste après la mort du poète, attira l'attention sur cette physionomie indécise, autour de laquelle des mains pieuses se plurent à tracer une sorte d'auréole. 

Un vif sentiment de la nature s'y mêle à l'expression poignante de l'ennui d'un René ou d'un Werther, et l'exquise beauté de la forme fait de ces oeuvres de jeune homme, surtout de la première, de vrais chefs-d'oeuvre. Un volume, composé du Journal de Maurice de Guérin, de ses Lettres, du Centaure; de la Bacchante, de quelques poésies inédites adressées au Breton Hippolyte de La Morvonnais, et de quelques autres études, a été publié par G. Trébutien (1860, 1 volume). Le même éditeur y joignit en 1862 le Journal et les Lettres de sa soeur, Eugénie.  (PL).

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