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Les
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| Chrysippe
. - Un des plus célèbres philosophes Chrysippe naquit à Soli (Soles)
en Cilicie Son activité philosophique fut prodigieuse; il n'avait pas composé, nous dit-on, moins de sept cent cinquante traités; il est vrai que les Anciens se plaignaient de la négligence et de la sécheresse de son style et aussi des trop nombreuses citations dont il avait encombré ses ouvrages. Il est bien difficile, à la distance où nous sommes, de savoir exactement quelle fut la part de Chrysippe dans l'élaboration de la doctrine stoïcienne. D'une part, il semble qu'il n'ait fait que développer les idées de ses maîtres, car il disait: Donnez-moi seulement les thèses, je saurai bien trouver les preuves. D'autre part, nous voyons que déjà Antipater de Tarse avait écrit un livre sur les Différences entre Cléanthe et Chrysippe. Sans prétendre résoudre complètement ce problème, nous indiquerons, d'après les travaux de Hirzel et de Stein, les points de doctrine qui paraissent appartenir en propre à Chrysippe; pour le reste de ses idées, elles font corps avec le Stoïcisme. C'est surtout dans la théorie de la connaissance et dans la logique formelle que Chrysippe développa ou renouvela les doctrines de ses devanciers : il avait consacré aux questions de cet ordre plus de trois cent vingt-quatre traités. Il corrigea surtout la conception grossièrement matérialiste que Cléanthe s'était faite de l'âme dans ses rapports avec l'objet de la connaissance. Selon Cléanthe, l'âme est comparable à un morceau de cire, et la connaissance sensible à l'empreinte laissée sur la cire par un cachet. S'il en est ainsi, répondit Chrysippe, comment comprendre qu'au même moment, un même corps puisse recevoir plusieurs empreintes? Or, c'est un fait que la partie principale de l'âme peut recevoir plusieurs impressions et par là même les conserver sans les confondre. Il faudra donc définir la représentation non pas une empreinte, mais comme l'avait déjà fait Aristote, une altération, un changement qualitatif. Ainsi l'air, lorsque plusieurs personnes parlent à la fois, conserve autant de voix, sans les mêler, qu'il y a eu de paroles distinctes. Développant ensuite la théorie défendue par Zénon et qui compare la connaissance à l'action par laquelle nous fermons la main avec plus ou moins de force, Chrysippe compléta la théorie du critérium de la vérité, qui est la représentation compréhensive; il s'attacha à montrer avec plus de netteté qu'on ne l'avait fait avant lui les conditions que doit remplir cette représentation et surtout à réfuter les objections qu'Arcésilas avait dirigées contre Zénon. Presque toute la logique formelle des stoïciens fut l'oeuvre de Chrysippe. C'est lui qui distingua les propositions simples et les complexes; parmi ces dernières se trouvent les propositions modales, à propos desquelles Chrysippe soutint un débat fameux avec Diodore Cronus et avec Cléanthe. La thèse de Chrysippe était, contre Cléanthe, que les propositions relatives au passé sont nécessaires; contre Diodore, que les propositions relatives au futur expriment des possibilités qui peut-être ne seront pas réalisées, thèse analogue à celle que Leibniz devait soutenir plus tard sur les futurs contingents. Dans la théorie du syllogisme
et de la démonstration, Chrysippe
put, même après Aristote, introduire
des vues nouvelles. Outre qu'il distingua le syllogisme disjonctif ( En physique,
Chrysippe adoucit encore le matérialisme
de Cléanthe. Au lieu de considérer
le Soleil Soient, par exemple, un cylindre ou une
toupie : pour les mettre en mouvement, il faut une impulsion extérieure
(cause principale); mais cette impulsion donnée,
le mouvement sera différent pour le cylindre et la toupie, en raison
de la nature même de ces corps (cause auxiliaire).
De même, si nous formons un jugement,
il faut une cause extérieure qui nous donne une représentation,
et cette cause ni cette représentation ne dépendent de nous.
Mais il faut, en outre, que nous accordions ou refusions notre assentiment
à cette représentation, et voilà ce qui est en notre
pouvoir, ce qui dépend de notre nature.
Le destin étant la somme des causes, tant
intérieures qu'extérieures, qui produisent un effet,
on peut dire que tout arrive en vertu de la destinée.
Et cependant nos actions sont bien à nous puisque nous nous distinguons
des causes extérieures; notre volonté
ne s'oppose pas au destin, mais aux causes qui agissent sur nous du dehors;
cela suffit pour que nos actions nous soient imputables et pour que les
méchants ne soient pas admis à rejeter sur les dieux L'âme humaine,
pour Chrysippe comme pour ses maîtres, est un corps;
c'est un feu subtil ( « Comme dans un fruit, la saveur et le parfum coexistent, de même dans l'âme les diverses fonctions, représentation, assentiment, désir, raison s'exercent simultanément. »Sur la question de l'immortalité, Chrysippe se séparait encore de son maître; tandis que, selon Cléanthe, toutes les âmes En morale, Chrysippe
modifia ou plutôt étendit l'interprétation donnée
par Cléanthe de la célèbre
formule stoïcienne : Il faut vivre
conformément à la nature. Il ne s'agit plus seulement
pour lui de la nature universelle, mais aussi
et en même temps de la nature humaine; d'ailleurs il conçoit
aussi la ressemblance à Dieu, la conformité
à l'ordre du monde comme le souverain bien.
Il parait encore s'être appliqué à définir plus
nettement que ne l'avait fait Zénon la différence
des offices et des actions droites. C'est à lui surtout qu'appartient
la belle théorie exposée par Cicéron
dans le De legibus, qui proclame l'antériorité du
droit naturel sur le droit écrit et le fait dériver de la
raison
universelle qui anime et gouverne le monde. La morale de Chrysippe est
malheureusement déparée par une apologie de l'inceste, de
l'anthropophagie et de la prostitution devant laquelle le trop intrépide
logicien n'a pas reculé. Telle est, en ce qu'elle a d'essentiel,
l'oeuvre de Chrysippe. Si on songe que nous n'avons pu lui attribuer qu'une
faible partie de ce qui lui appartient, on reconnaîtra que pour la
largeur des vues et la puissance de l'esprit philosophique, Aristote
et Platon sont les seuls philosophes |
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© Serge Jodra, 2004 - 2006. - Reproduction interdite.