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| Dumas (Alexandre
Davy
de la Pailleterie Dumas, dit Alexandre). - Auteur dramatique
et romancier (ou fabricant de romans?), fils
du général Alexandre Dumas, né à Villers-Cotterets
(Aisne) le 5 thermidor an X (24 juillet 1802), mort à Puys, près
de Dieppe Restée veuve en 1806 et réduite
aux modiques ressources que lui concédait le titre de son mari,
Mme Dumas ne put faire donner au fils issu de cette union qu'une éducation
extrêmement sommaire et incomplète. L'enfant tenait, par contre,
de son père, une constitution athlétique, une aptitude naturelle
à tous les exercices du corps et une santé robuste. Les premiers
chapitres de ses Mémoires renferment de nombreuses preuves
de ce triple privilège, dont Dumas se montre presque aussi fier
que de ses qualités intellectuelles et qui favorisèrent singulièrement
les frasques de son adolescence, longuement contées aux mêmes
pages. D'abord clerc d'avoué à Villers-Cotterets, puis à
Crépy-sur-Oise (Crépy-en-Valois Le jeune homme, qui se proposait bien un
jour de vivre de sa plume, se trouva néanmoins fort heureux de devoir
à son écriture un traitement de 4 200 F qui lui permettait
de ne plus être à la charge de sa mère et lui laissait
assez de loisirs pour apprendre tout ce qu'il ne savait pas et nommément
l'histoire de France. Bientôt il osa faire
imprimer ses premiers essais : une Elégie sur la mort du général
Foy (1825, in-8); un dithyrambe en l'honneur de Canaris (1826,
in-12) et un petit volume de Nouvelles contemporaines (1826, in-12).
En même temps, il collaborait à deux vaudevilles D'autres tentatives dramatiques, plus sérieuses,
tirées de la conjuration de Fiesque ou de l'épisode des Gracques,
demeurèrent alors inédites, tandis qu'un passage d'Anquetil
lui inspirait le drame d'où datent ses véritables débuts
: Henri III et sa cour (cinq actes, en prose), représenté
sur le Théâtre-Français le 11 février 1829,
et demeuré depuis au répertoire, lui valut de véritables
ovations; le duc d'Orléans, bien que fort peu sympathique à
son subordonné, ne dédaigna pas de donner lui-même
le signal des applaudissements et le nomma bibliothécaire adjoint
aux appointements annuels de 1500 F. Alexandre Dumas avait écrit
avant Henri III un autre drame reçu dès le 30
avril 1828 par le comité du même théâtre et dont
diverses circonstances avaient fait ajourner la représentation :
ce drame, c'était Christine ou plutôt, pour lui donner
le titre sous lequel il fut définitivement joué à
l'Odéon le 30 mars 1830, Stockholm, Fontainebleau Dumas avait depuis quelques mois dit pour
toujours adieu à la vie administrative et travaillait à plusieurs
drames lorsque éclata la révolution de 1830. Il fit le coup
de feu parmi les insurgés et, sur l'ordre de La
Fayette, se rendit en hâte à Soissons où,
avec le concours de quelques habitants, il protégea une importante
poudrière et en assura la possession au parti vainqueur. Puis il
partit pour la Vendée avec mission d'y provoquer la formation d'une
garde nationale chargée de défendre le pays contre une nouvelle
chouannerie que tout pouvait faire craindre. Admis au retour à faire
connaître au roi lui-même son impression sur l'état
des esprits, Dumas ne lui dissimula pas combien le remède lui semblait
dangereux et insista sur la nécessité d'ouvrir à travers
le Bocage et le Marais des voies de communication qui rendraient plus difficile
la guerre civile qu'on redoutait. Bien que le second de ses conseils ait
été suivi plus tard, le résultat de l'enquête
ne raffermit point le crédit de Dumas auprès de Louis-Philippe;
son élection de capitaine dans l'artillerie de la garde nationale
parisienne, devenue l'un des foyers de l'apposition à la monarchie
du 9 août, une visite intempestive aux Tuileries Une violente passion conçue pour
Mme Mélanie Waldor (fille de Villenave), et à laquelle celle-ci,
mariée à un officier, ne pouvait répondre, inspira
à Dumas ce drame où, sous le nom d'Antony, il s'est
peint lui-même, a-t-il dit, « moins l'assassinat »
et où il a peint, sous le nom d'Adèle Hervey, la maîtresse
adorée, « moins la fuite », et qui, merveilleusement
interprété par Bocage et Mme Dorval (Porte-Saint Martin Il nous faut maintenant revenir en arrière et rappeler les titres des principaux récits qui ont tour à tour distrait, ému ou charmé deux ou trois générations et qui se subdivisent en impressions de voyages, en romans et en chroniques historiques. Dumas a lui-même raconté comment,
après l'insurrection de juin 1832 et une atteinte de choléra,
dont il se ressentit d'ailleurs une partie de sa vie, les médecins
et ses amis lui conseillèrent de quitter Paris C'est par de courtes nouvelles que débuta le romancier qui devait entreprendre et mener à leur fin les plus longues et les plus captivantes inventions de la littérature moderne. Le Cocher de cabriolet, Blanche de Beaulieu (déjà publiée dans les Nouvelles contemporaines), Cherubino et Celestini, Antonio, Maria, et le Bal masqué, Jacques ler, et Jacques Il ont été réimprimés sous le titre de Souvenirs d'Antony (1835, in-8); Pauline et Pascal Bruno ont reçu le titre collectif de la Salle d'armes (1838, 2 vol. in-8). Viennent ensuite des oeuvres de plus longue haleine : le Capitaine Paul (1838, 2 vol. in-8), dont, si l'on en juge par un ex-dono de Dumas, l'idée première appartiendrait à Dauzats; Acté, suivi de Monseigneur Gaston de Phebus (1839, 9 vol. in-8); Aventures de John Davy (1840, 4 vol. in-8); le Capitaine Pamphile (1840, 2 vol. in-8); Maître Adam le Calabrais, 1840, in-8; Othon l'Archer (1840, in-8); Aventures de Lyderic, 1842, in-8); Praxède, suivi de Don Martin de Freylas et de Pierre le Cruel (1841, in-8); Georges (1843, 3 vol. in-8); dont, selon Mirecourt, Félicien Malefille aurait pu revendiquer la paternité; Ascanio (1843, 5 vol. in-8), sur lequel, toujours d'après le même pamphlétaire, Paul Meurice aurait pu faire valoir les mêmes droits; le Chevalier d'Harmental (1843, 4 vol, in-8), d'où date l'alliance intime, féconde et hautement avouée par la premier, de Dumas et de Maquet à laquelle on a dû successivement : Sylvandire (1844, 3 vol. in-8); les Trois Mousquetaires (1844, 8 vol. in-8), le plus amusant et le plus célèbre des romans de cape et d'épée et ses deux suites dignes de leur aîné : Vingt Ans après (1845, 10 vol, in-8) et Dix Ans plus tard ou le Vicomte de Braguelone (1848-1850, 26 vol. in-8); le Comte de Monte-Cristo (1844-1845, 12 vol. in-8), dont Fiorentino réclamait une part formellement niée par Dumas et restée inconnue à Maquet; Une Fille du Régent (1845, 4 vol., in-8); la Reine Margot (1845, 6 vol. in-8); la Guerre des femmes (1845-1846, 8 vol. in-8); le Chevalier de Maison-Rouge (1846, 6 vol. in-8); la Dame de Monsoreau (1846, 8 vol. in-8); le Bâtard de Mauléon (1846, 9 vol in-8); Mémoire d'un médecin (1846-1848, 19 vol. in-8) et ses deux suites : Ange Pitou (1853, 8 vol. in-8) et la Comtesse de Charny (1853-1855, 19 vol. in-8); les Quarante-Cinq, suite et fin de la Dame de Monsoreau (1848, 10 vol. in-8). Alex. Dumas, qui se flattait "d'avoir des collaborateurs comme Napoléon a eu des généraux ", eut recours encore à Hipp. Auger pour Fernande (1844, 3 vol in-8), à Paul Meurice pour Amaury (1844, 4 vol. in-8), à Paul Lacroix pour les Mille et un Fantômes (1849, 2 vol. in-8), la Femme au collier de velours (1851, 2 vol. in-8), et pour Olympe de Clèves (1852, 9 vol. in-8), etc. Parfois même il lui est arrivé de mettre ou de laisser mettre son nom sur la couverture de livres qu'il n'avait pas même lus, ainsi qu'il l'a reconnu plus tard pour les Deux Diane de Paul Meurice (1846-1847, 10 vol. in-8), on pour le Chasseur de Sauvagine de M. G. de Cherville (1859, 2, vol. in-8), où sa part effective se réduisit, dit-il, à mettre un point sur l'i du dernier mot du titre. En revanche, on ne lui a jamais disputé plusieurs autres romans moins célèbres, il est vrai, que ceux dont les titres sont rappelés plus haut : Gabriel Lambert (1844, 2 vol. in-8); le Château d'Eppstein (1844, 3 vol. in-8); Cécile (1844; 2 vol. in-8); les Frères Corses (1845, 2 vol. in-8), émouvant récit, dédié à Prosper Mérimée. Malgré cette production sans exemple
et qui dépassait tout ce que la cervelle et même la main humaine
avaient pu jusqu'alors concevoir et exécuter, en dépit des
procès suscités, et le plus souvent gagnés par les
directeurs de journaux dont les traités restaient en souffrance,
Dumas trouvait encore le temps de surveiller la construction de la villa
de Monte-Cristo, près de Saint-Germain, et qui engloutit une partie
des sommes fabuleuses que lui rapportait sa plume, de parcourir d'octobre
1846 à janvier 1847 l'Espagne et l'Algérie, en compagnie
de son fils, de Maquet, de Louis Boulanger, de Desbarolles et d'Eugène
Giraud, de prendre enfin la direction du Théâtre-Historique
dont le duc de Montpensier La révolution de février
1848 ne fut pour Dumas qu'une suite de déceptions et le signal du
déclin de son extraordinaire fortune. Collaborateur d'une feuille
quotidienne éphémère, la Liberté (mars-juin
1848), et fondateur d'une revue politique intitulée le Mois
(15 avril), qui n'eut pas une destinée beaucoup plus brillante,
candidat malheureux dans Seine-et-Oise et dans l'Yonne, bientôt menacé
dans la source principale de ses revenus par l'amendement Riancey qui assujettissait
à un droit fiscal le roman-feuilleton, traqué par ses créanciers
personnels et par ceux du Théâtre-Historique, dont la crise
que l'on traversait avait entraîné la fermeture, il quitta
Paris Grâce au dévouement de Noël Parfait, ancien représentant du peuple, exilé par le coup d'État et qui avait remis quelque ordre dans les finances de Dumas, celui-ci put, à son retour en France, retrouver une tranquillité relative. De 1854 à 1860, il fonda et dirigea le Mousquetaire, devenu, en 1857, le Monte-Cristo, "rédigé par M. Dumas seul", fit représenter Romulus, comédie en un acte et en prose (Théâtre Français, 15 janvier 1854), dont O. Feuillet et Paul Bocage furent les collaborateurs; la Jeunesse de Louis XIV, comédie en cinq actes et en prose, reçue mais non jouée au Théâtre-Français, représentée au Vaudeville à Bruxelles le 20 janvier 1864 et reprise en 1874 à l'Odéon; la Conscience, drame en cinq actes (Odéon, 7 novembre 1854); l'Orestie, tragédie en trois actes et en vers (Porte-Saint-Martin, 5 janvier 1856); le Verrou de la reine, comédie eu trois actes (Gymnase, 5 décembre 1856), intitulée d'abord la Jeunesse de Louis XV et remaniée après son interdiction par la censure; l'Invitalion à la valse, comédie en un acte (ibid., 3 août 1857); l'Honneur est satisfait, comédie en un acte (ibid., 19 juin 1858); les Gardes forestiers, drame en cinq actes (Grand-Théâtre de Marseille, 23 mars 1858), tiré de Catherine Blum, roman cité plus haut; la Dame de Monsoreau, drame en cinq actes avec prologue (Ambigu, 10 novembre 1860), le dernier et l'un des meilleurs que Maquet ait signés avec lui; enfin, il écrivit deux de ses meilleurs romans, les Compagnons de Jéhu (1857, 7 vol. in-8}, et les Louves de Machecoul (1859, 10 vol. in-8). Le voyage de Dumas en Italie (1860), la
part plus ou moins effective qu'il prit à l'expédition de
Garibaldi
en Sicile, son séjour à Naples Si longue que soit l'énumération qui précède, elle resterait notablement incomplète si l'on n'y faisait pas figurer trois séries d'écrits où Dumas, tout en donnant carrière à son imagination, a entendu raconter sa propre existence, celle de plusieurs de ses contemporains et de ses amis, enfin quelques-uns des principaux épisodes de l'histoire de Francs. Outre ses Mémoires déjà cités, on trouvera beaucoup de particularités curieuses, mais le plus souvent sujettes à contestations, dans un fragment placé en tête de la première édition de son Théâtre : Comment je devins auteur dramatique, dans ses Souvenirs de 1830 à 1842 (1854, 2 vol. in-8); dans ses Causeries (1860, 2 vol. in-18); dans Bric-à-Brac (1861, 2 vol. in-18), enfin dans l'Histoire de mes bêtes (1868, in-18). Le second groupe est formé par Un Alchimiste au XIXe siècle (le comte de Ruolz), premier chapitre de la Villa Palmieri, tiré à part; le Maître d'armes (1844, 3 vol. in-8), mémoires de Grisier; Une Vie artiste (1854, 2 vol. in-8), histoire de la jeunesse et des débuts de Mélingue; la Dernière Année de Marie Dorval (1854, in-18), touchant appel à la charité publique pour parvenir à lui ériger un tombeau; les Mémoires de Garibaldi (1860), soi-disant traduits sur le manuscrit original; les Morts vont vite (1861, 2 vol. in-18), intéressantes réminiscences sur Béranger, Musset, Achille Devéria, Eugène Suë, Chateaubriand, le duc et la duchesse d'Orléans, etc. En 1833, une première étude
historique : Gaule et France, était présentée
comme devant former la tête d'une série de Chroniques
qui ne fut pas continuée après la seconde : Isabelle de
Bavière (règne de Charles VI) (1836, 2 vol. in-8), car
on ne peut donner ce nom aux compilations que Dumas a signées depuis
et qu'il suffit de rappeler pour mémoire : Louis
XIV et son siècle (1845-1846); Michel-Ange
et Raphaël (1846); Louis
XV (1849);
la Régence (1849); Louis
XVI (1850); le Drame de Quatre-vingt-treize (1851); Histoire
de deux siècles (1852); Histoire de la vie politique et privée
de Louis Philippe (1852); les Grands
Hommes en robe de chambre (César,
Richelieu)
(1857). Mettons à part la
Route de Varennes (1860, in-48),
amusant récit d'une excursion en Champagne Les toutes dernières et si tristes
années de la vieillesse de Dumas furent adoucies par le dévouement
de sa fille, Mme Petel, et par la sollicitude de son fils, qui finit par
pourvoir à tous les besoins de sa vie matérielle; ce fut
dans la villa de Puys, près Dieppe, qu'il s'éteignit le 5
décembre 1870, sans avoir conscience des désastres infligés
par la guerre, et sa mort passa forcément alors inaperçue.
Au mois d'avril 1872, sa dépouille fut exhumée de la tombe
provisoire où elle était déposée et transportée,
selon un voeu souvent exprimé par lui, au cimetière de Villers-Cotterets,
en présence de la plupart de ses amis, collaborateurs ou interprètes
encore survivants. Le 4 novembre 1883, fut inauguré sur la place
Malesherbes, à Paris Les indications bibliographiques des oeuvres citées au cours de cet article se réfèrent toutes à leurs éditions originales, mais les divers écrits de Dumas (à l'exception de ses poésies qui n'ont jamais été réunies) ont été l'objet de deux réimpressions générales en quelque sorte permanentes, l'une en livraisons in-4 illustrées, l'autre dans le format in-18 et comprenant beaucoup de romans (authentiques ou apocryphes) parus antérieurement sous d'autres titres; cette partie de la bibliographie de Dumas n'a pas été traitée par Parran et Glinel dont les travaux (V. ci-dessous) n'en sont pas moins fort intéressants et fort utiles. (Maurice Tourneux).
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| Dumas (Alexandre).
- Auteur dramatique et romancier, fils d'Alexandre Dumas (ci-dessus), né
à Paris le 27 juillet 1824, mort en 1895. Placé de très
bonne heure dans l'institution dirigée par Goubaux, l'un des collaborateurs
de son père, il suivit les cours du collège Bourbon (aujourd'hui
lycée Condorcet) et y remporta quelques succès. Il avait
à peine dix-huit ans quand la Chronique, revue mensuelle
(1842), inséra ses premiers vers, réimprimés depuis
dans un recueil de poésies, intitulé d'abord Préface
de la vie, puis Péchés de,jeunesse (1847, in-8).
Vers la même époque, il écrivit un roman, présenté
sous le titre de Fabien par son père à divers journaux
qui le refusèrent, et publié sous celui d'Aventures de
quatre femmes et d'un perroquet (1847, 6 vol. in-8). Il fut bientôt
suivi de : Césarine (1848, in-8); le Docteur Servan
(1849, 2 vol. in-8); Antonine (1849, 2 vol. in-8); Trois Hommes
forts (1850, 4 vol. in-8); le Régent Mustel (1852, 2
vol in-8), sans parler d'un recueil de Contes et Nouvelles (1853,
in-18), d'Un Cas de rupture (1854, in-32), et d'une série
de romans historiques publiés en feuilletons dans la Gazette
de France sous ce titre collectif : les Quatre Restaurations,
et comprenant : Tristan le Roux (1849), Henri de Navarre
(1850), les Deux Frondes (1851); Tristan le Roux a seul été
réimprimé en volume; le quatrième épisode n'a
jamais paru.
Malgré les qualités que trahissaient ces oeuvres de début, la véritable personnalité de l'auteur ne se fit jour que lorsqu'il aborda l'étude de la société moderne, où la mort de Balzac lui laissait le champ libre. La Dame aux camélias (1848, 2 vol. in-8) est restée le type le plus célèbre de cette galerie, où vinrent presque aussitôt prendre place Diane de lys (1851, 3 vol. in-8), et la Dame aux perles (1854, 3 vol. in-8), qui initiaient le publie aux moeurs et aux mystères de ce que l'auteur lui-même avait appelé le demi-monde. Après de longues luttes contre la censure et contre Léon Faucher, ministre de l'intérieur, Dumas fils put enfin, grâce à la protection de M. de Morny, faire représenter au Vaudeville la Dame aux camélias (2 février 1852), où l'amour, l'agonie et la mort de Marie Duplessis obtinrent un succès prolongé, que retrouvèrent Diane de Lys (Gymnase, 15 novembre 1853), autre comédie arrêtée huit mois par la censure, et le Demi-Monde (Gymnase, 20 mars 1855). La Question d'argent (Gymnase, 31 janvier 1857) s'attaquait à une des plaies du jour avec non moins de vigueur et provoqua même les réclamations du fameux Jules Mirès qui crut se reconnaître dans le personnage de Jean Giraud, imputation contre laquelle M. Dumas a toujours protesté. C'est encore sur la scène du Gymnase
que furent représentées les comédies suivantes, où
se traitaient coram populo les problèmes les plus scabreux de la
recherche de la paternité, du divorce, de la séduction, du
concubinage, du proxénétisme et de l'adultère : le
Fils
naturel (16 janvier 1858); Un Père prodigue (30 novembre
1859), l'Ami des femmes (5 mars 1864); les Idées de Mme
Aubray (16 mars 1867); Une Visite de noces (16 octobre 1871);
la Princesse Georges (2 décembre 1871); la Femme de Claude
(16 janvier 1873); Monsieur Alphonse (26 novembre 1873), dont les
principaux rôles eurent pour créateurs Mmes Rose Chéri,
Berton, Ad. Dupuis, et, en dernier lieu, Aimée Desclée, et
qui toutes suscitèrent d'ardentes discussions que l'auteur a reprises
à son tour et résumées dans les préfaces d'une
première édition collective de son Théâtre
(1868-1879, 6 vol. in-18). Dumas fils a donné ensuite, au Théâtre-Français,
l'Etrangère,
comédie en quatre actes (14 février 1876), qui, mal accueillie
du public le premier soir, en dépit d'une interprétation
hors ligne, s'est longtemps maintenue sur l'affiche, de même que
la Princesse de Bagdad Plus heureux que son père, Dumas fils n'a jamais vu mettre en doute sa puissante originalité et nul ne s'est avisé de lui prêter des collaborateurs réels ou imaginaires. Par contre, il lui est arrivé plusieurs fois de mettre sa plume au service d'autrui, notamment pour le Marquis de Villemer, de George Sand (Odéon, février 1864), le Supplice d'une femme (Théâtre-Français, 29 avril 1865), comédie refaite sur un scénario d'Emile de Girardin, et Héloïse Paranquet (Gymnase, 20 janvier 1866), entièrement différente du canevas primitif de Durantin. Les démêlés retentissants qui suivirent ces deux dernières transformations avaient, disait-on, à jamais dégoûté Dumas de la collaboration; néanmoins, on peut encore porter à son avoir littéraire le Filleul de Pompignac, comédie en quatre actes (Gymnase, 1869) que H. Lefrançois lui avait soumise et qui fut signée sur l'affiche Gustave de Jalin; les Danicheff, drame en cinq actes (Odéon, février 1876), signé Pierre Newski, et dont la donnée première appartenait à un littérateur russe, Pierre Corvin, ainsi que la Comtesse Romani, comédie en trois actes (Gymnase, novembre 1876), signée aussi Gustave de Jalin, pseudonyme collectif de Dumas et de G. Fould. Il a enfin rendu le même service à son père lors de la reprise à l'Odéon de la Jeunesse de Louis XIV (1874), et pour Joseph Balsamo, drame inédit en cinq actes, remanié sur le manuscrit original (Odéon, mars 1878). Des indiscrétions, inévitables en pareil cas, ou la reconnaissance même de ses obligés permettent d'assurer qu'il a tout au moins relu un certain nombre d'antres pièces, telles que : Comment la trouves-tu? comédie-vaudeville par L. Pagès et H. de Chambrait (1857); Un Mariage dans un chapeau, comédie en un acte par Vivier (1859). Comme elles sont toutes, comédie par Ch. Narrey (1868); Albertine de Merris, comédie par Amédée Achard (1868); Mademoiselle Duparc, comédie par M. L. Denavrouze (1875), etc. Ce n'est pas seulement sur la scène
que Dumas a poursuivi le triomphe des thèses sociales qu'il n'a
cessé de soutenir : un roman présenté sous forme de
factum judiciaire, l'Affaire Clémenceau, Mémoire de l'accusé
(1866, in-8), était un plaidoyer en faveur du châtiment de
l'adultère par la main même de l'époux outragé.
En 1869, dans une brochure destinée à faire connaître
l'établissement des Madeleines repenties situé à Clichy-la-Garenne Candidat au fauteuil laissé vacant par Pierre Lebrun, Dumas fut élu par 22 voix contre 11 au premier tour de scrutin le 30 janvier 1874, et vint prendre séance le 11 février 1875. Au discours où il évoquait la gloire paternelle comme son meilleur titre à la bienveillance de l'Académie, lui rappelant ainsi l'une de ses plus criantes injustices, d'Haussonville répondit par une spirituelle critique du monde spécial où l'auteur avait le plus volontiers pris ses modèles et de ses théories morales et religieuses. Depuis, Dumas a été chargé comme directeur en 1877 du rapport sur les prix de vertu, et en 1887 de la réponse à Leconte de Lisle, successeur de Victor Hugo. (Maurice Tourneux).
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