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Discours de la méthode 
pour bien conduire sa raison 
et chercher la vérité dans les sciences
René Descartes

Troisième partie
Quelques règles de morale tirées de la méthode


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Descartes
1637 

Les règles de morale ici exposées ont un caractère provisoire. En attendant que les idées du philosophe soient confirmées on renouvelées par l'application d'une méthode rigoureuse dont l'évidence est la première règle, il faut vivre, il faut trouver au milieu des humains la sécurité et le bonheur. Il importe pour cela de se conduire suivant certaines règles recommandées par la prudence, à défaut du devoir. La prudence n'était pas moins un des traits essentiels du caractère de Descartes que la fermeté du jugement.

Et enfin, comme ce n'est pas assez, avant de commencer à rebâtir le logis où on demeure, que de l'abattre, et de faire provision de matériaux et d'architectes, ou s'exercer soi-même à l'architecture, et outre cela d'en avoir soigneusement tracé de dessin, mais qu'il faut aussi s'être pourvu de quelque autre où on puisse être logé commodément pendant le temps qu'on y travaillera; ainsi, afin que je ne demeurasse point irrésolu en mes actions, pendant que la raison m'obligerait de l'être en mes jugements, et que je ne laissasse pas de vivre dès lors le plus heureusement que je pourrais, je me formai une morale par provision, qui ne consistait qu'en trois ou quatre maximes dont je veux bien vous faire part [1].

[1] Avant Kant, Descartes a compris que la pratique échappe aux doutes de la spéculation : car s'il est permis de suspendre son jugement aussi longtemps qu'on n'atteint pas la certitude, tant qu'il s'agit seulement de connaître, il faut de toute nécessité prendre une détermination dès qu'il importe d'agir : lorsqu'il s'agit en effet de faire ou de ne pas faire, suspendre son jugement, c'est suspendre son action, c'est ne pas faire : et ainsi s'abstenir de se déterminer, c'est encore se déterminer. Le devoir qui oblige l'humain à faire, l'oblige donc du même coup à juger; et en mêôme temps le devoir, qui est clair, communique au jugement une certitude toute pratique, laquelle échappe au doute qui atteint la spéculation. Sans prévoir toutes ces conséquences importantes, Descartes place le devoir et la pratique au-dessus du scepticisme spéculatif en édifiant ce qu'il appelle une morale par provision. Il comptait, il est vrai, la morale parmi les sciences pratiques, qui devront emprunter leurs principes à la métaphysique, dès que celle-ci sera constituée.
La première était d'obéir aux lois et aux coutumes de mon pays [2], retenant constamment la religion en laquelle Dieu m'a fait la grâce d'être instruit dès mon enfance [3], et me gouvernant en toute autre chose suivant les opinions les plus modérées et les plus éloignées de l'excès qui fussent communément reçues en pratique par les mieux sensés de ceux avec lesquels j'aurais à vivre. Car, commençant dès lors à ne compter pour rien les miennes propres, à cause que je les voulais remettre toutes à l'examen, j'étais assuré de ne pouvoir mieux que de suivre celles des mieux sensés. Et encore qu'il y en ait peut-être d'aussi bien sensés parmi les Perses ou les Chinois que parmi nous, il me semblait que le plus utile était de me régler selon ceux avec lesquels j'aurais à vivre; et que, pour savoir quelles étaient véritablement leurs opinions, je devais plutôt prendre garde à ce qu'ils pratiquaient qu'à ce qu'ils disaient, non seulement à cause qu'en la corruption de nos moeurs il y a peu de gens qui veuillent dire tout ce qu'ils croient, mais aussi à cause que plusieurs l'ignorent eux-mêmes; car l'action de la pensée par laquelle on croit une chose étant différente de celle par laquelle on connaît qu'on la croit, elles sont souvent l'une sans l'autre [4]. Et, entre plusieurs opinions également reçues, je ne choisissais que les plus modérées, tant à cause que ce sont toujours les plus commodes pour la pratique, et vraisemblablement les meilleures, tous excès ayant coutume d'être mauvais [5], comme aussi afin de me détourner moins du vrai chemin, en cas que je faillisse, que si, ayant choisi l'un des extrêmes, c'eût été l'autre qu'il eût fallu suivre. Et particulièrement je mettais entre les excès toutes les promesses par lesquelles on retranche quelque chose de sa liberté[6]; non que je désapprouvasse les lois, qui, pour remédier à l'inconstance des esprits faibles, permettent, lorsqu'on a quelque bon dessein, ou même, pour la sûreté du commerce, quelque dessein qui n'est qu'indifférent, qu'on fasse des voeux [= voeux religieux] ou des contrats qui obligent à y persévérer; mais à cause que je ne voyais au monde aucune chose qui demeurât toujours en même état, et que, pour mon particulier, je me promettais de perfectionner de plus en plus mes jugements, et non point de les rendre pires, j'eusse pensé commettre une grande faute contre le bon sens, si, pour ce que j'approuvais alors quelque chose, je me fusse obligé de la prendre pour bonne encore après, lorsqu'elle aurait peut-être cessé de l'être, ou que j'aurais cessé de l'estimer telle.

Ma seconde maxime était d'être le plus ferme et le plus résolu en mes actions que je pourrais, et de ne suivre pas moins constamment les opinions les plus douteuses lorsque je m'y serais une fois déterminé, que si elles eussent été très assurées. Imitant en ceci les voyageurs, qui, se trouvant égarés en quelque forêt, ne doivent pas errer en tournoyant tantôt d'un côté tantôt d'un autre, ni encore moins s'arrêter en une place, mais marcher toujours le plus droit qu'ils peuvent vers un même côté, et ne le changer point pour de faibles raisons, encore que ce n'ait peut-être été au commencement que le hasard seul qui les ait déterminés à le choisir; car, par ce moyen, s'ils ne vont justement où ils désirent, ils arriveront au moins à la fin quelque part où vraisemblablement ils seront mieux que dans le milieu d'une forêt. Et ainsi les actions de la vie ne souffrant souvent aucun délai, c'est une vérité très certaine que, lorsqu'il n'est pas en notre pouvoir de discerner les plus vraies opinions, nous devons suivre les plus probables; et même qu'encore que nous ne remarquions point davantage de probabilité aux unes qu'aux autres, nous devons néanmoins nous déterminer à quelques unes, et les considérer après, non plus comme douteuses en tant qu'elles se rapportent à la pratique, mais comme très vraies et très certaines, à cause que la raison qui nous y a fait déterminer se trouve telle. Et ceci fut capable dès lors de me délivrer de tous les repentirs et les remords qui ont coutume d'agiter les consciences de ces esprits faibles et chancelants qui se laissent aller inconstamment à pratiquer comme bonnes les choses qu'ils jugent après être mauvaises [7].

Ma troisième maxime était de tâcher toujours plutôt à me vaincre que la fortune, et à changer mes désirs que l'ordre du monde [8], et généralement de m'accoutumer à croire qu'il n'y a rien qui soit entièrement en notre pouvoir que nos pensées, en sorte qu'après que nous avons fait notre mieux touchant les choses qui nous sont extérieures, tout ce qui manque de nous réussir est au regard de nous absolument impossible [9]. Et ceci seul me semblait être suffisant pour m'empêcher de rien désirer à l'avenir que je n'acquisse, et ainsi pour me rendre content; car notre volonté ne se portant naturellement à désirer que les choses que notre entendement lui représente en quelque façon comme possibles, il est certain que si nous considérons tous les biens qui sont hors de nous comme également éloignés de notre pouvoir, nous n'aurons pas plus de regret de manquer de ceux qui semblent être dus à notre naissance, lorsque nous en serons privés sans notre faute, que nous avons de ne posséder pas les royaumes de la Chine ou de Mexique; et que faisant, comme on dit, de nécessité vertu, nous ne désirerons pas davantage d'être sains étant malades, ou d'être libres étant en prison, que nous faisons maintenant d'avoir des corps d'une matière aussi peu corruptible que les diamants, ou des ailes pour voler comme les oiseaux [10]. Mais j'avoue qu'il est besoin d'un long exercice, et d'une méditation souvent réitérée, pour s'accoutumer à regarder de ce biais toutes les choses; et je crois que c'est principalement en ceci que consistait le secret de ces philosophes [11] qui ont pu autrefois se soustraire de l'empire de la fortune [ = du destin], et, malgré les douleurs et la pauvreté, disputer de la félicité avec leurs dieux. Car, s'occupant sans cesse à considérer les bornes qui leur étaient prescrites par la nature, ils se persuadaient si parfaitement que rien n'était en leur pouvoir que leurs pensées, que cela seul était suffisant pour les empêcher d'avoir aucune affection pour d'autres choses; et ils disposaient d'elles si absolument qu'ils avaient en cela quelque raison de s'estimer plus riches et plus puissants et plus libres et plus heureux qu'aucun des autres hommes, qui, n'ayant point cette philosophie, tant favorisés de la nature et de la fortune qu'ils puissent être, ne disposent jamais ainsi de tout ce qu'ils veulent [12].

[11] Les Stoïciens. Descartes contredit ici le jugement trop sévère et injuste qu'il a formulé plus haut.

[12] Ces règles de conduite, assez étrangères à la question de la méthode et de ses applications aux diverses sciences, n'en sont pas moins d'un sage, d'un philosophe, dans le sens pratique où les Anciens prenaient ce mot. On dirait ces pages imitées ou traduites de quelque traité de Sénèque.

Enfin, pour conclusion de cette morale, je m'avisai de faire une revue [ = un examen détaillé] sur les diverses occupations qu'ont les hommes en cette vie, pour tâcher à faire choix de la meilleure; et, sans que je veuille rien dire de celles des autres, je pensai que je ne pouvais mieux que de continuer en celle-là même où je me trouvais, c'est-à-dire que d'employer toute ma vie à cultiver ma raison, et m'avancer autant que je pourrais en la connaissance de la vérité, suivant la méthode que je m'étais prescrite [13]. J'avais éprouvé de si extrêmes contentements depuis que j'avais commencé à me servir de cette méthode, que je ne croyais pas qu'on en put recevoir de plus doux ni de plus innocents en cette vie; et découvrant tous les jours par son moyen quelques vérités qui me semblaient assez importantes et communément ignorées des autres hommes, la satisfaction que j'en avais remplissait tellement mon esprit que tout le reste ne me touchait point. Outre que les trois maximes précédentes n'étaient fondées que sur le dessein que j'avais de continuer à m'instruire : car Dieu nous ayant donné à chacun quelque lumière pour discerner le vrai d'avec le faux, je n'eusse pas cru me devoir contenter des opinions d'autrui un seul moment [14], si je ne me fusse proposé d'employer mon propre jugement à les examiner lorsqu'il serait temps; et je n'eusse su m'exempter de scrupule en les suivant [15], si je n'eusse espéré de ne perdre pour cela aucune occasion d'en trouver de meilleures en cas qu'il y en eût. Et enfin, je n'eusse su borner mes désirs ni être content [16], si je n'eusse suivi un chemin par lequel, pensant être assuré de l'acquisition de toutes les connaissances dont je serais capable, je le pensais être par même moyen de celle de tous les vrais biens [17] qui seraient jamais en mon pouvoir; d'autant que, notre volonté ne se portant à suivre ni à fuir aucune chose que selon que notre entendement la lui représente bonne ou mauvaise, il suffit de bien juger pour bien faire [18], et de juger le mieux qu'on puisse pour faire aussi tout son mieux, c'est-à-dire pour acquérir toutes les vertus, et ensemble tous les autres biens qu'on puisse acquérir; et lorsqu'on est certain que cela est [19], on ne saurait manquer d'être content.
[18] On voit que, malgré la disproportion signalée par Descartes entre notre entendement qui est borné et notre libre arbitre qui est infini, en fin de compte la volonté suit toujours le jugement, comme l'enseignent Socrate et Platon

[19] Descartes est resté toute se vie fidèle à sa résolution.

Après m'être ainsi assuré de ces maximes, et les avoir mises à part avec les vérités de la foi, qui ont toujours été les premières en ma créance, je jugeai que pour tout le reste de mes opinions je pouvais librement entreprendre de m'en défaire. Et d'autant que j'espérais en pouvoir mieux venir à bout en conversant avec les hommes qu'en demeurant plus longtemps renfermé dans le poêle où j'avais eu toutes ces pensées, l'hiver n'était pas encore bien achevé que je me remis à voyager. Et en toutes les neuf années suivantes [de 1619 à 1628] je ne fis autre chose que rouler ça et là dans le monde, tâchant d'y être spectateur plutôt qu'acteur en toutes les comédies qui s'y jouent [20]; et, faisant particulièrement réflexion en chaque matière sur ce qui la pouvait rendre suspecte et nous donner occasion de nous méprendre, je déracinais cependant de mon esprit toutes les erreurs qui s'y étaient pu glisser auparavant. Non que j'imitasse pour cela les sceptiques, qui ne doutent que pour douter, et affectent d'être toujours irrésolus; car, au contraire, tout mon dessein ne tendait qu'à m'assurer, et à rejeter la terre mouvante et le sable pour trouver le roc ou l'argile [21]. Ce qui me réussissait, ce me semble, assez bien, d'autant que, tâchant à découvrir la fausseté ou l'incertitude des propositions que j'examinais, non par de faibles conjectures, mais par des raisonnements clairs et assurés, je n'en rencontrais point de si douteuse que je n'en tirasse toujours quelque conclusion assez certaine, quand ce n'eût été que cela même qu'elle ne contenait rien de certain [22]. Et, comme, en abattant un vieux logis, on en réserve ordinairement les démolitions pour servir à en bâtir un nouveau, ainsi, en détruisant toutes celles de mes opinions que je jugeais être mal fondées, je faisais diverses observations et acquérais plusieurs expériences qui m'ont servi depuis à en établir de plus certaines. Et de plus je continuais à m'exercer en la méthode que je m'étais prescrite; car, outre que j'avais soin de conduire généralement toutes mes pensées selon les règles, je me réservais de temps en temps quelques heures, que j'employais particulièrement à la pratiquer en des difficultés de mathématique, ou même aussi en quelques autres que je pouvais rendre quasi semblables à celles des mathématiques, en les détachant de tous les principes des autres sciences que je ne trouvais pas assez fermes, comme vous verrez que j'ai fait en plusieurs qui sont expliquées en ce volume [23]. Et ainsi, sans vivre d'autre façon en apparence que ceux qui, n'ayant aucun emploi qu'à passer une vie douce et innocente, s'étudient à séparer les plaisirs des vices [24], et qui, pour jouir de leur loisir sans s'ennuyer, usent de tous les divertissements qui sont honnêtes, je ne laissais pas de poursuivre en mon dessein et de profiter en la connaissance de la vérité, peut-être plus que si je n'eusse fait que lire des livres ou fréquenter des gens de lettres.
[20] Après ce premier hiver passé à La Haye, où se tinrent alors les états-généraux de la Hollande, Descartes visita les Pays-Bas espagnols et la cour de Bruxelles, puis il rentra en France, séjourna soit à Rennes, où s'était établi son père, soit à Paris, hésitant sur le choix d'une carrière. Il reprit le cours de ses voyages, parcourut la Suisse, la Valteline, le Tyrol, l'Italie. Il assista, à Venise, au mariage du doge avec l'Adriatique, accomplit un voeu à Lorette, alla à Rome pour l'ouverture du jubilé de 1624, revint à Florence où il chercha en vain à voir Galilée, en passant par le Piémont, la république de Gênes; les Alpes et la Savoie, rencontrant la guerre sur beaucoup de points. On voit que les spectacles, les « comédies », comme il dit ici, ne manquèrent pas à son besoin d'observation.
Toutefois ces neuf ans s'écoulèrent avant que j'eusse encore pris aucun parti touchant les difficultés qui ont coutume d'être disputées entre les doctes, ni commencé à chercher les fondements d'aucune philosophie plus certaine que la vulgaire [ = la scolastique]. Et l'exemple de plusieurs excellents esprits, qui en ayant eu ci-devant le dessein me semblaient n'y avoir pas réussi, m'y faisait imaginer tant de difficulté, que je n'eusse peut-être pas encore sitôt osé l'entreprendre, si je n'eusse vu que quelques uns faisaient déjà courre [= courir] le bruit que j'en étais venu à bout. Je ne saurais pas dire sur quoi ils fondaient cette opinion; et si j'y ai contribué quelque chose par mes discours, ce doit avoir été en confessant plus ingénument ce que j'ignorais, que n'ont coutume de faire ceux qui ont un peu étudié, et peut-être aussi eu faisant voir les raisons que j'avais de douter de beaucoup de choses que les autres estiment certaines, plutôt qu'en me vantant d'aucune doctrine. Mais ayant le coeur assez bon  pour ne vouloir point qu'on me prit pour autre que je n'étais, je pensai qu'il fallait que je tâchasse par tous moyens à me rendre digne de la réputation qu'on me donnait; et il y a justement huit ans [ = 1628] que ce désir me fit résoudre à m'éloigner de tous les lieux où je pouvais avoir des connaissances, et à me retirer ici [en Hollande], en un pays où la longue durée de la guerre a fait établir de tels ordres [ = une telle discipline], que les armées qu'on y entretient ne semblent servir qu'à faire qu'on y jouisse des fruits de la paix avec d'autant plus de sûreté, et où, parmi la foule d'un grand peuple fort actif, et plus soigneux de ses propres affaires que curieux de celles d'autrui, sans manquer d'aucune des commodités qui sont dans les villes les plus fréquentées, j'ai pu vivre aussi solitaire et retiré que dans les déserts les plus écartés [25]. (R. Descartes, 1637; notes d'après : G. Vapereau, T.-V. Charpentier, L. Carrau, et al.).
[25] Cet éloge de la Hollande et particulièrement d'Amsterdam où fut composé le Discours de la Méthode, avait été déjà fait par Descartes dans une des ravissantes lettres qu'il écrivait, en 1631, à Guez de Balzac, et où il égale, s'il ne les surpasse, toutes les grâces de style familières à son illustre correspondant. On voudrait pouvoir tout citer : « Quelque accomplie que puisse être une maison des champs, il y manque toujours une infinité de commodités qui, ne se trouvent que dans les villes, et la solitude ne s'y trouve jamais  toute parfaite [...]. Au lieu qu'en cette grande ville où je suis, n'y ayant aucun homme excepté moi, qui n'exerce la marchandise, chacun y est tellement attentif à son profit, que j'y pourrais demeurer toute ma vie sans être jamais vu de personne. Je me vais promener tous les jours parmi la confusion d'un grand peuple, avec autant de liberté et de repos que vous sauriez faire dans vos allées, et je n'y considère pas autrement les hommes que j'y vois, que je ferais les arbres qui se rencontrent en vos forêts, ou les animaux qui y paissent. Le bruit même de leur tracas n'interrompt pas plus mes rêveries que ferait celui de quelque ruisseau. Que si je fais quelquefois réflexion sur leurs actions, j'en reçois le même plaisir que vous feriez de voir les paysans qui cultivent vos campagnes; car je vois que tout leur travail sert à embellir m'a demeure et à faire que je n'y aie manque d'aucune chose, etc. »

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

[1]
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

[2] Socrate faisait aussi de l'obéissance aux lois positives le premier des devoirs. Pour lui, il s'agissait de vertu. Pour Descartes, c'est seulement un moyen de ne pas avoir d'ennuis.

[3] C'est là un des témoignages assez nombreux de la réserve prudente de Descartes à l'égard de la foi. Plus tard, il dédiera ses Méditations à la Sorbonne, pour les faire passer, et un peu comme Voltaire lui-même dédiera son Mahomet au pape. Que ce respect de la religion dans laquelle il est né, soit  sincère pas, il est à noter que Descartes a toujours mis à part les énoncés de la foi sans jamais les discuter ni les soumettre au doute méthodique, au moins dans ses ouvrages.

[4] Pour connaître les humains, il faut observer non ce qu'ils disent, mais ce qu'ils font. - Par croyance, Descartes entend les principes qui nous font agir; à ce compte, on peut très bien ignorer ce qu'on croit. Opposition du spéculatif et du pratique.

[5] Souvenir de la morale péripatéticienne.

[6] Remarque qui explique l'attention extrême que met Descartes à ne blesser ni les théologiens, ni les hommes puissants, tant il est jaloux de conserver sa liberté entière.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

[7] Ce n'est pas là seulement une règle de morale provisoire, c'est une excellente maxime de morale pratique. 

[8] On reconnaît ici le thème stoïcien de l'enchaînement nécessaire, fatal, des choses.

[9]  Descartes distingue positivement dans les Lettres à la princesse Élisabeth ce qui dépend de nous et ce qui ne dépend pas de nous; et ce qui dépend de nous peut seul engendrer la béatitude et le souverain bien : les autres choses, même les biens qui nous viennent de la fortune, n'engendrent pas le contentement d'esprit et n'ont qu'une valeur infime.

[10] Descartes adopte pour son propre compte le précepte stoïcien qui recommande aux humains la résignation, bien qu'il paraisse condamner plus haut cette résignation sous le nom «-d'insensibilité ». La résignation stoïcienne, il est vrai, allait théoriquement jusqu'à l'insensibilité; mais en réalité elle ne put être jamais que le dédain courageux du mal, la patience, la sérénité au milieu des souffrances, l'indépendance de l'esprit en face de la fatalité; et il faut reconnaître que cette indépendance de l'esprit est la plus belle vertu de la sagesse antique.

[11]

[12]
 
 
 
 

[13] Cette quatrième maxime n'est pas générale comme les trois précédentes : elle est toute personnelle; Descartes reconnaît que sa vocation l'attire vers la science, et il se fait un devoir de cultiver sa raison.

[14] La première maxime ordonne en effet de suivre l'opinion des plus sensés.

[15] La seconde maxime prescrit de suivre sans scrupule la détermination qu'on a une fois prise.

[16] Prescription de la troisième maxime : s'accoutumer à croire qu'il n'y a rien qui soit entièrement en notre pouvoir que nos pensées.

[17] Descartes poursuit deux buts : connaître le vrai pour satisfaire l'intelligence; connaître le bien, pour agir conformément au devoir.

[18]

[19]
 
 
 
 

[20]
 
 
 
 

[21] Descartes se sépare résolument des Sceptiques qui font du doute une fin; tandis que lui-même n'en fait qu'un moyen. 

[22] Nouvelle ressemblance entre Descartes et Socrate.
 
 
 
 
 
 
 

[23] Il faut se rappeler que le Discours de la Méthode servait de préface à la Dioptrique, aux Météores et à la Géométrie, et que le tout composait un seul volume.

[24] C'est bien là l'idéal moral de Descartes, « passer une vie douce et innocente », « séparer les plaisirs des vices », jouir sagement des biens de la vie, rechercher le contentement d'esprit et la béatitude en attachant du prix seulement à ce qui dépend de nous. C'est une sorte d'eudémonisme, assez semblable à l'eudémonisme rationnel d'Aristote.
 
 
 

 

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