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Ferdinand VII, d'Espagne

Ferdinand VII est un roi d'Espagne, né à Saint-Ildefonse le 13 octobre 1784, et  mort à Madrid le 29 septembre 1833. Il était fils de Charles IV et de Louise-Marie de Parme et fut proclamé prince des Asturies en 1789, à l'âge de cinq ans. Son éducation fut confiée au duc de San Carlos et au chanoine Escoiquiz. 

Encouragé par eux, le jeune prince des Asturies se mit à la tête du parti opposé à Manuel de Godoy, prince de la Paix, qui représentait l'influence française en Espagne et gouvernait Charles IV et la reine dont il passait pour être l'amant. Dans cette lutte d'intrigue et de ruse, Godoy réussit à faire éloigner des affaires le prince des Asturies et voulut l'obliger à épouser Marie-Louise de Bourbon, sa belle-soeur (Ferdinand était alors veuf de sa première femme, Marie-Antoinette-Thérèse de Naples, morte en 1806). Il refusa d'obéir à la volonté de ses parents et du favori, abandonna ses amis politiques et, conseillé par l'ambassadeur de France, Beauharnais, il s'adressa secrètement à Napoléon, et lui demanda la main d'une princesse de la famille impériale. 

Dénoncé au roi par les espions de la reine, il fut arrêté sur l'ordre de Charles lV, et gardé dans l'Escurial (28 octobre 1807). Les papiers saisis révélèrent la correspondance secrète avec l'empereur. Jugé, le prince se reconnut lui-même coupable de tout ce dont on l'accusait et livra les noms de ses complices; il fut gracié, Escoiquiz, San Carlos et le duc de l'Infantado absous par les juges. Aussitôt Napoléon écrivit au roi, niant avoir jamais reçu aucune lettre du prince. Cependant les Français envahissaient l'Espagne, sous prétexte d'attaquer le Portugal et de repousser un prétendu débarquement des Anglais; toutes les places fortes du Nord étaient occupées par trahison ou par la faiblesse des commandants espagnols. 

La nation comprit enfin; une sédition éclata contre Godoy, accusé d'attirer l'étranger. Le 17 mars 1808, son palais est envahi et pillé par la foule; quelques jours après, Charles IV lui retirait toutes ses dignités et envoyait Ferdinand apaiser la multitude. Fatigué d'une longue lutte et sentant son impopularité grandissante, le roi abdiqua dans Aranjuez en faveur du prince des Asturies qui fut proclamé au milieu de l'enthousiasme national. Le 23 mars, Murat entrait dans Madrid avec l'armée française. Le même jour, Charles IV et la reine, conseillés par les agents de l'empereur, lui adressaient une protestation contre leur abdication forcée, disaient-ils, et le suppliaient de sauver Godoy en butte à la haine du peuple et du nouveau roi.

Ferdinand VII se laissa persuader par Napoléon, et partit pour Bayonne avec Escoiquiz (10 avril), accompagné par Savary. Arrivé le 12 à Burgos, au milieu des troupes françaises, il hésita, mais il était déjà impossible de reculer. Savary d'ailleurs protestait des bonnes intentions du maître. Bessières avait reçu l'ordre d'employer la force. A Vitoria, le peuple essaya de le retenir; Urquijo le supplia de retourner en arrière, de se méfier des héros. Le 20, il franchissait la Bidassoa, entouré par la cavalerie française : il était prisonnier. Pendant ce temps, Napoléon faisait venir à Bayonne Charles IV, la reine et Godoy; l'infant don Carlos était enlevé. Sur ces entrefaites arriva la nouvelle du soulèvement de Madrid et des fusillades atroces ordonnées par Murat, après la soumission des insurgés (2 mai). 

L'occasion était belle pour une scène de violence. L'empereur rendit Ferdinand responsable du sang versé, le somma d'abdiquer, le menaça, s'il résistait, de le traiter en rebelle, c.-à-d. de le faire passer par les armes. Enfin, le 6 mai, le prince terrifié signait une renonciation au trône en faveur de son père, et le 10 une autre, par laquelle il cédait à Napoléon tousses droits d'héritier à la monarchie espagnole. Ferdinand fut dirigé sur le château de Valençay avec son oncle don Antonio et son frère don Carlos, et confié aux soins de Talleyrand. Le trajet se fit avec une escorte d'honneur de quatre-vingts gendarmes. En échange de ses droits, Napoléon daignait lui accorder une rente annuelle de 800,000 F, fort irrégulièrement payée du reste.

Ferdinand VII ne quitta Valençay qu'en mars 1814, à la suite des désastres de Napoléon et de la sublime résistance du peuple espagnol secondé par les Anglo-Portugais. A son retour en Espagne (24 mars), il abrogea toutes les mesures prises en son absence, et déclara nulle la constitution de 1812, promulguée par les Cortès, dans Cadix assiégée. Le décret du 4 mai rétablissait l'ancien état de choses. Ferdinand VII entendait régner en monarque absolu, comme avaient fait ses ancêtres. 

Les constituants furent emprisonnés, exilés, pendus; Calatrava, Martinez de La Rosa envoyés dans les presidios d'Afrique, le comte de Toreno banni. Des insurrections militaires éclatèrent; on les réprima avec sévérité. Porlier avait soulevé les troupes du Ferrol et de La Corogne : il fut fusillé. A Barcelone, Mina prit la fuite après une tentative semblable. Richard, Lacy et Vidal échouèrent et périrent tous les trois. Un corps d'armée, prêt à partir pour les colonies américaines insurgées, se trouvait aux environs de Cadix. 

Riego, secondé par le colonel Quiroga, proclama la constitution de 1812, et la firent acclamer par les régiments (1er janvier 1820). Le Ferrol et La Corogne se prononcèrent également. La Révolution est aussitôt sanctionnée par les Cortès. Ferdinand VII, forcé de renoncer au pouvoir absolu à la suite de l'émeute du 8 mars, jure à contre-coeur fidélité à la constitution. Dès lors, le pouvoir était aux mains de l'assemblée. Les Cortès, régnant au nom du roi, abolirent les majorats et l'Inquisition, rappelèrent les exilés, supprimèrent les jésuites et les droits payés au Saint-siège, les maîtrises, monopoles et privilèges, réduisirent les dîmes, etc. 

Les absolutistes s'émurent; des bandes se réunirent sous le nom d'armée de la foi pour défendre la religion et rendre au roi l'autorité première. Les Basques, dont la constitution menaçait les fueros, s'insurgèrent. Un chef de guérilla, Antonio Marañon (le Trappiste) s'empara de Seo d'Urgel et tint héroïquement tête aux constitutionnels. Mina résistait aux ultra-royalistes. Des atrocités furent commises des deux côtés. 

La guerre civile s'étendait sur le pays; les colonies espagnoles étaient en pleine insurrection; la fièvre jaune dévastait la Catalogne, l'Aragon et l'Andalousie. Riego venait de tenter de proclamer la République à Saragosse et avait été destitué. En apprenant la prise d'Urgel, l'effervescence redoubla à Madrid. On se battit dans les rues. Les gardes du corps durent mettre bas les armes devant les miliciens. La révolution devenait anarchique.

En présence des troubles et de la situation de plus en plus menacée du roi d'Espagne, le gouvernement de Louis XVIII se décida à intervenir en faveur de Ferdinand VII. L'armée française franchit la Bidassoa, le 7 avril 1823. Le 23 mai, elle entrait sans résistance à Madrid, et le 8 août, le duc d'Angoulême rendait l'ordonnance d'Andujar, destinée à mettre un frein aux vengeances des royalistes; elle défendait aux autorités espagnoles toute arrestation illégale. 

Les Cortès s'étaient d'abord réfugiées à Séville, à l'approche des Français, emmenant le roi avec elles; de là, elles avaient fui jusqu'à Cadix. Mina seul luttait en Catalogne. Le 19 août, la tranchée fut ouverte devant Cadix; le 31, le fort du Trocadéro était emporté d'assaut; les premières bombes tombèrent dans la place et l'on préparait tout pour une attaque générale. Les Cortes traitèrent. Le roi, mis cri liberté, put enfin se rendre au camp français. Ferdinand VII reprit le pouvoir. 

Riego fut pendu comme traître (7 novembre), Ballesteros et Morillo exilés; Quiroga et d'autres purent s'embarquer à temps et quitter l'Espagne. Le souverain rentra en triomphe dans Madrid, acclamé par ses partisans, aussi absolu qu'autrefois (13 novembre) Son premier acte fut de déclarer nul tout ce qui avait été accompli depuis l'émeute de mars 1820, comme lui ayant été arraché par la force.

Délivré des Cortès et de la révolution, Ferdinand n'en subissait pas moins une autre tutelle, celle des absolutistes et du clergé, à la tète desquels était son frère don Carlos. Recevant les félicitations de quelques chefs royalistes, après son rétablissement : 

« Ce sont les mêmes chiens avec d'autres colliers », dit-il. 
Les absolutistes de Catalogne se soulevèrent, sous le nom de carlistes, et la guerre civile faillit recommencer (1827). Les negros ou libéraux remuèrent encore; leurs tentatives échouèrent; Torrijos et ses complices furent fusillés (1831). 

A l'annonce que sa quatrième femme, Marie-Christine de Naples, était enceinte, Ferdinand, qui n'avait pas d'enfant de ses trois mariages précédents, abolit la loi salique par une pragmatique du 29 mars 1830. Comme l'infante Isabelle naquit le 10 septembre, ce décret dépossédait don Carlos et préparait les longues guerres civiles qui désolèrent l'Espagne à plusieurs reprises. 

Gouverné par ses ministres et dominé par son entourage, le roi révoqua sa décision, durant une maladie, en 1832, mais la rétablit à sa guérison. Le 20 juin 1833, il faisait proclamer Isabelle princesse des Asturies et héritière de la monarchie. Trois mois après, Ferdinand VII mourait d'un accès de goutte, laissant le trône à sa fille Isabelle Il et la régence à lareine Marie-Christine de Bourbon. (Lucien Dollfus).

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Dictionnaire biographique
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