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Les connétables

Sous le titre de connétable emprunté à l'administration romaine et qui désignait à l'origine le préposé aux écuries royales (comes stabuli), on rencontre dès l'époque mérovingienne un officier qui ne tarda pas à avoir des fonctions importantes dans l'Etat et à jouir à la cour d'une influence considérable. Le connétable carolingien est déjà un chef militaire qui a pour subordonnés les maréchaux. Sous les premiers Capétiens il prit rang parmi les grands officiers de la couronne. Il avait la surveillance générale des écuries et occupait dans l'armée une place importante, mais sous les ordres du sénéchal. Lorsqu'à la mort de Thibaud, comte de Blois (1191), l'office de sénéchal eut été supprimé par Philippe-Auguste, le connétable hérita de ses attributions militaires, et devint à la fois le premier des grands officiers de la couronne et le chef suprême de l'armée royale. De nombreux privilèges et prérogatives accrurent par la suite l'importance de cette charge. Lorsque l'armée était en marche, le connétable avait le commandement de l'avant-garde; on sait que le fait d'avoir donné ce commandement à Bonnivet, au préjudice du connétable de Bourbon, fut l'un des griefs de celui-ci contre François ler et le prétexte de sa trahison. 
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La connétablie

On a désigné par le mot de connétablie, non seulement la charge, mais aussi la juridiction du connétable; et comme, dans l'exercice de cette juridiction, il avait pour assesseurs les maréchaux de France, on la désigne généralement par l'expression : connétablie et maréchaussée de France. Cette juridiction s'exerçait par le connétable ou en son nom, sur les gens de guerre et sur tout civile. avait rapport à la guerre en matière criminelle et civile. 

On la trouve mentionnée dès le début du XIVe siècle ; elle survécut à la suppression de l'office de connétable, fut dès lors exercée par le plus ancien des maréchaux de France, mais toujours sous le nom de connétablie et au nom du connétable. D'abord ambulante et exercée à la suite de l'armée par les prévôts des maréchaux, elle avait été par la suite fixée à Paris et avait son siège avec l'amirauté et les eaux et forêts, à la Table de marbre du palais. 

Pendant longtemps elle avait été tenue en fief du roi, mais depuis le XVIIe siècle, elle fut justice royale. Le connétable et, depuis la suppression de la charge, les maréchaux de France étaient présidents-nés et pouvaient siéger quand ils le voulaient, mais cela n'arrivait que très exceptionnellement et en fait la connétablie était présidée par le lieutenant général, assisté du lieutenant particulier et d'un procureur du roi. II y avait en outre un greffier, des huissiers, et dans tout le royaume des huissiers, archers, sergents royaux et d'armes, qui jouissaient de la prérogative de pouvoir instrumenter dans tout le royaume. 

La connétablie, comprise dans le ressort du parlement de Paris, était une juridiction militaire et à ce titre connaissait de tous les crimes, délits, contraventions commis par les gens de guerre, à l'armée, dans les camps ou en garnison; elle connaissait en outre de tous les dommages qui pouvaient leur être faits; les logements militaires, les réquisitions, les charrois, les finances militaires, les fournitures étaient de sa compétence. Mais de plus, elle pouvait encore connaître de toutes les contraventions de port d'armes, et de tous crimes et délits ordinaires commis hors des villes. Cette compétence très étendue et mal limitée était une cause de conflits sans cesse renaissants avec les autres juridictions royales.

Voici la liste des connétables de France :

Le plus ancien connu est Baudri constabularius, c'est le nom régulier de cet officier pendant la période capétienne; il souscrit en 1043 une charte de Henri Ier. Sous Philippe Ier, Louis VI et Louis VII, la connétablie semble avoir été une charge à vie, possédée alternativement par les familles de Montmorency, de Chaumont et de Clermont. On trouve en 1060, Albéric de Montmorency; en 1083, Thibaut ler de Montmorency; en 1091, Aleaume; en 1106, Dreux. Pendant tout le règne de Louis VI, le connétable fut Hugue de Chaumont qui conserva la connétablie au début du règne de Louis VII. A sa mort (1138), il fut remplacé par Mathieu Ier de Montmorency, après la mort duquel la connétablie resta vacante pendant cinq ans, de 1160 à 1164. Raoul ler, comte de Clermont, fut connétable depuis 1164 jusqu'après l'avènement de Philippe-Auguste, et mourut vers le mois de juillet 1191. Après deux ans de vacance, on voit figurer dans les diplômes royaux, comme pourvu de l'office, Dreux de Mello qui resta en fonction de 1193 à 1218. Son successeur fut Mathieu II de Montmorency. Il fut remplacé en 1230 par Amaury IV, comte de Montfort. 
La suite des connétables étant mieux établie, nous nous bornerons à une simple énumération : 
1250, Gilles de Trasignies; 1277, Humbert de Beaujeu, sire de Montpensier; 1285, Raoul II, comte de Clermont, seigneur de Nesle; 1302, Gaucher de Chatillon; 1327, Raoul ler de Brienne, comte d'Eu et de Guines; 1344, Raoul III de Brienne; 1351, Charles de Castille, comte d'Angoulême, connu sous le nom de connétable d'Espagne; 1354, Jacques 1er de Bourbon, comte de la Marche et de Ponthieu; 1356, Gauthier de Brienne, duc d'Athènes; 1356, Robert, seigneur de Fiennes, connu sous le nom de Moreau de Fiennes; 1370, Bertrand Duguesclin; 1380, Olivier IV de Clisson; 1392, Philippe d'Artois, comte d'Eu; 1397, Louis de Champagne, comte de Sancerre; 1402, Charles d'Albert, comte de Dreux; 1411, Waleran III de Luxembourg, comte de Saint-Pol; 1415, Bernard VII, comte d'Armagnac; 1424, Jean Stuart, comte de Buchan; 1425, Arthur de Bretagne, comte de Richement, de Dreux, d'Etampes et de Montfort, 1465, Louis de Luxembourg, comte de Saint-Pol et de Ligny; 1483, Jean II, duc de Bourbon et d'Auvergne, comte de Clermont; 1515, Charles III, duc de Bourbon et de Châtellerault, dauphin et duc d'Auvergne; 1538, Anne, duc de Montmorency; 1593, Henri Ier, duc de Montmorency; 1621, Charles d'Albert, duc de Luynes; 1622-1626, François de Bonne, duc de Lesdiguières.
Après sa mort, la charge de connétable fut supprimée par un édit en date de janvier 1627, et ne fut plus rétablie. L'insigne des connétables était l'épée droite qu'ils avaient le droit de faire figurer de chaque côté de leurs armes tenue par une main armée d'un gantelet de fer. On sait que, sous le Consulat, lorsque les Bourbons se flattaient que Bonaparte pourrait rétablir la monarchie, ils lui tirent offrir l'épée de connétable. Dès son avènement, Napoléon créa un grand connétable qui fut son frère Louis et un vice-connétable, qui fut Berthier. 

Le titre de connétable servit encore à désigner au XIVe et au XVe siècle des chefs de compagnies de gens de guerre, fantassins ou cavaliers; enfin, dans certaines villes du Nord, on a nommé connétables, au Moyen âge, les commandants des compagnies de milices formées par métiers. (GE).

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Dictionnaire biographique
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