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Le fatalisme

On appelle fatalisme le système qui soumet tous les événements du monde à la fatalité; par conséquent, en expliquant ce qu'on entend par fatalité, nous aurons par là même expliqué ce que c'est que le fatalisme. La fatalité est le nom donné par les Anciens à la force supérieure et souveraine qui, d'après eux, produisait tous les événements. Cette fatalité était l'oeuvre propre du destin, fatum.

La fatalité exprime ainsi la dépendance où se trouvent vis-à-vis du destin tous les phénomènes de l'univers, et c'est la croyance à une telle fatalité qui constitue le fatalisme. Le fatalisme croit donc que rien dans le monde n'est au pouvoir des humains, et qu'une puissance supérieure et mystérieuse accomplit tous les événements. Le fatalisme supprime donc le libre arbitre, et, par là, il se rapproche du déterminisme. Il y a cependant entre le fatalisme et le déterminisme cette différence que le déterminisme professe que tout phénomène est invariablement lié aux phénomènes antécédents, de sorte que le cours de la nature est invariable, fixé une fois pour toutes et que nulle perturbation ne peut s'y introduire du dehors, tandis que le fatalisme enseigne qu'une puissance extérieure aux phénomènes peut toujours intervenir de façon à substituer après tel ou tel phénomène, à la place du phénomène qui normalement devrait se produire d'après le cours ordinaire de la nature, tel ou tel autre phénomène impossible à déterminer et à prévoir.

Le déterminisme change le sens des notions morales, et beaucoup de philosophes soutiennent qu'il finit par les supprimer. Au moins, le déterminisme conserve-t-il la science. L'ordre de la nature étant fixe et invariable, on peut le connaître et prévoir les conséquents lorsqu'on connaît les antécédents. Mais avec le fatalisme il en va tout autrement. Une possibilité de perturbation menace continuellement l'ordre naturel. On ne peut plus rien connaître ni rien affirmer. Un phénomène quelconque peut succéder à un phénomène quelconque; toute science devient impossible. Cela tient, ainsi que l'a remarqué justement Fouillée (la Liberté et le Déterminisme, 2e édit.), à ce que le fatalisme ne supprime le libre arbitre dans l'homme que pour le transporter dans la puissance mystérieuse qui domine et régit l'univers, s'en sert comme d'un jouet et le fait servir à tous ses caprices. (G. Fonsegrive).

Considéré comme explication des rapports de l'univers avec Dieu, le fatalisme donne pour résultat la croyance à la fatalité; à celle-ci se joint l'idée d'un pouvoir qui n'a en vue que le malheur de l'homme. Une telle doctrine a été rapprochée du Panthéisme et de l'athéisme.

Quand le fatalisme prétend expliquer nos actions, il est la doctrine qui nie le libre arbitre de l'homme, et qui, d'une personne veut faire une chose. Il se fonde sur des arguments tirés les uns de la nature humaine, les autres de la nature divine: Il objecte l'influence du tempérament, de l'âge, du climat, des circonstances; mais ce ne sont là que des accidents qui peuvent servir ou gêner le libre arbitre, et nullement l'anéantir. L'argument du motif déterminant pourrait paraître plus solide; mais il repose sur une analogie qui n'est qu'apparente entre les motifs et les poids, entre l'âme et le plateau d'une balance. L'argument théologique, qui consiste dans un dilemme où doit périr la prescience divine ou le libre arbitre, paraît plus spécieux; mais il suffit de se rappeler que la science de Dieu n'est pas prévision, mais omniscience; que, pour Dieu, il n'y a qu'un présent, parce que Dieu ne dure pas, il est.

Resterait à expliquer le fait simultané de la prescience et du libre arbitre : mystère devant lequel la raison de l'homme doit s'incliner. "La première règle de notre logique, dit Bossuet, c'est qu'il ne faut jamais abandonner les vérités une fois connues, quelque difficulté qui survienne quand on veut les concilier, mais qu'il faut au contraire tenir fortement comme les deux bouts de la chaîne,. quoiqu'on ne voie pas toujours le milieu par où l'enchaînement se continue."

Le Fatalisme est la base des religions de l'Antiquité; il est également présent dans le Christianisme, et il fait le caractère dominant du Calvinisme. Comme doctrine philosophique, il sort inévitablement de quelques systèmes comme ceux de Hobbes, de Hume, de Spinoza, et rigoureusement de Malebranche lui-même. (R.).



En bibliothèque - Bossuet,Traité du libre arbitre; l'abbé Plouquet, Examen du fatalisme, 1757,- 3 vol. in-12; Jouffroy, Cours de Droit naturel, 4e leçon.

Sur le web - A découvrir sur ce sujet : les extraits de la thèse de Christophe Paillard sur le Problème du fatalisme au siècle des Lumières.
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