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L'histoire de la Somalie
Entendu au sens large, le nom de Somalie s'applique presque à tout le grand triangle que forme la Corne de l'Afrique, c'est-à-dire à l'Etat actuel de la Somalie (réunion de l'ancien Somaliland britannique et de l'ancienne Somalia italienne), à l'Etat de Djibouti  (ancienne Côte française des Somalis) et à la province de l'Ogaden, qui appartient l'actuelle Ethiopie.

Pendant longtemps, l'histoire de la Somalie s'est surtout écrite le long de ses côtes. On peut la faire sans doute remonter à celle du pays de Pount (Punt) mentionné par les Egyptiens. Le commerce intermittent des Egyptiens y a laissé des vestiges moins importants que l'occupation ultérieure par les colonies grecques. Les Phéniciens ouvrirent aussi la navigation du golfe d'Aoualitis. La conquête arabe, en 75 de l'hégire (697 ap. J.-C.) introduisit l'islam chez les Somalis, avec Jabarti-ben-Ismail, ancêtre, selon la légende, des tribus actuelles Dolbohante, Déchichi, Medjourtine et Ouarsanguéli. Par la suite, ces pays, restèrent plus ou moins dépendants des Arabes, puis des Turcs du Yémen. En 1875, le khédive prit possession des villes de la côte : Zeïla, par exemple, était en 1848 sous la juridiction d'un fonctionnaire turc résidant à Moka.

Dans les années 1880, les Européens, principalement la France, le Royaume-Uni et l'Italie commencent à prendre pied dans la région, qu'ils se partageront jusqu'en 1960, date de la création de la République somali. Depuis 1990, ce pays a sombré dans d'incessants troubles intérieurs.
 

Dates clés :
Dès 3000 av. J.-C. - Pays de Pount au Nord de la Corne.

VIIe s. - Islamisation de la région côtière à partir des comptoirs commerciaux arabes et persans.

1859-1869 - Construction du canal de Suez.

Années 1880. - Politique d'appropriation de la région par les Anglais, les Français et les Italiens.

1960. - Création de la République de Somalie.

1990 - Renversement du dictateur Siyad Barré, puis début de la guerre civile.

Jalons chronologiques

Le pays de Pount.
Les anciens Égyptiens mentionnaient un mystérieux pays de Pount, dont la localisation exacte reste discutée, mais que la plupart des auteurs tendent aujourd'hui à le situer dans l'actuelle Erythrée ou, peut-être plus sûrement, au Nord de la Somalie, le long du Golfe d'Aden, entre Berbera et le cap Gardafui. Dans l'un des temples de Thèbes (à Deïr el-Bahâri), Dümichen et Mariette ont ainsi signalé de remarquables peintures murales qui représentent le paiement du tribut de gomme, d'encens et de myrrhe déposé devant la reine des Égyptiens par les gens de Pount qui, en effet, portent le costume traditionnel des Somalis contemporains et offrent le même aspect physique; ils étaient alors en possession des métaux, en sorte que les instruments en silex découverts en maints endroits de la contrée appartiernent à une époque au moins antérieure à trente-six siècles.

On on a trouvé mille objets qui témoignent d'un commerce considérable avec toutes les régions de l'Océan Indien qu'unit le va-et-vient annuel de la mousson : émaux et verres, poteries vernissées, vases de pierre et d'albâtre, perles et pierres précieuses prouvent que les ancêtres des Somalis étaient alors en relations avec les peuples industrieux et riches de tout l'Orient. Les buttes funéraires dressées à ces époques lointaines sont nombreuses dans certaines parties du pays : ce sont en général des entassements pyramidaux de pierres, parsemés de coquillages, d'os de poissons, d'instruments remontant au Néolithique. Les tombeaux fouillés dans les environs de Zeïla paraissent être d'origine galla, et dans le voisinage une tradition a gardé la mémoire de l'emplacement d'une « ville immense » qui aurait également appartenu à des Galla; pourtant les villages de leurs tribus les plus rapprochées se trouvent maintenant à 200 kilomètres de distance dans le pays de Harrar (Ethiopie).

Les routes commerciales.
La vocation commerciale de la région ne s'est pas démentie aux époques posétrieures. Les Romains  connaissaient la Somalie sous le nom d'Aromatica regio, et des traces des passages des Grecs et des Romains y ont été découvertes. Au Moyen Âge, de colonies musulmanes s'établirent dans les villes de Zeïla, Berbera, Ras-Hafun, et Mogadiscio, et forment autant d'escales commerçantes vers Zanzibar  la côte swahili que n'est que le prolongement méridional de cet ensemble d'établissement. Pendant ce temps, l'intérieur des terres, surtout soumis à l'influence éthiopienne restait le domaine de populations nomades - celles-ci représenteraient encore plus des deux-tiers de la population somalienne totale. Plusieurs routes de commerce très anciennes traversent également cette région. Non loin de Berbéra, par exemple, l'un de leur principaux débouchés, un plage a longtemps été le lieu de rencontre, d'octobre à janvier, entre  les marchands de la côte, les caravanes venues du Harrar et des pays somalis et gallas, et les boutres ou navires des mers environnantes. On pouvait alors y rassemblés en même temps plus de 15 000 personnes.

Les produits naturels du pays sont traditionnellement expédiés par les ports du littoral où ils arrivent par les diverses routes des caravanes. Au tou début du XXe siècle encore, les routes commerciales anglaises vers l'Abyssinie du Sud (Addis-Abeba, Ankober, Harrar) sont :

1° la route de Zeïla, qui rejoint à l'intérieur, à quelques journées de la côte, celle de Djibouti (dont le chemin de fer vers Addis Abeba a été mis en chantier par les Français à partir de 1898); 

2° les routes de Bonlhar et de Berbera, qui n'en forment presque qu'une seule. 

Il était aussi question à cette époque d'une ligne ferrée partant de Berbéra pour Harrar; afin de contre-balancer commercialement celle de Djibouti. Les principaux articles d'exportation sont alors : café, gomme, cire, encens, myrrhe, nacre, perles, plumes d'autruche, beurre, indigo, écaille, peaux, ivoire, civette (musc), bétail (moutons, chèvres, bœufs et chevaux), poudre d'or. Les importations consistent en riz, farine, sucre, dattes, cotonnades, fer (pour les armes), tabac, perles fausses, verroterie, imitation d'ambre, quincaillerie, etc. 

L'irruption des Européens.
La situation de toute la Corne de l'Afrique a changé après l'ouverture du canal de Suez (1869). Le contrôle de la route vers l'Océan Indien devient alors un enjeu stratégique pour les grandes puissance européennes qui commencent à y exercer leur emprise : après que l'Egypte y ait abandonné son contrôle, le Royaume-Uni exerce le sien à partir de 1884 sur la partie Nord du triangle (Golfe d'Aden) sur le territoire qui correspond plus ou moins à celui que l'on a supposé avoir été celui du pays de Pount; la France prend position à Obok (1881) et à Tadjourah, puis à Djibouti (1885), qui était un meilleur port. l'Italie s'installe d'abord en Erythrée à Assab (1882) et à Massaoua (1885), puis dans la partie orientale du triangle somalien, où quelques points d'appui côtiers sont occupés qui serviront par la suite à la pénétrationvers l'intérieur. Enfin, les Allemands, à partir de 1885, se sont implantés plus au Sud, où ils sont devenus concessionnaires de tout le littoral jusqu'au Djebel Karoma et se sont déclarés "protecteurs" de ses habitants.

En 1887, l'Angleterre établit un protectorat sur la côte somalie, et elle en fixa, par un accord avec la France (3 février 1888), la limite occidentale. En 1891 (24 mars, 14 avril) et 5 mai 1894, un traité avec l'Italie partageait entre les deux puissances toute la région englobant le Harrar et l'Ethiopie. La défaite des Italiens par Ménélik à Adoua entraîna la réduction de la Somalie anglaise ou Somaliland, et les nouvelles limites de cette dernière furent établies par un traité anglo-éthiopien (1897). En 1898, le protectorat  (Somali Coast Protectorate), qui dépendait du résident d'Aden, fut placé directement sous la juridiction du Foreign Office, avec un administrateur spécial, résidant à Berbera. Il y avait là une garnison de 200 soldats indiens sous les ordres d'un officier anglais. Il y avait, en outre, des fonctionnaires et soldats anglais à Zeïla, Boulhar, Karem.

Les ambitions de l'Italie dans la région ont été durables et le pays et expliquent son engagement, en 1915, dans la Première guerre mondial aux côtés des Alliés, engagement en echange duquel elle espérait des compensations territoriales dans la Corne. L'accord n'eut pas de suite après le conflit, mais en 1935, Mussolini parvint à obtenir de Pierre Laval, mandété par la France, la promesse de la cession de la Côte française des Somalis. Lors de la Seconde guerre mondiale, l'Italie, cette fois opposée aux Alliés, lança une nouvelle offensive en Ethiopie et la Côte française des Somalis, mais fut vaincue par les troupes britanniques du Somaliland, qui en profitèrent d'ailleurs aussi pour s'emparer de Djibouti.

Au lendemain de la seconde Guerre mondiale, on retrouvera quelques années une situation proche du statu quo ante. La côte des Somalie est rendue à la France, le Somaliland reste britannique et l'ONU  confie à l'Italie l'administration du territoire qu'elle occupait auparavant. Mais l'heure de la décolonisation commence à sonner dès 1960, avec le départ des Britanniques du Somaliland et des Italens de la Somalie italienne. Ces deux territoires se réunissant pour former la République Somali actuelle. La Côte française des Somalis, devenue en 1967, Territoire français des Afars et des Issas (d'un nom de ses deux composantes démographiques) devra pour sa part attendre 1977 pour devenir la République de Djibouti, où la France conserve une importante base militaire.

Avec l'indépendance de la Somalie sont également apparues les aspiration nationalistes à une Grande Somalie, supposée rassembler La République Somali, Djibouti, l'Ogaden et le Nord du Kenya (jadis occupé par l'Allemagne). D'où la série de guerres (guerre de l'Ogaden contre l'Ethiopie en 1977) et de tensions de toutes sortes (avec l'Ethiopie et le Kenya dès 1962-63 - sur fond d'alliances et de renversements d'alliances avec les superpuissances protagonistes de la Guerre froide - qu'a connue la région pendant plusieurs décennies. A ces troubles se sont ajoutés les divisions internes à l'origine d'une guerre civile commencée en Somalie après le renversement fin 1990 du dictateur Siyad Barré, au pouvoir depuis 1969. L'ONU tentera d'intervenir sans succès de 1992 à 1995 (opération Restore Hope conduite principalement par les troupes américaines). Le pays, de plus en plus fragmenté, s'est ensuite enfoncé dans un chaos latent. 

Modes de vie traditionnels

Les Somalis représentent une population assez homogène du point de vue culturel, et en particulier linguistique, mais on peut y reconnaître trois grands groupes de populations, grandes conférdérations claniques, elles-mêmes divises en de nombreuses tribus (lignages patrilinéaires) appélées rer ou fakida :

1° les Rahanwin entre l'Onebi Chebeli et la Djenba;

2° les Haiwiyah, sur la rive gauche de l'Onebi Chebeli, de l'Océan Indien jusqu'ç l'Ogaden;

3° les Hawiya, Hachiya (Adschi) au Nord. 

On les divise aussi, d'après leur situation géographique, en Somalis du Harer, Somalis de la côte du Nord, Somalis de l'Ogaden et Somali de la côte orientale. 

Parmi ces populations vivent certains indigènes qu'y y sont regardées comme les parias du pays et dans lesquels on a voulu voir les restes d'anciennes populations autochtones : les Yebir ( = amuseurs), les Midgan ( = chasseurs) et les Tomal ( = forgerons), mais groupes peuvent plus probablement être considérés seulement comme des classes sociales particulières. La constitution politique traditionnelle des Somalis est patriarcale. Ils vivent sous des chefs sans grande autorité qui, dans le passé et peut-être encore aujourd'hui dans la situation chaotique où se trouve le pays, se réunissent parfois pour faire la guerre et se séparent de nouveau après.

La majeure partie du sol est aride, et les dattiers ne sont pas cultivés; les caféiers le sont un peu dans l'intérieur. On recueille la gomme des acacias, qui poussent sur les collines ainsi que les arbres à encens et à myrrhe (olibanum), notamment dans la Medjourtine et moins fréquemment chez les Ouarsanguélis. Les nomades possèdent de nombreux troupeaux qui leurs assurent une relative prospérité, dans les lieux herbeux, vallées et embouchures des cours d'eau. Les animaux domestiques, chameau, cheval, âme, bœuf, chèvre, brebis, sont très répandus. Jadis, la chasse procurait les dents des éléphants, dont les troupeaux gravissaient les escarpements du Gan Libach. Les civettes étaient élevées en domesticité et fournissaient leur produit musqué. Les autruches étaient chassées et liées, puis déplumées, pour être ensuite remises en liberté.

Les Somalis sont restés dans leur majorité éleveurs et propriétaires de troupeaux. Ils possèdent des chameaux, des ânes, des autruches, des chevaux, des boeufs, des moutons et des chèvres. Ils se nourrissent surtout de lait et de graisse, de gâteaux faits de millet d'Afrique, de doura et de ri; rarement ils mangent de la viande et ils ont horreur de certains aliments, tels que les poulets (ils n'en élèvent pas), les oeufs, les poissons, le gibier et le sang frais. Ils ne fabriquent pas non plus de fromage. Les Somalis sont musulmans; la connaissance de la langue arabe semble être assez répandue, au moins parmi la population des villes. L'esclavage était inconnu dans le Nord; mais il semble cependant avoir persisté jusqu'au XXe siècle dans les parties méridionales.

Le vêtement  traditionnel des Somalis est principalement constitué d'un espèce de chemise ou de manteau de coton appelée marro. Les femmes donnent à ce vêtement la forme d'une longue chemise qu'elles serrent d'une ceinture à la taille. Aux pieds on porte des sandales. Hommes et femmes sont surchargés de bijoux, de boucles d'oreilles, de bracelets, de colliers faits de plomb ou d'étain. On se suspend des amulettes au cou, des morceaux d'ambre et des perles de verre. Dans les cheveux on porte une aiguille de bois de 12 à 15 centimètres de longueur. Les femmes portent sur la poitrine une espèce de plaque ornée, en métal, qui est souvent très joliment travaillée et descend du cou jusqu'à la poitrine. Les hommes ne se couvrent pas la tête; les jeunes filles portent les cheveux flottants, les femmes se les couvrent avec une espèce de mouchoir de coton noué en chignon. 

On demeure dans des huttes en forme de ruche, qu'on couvre de nattes et de peaux. Dans les villes, on construisait des huttes de pierre et de tuiles. Les nomades demeurent dans des huttes qui ressemblent beaucoup à des tentes. Le village somali se compose de quelques huttes basses entourées d'une haie d'épines. En général, il n'y a que cinq ou six huttes, chacune habitée par une famille et obéissant à un chef. Les Somalis sont polygames, mais d'une manière très restreinte. Tout le monde se marie, vieux garçons et vieilles filles sont des êtres inconnus. On veille jalousement à la chasteté des jeunes filles et des femmes mariées, aussi n'y a-t-il presque pas de prostitution, à laquelle ne se livrent que les femmes divorcées. On se marie de très bonne heure, les garçons à quinze ans, les filles à treize. Il semble que c'est souvent la jeune fille qui choisit son époux, mais celui-ci est quand même obligé d'acheter sa femme. D'ordinaire, c'est le père du jeune homme ou les amis de ce dernier qui demandent pour leur client la main de la future fiancée aux parents de celle-ci. Le mariage entre proches parents est défendu. Le prix d'une femme varie beaucoup (10 à 150 chamelles, 10 à 15 chevaux, chez les pauvres 10 à 20 chèvres qu'on vole au besoin).

Comme armes, on a traditionnellement employé des lances et des sagaies, des boucliers ronds en cuir et, des poignards en forme de sabre. On ne faisait pas généralement usage de flèches empoisonnées qui n'étaient connues que des Ogadens et des parias.  (A. Dirr). 

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