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Essai sur l'entendement humain, de Locke

L'Essai sur lentendement humain (Essay concerning human understanding) est un traité philosophique de John Locke

Cet ouvrage se divise en quatre livres, qui traitent, le premier des notions innées, le second des idées, le troisième des mots, le quatrième de la connaissance. Locke nous raconte lui-même, dans une préface, comment lui vint à l'esprit l'idée de le composer

"S'il était à propos de faire ici l'histoire de cet essai, dit-il, je vous dirais que cinq ou six de mes amis, s'étant assemblés chez moi et venant à discourir sur un sujet fort différent de celui-ci, se trouvèrent bientôt arrêtés par les difficultés qui s'élevèrent de plusieurs côtés. Après nous être fatigués quelque temps sans nous trouver plus en état de résoudre les doutes qui nous embarrassaient, il me vint dans l'esprit que nous prenions un mauvais chemin, et qu'avant de nous engager dans ces sortes de recherches il était nécessaire d'examiner notre propre capacité et de voir quels objets sont à notre portée ou au-dessous de notre compréhension ".
Locke reconnaît deux sources des idées, la sensation et la réflexion, qui est la connaissance que l'âme prend de ses diverses opérations. Toutes les idées des choses distinctes du sujet pensant dérivent de la sensation; toutes les idées des manières d'être ou des opérations de l'âme dérivent de la réflexion. 

L'hypothèse des idées innées doit être tenue pour fausse, parce qu'elle est inutile. L'esprit, à l'origine, est ce qu'on appelle une table rase, c'est-à-dire vide de caractères. 

Les idées se divisent en deux classes : les idées simples, produits directs de la sensation et de la réflexion; les idées complexes, que l'entendement forme avec les idées simples, en combinant ces éléments primitifs. 

L'idée d'espace nous est donnée par la vue et le toucher; elle se résout au fond dans celle de corps

L'idée de temps vient de la réflexion que nous faisons sur cette suite d'idées que nous voyons paraître l'une après l'autre dans notre esprit
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Sur les idées d'espace et de temps et sur les universaux

« Il y a bien des gens, au nombre desquels je me range, qui croient avoir des idées claires et distinctes du pur espace et de la solidité, et s'imaginent pouvoir penser à l'espace sans y concevoir quoi que ce soit qui résiste ou qui soit capable d'être poussé par aucun corps. C'est là, dis-je, l'idée de l'espace pur, qu'ils croient avoir aussi nettement dans l'esprit que l'idée qu'on peut se former de l'étendue du corps; car l'idée de la distance qui est entre les parties opposées d'une surface concave est tout aussi claire, selon eux, sans l'idée d'aucune partie solide qui soit entre elles, qu'avec cette idée. D'un autre côté, ils se persuadent qu'outre l'idée de l'espace pur, ils en ont une autre tout à fait différente de quelque chose qui remplit cet espace, et qui peut en être chassé par l'impulsion de quelque autre corps ou résister à ce mouvement. Que s'il se trouve d'autres gens qui n'aient pas ces deux idées distinctes, mais qui les confondent et des deux n'en fassent qu'une, je ne vois pas que des personnes qui ont la même idée sous différents noms, ou qui donnent les mêmes noms à des idées différentes, puissent s'entretenir ensemble; pas plus qu'un homme qui n'est ni aveugle ni sourd, et qui a des idées distinctes de la couleur nommée écarlate et du son de la trompette, ne pour rait discourir de l'écarlate avec l'aveugle dont je parle ailleurs, qui s'était figuré que l'idée de l'écarlate ressemblait au son de la trompette.

Que la notion que nous avons de la succession et de la durée vienne de la réflexion que nous faisons sur cette suite d'idées que nous voyons paraître l'une après l'autre dans notre esprit, c'est ce qui me semble suivre évidemment de ce que nous n'avons aucune perception de la durée qu'en considérant ces suites d'idées qui se succèdent les unes aux autres dans notre entendement. En effet, dès que cette succession d'idées vient à cesser, la perception que nous avons de la durée cesse aussi, comme chacun l'éprouve clairement par lui-même lorsqu'il vient à dormir profondément; car, qu'il dorme une heure, un jour ou même une année, il n'a aucune perception de la durée des choses tandis qu'il dort ou qu'il ne songe à rien. Cette durée est alors tout à fait nulle à son égard, et il lui semble qu'il n'y a aucune différence entre le moment où il a cessé de penser en s'endormant et celui où il commence à penser de nouveau. Et je ne doute pas qu'un homme éveillé n'éprouvât la même chose s'il lui était alors possible de n'avoir qu'une idée dans l'esprit, sans qu'il arrivât aucun changement à cette idée et qu'aucune autre vint à lui succéder [...].

Ce qu'on appelle général ou universel n'appartient pas à l'existence réelle des choses; mais c'est un ouvrage de l'entendement qu'il fait pour son propre usage, et qui se rapporte uniquement aux signes. » (Locke, extrait de Essai, liv. II, ch. XIV, §5, ch. IV, § 3.
 

L'idée d'infini n'est qu'une négation, et, quand on veut s'en former une idée positive, il faut la résoudre dans celle de nombre

L'idée d'identité personnelle résulte de l'union de la mémoire et de la conscience.

L'idée de substance n'est que la collection ou la combinaison d'idées simples que nous rapportons à un sujet supposé. 

Les idées de cause et d'effet dérivent soit de la sensation, soit de la réflexion : de la sensation, en ce qu'elles expriment une succession de phénomènes, dont l'un arrive constamment après l'autre; de la réflexion, parce que l'idée de puissance nous est fournie principalement par la conscience de notre activité interne ou de notre volonté

L'idée de bien et de mal moral n'est autre chose que la conformité ou l'opposition qui se trouve entre nos actions et une certaine loi, conformité ou opposition qui nous attire du bien ou du mal par la volonté et la puissance du législateur. Ce qu'on appelle général ou universel n'appartient pas à l'existence réelle des choses; mais c'est un ouvrage de l'entendement qu'il fait pour son propre usage et qui se rapporte uniquement aux signes. 
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Sur les idées du bien et du mal naturel

« Les choses ne sont bonnes ou mauvaises que par rapport au plaisir et à la douleur. Nous nommons bien tout ce qui est propre à produire et à augmenter le plaisir en nous, ou à diminuer et à abréger la douleur [...]. Au contraire, nous appelons mal ce qui est propre à produire ou à augmenter en nous quelque douleur, ou à diminuer quelque plaisir que ce soit, ou à nous causer du mal, ou à nous priver de quelque bien que ce soit. » (Essai, liv. Il).

Sur les idées du bien et du mal moral

« Le bien et le mal considéré moralement n'est autre chose que la conformité ou l'opposition qui se trouve entre nos actions et une certaine loi, conformité ou opposition qui nous attire au bien et nous détourne du mal par la volonté et la puissance du législateur : et ce bien et ce mal n'est autre chose que le plaisir et la douleur qui, par la détermination du législateur, accompagnent l'observation ou la violation de la loi; c'est ce que nous appelons récompense et punition. » (Locke, extraits de l'Essai, liv. II, ch. XXVIII, § 5).
 

L'esprit ne connaît pas les choses immédiatement, mais par les idées qu'il en a, et par conséquent toute connaissance dépend de la conformité qui existe entre nos idées et leurs objets. Les idées simples sont nécessairement la représentation des choses; les idées sensibles sont la représentation des qualités des corps; les idées produites par la réflexion, la représentation des opérations de l'entendement.

" Il n'est pas de livre, dit Victor Cousin, qui laisse dans l'âme de ses lecteurs de plus aimables souvenirs, et où l'on trouve plus de bonne foi dans la recherche de la vérité, que l'Essai sur l'entendement humain [...]. Cependant il est facile de voir que tout en conservant la couleur et l'empreinte habituelle d'un esprit original, très juste et très fin, ce livre manque d'unité ". 

"Locke, dit Charles Renouvier, crut qu'il suffisait, pour éviter les préjugés, de raisonner sans système arrêté, de chercher avec soin les occasions physiques dans lesquelles nos idées s'éveillent, de prendre ces occasions pour des causes, et pour des faits naturels les comparaisons et les rapports que nous établissons entre les idées, sans se demander si ces rapports n'impliquent pas des idées antérieures aux premières. " 

C'est dans l'Essai sur l'entendement humain qu'il faut étudier les principes de la philosophie sensualiste. Cette philosophie ne tarda pas à passer la mer et à faire invasion en France, où le besoin de réagir contre l'appui prêté à la théologie par les philosophes du siècle précédent lui préparait un succès prodigieux. Popularisée par Voltaire systématisée avec rigueur par Condillac, elle trouva dans la langue, dans les passions de la France au XVIIIe siècle, les conditions d'une domination universelle et incontestée (Les Lumières).

L'ouvrage de Locke parut pour la remière fois à Londres en 1690 (1 volume). Déjà des fragments en avaient été publiés en Hollande depuis deux ans, dans la Bibliothèque universelle de Leclerc, sous ce titre Extrait d'un livre anglais qui n'est pas encore publié. Coste le traduisit en français dès l'année 1700 (1 volume). (PL).

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