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Olivier de Clisson

Olivier IV de Clisson est un connétable de France, né en le 23 avril 1336, mort le 23 avril 1407. Il naquit au château de Clisson peu d'années avant la guerre de la succession de Bretagne (1341). Son père, Olivier III, un de ses oncles, Garnier de Clisson, tenaient pour Jeanne de Penthièvre et pour son mari, Charles de Blois; un autre, Amaury de Clisson, pour Jean de Montfort. Garnier fut tué dès 1341 et ses riches domaines passèrent à son frère Olivier. Pris, en 1342, par les Anglais, Olivier fut bientôt remis en liberté. Le roi Philippe VI, qui le soupçonnait de s'être allié secrètement avec Edouard III, le fit décapiter à Paris, sans jugement, le 2 août 1343. Sa veuve, Jeanne de Belleville, vengea sa mort en faisant aux Français une guerre sans merci. 

Le jeune Clisson grandit au milieu de ces luttes sanglantes. Son oncle Amaury, revenu au parti français, fut tué à la bataille de la Roche-Derrien (20 juin 1347). Sa mère épousa, en 1350, un seigneur anglais, Gauthier de Bentley, capitaine général d'Edouard III en Bretagne. Olivier de Clisson fut alors envoyé en Angleterre avec le petit comte Jean de Montfort, devenu, par la mort de son père (1345), le compétiteur de Charles de Blois. Revenu en Bretagne, Olivier de Clisson se signala promptement par son courage. A la bataille de Poitiers (19 septembre 1356), il vit le roi Jean le Bon rendre son épée à Bernard de Trye, comme il l'attesta plus tard. En 1359, il perdit sa mère et son second père, G. de Bentley, mais Edouard III lui laissa les terres qu'il lui avait données dans le Poitou. Ainsi, dès l'âge de vingt ans, Olivier IV de Clisson tenait le premier rang parmi la noblesse de Bretagne par sa naissance et par sa richesse. Le traité de Brétigny (1360) lui rendit encore quelques terres que les Français lui avaient enlevées. 

A la bataille d'Auray (28 septembre 1364), il abattait les hommes avec une hache, « comme un boucher », dit la Chronique de B. Du Guesclin. C'est peut-être de là que lui vint son surnom de Boucher. Il eut un oeil crevé dans la mêlée. Jean de Montfort l'ayant envoyé auprès de Charles V, pour faire ratifier le traité de Guérande, qui le reconnaissait comme duc de Bretagne, sous le nom de Jean IV, ce roi essaya immédiatement de se l'attacher. Peu après, Clisson épousa Béatrix de Laval, dame de Blain, petite-fille d'Arthur Il, duc de Bretagne, et cousine de Jean IV. En 1367, il suivit le prince de Galles en Castille, et combattit là, comme à Auray, contre son compatriote, Bertrand Du Guesclin, qui fut vaincu et pris à Najera (3 avril 1367). Il se brouilla ensuite avec Jean IV, qui lui refusait la terre du Gâvre, contiguë a celle de Blain (arrondissement de Saint-Nazaire), pour la donner au capitaine anglais John Chandos. Il refusa aussi de rendre la forteresse de Champtoceaux à Jean IV, qui dut en faire le siège, et il se déclara pour Jean de Penthièvre, fils de Ch. de Blois.

Ce fut seulement en 1370, à l'époque où Du Guesclin reçut l'épée de connétable (2 octobre), que Clisson passa au service de Charles V. Le 24 octobre, il conclut un traité de confraternité avec Du Guesclin. Il reçut de Charles V 4000 livres tournois, le 10 novembre 1370, et autant le 15 août 1371, pour faire bâtir un hôtel à Paris. Charles le Mauvais, roi de Navarre, acheva de le brouiller avec Jean IV, qui essaya même de le faire assassiner. 

Dès lors, Clisson combattit avec acharnement le duc de Bretagne. Pendant dix ans (1370-1380), il suivit Du Guesclin dans la plupart de ses campagnes, dans le Maine, où ils gagnèrent la victoire de Pontvalain sur les Anglais (4 décembre 1370), dans le Poitou et l'Aunis (1371-1373), en Bretagne, d'où ils chassèrent Jean IV, en Champagne, en Périgord, en Guyenne (1373). Nommé lieutenant général du roi en Bretagne et membre du conseil de régence institué par Charles V (1374), Clisson continua de faire aux Anglais une guerre sans quartier jusqu'à la trêve de Bruges (27 juin 1376); puis, quand la guerre recommença (1377), il alla encore les combattre en Picardie, en Bretagne, dans le Languedoc.

Malgré le mécontentement que lui causa, comme à Du Guesclin, la confiscation de la Bretagne par Charles V (décembre 1378), il resta fidèle au roi, mais il fit mollement la guerre à ses compatriotes révoltés et à Jean IV (1379-1380). Il fut rappelé, avec Du Guesclin, par Charles V, qui les envoya en Auvergne. De là, ils allèrent assiéger Châteauneuf-de-Randon, dans le Gévaudan. Du Guesclin mourut devant cette place, le 13 juillet 1380, après avoir remis à son frère d'armes l'épée de connétable, en le chargeant de la rapporter au roi. La mort surprit Charles V le 13 septembre avant qu'il eût donné à Clisson la succession de Du Guesclin.

Dès le début du règne de Charles VI, Clisson fut nommé connétable, le 28 octobre 1380. Il conduisit le jeune roi à Reims, où il fut sacré (4 novembre). Bientôt Jean IV fut obligé de faire la paix avec le roi de France (1381). Clisson fut compris dans le traité, qu'il ratifia le 23 février. Il se réconcilia même avec Jean IV. Il alla ensuite vaincre les Gantois et Ph. Artevelde à la bataille de Roosebeke, le 27 novembre 1382, et fit un immense butin pendant cette campagne. Au retour, il réprima les velléités de révolte des Parisiens. En 1383, il marcha contre les Anglais dans le Poitou, l'Angoumois, la Saintonge et le Périgord, puis, de nouveau contre les Gantois, et fut nommé capitaine du château de Montlhéry. C'est alors qu'il perdit sa femme et qu'il maria sa fille aînée, Béatrix , au fils d'Alain VII, vicomte de Rohan. Après la mort de Jeanne de Penthièvre (10 septembre 1384), son fils aîné, Jean, prit Clisson comme lieutenant général en Bretagne et en France (6 janvier 1385). Après avoir réduit les Flamands à demander la paix (décembre 1385), Clisson fit de grands préparatifs pour un débarquement en Angleterre. Parti de Tréguier avec soixante-douze vaisseaux, repoussé des côtes par une tempête, il revint dans les ports de Flandre où on réunissait une multitude d'autres bâtiments.

Le duc de Berry ayant fait manquer cette entreprise, Clisson n'en continua pas moins ses préparatifs en Normandie et en Bretagne. En même temps, il négociait avec R. de Vere, favori de Richard II, la délivrance du comte de Penthièvre, qui devait épouser sa seconde fille, Marguerite de Clisson. Jean IV, dissimulant son irritation, attira le connétable à Vannes, l'emmena voir son château de l'Ermine et l'y enferma, en ordonnant de le tuer (26 juin 1387). Le sire de Bazvalen, gouverneur du château, n'exécuta pas cet ordre, et, dès le lendemain, le duc rendit la liberté au prisonnier, quand il eut souscrit aux conditions les plus onéreuses. Le roi promit au connétable de seconder sa vengeance, mais les choses traînant en longueur, Clisson Provoqua Jean IV et lui fit la guerre. II paya la rançon du comte de Penthièvre et lui donna sa fille Marguerite (janvier 1388). Jean IV dut venir à Paris pour se soumettre au jugement du roi, mais, grâce aux ducs de Bourgogne et de Berry, jaloux du pouvoir de Clisson, il n'accorda qu'une réparation insuffisante. Après une expédition contre le duc de Gueldre, allié des Anglais, Clisson parvint à écarter les oncles du roi et devint maître du pouvoir (1388). Le gouvernement du Languedoc fut ôté au duc de Berry et Clisson accompagna le roi dans cette province. Jean IV profita de son absence pour lui enlever plusieurs de ses places et dut comparaître encore devant Charles VI, qui fit conclure un nouvel arrangement entre lui, Clisson et son gendre, le comte de Penthièvre (janvier 1392).

Moins de six mois après, Pierre de Craon, d'accord avec le duc de Bretagne, son parent, essayait d'assassiner le connétable à Paris, un soir qu'il revenait de l'hôtel Saint-Paul (14 juin 1392). Clisson, laissé pour mort, se rétablit bientôt et demanda justice. P. de Craon fut condamné, par contumace, à la peine capitale, mais Jean IV, qui lui avait donné asile, ayant refusé de le livrer, Charles VI marcha contre lui avec le connétable. En partant du Mans, le roi eut un accès de folie (3 août 1392) et resta incapable de gouverner. Ses oncles, revenus au pouvoir, poursuivirent Clisson. II fut condamné, par défaut, à une amende de 100,000 marcs, au bannissement perpétuel et à la perte de son office (décembre 1392). Réfugié en Bretagne, il se défendit pendant trois ans contre Jean IV et P. de Craon. Un traité conclu près de Redon, entre le duc de Bretagne, Clisson et le comte de Penthièvre, mit fin à cette guerre (19 octobre 1393). Cette fois, la réconciliation fut complète. L'année suivante, Jean IV, en partant pour un voyage en Angleterre, donna même à Clisson la garde de son duché, de sa femme et de ses enfants. Avant sa mort (2 novembre 1399), il renouvela ces dispositions. Clisson fut soupçonné injustement de l'avoir empoisonné. Il repoussa, an contraire, avec horreur les sollicitations de sa fille Marguerite, qui le poussait à faire périr les enfants de Jean IV, pour assurer la couronne de Bretagne à son mari, le comte de Penthièvre. Bien plus, il conclut, à Blain (janvier 1400), un traité par lequel son gendre et lui reconnaissaient les droits de la maison de Montfort. Il escorta le, jeune duc Jean V lors de son entrée solennelle à Rennes (22 mars 1400) et, le lendemain, ce fut lui qui l'arma chevalier. En 1403, il organisa contre les Anglais une expédition dans laquelle se distingua G. Du Chastel.

En 1404, Jean de Blois, comte de Penthièvre, mourut, laissant plusieurs fils, dont l'aîné, Olivier, épousa Isabeau de Bourgogne, fille de Jean sans Peur (1400). Ce mariage indisposa le jeune duc de Bretagne Jean V contre Clisson. Celui-ci consentit pourtant à l'union de son petit-fils, Alain de Rohan, comte de Porhouet, avec une soeur de Jean V, union qui enlevait aux Penthièvre l'alliance de la puissante maison de Rohan. Jean V intenta néanmoins un procès an vieux Clisson et envoya des troupes pour le faire arrêter au château de Josselin. Le vieillard était malade, presque mourant. Il expira, à l'âge de soixante et onze ans. Sa seconde femme, Marguerite de Rohan, était morte au mois de décembre précédent. Il n'avait que deux filles, Béatrix et Marguerite, qui héritèrent de ses nombreux domaines. 

Avide et économe, Clisson possédait une immense fortune et passait pour un des plus riches seigneurs de son temps. Par son testament du 5 février 1407, il avait laissé beaucoup de dons aux églises, notamment à Notre-Dame de Paris et à Saint-Julien du Mans. Bien inférieur à son frère d'armes, Du Guesclin, il eut cependant un rôle des plus remarquables. Il fut inhumé dans l'église Notre-Dame de Josselin où on voit encore son tombeau, qui a été restauré en 1838. (E. Cosneau).

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Dictionnaire biographique
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