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Le site de Marseille
a gardé la trace d'établissements humains très anciens.
Ainsi la grotte Cosquer, découverte en 1991, au cap Morgiou, dans
la calanque de la Triperie, renferme-t-elle des peintures
du Paléoléthique dont les plus anciennes sont vieilles (mains
en négatif) de 27 000 ans; d'autres
(fresques animalières) de 19.000
ans. On a également découvert plus récemment
sur la butte Saint-Charles des traces humaines de l'époque Néolithique
(-6000 ans).
L'Antiquité.
Une tradition rapportée
par Thucydide (I, 13) fait remonter à
une colonie de Grecs de Phocée ,
venus en Gaule
vers l'an 600 av. J.-C.,
la fondation de Marseille
( Les Colonies grecques ).
Le Sénat de Phocée
envoya en Gaule
une expédition commandée par Euxène suivant Aristote,
par Peramus suivant Athénée, par
Protos suivant Plutarque, par Protis et Simos
suivant Justin. Euxène aurait exploré
l'embouchure du Coenus (Canevieille, près de Port-de-Bouc) et, trouvant
ces parages peu favorables à l'établissement d'une colonie,
il allait s'en retourner quand il fut rejoint par une nouvelle expédition
commandée par Protis et Simos. Ils pénétrèrent
ensemble à Lacydon et s'avancèrent jusque chez les Ségobriges,
peuples voisins des Saliens, qui avaient pour roi Narra ou Sénan.
Celui-ci, dit la gracieuse légende que l'on a coutume de placer
à l'origine de Marseille, faisait les apprêts d'une fête,
pendant laquelle Gyptis, sa fille, devait choisir
un époux, quand un vaisseau phocéen amena des étrangers
dont les chefs étaient Euxène, Simos et Protis. Nann les
fit asseoir à son festin, et l'un de ces étrangers, Euxène,
reçut de Gyptis la coupe qu'elle devait offrir à celui qu'elle
choisirait pour époux. Nanti donna à son gendre le golfe
où il avait pris terre. Une cité importante, Massalia ou
Magsalia, s'éleva bientôt sur la côte occidentale de
ce golfe et, à diverses reprises, reçut des colons et des
émigrés de l'Ionie .
Quarante-sept stèles
trouvées en 1864 lors de la construction des immeubles de la rue
Impériale (aujourd'hui rue de la République), à l'entrée
de la rue Négrel. Ces stèles, dans lesquels on renconnaît
la représentation archaïque de la déesse Cybèle
sont des vestiges phocéens datant du milieu du VIe
s. av. J.-C. Elles portent témoignage
de ce très ancien établissement phocéen. Lorsque les
Grecs
ont débarqué, ils ont dû faire face aux Etrusques pendant
quelques années. Ceux ci avaient installé quelques comptoirs
le long des côtes, et faisaient une concurence redoutable avec leurs
navires transportant des amphores de vin. Cela aboutit à l'effacement
de la puissance étrusque dans la région entre Veet
le IVe
siècles av. J.-C à la suite
de conflits sur mer. La ville n'eût plus de rivaux, dans l'Ouest
de la Méditerranée que les Carthaginois .
Massalia profita
cependant de la lutte très vive que les Phocéens soutenaient
contre les Phéniciens. À une époque demeurée
incertaine, les Phéniciens abandonnèrent peu à peu
le rivage ligurien pour se concentrer à Carthage ,
et Marseille
devint souveraine de l'Occident comme Tyr
l'était de l'Orient. Quand Tyr fut prise par Alexandre (332
av. J.-C.), elle songea à disputer
à Carthage le bénéfice de cette défaite; enfin,
quand les Romains attaquèrent les Carthaginois,
elle se déclara pour Rome
et partagea avec elle les profits de la victoire. Aussi, pendant quatre
ou cinq siècles, sa prospérité ne cessa de croître
et sa puissance maritime devint formidable. Elle créa des comptoirs
à Nice ,
Antibes ,
Léoube (Olbia, près d'Hyères), Athénopolis,
entre Agay et Napoule, à Fréjus ,
Tauroentum, Agatha (Agde ),
Saint-Gilles (Heraclea Cacataria), Maritima, Avaticorum, près de
Fos, Narbonne ,
Trézène ,
enfin à Ampurias et à Rosas, en Espagne .
A l'intérieur, ses principales places de commerce furent Trets,
Saint-Remy, Nîmes, Arles ,
Tarascon, Avignon ,
Cavaillon, Vaison. Les voyageurs explorèrent, non seulement les
côtes de la Méditerranée ,
mais encore celles de l'Océan Atlantique .
Enthymènes visita le littoral africain jusqu'au Sénégal;
Pythéas
poussa, vers 320 av. J.-C.,
jusqu'à Thulé (les îles Shetland, la presqu'île
du Jutland ou l'Islande?).
Marseille
avait alors un gouvernement absolument autonome et semblable à celui
des cités grecques .
Le pouvoir, confié d'abord à des protiades héréditaires,
fut donné ensuite à des timouques, au nombre de 2400,
nommés tous les ans par les quatre quartiers de la ville. Sur ce
nombre, 600 désignés par le sort formaient le conseil chargé
de choisir les 15 magistrats en qui résidait le pouvoir exécutif
et qui, à leur tour, nommaient les 3 archontes chargés
l'un des affaires intérieures et du commerce, le second des affaires
extérieures et le dernier de la justice; les 12 autres magistrats
s'occupaient du détail de l'administration. Les candidats aux fonctions
publiques devaient payer un certain cens, être mariés; avoir
des enfants; le titre de citoyen devait appartenir à leur famille
depuis trois générations au moins. Deux membres de la même
famille ne pouvaient pas siéger en même temps au conseil.
Le travail était obligatoire pour tous. Les mimes, musiciens et
prêtres mendiants étaient bannis. Les divinités plus
particulièrement adorées des Massaliotes étaient l'Artémis
d'Ephèse ,
Athéna
et Apollon
Delphinien.
On sait que c'est
à la demande des Massaliotes, alors en guerre avec leurs voisins,
les Oxybiens et les Décéates, que Rome
intervint en Gaule
pour la première fois (155 av. J.-C).
Victorieuse, Rome concéda à son alliée le territoire
des tribus vaincues; mais appelée une seconde fois, en 124,
elle conquit pour son compte la province romaine.
Marseille
ne fit d'ailleurs que gagner à ce voisinage, et les premiers temps
de la domination des Romains dans la Gaule méridionale marquent
précisément l'apogée de sa puissance politique et
commerciale. Maîtresse d'un très vaste domaine entre le Rhône,
la Durance et les Alpes, elle entretient alors des relations suivies avec
l'Orient et fournit aux Gaulois les objets de luxe, les étoffes,
les armes, les bracelets, les bijoux d'ambre et de corail qu'ils commencent
à rechercher. Ses chantiers sont couverts de navires en construction;
elle construit des temples nombreux et des maisons splendides. Restée
grecque ,
quand tout devenait romain autour d'elle, elle semble recueillir l'héritage
de la civilisation hellénique. Ses écoles sont célèbres
dans tout le monde méditerranéen; les Romains la préfèrent
à Athènes
et à Alexandrie
pour l'éducation de leurs enfants, et ses rhéteurs sont fort
recherchés comme professeurs, même à Rome.
Mais cette prospérité
ne dura pas. Dévouée à Marius,
qui l'avait toujours bien traitée, puis à Pompée
qui, chargé d'enlever la Narbonnaise
à Sertorius, avait favorisé son
accroissement territorial et qui plus tard, nommé gouverneur de
l'Ibérie, avait procuré la sécurité à
ses colons, Marseille
essaya d'arrêter César quand il allait
faire la conquête de la Gaule. Du moins, elle prétendit rester
neutre, bien qu'ayant reçu dans ses murs Domitius
que le Sénat avait chargé du commandement de la Cisalpine.
César se hâta d'enfermer Domitius dans la place qu'il fit
attaquer par trois légions sous la conduite de Trébonius.
Mais il fallait des navires pour arrêter les sorties de la flotte
marseillaise. Décimus Brutus alla en construire
aux embouchures du Rhône et battit deux fois les Marseillais pendant
que César soumettait l'Espagne .
Celui-ci ne tarda pas à revenir et, à son arrivée,
Marseille, déjà épuisée par sa longue résistance,
se décida à capituler; elle livra ses armes, ses navires,
l'argent de son trésor public (49
av. J.-C.).
Elle dut renoncer
à ses colonies, et son territoire fut réduit à peu
près à celui qu'occupe aujourd'hui l'arrondissement de Marseille.
Il y eut alors dans la cité deux villes distinctes la ville haute
occupée par les troupes de César et la ville basse qui resta
grecque et garda ses antiques institutions. Celle-ci était d'ailleurs
ruinée et son commerce était tombé en décadence.
Du moins, si elle perdit son importance commerciale, Marseille conserva-t-elle
sa renommée de ville intelligente et policée. Elle devint
une cité d'études. Les étudiants fréquentèrent
en très grand nombre ses écoles de médecine ,
de rhétorique, de droit, de philosophie .
On y rendait à Homère un véritable
culte; quelques savants marseillais donnèrent une édition
célèbre de l'Iliade
et de l'Odyssée .
Marseille fut ainsi pendant quelque temps l'université grecque de
l'Occident.
Le Moyen âge.
Le christianisme
y pénétra de bonne heure. Peut-être dès le temps
de Domitien y avait-il une église
chrétienne à Marseille.
En tout cas, les commencements du christianisme dans cette ville sont fort
obscurs. Le martyre de saint Victor, devenu le patron de l'Eglise marseillaise,
ne date que de 303.
Et ce n'est qu'après la conversion de Constantin
que cette Eglise impose son emprise et qu'on peut suivre avec quelque certitude
la succession de ses évêques. Du reste, l'établissement
du christianisme eut des conséquences assez fâcheuses pour
l'indépendance de Marseille. L'évêque devint seigneur
de la ville haute, pendant que le monastère de Saint-Victor, fondé
vers 419,
obtenait la seigneurie de quelques quartiers au Sud du port. Entre les
deux, la ville municipale gardait avec peine son ancienne organisation.
Elle eut fort à
souffrir des invasions germaniques. Si elle se défendit victorieusement
contre les Wisigoths d'Ataulf (413)
elle fut saccagée par Euric en 480.
Elle passa ensuite sous la domination des rois francs et fut comprise dans
le royaume de Clotaire, puis de Sigebert.
Elle fut horriblement dévastée par les Lombards,
les Saxons; les Sarrasins (846),
enfin par les Vikings qui s'en emparèrent
en 860.
Englobée dans le premier, puis dans le second royaume de Provence ,
après la chute des Carolingiens,
auxquels elle s'était toujours montrée fidèle, elle
fit partie du comté de Provence et fut érigée en vicomté
à peu près indépendante.
Cette vicomté
se limitait d'ailleurs à la ville basse, l'évêque et
le monastère de Saint-Victor gardant
chacun leurs anciennes possessions. La ville abbatiale ne comprenait que
quelques bourgs et châteaux disséminés
depuis le Vieux-Port jusqu'à la plaine Saint-Michel. Mais la ville
épiscopale ou ville supérieure était, au contraire,
fort importante. Elle s'étendait de la porte Française ou
porte de la Joliette jusqu'à l'hôpital Saint-Jean et renfermait
trois lieux fortifiés : le château Babon, Roquebarbe et le
palais de l'évêque. Le port de la Joliette était le
port épiscopal. Les pêcheurs formaient la presque totalité
de la ville supérieure. Quatre d'entre eux (probi homines piscatorum)
choisis par les chefs de famille, le jour de Saint-Étienne, formaient
le tribunal de pêche. Les autres délits étaient soumis
à deux juridictions : celle de l'évêque qui s'étendait
sur la partie de la ville appelée villa episcopalis Turrium,
et celle du prévôt du chapitre comprenant le quartier appelé
villaprepositurae.
Quarante-cinq membres composaient le conseil de l'évêque,
vingt-cinq celui du prévôt. L'évêque établissait
un juge dans la villa Turrium; le prévôt en établissait
un autre dans la villa prepositurae. Un autre juge de l'évêque,
supérieur aux deux premiers, prononçait sur appel et en dernier
ressort. L'évêque ne se reconnaissait vassal que de l'empereur.
Quant à la
ville vicomtale, de beaucoup la plus considérable, elle ne tarda
pas à conquérir une indépendance à peu près
complète. Les vicomtes trop occupés de soins pieux se ruinèrent
à enrichir les églises et les monastères et en vinrent,
pour payer leurs dettes, à engager leurs droits utiles. D'autre
part, leur héritage fut, suivant la coutume, partagé entre
tous leurs descendants. De là un morcellement de la souveraineté
qui, une fois commencé, ne s'arrêta plus. Les vicomtes ne
virent bientôt dans leur autorité réduite en poussière
que quelques impôts à percevoir et, toujours besogneux, vendirent
ces impôts au plus offrant. Les marchands et bourgeois qui formaient
l'université marseillaise surent profiter de l'occasion.
Successivement ils
achetèrent au fameux Roncelin (1211)
et à ses héritiers, à Hugues de Baux, enfin à
Gérard Adhémar, leur part de souveraineté. Il leur
en coûta environ 146.000
livres royales et quelques pensions. Alors commence pour l'histoire de
Marseille
une période particulièrement glorieuse et prospère.
La république peut se vanter de « n'avoir d'autre souverain
que Dieu ». Le pouvoir suprême appartient tout entier au conseil
de ville et aux recteurs. Ceux-ci, dont le nombre a souvent varié,
étaient élus par le conseil de ville et investis du pouvoir
exécutif. Pendant quelque temps (1223-1229),
Marseille, à l'exemple des républiques italiennes, fut administré
par un magistrat suprême, le podestat, qui devait être étranger.
Son lieutenant ou viguier exerçait le pouvoir concurremment avec
les deux syndics ou consuls choisis parmi les habitants; il n'était
élu que pour un an et n'était rééligible qu'après
un intervalle d'une année; mais ce régime dura peu et on
en revint bientôt à celui des recteurs. Ceux-ci, élus
aussi pour un an, comme tous les officiers municipaux, étaient assistés
de trois clavaires ou trésoriers et de trois archivaires,
nommés par le conseil général, et qui avaient à
la fois le soin des archives et celui des procès de la communauté.
Six prud'hommes étaient chargés de l'administration
et de la surveillante de l'état maritime et militaire. Le conseil
de ville, appelé conseil général ou conseil commun,
se composait de 89 membres, savoir : 80 bourgeois, négociants ou
marchands, et 3 docteurs en droit choisis annuellement dans les six quartiers
de la ville; ensuite 6 d'entre les 100 chefs de métiers, désignés
à cet effet, entraient hebdomadairement et à tour de rôle
dans le conseil de ville. Dans les cas très graves on tenait, au
cimetière des Accoules, des assemblées générales
des citoyens. Trois tribunaux rendaient la justice : ceux de Saint-Louis
et de Saint-Lazare pour les affaires criminelles, et celui des prud'hommes
pêcheurs pour les délits concernant les faits de pêche.
Le principal souci
de ce gouvernement fut de veiller aux intérêts du commerce.
De là la rédaction des Statuts commerciaux (1228)
et des Statuts municipaux (1255)
dont les prescriptions étaient d'ailleurs, pour la plupart, appliquées
depuis longtemps. De là aussi les nombreux traités signés
avec Gaète ,
Pise ,
Nice ,
Ampurias ou même avec des villes plus voisines telles qu'Arles ,
Avignon ,
etc., pour favoriser et développer le commerce de Marseille
en assurant aux négociants et marins marseillais le secours et la
protection dont ils avaient besoin au dehors. Enfin les croisades
vinrent donner aux relations de Marseille avec l'Orient une vive impulsion
et apporter à la ville un nouvel élément de prospérité.
Le XIIIe
siècle est une époque particulièrement
brillante pour la communauté marseillaise.
Mais la décadence
ne tarda pas à se produire. Elle commence dès l'avènement
de Charles d'Anjou (1246).
Les précédents comtes de Provence
avaient laissé à Marseille une large autonomie. Raymond Bérenger
IV lui-même, après une lutte de six ans contre les Marseillais
(1236-1243),
pendant laquelle il avait essayé de reconquérir ses anciens
droits, avait fini par se contenter d'être reconnu comme suzerain
avec un simple droit de chevauchée et le privilège exclusif
de battre monnaie. Mais Charles d'Anjou, marié en 1245
à Béatrix, fille de Raymond Bérenger, fut plus exigeant.
Les cités provençales ayant pris les armes contre lui, Marseille
se mit à leur tête et résista six mois. Mais Charles
parvint à lui imposer sous le nom de Chapitres de paix un
traité qui consacrait sa victoire sans d'ailleurs ruiner les antiques
privilèges des Marseillais. L'administration de la ville et les
affaires criminelles restaient aux magistrats municipaux; les juges du
prince avaient seulement la connaissance des procès civils. Le comte
ne devait imposer ni droits, ni subsides, ni tailles aux habitants; il
ne pouvait élever aucune citadelle, ni abattre les remparts. Mais,
en 1256,
les Marseillais s'étant alliés avec Alphonse
X de Castille ,
alors en lutte avec Charles et qui leur avait accordé des avantages
commerciaux, Charles marcha sur Marseille, la prit par la famine, fit périr
les chefs de la révolte et, revenant sur les concessions qu'il avait
précédemment faites, il institua un viguier qui dut présider
le conseil communal et gouverner la ville au nom du prince. Les chefs de
métiers furent exclus du conseil de ville. L'évêque
céda sa juridiction au comte, et l'unité de gouvernement
fut rétablie dans la cité. Les fortifications furent détruites.
Pendant le XIVe
et le XVe
siècle, Marseille
subit le contre-coup des luttes que les comtes de Provence
eurent à soutenir pour la conquête ou la possession du royaume
de Naples ;
elle fut notamment prise et pillée par Alphonse V d'Aragon
(21 novembre 1423)
qui, suivant la tradition, fit accrocher au gibet, dans l'île
des Pendus, douze des plus notables habitants. Pour comble, les paysans
(mascarats), vinrent encore saccager la ville. Sous la régence
de la reine Yolande, Marseille reprit quelque prospérité.
Cette prospérité augmenta encore sous le règne du
roi René (1434-1480).
Celui-ci, bien accueilli par les Marseillais, jura de maintenir leurs privilèges:
On lui doit la juridiction des juges marchands, annuellement nommés
par le conseil de ville. C'est également sous son règne (1475)
que les magistrats municipaux reprirent le nom de consuls. Il fixa à
48 le nombre de conseillers de ville. Plein de sollicitude pour le commerce
de Marseille, il ouvrit le port à tous les étrangers et nomma
viguier Jean de Villages, neveu de Jacques Coeur.
Il résida souvent à Marseille dans son hôtel du quai
de Rive-Neuve.
La Renaissance.
Quand le comté
de Provence fut réuni à la couronne (1481),
Marseille
devint ville royale et resta, au point de vue administratif, en dehors
de la Provence. Elle n'envoyait pas de députés aux Etats
provinciaux. Louis XII jura de maintenir ses
privilèges. Le 22 janvier 1516,
François
ler
y fit une entrée triomphale. Quelques années plus tard la
ville était assiégée par le connétable de Bourbon
(19 août 1524),
à la tête d'une armée de 40.000
hommes. Elle résista héroïquement sous l'impulsion du
viguier Antoine de Glandèves et des consuls Pierre de Vento, Pierre
Comte et Mathieu Lause. Après un siège de quarante jours,
le connétable, à la nouvelle de l'arrivée du maréchal
de Chabannes, se retira. François Ier,
revint à Marseille en 1533,
pour y recevoir sa future belle-fille, Catherine
de Médicis. L'édit de février 1535
pour la réforme de la justice supprima toutes les juridictions de
Marseille, lesquelles étaient toujours en conflit, et établit
dans cette ville une sénéchaussée royale ressortissant
au parlement d'Aix .
Il ne resta plus dans son territoire que cinq juridictions seigneuriales.
Par édit de 1543,
Marseille devint entrepôt exclusif des drogueries, ce qui fut pour
son commerce un nouvel élément de prospérité;
mais elle eut fort à souffrir de la peste en 1547.
A l'époque
des Guerres de religion, Marseille
prit violemment parti contre les protestants.
Néanmoins il n'y eut pas de Saint-Barthélemy, grâce
à l'énergie du comte de Carces, gouverneur de Provence, qui
déclina « l'office de bourreau ». Mais la lutte n'éclata
pas moins entre les razats (pillés), ainsi que se nommèrent
les protestants, et les catholiques qu'ils voulurent flétrir du
nom de marabouts (voleurs). Le traité du 5 janvier 1579
et les pestes de 1580
et 1582,
pendant lesquelles une grande partie de la population émigra, suspendirent
les hostilités. Plus tard le sieur de Vins, neveu de Carces, se
proclama chef de la Ligue en Provence ,
et les Marseillais se déclarèrent en sa faveur, sous l'influence
du deuxième consul, Louis de La Motte-Dariès. Le duc d'Epernon,
puis son successeur au gouvernement de la Provence, Nogaret de La Valette,
ne surent pas pacifier les esprits. Un parti modéré se forma
pourtant, celui des bigarrats, qui essaya de lutter contre les consuls
Antoine de Lenche et Jean Bousquet. Après la mort du duc de Guise,
les ligueurs prirent définitivement le dessus et l'un de leurs chefs,
Charles de Casaulx, fut porté au consulat (1591).
Il fit alliance avec la célèbre comtesse de Sault, qui appela
le duc de Savoie ;
mais les Marseillais se levèrent contre ce dernier, qui dut s'en
retourner et fut battu par La Valette (15 décembre 1591).
Casaulx n'en garda pas moins pendant quelques années une véritable
dictature,
fit nommer viguier perpétuel son ami Louis d'Aix, organisa militairement
la ville, résista victorieusement à d'Epernon et à
Charles de Guise. Mais il fut trahi et assassiné par Libertat qui
ouvrit les portes de Marseille aux troupes royales (17 février
1596).
Les XVIIe et XVIIIe
siècles.
Pendant un demi-siècle
la paix ne fut plus troublée. Mais la Fronde eut son contre-coup
à Marseille
: les sabreurs (gens d'épée, partisans des princes)
luttèrent alors contre les canivets (gens de plume et bourgeois,
partisans de Mazarin). Une nouvelle insurrection
éclata le 14 mars 1650,
à cause de la nomination d'office des consuls faite par le gouverneur,
contrairement aux usages. Les consuls nommés furent chassés
et remplacés par des consuls élus. Antoine de Félix
rédigea alors le célèbre Règlement du sort,
qui fixait à trois cents le nombre des conseillers de ville. Ce
règlement fut approuvé par le roi en octobre 1652.
Mais le nouveau gouverneur, le duc de Mercoeur, était peu favorable
à ces franchises. A la suite d'une nouvelle insurrection, Gaspard
de Nioseilles et quatorze de ses partisans furent condamnés à
mort (27 janvier 1660).
Quelques semaines plus tard (2 mars 1660),
Louis
XIV entrait à Marseille en vainqueur, par une brèche
faite au rempart près de la porte Réale. Il supprima le Règlement
du sort, réduisit à 66 le nombre des conseillers de ville,
remplaça le titre de consul par celui d'échevin et fit construire
le fort Saint-Nicolas. Le nombre des échevins, réduit à
2, fut porté à 4 en 1662;
l'assessorat fut conservé. Des édits de 1712,
1717,
1752
et 1766
vinrent encore modifier l'administration municipale. Le règlement
de 1766
créa l'office de maire, qui devait être confié à
un noble; le premier échevin devait être négociant
en gros, le second, bourgeois ou marchand ayant cessé de tenir boutique.
Il n'y eut plus que 36 conseillers, renouvelés par tiers chaque
année. Le viguier était maintenu.
En dépit des
atteintes portées à sa constitution municipale, Marseille
vit son commerce s'étendre considérablement aux XVIIe
et XVIIIe
siècles. En 1599,
la Chambre de commerce avait été créée; le
12 août 1669,
le port fut déclaré franc. En 1774,
le commerce général s'élevait à 358 millions
par an, dont 92 pour le commerce du Levant. Cette prospérité
fut à plusieurs reprises arrêtée par les pestes qui
sévirent à Marseille en 1649
et surtout en 1720;
cette dernière, qui dura deux ans, fit 40.000
victimes, presque la moitié de la population.
Lorsque la Révolution
éclata, Marseille se déclara avec ardeur pour elle. Elle
chargea ses députés de faire abandon de ses anciens privilèges
et fut divisée en huit cantons. Par le décret du 15 janvier
1790,
Aix
fut choisi comme chef-lieu du département des Bouches-du-Rhône;
mais Marseille ne cessa de protester; un moment même l'administration
du Directoire et le tribunal criminel furent transférés dans
cette ville. Mais ses prétentions furent condamnées par la
Convention (26 janvier 1795)
et elle n'obtint gain de cause qu'après la création des préfectures,
en l'an VIII. (J. Marchand). |
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