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Collier

Collier (Arthur), profond métaphysicien et théologien anglais, né en 1680, mort en 1732. Son père était recteur de Langford Magna (Wiltshire), dignité héréditaire dans sa famille depuis plusieurs générations et dont il fut lui-même investi, en 1704. Sur ses vieux jours, l'insuffisance de ses ressources l'obligea d'en aliéner, pour une assez médiocre somme, la succession. Arthur Collier, théologien et philosophe, passa à peu près inaperçu de ses contemporains. Au commencement du XIXe siècle, son chef-d'oeuvre, la subtile Clef universelle (Clavis universalis), était presque perdu. Ce fut Reid qui, venant d'en retrouver un exemplaire dans la bibliothèque du collège de Glasgow, comprit immédiatement qu'un penseur de haut vol lui était révélé. En 1837, le Dr Parr rééditait, dans une collection d'opuscules métaphysiques du XVIIIe siècle, cet original et court traité, qu'un juge aussi compétent que William Hamilton mettra sur le même rang que les brillants Dialogues de Berkeley. C'est, du reste, un phénomène historique bien curieux que Berkeley et Collier, sans s'être approchés ni directement connus, aient au même moment atteint les audacieuses conclusions de l'idéalisme absolu, doctrine, il est vrai, alors même acclimatée en Angleterre par la célébrité que s'étaient acquise en ce pays Malebranche et son disciple, le recteur de Bemerton, John Norris. Quoi qu'il en soit des influences communes qui ont pu guider le philosophe irlandais et le métaphysicien du Wiltshire, la même année 1613 où le premier publia ses Dialogues d'Hylas et de Philonoüs est également celle où le second fit paraître sa Clavis universalis.

Le dessein des deux livres est visiblement le même. Dans l'un comme dans l'autre, il s'agit de démontrer qu'il n'existe pas de monde matériel; seulement, tandis que Berkeley, comme pour tenir une gageure, soutient qu'il a de son côté le sens commun (à la seule condition, bien entendu, que ce facile et superficiel témoin soit consulté intelligemment), Collier reconnaît en toute sincérité l'isolement de sa position philosophique. Mais il s'en console sans peine et se répète ce mot du chancelier Bacon, mot que rééditera l'auteur de la Recherche de la Vérité : que c'est un inquiétant symptôme et une forte présomption d'erreur que d'être suivi, dans une opinion, par le consentement général des humains. 

La Clef universelle, tel est le titre de son ouvrage par cette métaphore, l'auteur désigne l'affirmation de la non-existence des corps, affirmation qui doit, estime-t-il, résoudre toutes les antinomies de la philosophie spéculative et du même coup les difficultés les plus ardues. Le traité comprend deux parties : dans la première il est soutenu que le monde matériel, en tant que visible, n'est pas extérieur; la seconde n'est qu'une savante et ingénieuse généralisation de la conclusion à laquelle vient d'aboutir la première et il en doit suivre qu'on ne peut, sans absurdité, concevoir l'existence d'un monde matériel quelconque. Par cette négation l'auteur se flatte de concilier des contradictions telles que celles auxquelles la notion du mouvement avait donné lieu dans la dialectique des Eléates et qui, de toute autre manière, demeureraient insolubles. Que si on lui oppose la croyance universelle des humains en l'objectivité de leurs représentations sensibles, il répondra que ce sont là des répugnances routinières dont le vrai philosophe n'a pas à tenir compte. Il reconnaît tout le premier, qu' 

« il n'y a guère un mot dans la langue qui ne suppose l'existence d'un monde extérieur-». 
Qu'est-ce que cela prouve? continue-t-il; ne savons-nous pas qu'en bien d'autres occasions le langage est en antagonisme avec la vérité reconnue? Tandis que l'esprit accepte le système de Copernic, les lèvres parlent de celui de Ptolémée. Nous savons que c'est la Terre qui tourne et nous n'en disons pas moins : le Soleil se lève (Les jours et les nuits).

Dix-sept ans plus tard, en 1730, Collier donna un essai de moindre envergure, bien que précieux encore pour les lecteurs épris de spéculation raffinée : c'est le Specimen de la vraie Philosophie, dans un Discours sur la Genèse. Ici, ce n'est plus en philosophe profane qu'il s'exprime, mais en théologien. Par une conception qui n'est pas sans rappeler les hypostases -alexandrines, il se fait fort d'établir, le texte de la Genèse en main, que, dans le Fils de Dieu est contenue toute la substance de la Création, laquelle, par l'intermédiaire du Verbe, se trouve ainsi renfermée en Dieu lui-même. De la sorte une théologie mystique couronnait sa métaphysique idéaliste. La connaissance du Fils ou Verbe, comme le révèlent les Écritures, est à la fois, s'il faut en croire l'auteur, la condition et le terme de toute science. Il est le principal objet, le principe et le terme, enfin l'essence même du savoir; il est 
« notre logique et notre métaphysique, c.-à-d. en un mot, la vérité et la pierre angulaire du système entier de la philosophie ».
L'année même de la mort de Collier, paraissait de lui un traité qui n'est pas sans justifier l'imputation d'arianisme dirigée contre sa prédication par les orthodoxes: c'est la Logologie (ouvrage d'une extrême rareté) où la principale des thèses développées est celle aux termes de laquelle le Verbe ou Fils de Dieu peut bien être consubstantiel au Père mais ne lui est certainement pas coégal

L'oeuvre d'Arthur Collier n'est donc guère considérable. Les pages peu nombreuses dont elle se compose sont toutes hérissées d'une scolastique et présentent une austérité de forme qui n'ont pas médiocrement contribué à lui valoir l'indifférence du public. On ne peut imaginer de contraste plus accusé avec l'élégance littéraire, la facilité aimable, la grâce riante qui prêtent tant de charme et d'agrément aux écrits de Berkeley. Mais, en dépit de cette rudesse de forme, la philosophie dont Arthur Collier nous a laissé la trop discrète ébauche révèle une force de pensée et une vigueur de dialectique qui n'a été, au dire des meilleurs juges, que rarement dépassée. (G. Lyon).

Collier (Jérémie). - Écrivain né en 1650 dans le comté de Cambridge (Angleterre), mort en 1726, était ecclésiastique, mais ardent non-conformiste. Il s'opposa de toutes ses forces à la révolution de 1688 et renonça à ses fonctions pour ne pas prêter serment à Guillaume III. Outre des pamphlets de circonstance, on a de lui des Essais de morale, 1697, Coup d'oeil sur l'immoralité du théâtre anglais, 1698, une Histoire ecclésiastique d'Angleterre, 1708, une traduction du Dictionnaire de Moréri, et un traité paradoxal, Clavis universalis, 1713, où il combat l'existence du monde extérieur.
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