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L'histoire de la Croatie
jusqu'en 1918
La Croatie doit son nom à une tribu slave (les Chrobates ou Chorbates, actuellement Hrvati) qui s'y établit au VIIe siècle. Ces Croates ont laissé leur nom à la grande Croatie au Chrobatie qui est mentionnée dans les chroniques russes et qui faisait partie de la Hongrie actuelle et de certains districts de la Bohème (République tchèque actuelle). Avant leur arrivée, la Croatie faisait partie de la Pannonie; elle fut occupée au Ve siècle par les Ostrogoths, au VIe par les Avars. Pour tenir les Avars en échec, l'empereur Héraclius aurait appelé les Croates congénères des Serbes qui habitaient probablement la région des Carpates (634-638). Après avoir été pendant quelque temps soumis aux empereurs byzantins, les Croates devinrent indépendants sous une dynastie nationale, dont les principaux représentants furent le grand joupan Mutimir (892-900), le roi Tomislav (914-940), Drzislav (970-1161), Pierre Kresimir (1058-1073), Zvonimir (1076-1089). Le royaume de Croatie comprenait à la fin du XIe siècle toute la Dalmatie jusqu'à Raguse (auj. Dubrovnik). 
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Zagreb : statue de Tomislav.
La statue de Tomislav, premier roi de Croatie, à Zagreb.

Certains rois portèrent aussi le titre de roi de Dalmatie. L'État était divisé en joupanies. En 1097, par la suite de l'extinction de la dynastie nationale, la Croatie fut rattachée à la Hongrie par le lien de l'union personnelle. Elle garda d'ailleurs son autonomie pour toutes les choses de l'intérieur. En 1527, la Croatie reconnut la dynastie des Habsbourg; elle fut mutilée par les Turcs au XVIe siècle; une partie du royaume prit le nom de Croatie turque. Au XVe siècle, Venise s'était emparée d'une partie de la Dalmatie. En revanche, à dater du XVe siècle, la Slavonie fut rattachée aux pays croates; elle forma avec la Croatie et ce qui restait de la Dalmatie le royaume dit triunitaire. La portion du littoral qui avoisine Rijeka (Fiume) fut considérée comme faisant tour à tour partie du domaine propre de la couronne (1471 -1746), du royaume de Croatie (1776-1779) et enfin de la Hongrie.  A dater du XVIe siècle, certains districts avaient constitué les confins militaires. De 1767 à 1777 les trois royaumes formèrent un groupe appelé Illyrie. Quand Napoléon, en 1809, créa un royaume de ce nom, il y incorpora toute la rive gauche de la Save sous le nom de Croatie civile et de Croatie militaire. Les Croates n'ont que modérément souffert de la domination française qui ne se prolongea pas au delà de 1813

Associés pendant de longs siècles aux destinées des Magyars, les Croates avaient en général de bonnes relations avec leurs voisins : ils leur avaient fourni de vaillants généraux qui se distinguèrent contre les Turcs, notamment au XVIIe siècle les frères Zrinski. La langue latine qui dominait dans la vie publique rendait les relations faciles entre deux peuples qui tous deux avaient à lutter contre l'absolutisme autrichien. Au commencement du XIXe siècle, les Magyars voulurent imposer leur langue aux Croates et provoquèrent chez ceux-ci un mouvement de réaction qui se fit sentir durablement. Sous l'influence des patriotes, comme le comte Draskovic, le littérateur Gaj, les Croates réclamèrent l'usage de leur langue nationale et l'introduisirent dans la vie politique. En même temps ils commencèrent à tourner les yeux vers les autres Slaves de la monarchie pour leur demander un concours d'ailleurs purement moral. Ce mouvement politique et littéraire est connu sous le nom d'illyrisme. En 1848, ce fut un journal croate qui suggéra l'idée du congrès slave de Prague : les Croates refusèrent d'adhérer à la révolution hongroise et leur chef, le ban Jellacic passa la Drave pour combattre les Magyars; l'insurrection magyare une fois étouffée, les Croates furent, comme leurs voisins, soumis à un régime centraliste et germanisateur. 

Lorsqu'en 1867 le régime dualiste fut institué (l'histoire de l'Autriche), les Croates réclamèrent aux Hongrois le maintien de leur autonomie séculaire. Pour vaincre leur résistance le ministère hongrois fit modifier le régime électoral de la Croatie; la Diète issue de ce nouveau régime conclut avec le Parlement hongrois un accord (nagodba) qui fut révisé en 1873 et qui régit jusqu'à la Première Guerre mondiale les relations des deux parties. Cet accord laisse à la Croatie une autonomie restreinte et lui assure l'usage de sa langue nationale. La Croatie était, jusqu'à la formation de la Yougoslavie, le seul pays de l'État hongrois qui ait une situation privilégiée; mais certains patriotes réclamaient une autonomie plus complète et la réannexion de la Dalmatie qui faisait alors partie de la Cisleithanie. (L. Léger).

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