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Le commerce au Moyen-Âge
Le commerce en Europe du Nord
Pays-Bas, Allemagne, Hanse
Aperçu Byzance Arabes Italie Europe du Nord
Les Pays-Bas. 
Les Pays-Bas ont été réellement le centre commercial de l'Europe occidentale au Moyen âge; la Flandre eut à ce moment une importance économique prépondérante; le Brabant la lui disputa et finit par prendre l'avantage, enfin, au Nord les Hollandais déployaient des qualités nautiques, présage d'un brillant avenir. Rien n'est plus curieux que la constitution au coeur de l'Europe féodale d'une puissance manufacturière. C'est l'industrie flamande organisée dans ses formidables corporations qui fit la richesse de ces grandes villes de Gand, de Bruges, d'Anvers, de Louvain, et leur fournit en abondance les articles d'échange qui attiraient sur leurs marchés les étrangers pour vendre la laine ou acheter le drap. Ces étrangers, qui venaient aux fabriques et aux foires de la Flandre, y apportaient les marchandises de leur pays, et c'est ainsi que le marchand de Bruges, sans se déplacer, disposait de l'assortissement complet des places de Lubeck, de Londres, d'Augsbourg,  mais aussi de Gênes et de Venise.

Ce système de commerce passif, opposé à celui des Italiens  (Le commerce des Italiens Moyen Âge), valut aux Flamands une prospérité équivalente; leur politique commerciale libérale permit aux Italiens, aux Français, aux Anglais, aux Espagnols, aux Portugais, aux Allemands, aux Hanséates de venir faire chez eux l'importation et l'exportalion. Ils tiraient de forts bénéfices de cette affluence d'étrangers, et, conservant leur commerce intérieur, ne risquaient pas d'être exploités comme les Byzantins(Le commerce des Byzantins). Les draps des Atrébates (Arras) étaient connus dès l'époque romaine, ceux de Frise, dès l'époque carolingienne, donnaient lieu à une importation de laine anglaise. Enrichis déjà par leurs draps, les Flamands prirent une part active aux croisades, nouèrent des relations avec les Italiens à qui ils offraient un marché et un débouché sur les mers du Nord exploitées par les Hanséates. La politique libérale des princes de la Flandre fit le reste.

«  Nous ne dissimulerons pas, répliquait l'un d'eux à Edouard II, que notre pays de Flandre est en société avec le monde entier, et que l'accès en est libre à chacun. Nous ne saurions lui enlever un tel privilège sans préparer sa décadence et sa ruine. »
Bruges.
Le grand entrepôt de ce commerce fut Bruges qui avait accès sur la mer par l'Ecluse et Damme. Il y avait dans cette place seize comptoirs étrangers établis par les plus grandes villes, Venise, Gênes, Pise, Avignon, Barcelone, Lisbonne, Londres, Bristol, sans parler de celui de la Hanse; ces maisons tous les jours traitaient de grosses affaires entre elles ou avec les gens du pays; le papier sur Bruges était accepté partout, bien que le recouvrement fût gêné par l'abolition de la contrainte par corps; un corps de courtiers surveillait la bourse; des sociétés d'assurance, des banques existaient; les droits de douane et les impôts étaient minimes, la probité scrupuleuse, les successions et fonds de toute provenance étaient transmis sans obstacle à l'étranger; seuls les Juifs étaient hors du droit commun.

La liste des articles d'échange sur le marché de Bruges est longue. La grande industrie des lainages était pratiquée dans toute la Flandre; on y ajouta la fabrication de tissus mélangés de coton et de soie, la teinture, la tapisserie; l'industrie du lin était considérable; de même celle du cuir; la métallurgie du bassin de la Meuse. La principale matière première, la laine, venait d'Espagne et d'Angleterre; on dit que d'Angleterre en un an la société dite de l'Entrepôt importa en Flandre cent mille sacs de laine de 364 livres. Les ducs de Brabant développèrent chez eux ces industries, profitant des guerres qui au XIVe siècle désolèrent la Flandre, et Louvain put rivaliser avec Gand. L'émigration des ouvriers flamands dans les pays voisins, Frise, Hollande, Angleterre, porta un grand coup à l'industrie nationale. Les insurrections des Flamands contre les princes de la maison de Bourgogne et de la maison d'Autriche, surtout l'ensablement du port de l'Ecluse, et les progrès de la grande navigation firent passer à Anvers la prépondérance commerciale de Bruges. Avant d'en venir là, rappelons les éléments du commerce de Bruges au XIVe et au XVe siècle. C'étaient, outre les matières textiles et les étoffes, tous les produits de l'étranger. 

D'Allemagne venaient par mer ou par terre de l'acier, du fer, du cuivre et du laiton bruts et ouvrés, du bois, des céréales, du lin et du chanvre, de la poix et du goudron, des pelleteries, de la potasse, du suif, des voiles, des cordages, de la toile, du verre, des cotonnades, du cuir, des peaux, des matières colorantes, du sel, des habillements confectionnés, des articles de Nuremberg, des poissons, harengs et autres, de l'huile, du vin du Rhin, du miel, de la cire; de France, des vins, du sel, du papier, de l'huile, des matières colorantes, des soieries mélangées de laine, des draps fins; de l'Angleterre, de la laine, de l'étain, du plomb, des peaux, des grains; de la Péninsule ibérique venaient par mer des vins, des fruits (figues, raisins secs, dattes), du sucre, de l'huile, du savon, de la cire, du fer, du mercure, de la laine, de la soie, des peaux de chèvre, du safran, du cramoisi; de l'Italie par mer ou par la voie du Rhin, des épices, du sucre, des vins fins, du riz, du coton, de la soie, des matières colorantes, des soieries, des velours, des étoffes brochées d'or et d'argent, de l'orfèvrerie, de la bijouterie. Le commerce fait par les Hanséates devait s'entreposer à Bruges. Une grande partie des produits étaient consommés sur place par la riche population des Pays-Bas; le reste s'exportait dans toutes les directions.

Anvers.
Lorsque Anvers eut succédé à Bruges, malgré la résistance de la Hanse, le système d'entrepôt fut abandonné; les factoreries furent débarrassées du régime corporatif; les négociants étrangers résidèrent et trafiquèrent à leur idée pour leur compte personnel ou celui de leurs correspondants; cette plus grande liberté donna au commerce d'Anvers un essor plus grand encore que celui de Bruges. Les articles étaient à peu près les mêmes, saut que les produits de l'Inde apportés par les Portugais arrivèrent en bien plus grande quantité; l'industrie locale était très considérable et drainait l'or et l'argent que les Espagnols tiraient d'Amérique. La navigation de l'Escaut était immense ; on y comptait parfois jusqu'à 2000 navires à la fois, et les jours de marché il en entrait 900, la plupart bateaux de pêcheurs; le commerce de terre n'était pas moindre; on comptait par semaine 2000 voitures arrivant de France, de Lorraine, d'Allemagne, sans compter les charrettes des paysans et les voitures de grain évaluées à plus de 10.000. Les douanes rapportaient annuellement 1.726.000 florins. 

Toutes les grandes compagnies ou maisons de commerce avaient des succursales à Anvers; les Peruzzi de Florence, les Spinola de Gênes, les Fugger et les Welser d'Augsbourg, la Hanse, la société anglaise de l'Entrepôt, etc. On évaluait le mouvement des marchandises à 500 millions de couronnes d'argent; celui des espèces était énorme; toutes les grandes opérations se faisaient à Anvers qui était le centre et le marché régulateur des affaires financières; le taux de l'intérêt des lettres de change était pourtant de 12%, mais un rentier ne pouvait demander que 9 1/3, un gentilhomme 6 1/4; constamment les souverains empruntaient aux banquiers anversois qui étaient forcés de prélever un plus fort bénéfice sur les particuliers. Il se faisait à Anvers, dit Schiller; plus d'affaires en un mois qu'à Venise en deux années. La cité commerciale d'Anvers était au XVIe siècle la plus grande ville au nord des Alpes après Paris.

Les provinces septentrionales des Pays-Bas, Zélande, Hollande, Frise pratiquaient l'élevage du bétail, la pêche et le commerce maritime; leurs luttes avec l'Angleterre et avec la Hanse ne les affaiblirent pas; la pêche du hareng dans la mer du Nord se développa sans cesse, malgré les pirateries des Ecossais; le commerce fut d'autant plus nécessaire qu'on manquait de blé; on l'échangea contre le poisson, le bétail et les draps et toile de Frise et de Hollande; le port le Dordrecht, qui fut le premier entrepôt, rivalisa même avec Bruges; Amsterdam apparut au XIVe siècle et grandit vite; des rivalités pour la pêche de la mer du Nord mirent en conflit les Néerlandais avec la reste de la Hanse; ils s'en séparèrent au XVe siècle, la vainquirent plus tard avec l'aide des Danois et la supplantèrent au XVIe siècle.

Commerce de l'Allemagne et de l'Europe septentrionale. La Hanse. 
Le commerce de la région centrale de l'Europe, dominée par les Allemands, se développa simultanément aux extrémités, sur les deux grands fleuves, le Danube et le Rhin et sur la mer Baltique. Le commerce de la Baltique depuis des siècles fournissait l'ambre aux riverains de la Méditerranée; on a trouvé près de Gdansk (Dantzig) des monnaies grecques. La tradition persista, et dès le VIe siècle ap. J.-C. cous voyons les Slaves Wendes des bords de la Baltique renommés pour leur activité commerciale; agriculteurs habiles, ils avaient des forges et naviguaient sur la Baltique et sur la mer du Nord. Leurs ports étaient Slesvig, Rügen, Stargard, et surtout Vineta à l'embouchure de l'Oder, l'entrepôt central de la mer Baltique. Peut-être les caravanes y apportaient-elles de la mer Noire les denrées du Levant et de l'Inde, car on a trouvé beaucoup de monnaies arabes dans ces contrées. 

Lorsque la conquête carolingienne eut organisé la barbare Germanie, par l'Elbe et l'Oder il se fit un certain trafic; Bardewik en fut le marché au Nord; Charlemagne traça une route commerciale par Magdebourg, Erfurt, la Thuringe, Bamberg, Nuremberg vers Ratisbonne et Passau sur le Danube, par où l'on allait à Constantinople; cette voie transversale de la mer du Nord à la mer Noire n'eut pas un mouvement bien considérable. La substitution des Allemands aux Slaves de la Baltique se marqua par la fondation de villes nombreuses; Lubeck hérita de Bardowyk ; mais le grand port de la Baltique fut Wisby dans l'île de Gothland, entrepôt des produits russes : esclaves, fourrures, cuirs, poix, miel, suif, fer; de ceux de la Suède : fer et bois et des produits abondants de la pêche; le hareng se prenait surtout le long des côtes de Scanie. Le commerce et la navigation de la Baltique étaient aux mains des Allemands, pluns que des Scandinaves.

L'enrichissement de l'Allemagne, le mouvement suscité par les croisades, l'extension des relations avec l'Italie, l'exploitation des mines du Harz et de l'Erzgebirge, des salines de Bavière et de Halle, la fabrication des toiles et des lainages dans les villes souabes, dans celles de la Westphalie et de la Silésie développèrent les échanges; le manque d'une monnaie générale et de cours réguliers, la nécessité de peser et d'essayer les pièces d'or furent une grande gêne. Les empereurs favorisèrent le commerce autant qu'ils purent, conférant des franchises aux marchés, protégeant ceux qui s'y rendaient; on créa des maisons de vente et des dépôts publics dans les villes, et celles-ci trouvèrent dans les douanes et droits d'entrepôt des revenus appréciables. Souvent inquiétées dans leur commerce par les brigands féodaux, obligées d'organiser des convois de négociants et de marchandises bien escortés, les villes durent s'associer entre elles. Les plus puissantes de ces ligues furent celle des villes rhénanes, celle des villes souabes et bien au-dessus la ligue hanséatique.

Le commerce des pays da Rhin se fit par voie fluviale et Cologne en devint l'entrepôt. Lorsque le commerce des Pays-Bas fut le principal de l'Europe, la navigation du Rhin fut très active; trais entrepôts forcés y furent organisés par les villes de Spire, Mayence et Cologne; mais les burgraves voulurent prendre leur part de bénéfices; c'est pour résister à leurs exactions que se forma la ligue rhénane qui en 1255 comprenait 90 villes, dont toutes celles de Westphalie; elle déploya beaucoup d'énergie pour abolir les péages indûment perçus, mais n'y arriva qu'à moitié; elle se divisa au XVIe siècle, les villes du haut Rhin se ralliant à la ligue souabe, celles du bas Rhin à la Hanse.

Les villes commerçantes de la Souabe, à leur tête Augsbourg, Nuremberg et Ulm, étaient fort riches; Nuremberg vendait les produits de son industrie et le poisson de Hollande jusqu'en Pologne; elle conclut des traités de commerce avec la France, avec la Flandre. Augsbourg était la tête de ligne de la route du Brenner vers l'Italie orientale. Ses marchands, entre autres les Fugger, les Baumgartner, les Welser arrivèrent à des fortunes colossales, souscrivant, à l'occasion, des emprunts publics; le commerce d'Augsbourg comme celui d'Ulm consistait surtout en expédition et commission; les draps et la quincaillerie de la ville étaient peu de chose à côté des marchandises d'Italie et des Pays-Bas qui transitaient par la Souabe. On sait que la ligne des villes souabes, fondée pour maintenir un peu d'ordre, succomba aux attaques des princes, mais après avoir partiellement atteint son but. 

Dans l'intérieur de l'Allemagne il faut nommer les places commerciales de Francfort et d'Erfurt et Leipzig dont les foires grandirent vite après le XVe siècle et concentrèrent tout le commerce du centre de l'Europe. La propriété commerciale de la haute Allemagne fut à son apogée au XVe siècle. Liée à celle des républiques italiennes, elle déclina au XVIe, quand le grand commerce maritime fit une terrible concurrence aux transports par terre et que les Turcs fermèrent la voie du Danube.

La ligue hanséatique.
La Hanse est de beaucoup la plus importante des ligues de villes allemandes; elle arriva à constituer un véritable Etat commercial qui domina dans les deux mers septentrionales et imposa aux pays riverains son monopole. Elle se forma au milieu du XIIIe siècle par des alliances particulières entre les villes de la basse Allemagne, la plupart situées sur le littoral de la mer ou sur des fleuves navigables; la colonisation des côtes de la Baltique par les Allemands et la fondation de nombreuses villes de ce côté contribuèrent à ses progrès. Lubeck fut le centre de cette confédération; c'était la plus grande ville de la basse Allemagne dotée de grands privilèges en Russie et dans les pays scandinaves; pour y avoir part, les cités plus faibles ou plus récentes eurent intérêt à s'associer à elle. 

Au milieu du XIVe siècle, la confédération de la Hanse, simple association commerciale, comme ce nom l'indique, s'étendait des îles de la Zélande à Réval (Tallinn) en Estonie. Elle s'engagea contre Waldemar III de Danemark dans une lutte d'où elle sortit victorieuse en 1370. Une assemblée tenue à Cologne dressa une sorte de constitution qui subsista dans ses ligues générales. La ligue avait pour but la protection et l'extension du commerce extérieur; les villes se promettaient assistance et défense mutuelle et se garantissaient l'égalité des droits et franchises; les querelles entre membres étaient tranchées par arbitrage pour assurer l'autonomie de la ligue. 

L'autorité suprême était l'assemblée des députés des villes tenue généralement à Lubeck, régulièrement tous les trois ans, en fait presque tous les ans. Lubeck eut une influence directrice. La Hanse se divisait entre quatre quartiers : le quartier wende, dont le centre était Lubeck; le quartier westphalien ayant pour chef-lieu Cologne; le quartier saxon, ayant pour chef-lieu Brunswick; le quartier prussien ayant pour chef-lieu Dantzig. A la fin du XVe siècle la Hanse comptait quatre-vingts villes, des provinces entières étaient ses protégées, la Prusse et la Livonie, le Holstein, Clèves, Juliers, etc. Son budget était alimenté par une contribution fixe et des droits; en cas de besoin, elle empruntait et trouvait aisément à le faire à 5 ou 6%, lorsque les souverains payaient le double. Sauf en cas de guerre, les dépenses étaient faibles.

Cette confédération commerciale ne dévia jamais de son but primitif; exploitation aussi aisée et exclusive que possible d'un vaste champ de négoce, l'esprit mercantile prévalut toujours sur les combinaisons politiques; elle n'eut pas d'existence politique dans l'empire d'Allemagne, et vécut en dehors, uniquement préoccupée du commerce extérieur. Elle fit de grands efforts pour procurer la sécurité au commerce et à la navigation et faire prévaloir dans les affaires internationales des règles fixes : abolition du droit d'épaves, des confiscations abusives par le seigneur terrien, de la responsabilité collective de tous les compatriotes pour la dette de l'un d'eux, restitution des successions de ses nationaux morts à l'étranger, des objets trouvés ou volés; enfin liberté des neutres. C'est la Hanse qui la première établit vigoureusement le caractère cosmopolite du commerce. 

L'insuffisance du commerce de commission, peu sûr parce que les juridictions étrangères étaient suspectes, décida les Hanséates à fonder des comptoirs dans les pays avec lesquels ils commerçaient. Ils surent se faire concéder par ruse ou par force une situation privilégiée par rapport aux nationaux eux-mêmes; les monopoles créés à leur profit exaspérèrent les indigènes et contribuèrent beaucoup à la chute de la ligue. Elle avait en effet organisé dans tout le nord de l'Europe une exploitation commerciale très âpre, cherchant à empêcher tout autre commerce que le sien et surtout à fermer la Baltique pour que tous les transports et échanges entre le Nord-Est et l'Ouest se fissent par son intermédiaire. Malgré la résistance des Scandinaves, elle y parvint après des luttes acharnées. Mais les marchands des villes hollandaises, Amsterdam à leur tête, entrèrent en conflit avec les villes wendes et voulurent pénétrer dans la Baltique; ils eurent le dessous, mais se séparèrent de la Hanse (1472).

Il est remarquable de voir combien l'esprit de la Hanse était opposé à celui des Flamands; ceux-ci cherchent à attirer sur leurs marchés le plus de commerçants et de marchandises et leur accordent des libertés très étendues; au contraire, les Hanséates sont des courtiers qui tiennent à conserver leur monopole, à faire passer tout le commerce par leurs maisons, à opérer eux-mêmes tous les transports, n'accordant aucune réciprocité à leurs clients, cherchant partout à se constituer des privilèges qu'ils ne veulent partager avec personne. Il y a des uns aux autres la distance qui sépare « l'acte de navigation » du libre échange.

Le premier marché des Hanséates était la Russie avec le comptoir de Novgorod auquel on accédait par trois routes : la Duna (la Narva et le lac Peïpous) la Néva et le Ladoga. On y portait les draps de Flandre, des poissons, du sel, les articles de luxe; on en tirait des cuirs, des pelleteries, des peaux, des cordages, du lin, des bois, de la cire, du suif; les indigènes demandaient du crédit, mais payaient mal. Ce commerce très lucratif est celui dont la Hanse tenait le plus à garder le monopole. Il fut détruit par les tsars après qu'ils eurent soumis Novgorod; en 1494 ils confisquèrent le comptoir hanséate. La jalousie des Russes contre les Polonais et les Suédois fit rendre à la Hanse quelques privilèges, mais à la fin du XVIe siècle elle avait perdu le marché russe. Les Anglais avaient ouvert en 1553 la route de la mer Blanche (Arkhangelsk) dont ils tirèrent quelque avantage; ils se firent donner par le tsar le droit d'entrepôt et l'immunité douanière.

La Hanse faisait relativement peu d'affaires avec la Suède, pauvre et mal peuplée; les rois lui étaient favorables par hostilité pour le Danemark. Ils laissaient aux Allemands, à Stockholm et dans les villes, la moitié des fonctions municipales. Gustave Wasa s'affranchit de ce joug. La Norvège était le second grand marché des Hanséates et Bergen leur second grand comptoir. Ils y centralisaient le commerce du Nord, de l'Islande : poisson, huile de baleine, bois et planches, goudron, poix, fourrures, édredon, etc.; en échange ils apportaient des grains, des boissons, des étoffes. Bergen était une colonie allemande; le comptoir de la Hanse, très vaste avec ses vingt-deux cours, était desservi par des employés astreints au célibat et à une discipline monacale; capitaux et navires appartenaient aux Hanséates. La réunion de la Norvège et du Danemark fit perdre à la Hanse ce débouché; elle fut dépouillée de tous ses privilèges. Les Danois, ennemis séculaires de la confédération, commerçaient pourtant avec elle, lui vendant du bétail, des grains, du poisson, pour des draps et divers objets manufacturés.

Nous avons déjà décrit le troisième grand marché hanséate, celui des Pays-Bas, où leur comptoir de Bruges (plus tard transféré à Anvers), les approvisionnait des produits du Midi et de ceux d'une industrie plus avancée, en échange des denrées alimentaires et des matières premières exportées des pays septentrionaux.

Le quatrième grand marché était l'Angleterre, le quatrième grand comptoir Londres. Depuis les premières années du XIIIe siècle les négociants allemands avaient obtenu des franchises en Angleterre; la Hanse les accrut beaucoup et les rois virent avec d'autant plus de plaisir ce trafic se développer qu'ils tiraient des douanes leur revenu le plus considérable (après celui des domaines); les nobles et les paysans étaient satisfaits de vendre leurs grains, leur laine, leurs cuirs, leur étain; les villes seules étaient hostiles aux Hanséates. Les Anglais étaient les grands producteurs de laine qu'ils fournissaient aux manufactures de Flandre pour racheter ensuite les draps. Edouard III comprit combien cette politique économique était absurde et, provoqué par un différend avec la Flandre, il importa en Angleterre la fabrication des draps. Les Hanséates laissèrent faire, n'y ayant nul désavantage, ils tenaient seulement à garder le monopole des transports vers le Nord, mais peu leur importait de vendre des draps anglais ou flamands. En revanche, ils obligèrent le roi à diminuer les privilèges qu'il avait accordés à des compagnies anglaises (confrérie de Thomas Becket, association des marchands d'entrepôt, association des aventuriers marchands), les mettant sur le même pied que les étrangers. 

Les Hanséates ayant un monopole étaient tout disposés à subir des droits de douane plus forts, pour se concilier les rois et conserver leur situation. En cas de rupture, ils interdisaient tout commerce avec l'Angleterre, et par ce blocus continental l'obligeaient à céder. En 1470, ils firent aux pirates anglais et au gouvernement qui avait pendu quelques-uns des leurs une véritable guerre qui aboutit au renouvellement de leurs privilèges par le traité d'Utrecht (1473). Le comptoir de Londres, appelé la Cour d'acier, était organisé comme les autres, exclusivement aux mains des Allemands; les cinq sixièmes de la valeur de l'exportation étaient représentés par la laine et les draps, la reste par les cuirs, l'étain, etc., les importations étaient plus variées, c'étaient les marchandises d'Italie et du Levant, d'Allemagne et de la Baltique. Les Anglais finirent par s'affranchir de la Hanse, mais seulement à la fin du XVIe s.; le comptoir de Londres fut fermé en 1598.

En somme, la Hanse eut une influence bienfaisante par la répression de la piraterie, l'extension de la moralité dans le commerce international; elle s'efforça de créer un droit maritime international, soutint le principe de la liberté des mers, de l'inviolabilité de la propriété des neutres, du respect du pavillon neutre, n'excluant que la fourniture aux belligérants des munitions de guerre. Mais elle appliqua ces principes uniquement à son profit, maintint par la violence un monopole nuisible aux pays qu'elle exploitait, n'eut qu'une organisation médiocre du crédit, même pas de monnaie commune, se contenta du rôle d'intermédiaire et d'une industrie de transport sans produire ni développer la production dans les villes allemandes; quand les conditions politiques de ses tributaires changèrent, que le commerce maritime prit au XVIe siècle un incomparable essor, elle ne sut pas se plier à ces conditions nouvelles; sa domination maritime s'écroula et sa ruine économique suivit parce qu'elle fut incapable de perfectionner un mécanisme commercial très médiocre. La Hollande et l'Angleterre en héritèrent. Elle s'éteignit au XVIIe siècle; six villes seulement furent représentées à sa dernière diète (1669).  (A.-M. B).

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