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La découverte de l'Afrique
Les côtes et les îles
L'Antiquité a méconnu l'Afrique à l'exception de sa frange septentrionale. Les Égyptiens connaissaient la Nubie et sans doute quelques ports le long de la Corne de l'Afrique; les Phéniciens et les Carthaginois semblent, de leur côté, avoir navigué très loin le long des côtes africaines (Périple de Hannon) et une expédition a peut-être fait le tour du continent. Au Moyen âge, l'Afrique, déjà en partie islamisée, et parcourue par un vaste réseau de routes commerciales, entretient des rapports aussi bien avec l'Europe (certains produits transitent ainsi depuis les côtes méridionales de l'Océan indien) qu'avec l'Orient (Inde et Chine). Mais cette insertion de l'Afrique dans l'économie mondiale, telle qu'elle s'entend à l'époque ne rend pas le continent moins mystérieux et lointain aux yeux des Européens. Ce n'est qu'à la Renaissance, avec les découvertes maritimes du XVIe siècle, que les connaissances positives sur ce vaste continent ont commencé à s'accroître. 

Diego Cam dépasse l'équateur en 1484, Bartolomeo Diaz découvre deux ans plus tard le cap de Bonne-Espérance, que Vasco Gama double en 1498. Après l'installation des Portugais au Brésil, l'Afrique sera pour eux, comme pour les autres Européens installés en Amérique, un réservoir d'esclaves (traite négrière). De là les premières (mais non les seules par la suite) raisons d'implantations le long des côtes. Les Français s'établirent ainsi sur la côte occidentale, au XVIIe siècle; les Hollandais au Cap, en 1650; les Anglais en Guinée, un siècle plus tard. LAfrique est aussi une étape  sur la route des Indes, tout comme le sont les îles de l'Océan Indien qu'on peut lui rattacher, Madagascar, les Comores, les Seychelles, les Mascareignes  (Réunion, Maurice et Rodrigues). Les Portugais seront encore les précurseurs des découvertes dans ces mers, dès le début du XVIe siècle. Mais après la géographie (et la cartographie) de ce vaste espace restera encore largement à faire. On devra attendre le milieu de XVIIIe siècle, pour que sous l'impulsion de La Bourdonnais, plusieurs expéditions se lancent dans cette entreprise et en viennent à bout.

Dates clés :
ca. VI av. JC. - Périple carthaginois le long des côtes occidentales de l'Afrique.

1486 - Bartolomeo Diaz atteint le Cap de Bonne Espérance.

ca. 1500 - Des navigateurs portugais accostent à Madagascar.

1742 - Début de l'exploration des Seychelles par Picault.

1865-1870 - Grandidier explore Madagascar.

A la découverte de l'Afrique

Les Phéniciens.
Il est plus que probable que les Phéniciens ont été les meilleurs connaisseurs de l'Afrique dès les VIe et Ve siècles av. J.-C. Ils avaient été jusqu'au bout de la mer Rouge, dans leurs voyages à Ophir. De l'autre côté, ils étaient sortis de la Méditerranée et, franchissant les fameuses colonnes d'Hercule (Détroit de Gibraltar), avaient pénétré dans l'océan Atlantique. Un texte d'Hérodote (IV, 42) nous autorise même à croire qu'ils avaient fait la circumnavigation de l'Afrique :

« Lorsque Nécos [Néchao], roi d'Égypte (la Basse Epoque), eut fait cesser les travaux du canal qui devait conduire les eaux du Nil au golfe Arabique, il fit partir des Phéniciens sur des vaisseaux avec l'ordre de revenir en Égypte par la mer septentrionale en passant les colonnes d'Hercule. Les Phéniciens s'étant donc embarqués sur la mer Erythrée, naviguèrent dans la mer Australe. Quand l'automne était venu, ils abordaient à l'endroit de la Libye où ils se trouvaient et semaient du blé. Ils attendaient ensuite le temps de la moisson; et, après la récolte, ils se remettaient en mer. Ayant ainsi voyagé pendant deux ans, la troisième année ils doublèrent les colonnes d'Hercule et revinrent en Égypte. Ils racontèrent à leur arrivée qu'en faisant voile autour de la Libye ils avaient eu le soleil à leur droite. Ce fait ne me paraît nullement croyable, mais il le paraîtra peut-être davantage à quelque autre personne. C'est ainsi que la Libye a été connue pour la première fois.» 
Le récit est vraisemblable précisément pour la raison qui portait Hérodote à en douter. En outre, l'historien grec raconte aussitôt après une tentative faite pour renouveler ce périple. Il n'en reste pas moins singulier que ce voyage, d'une hardiesse sans exemple, n'ait laissé aucune trace. Nous avons, au contraire, conservé des détails relativement plus précis sur les explorations carthaginoises accomplies le long de la côte occidentale d'Afrique. La principale est connue sous le nom de Périple de Hannon et paraît dater du VIe siècle av. J.C (Périple de Hannon). Ses principales étapes furent au-delà des colonnes d'Hercule, l'île de Cerné, peut-être l'îlot de Herné en face du rio Ouro entre 23° et 24° de latitude Nord; vingt-six jours plus tard, la Corne du Midi, qu'il faudrait placer, semble-t-il, un peu au Sud de Sierra-Leone entre 7° et 8° de latitude Nord. Une autre montagne, un peu plus septentrionale, le Char des dieux (Theôn Ochema), peut-être notre montagne de Sagrés (10° de latitude Nord), resta le terme des connaissances courantes des anciens. En général, ils ne dépassaient guère l'île de Cerné. Un certain Éthymême, navigateur marseillais, retourna jusqu'à un grand fleuve qui parait être le Sénégal.

Les Grecs.
Sous ce nom de Libye sous lequel ils connaissaient l'Afrique, les Grecs de l'époque classique n'avaient qu'une faible idée de l'étendue du continent. En fait, leurs connaissances se limitaient à la région méditerranéenne. Encore ces données étaient-elles pour la plupart empruntées aux Égyptiens et aux Phéniciens. Hérodote, qui puisait aux sources égyptiennes, connaît le Nil jusqu'à quatre mois de marche de Syène (Assouan); ceci nous reporte un peu au-delà de Khartoum, au point où s'arrêtaient encore les cartes avant 1839. Hérodote se figure que le Nil vient de l'Ouest : c'est une idée fausse qui s'est perpétuée presque jusqu'au XIXe siècle, et dont le nom de Nil des Noirs, appliqué parfois au Niger, que l'on a longtemps confondu avec le fleuve égyptien, est un vestige. Il parle de Méroé, la capitale des Éthiopiens (Nubiens), dont les ruines ont été retrouvées par Cailliaud (1821); il décrit la chaîne d'oasis qui va du Nil à l'Atlas et connaît bien des peuples du littoral. Enfin, dans sa division de la terre habitée en trois parties, il fait de la Libye une de ces trois parties du monde.

L'époque hellénistique.
Les Ptolémées ont fait explorer le rivage de la mer Erythrée jusqu'au cap des Aromates (cap Guardafui). Au Ier siècle ap. J.-C., un navigateur nommé Diogène fut poussé par les vents au-delà du cap des Aromates et navigua dans la direction du Sud, jusqu'à une île qu'il place à vingt-cinq jours de route du cap des Aromates. Cette île Menuthias est, soit Zanzibar, soit plutôt Pemba, un peu au Nord. Malheureusement une fausse théorie allait arrêter pour des siècles les progrès de la géographie. Nous en trouvons le germe dans Aristote; elle fut adoptée par Ptolémée et prévalut depuis lors. Cette théorie était que l'Afrique allait en s'élargissant dans la direction du Sud et qu'elle se réunissait à l'Asie orientale, faisant de l'océan indien une sorte de grand lac maritime. 

Sur l'intérieur de l'Afrique, les Helléno-Égyptiens et les Romains avaient acquis un certain nombre de notions importantes. Sous Ptolémée Philadelphe une expédition pénétra en Éthiopie. Ératosthène sait que les inondations du Nil sont dues aux pluies de la zone équatoriale. Deux centurions envoyés par Néron (60 ap. J. C.) pour remonter le Nil vont jusqu'aux immenses marécages situés entre 9° et 7° de latitude Nord. Ptolémée sait que les lacs d'où sort le Nil sont à la même latitude que l'île Menuthias. On plaçait les sources du Nil dans les montagnes de la Lune, chaîne que les géographes postérieurs reportent au Nord, et qu'ils étendent à travers toute l'Afrique, la barrant dans sa plus grande largeur. Ce nom de montagnes de la Lune est assez significatif, car le mot Ounyamouési, qui désigne le pays où sont les sources du Nil, signifie précisément pays de la Lune. Enfin, la Phazanie (Fezzan) avait été explorée et l'on était allé jusqu'aux montagnes d'Agisymba (oasis d'Azhben ou de l'Aïr) que Ptolémée place du reste à une distance absurde, bien au-delà de l'équateur. Le géographe connaît encore les tribus du Sahara. Sur la côte occidentale on a plutôt perdu du terrain et les îles Fortunées (îles Canaries) paraissent placées aux extrémités du monde.

Les Arabes.
Les Arabes ajoutèrent quelque chose à ces notions, quoique leurs cartographes soient loin de valoir ceux des Grecs et des Romains. La Tabula Almamuniana (Al-Mamoun) de 833 place la source du Nil à l'endroit mérite du lac Kéréoué, dans un lac Kourakavas; ce peut n'être qu'une coïncidence. Toutefois, les Arabes ont dépassé Zanzibar et navigué au moins jusqu'à Quiloa, et se sont approchés, par conséquent, bien près de la pointe méridionale de l'Afrique; ils ont découvert Madagascar; enfin ils disposent de nombreux renseignements sur le pays des Noirs, le Soudan. On trouve le récit de ces voyages au Soudan et à Tombouctou dans l'ouvrage d'Ibn-Batouta. Jusque vers la fin du Moyen âge on s'en tint, en général, aux données transmises par l'Antiquité. Le voyage du Vénitien Cadamosto à Tombouctou resta une aventure isolée, et nul n'eut envie de suivre le conseil de Marco Polo qui, dès le XIIIe siècle, engageait les marins à se rendre dans l'Inde en passant au Sud de l'Afrique.

Les Européens.
Au XIVe siècle, on se hasarda de nouveau sur la côte Ouest. Le Catalan Jayme Ferrer atteignit le rio Ouro en 1346. D'autres suivirent et allèrent plus loin deux décennies plus tard. Les Dieppois, en 1364, fondaient ainsi le Petit-Dieppe sur les côtes du Liberia actuel. Les Portugais ont également étés présents dans la région vers cette date, ce qui a donné lieu, au XIXe siècle à débat de priorité, assez vain en vérité, mais qu'il convient de replacer dans le contexte colonial de l'époque.

Portugais et Dieppois.
Sont-ce les navigateurs portugais du XVe siècle qui ont découvert les côtes de Guinée et en particulier la Côte des Graines? Ou faut-il admettre qu'ils avaient été précédés dans cette région par des Français partis de Dieppe au XIVe siècle pour explorer le littoral africain?

La première théorie a été soutenue par Santarem, dans le mémoire qu'il a publié en 1842 « sur la priorité de la découverte des pays situés sur la côte occidentale d'Afrique ». D'après lui, si les expéditions des marins dieppois n'étaient pas chimériques : d'une part, il en serait question dans Froissart et dans les chroniqueurs français de la même époque; d'autre part, la mappemonde jointe au manuscrit de la chronique de Saint-Denis qui porte le sceau de Charles V contiendrait des renseignements sur la côte d'Afrique. Mais c'est oublier d'abord qu'au XIVe siècle les chroniqueurs ne relataient guère que les faits politiques, religieux et militaires; ensuite, que les communications étaient alors difficiles et que d'ailleurs les marins dieppois ont pu vouloir garder pour eux le bénéfice de la découverte.

Les arguments de Santarem ont donc été jugé par les auteurs français peu concluants; qui lui opposent le témoignage concordant de plusieurs vieux auteurs normands : Asseline, Guibert, Croisé, que confirment les écrits du chroniqueur arabe Ibn Khaldoun et des savants portugaisBarros et Abren de Galindo. Ces divers écrivains racontent qu'au XIVe siècle, les navires dieppois firent de nombreux voyages sur les côtes de Guinée, et, en particulier, qu'ils découvrirent en 1364 la Côte des Graines. Leur témoignage est d'accord avec celui du voyageur français, Villault de Bellefond, qui, en 1668, revenant de la côte de Guinée, publia une étude sur les voyages de ses prédécesseurs d'après des documents empruntés aux archives de l'Amirauté, à Dieppe, et qui ont disparu en 1694, pendant l'incendie de ce monument. Le Hollandais Dapper rapporte, de son côté, en 1686, qu'il a vu les Portugais officier dans une chapelle où les armes de France étaient à peine effacées, que les indigènes parlent d'Européens venus en Guinée avant les Portugais, enfin qu'il se trouve sur les côtes de Guinée une batterie nommée batterie aux Français. La concordance de ces divers témoignages porterait ainsi à rejeter la thèse de Santarem.

S'il est vrai que des navigateurs dieppois ont bien découvert ensuite la Côte de l'Or (Ghâna actuel), cette découverte daterait de 1381 et serait l'oeuvre de trois vaisseaux nommés la Vierge, l'Espérance et le Saint-Nicolas; les Normands auraient établi sur la côte de l'Or des comptoirs à Accra et à la Mine; mais la querelle entre Armagnacs et Bourguignons d'abord, puis la guerre avec les Anglais, auraient fait abandonner ces colonies vers 1413, Si l'on rejette tous ces récits comme chimériques, il faut fixer à l'année 1470 ou 1471 la découverte de la Côte de l'Or par le navigateur portugais José de Santarem; onze ans plus tard, un fort était construit à Elmina (la Mine des marins dieppois) et les Portugais prenaient, pour plus d'un siècle, possession du pays  (Le long du Golfe de Guinée).

La circumnavigation de l'Afrique.
Quant à l'exploration méthodique qui conduisit par une série de progrès ininterrompus à la circumnavigation de l'Afrique, la primeur en appartient cette fois sans conteste aux Portugais. L'impulsion fut donnée par le prince Henri le Navigateur qui pendant un demi-siècle, de 1415 à 1463, ne cessa de stimuler les marins. On connaissait déjà les îles Açores, Madère, les Canaries, retrouvées depuis un siècle, mais on osait à peine s'aventurer sur les cotes du Maroc. En 1433, le cap Bojador fut doublé par Gil Eanez (Gillianez); en 1443, le cap Blanc par Nuño Tristan qui trois ans après arrivera au Sénégal et au cap Vert. En 1448, on est aux côtes de Sierra-Leone vers 9° de latitude de Nord; en 1462, on a gagné encore 3 degrés. En 1471, José de Santarem et Pedro de Escalone passent l'équateur et aperçoivent le Gabon et l'embouchure de l'Ogôoué; la même année Fernão Po découvre l'île qui portera son nom (Fernando-Po, avant de prendre celui de Bioko), mais que lui nomma Formosa. En 1484, Diego Cam dépasse l'équateur de 2300 km, visite le bas Congo et prouve d'une manière péremptoire que l'Afrique va en s'amincissant à mesure que l'on avance dans la direction du Sud.

On charge Bartolomeo Diaz de tirer parti de ce renseignement. II longe la côté jusqu'au 24e degré de latitude  Sud; continuant avec deux petites caravelles il prend le large, et va droit au Sud. Quand il mit le cap à l'Est, il ne retrouva plus la côte; il l'avait dépassée et ne prit terre (février 1488) que quarante lieues au-delà de la pointe australe de l'Afrique, à la baie des Vaqueros (baie Flesh, par 43° 20' et 4"). Il poussa sa navigation au Nord-Est. Il alla jusqu'à la baie d'Algoa, qu'il appelait Santa-Cruz; puis arrêté par la mutinerie de son équipage il revint. Il faillit sombrer en doublant le cap auquel il donna le nom bien mérité de cap des Tempêtes; le roi Jean Il remplaça ce nom par celui du cap de Bonne-Espérance (1490).

La découverte de l'Amérique (1492) détourna un instant l'attention générale; mais informé par Covilham qui visitait l'Égypte, l'Inde et l'Abyssinie, qu'en tournant l'Afrique on arriverait à l'lnde, le roi de Portugal, Emmanuel, successeur de Jean II, confia à Vasco de Gama le soin de vérifier ces assertions. Celui-ci, ayant à son bord le pilote de Bartolomeo Diaz, doubla le cap de Bonne-Espérance (1497), puis  (on était le jour de Noël) découvrit la baie qu'il appela Natal (l'Afrique Australe). Ensuite, naviguant au Nord, il parvint aux établissements des musulmans, toucha le cap Corrientes, passa au large de Sofala, n'osa pas débarquer à Mozambique de crainte des Arabes, laissa Zanzibar à gauche et arriva à Mombaz (Mombasa) et enfin à Mélinde (Malindi) (3° de latitude Sud) (Zanzibar, la côte swahili et le Mozambique). Ayant obtenu un pilote du cheick de la ville, il cingla vers l'Inde (avril 1498). Le relevé des côtes fut complété quelques années après par Tristan da Cunha (1506) ; il alla jusqu'au cap Guardafui et à Socotora et côtoya l'île de Madagascar, d'abord appelée Saint-Laurent.
 

Madagascar et les archipels de l'Océan indien.

Madagascar
Les premiers habitants de Madagascar venaient, pour certains, d'Afrique continentale, mais surtout de l'archipel Indo-Malais. On a parfois voulu voir dans Madagascar la Cerne (Kerné) de Pline, la Menuthias de Ptolémée et la Sarandib des Perses; en tout cas, il paraît hors de doute que les Arabes y sont venus dès le VIIe siècle. Le géographe El-Edrisi a donné une description de Madagascar au XIIe siècle; il nous apprend que les Chinois auraient aussi poussé jusqu'à cette île. Marco Polo prononce le nom de Madagascar, mais ses descriptions s'appliquent à un point de la côte africaine et non à l'île elle-même. Et, jusqu'à la fin du Moyen âge on n'a eu que des idées très vagues sur l'existence de Madagascar; néanmoins cette île est marquée sur un planisphère Madagascar; (1153) et sur une mappemonde de R. de Haldingham (1300). 

Les premières notions précises datent du commencement du XVIe siècle, époque à laquelle l'île a été visitée par principalement les navigateurs portugais. Vasco de Gama passa auprès sans l'apercevoir en 1497, mais Diego Diaz la vit en 1500. Fernando Soarez fut jeté par la tempête, en 1501, sur la côte Nord-Est. Paulmier de Gonneville y aborda peut-être en 1503. Lorenzo d'Almeida, Ruy Pereira et Tristan da Cunha y abordèrent en 1506. L'île reçut d'abord le nom de Saint-Laurent. Tristan da Cunha explora la côte et détermina le roi du Portugal à y établir des comptoirs. Diego Lopez de Siqueyra, en 1509, Juan Serrano, en 1510, essayèrent d'y fonder des établissements.  La configuration générale du pays est assez exactement indiquée dans la carte de Pedro Reinel (1517); celle de Ribero montre, avec des contours mieux dessinés, l'embouchure de certains fleuves. En 1544, Sébastien Cabot fait connaître la partie septentrionale du massif central, dont, pour le surplus, la forme générale et la position n'ont été indiquées qu'au siècle suivant par Flacourt (1656) qui donne en même temps des renseignements détaillés sur le Sud.

Plus tard, d'Anville (1749), Bellin (1765) apportent des améliorations au tracé de la partie Nord de Madagascar et d'Aprés de Mannevillette (1776) résume les relevés des marins dans une bonne carte des côtes. Vers la même époque, le centre et le Nord étaient explorés avec soin par Mayenne (1774-85) et par Dumaine (1782-95). Au XIXe siècle, le littoral est de mieux en mieux connu à la suite des relevés hydrographiques exécutés par les marines de France et d'Angleterre, mais les renseignements qu'on a sur l'intérieur manquent encore de précision scientifique. 

C'est Grandidier qui, à la suite d'explorations exécutées de 1865 à 1870, a fait connaître l'orographie et l'hydrographie de l'île ainsi que la disposition des forêts. Après lui, d'importants relevés topographiques ont été exécutés dans le centre par le R. P. Roblet, et l'intérieur a été parcouru par de nombreux voyageurs. Citons, pour la part de la France, les explorations de la mission dirigée par le docteur Catat, de Douliot, Muller, Gautier et d'Anthouard, pour la part de l'étranger les explorations des Cameron, Mullens, Sibree, Richardson et du capitaine Oliver. Néanmoins, il restera encore au début du XXe siècle dans le Sud, le Sud-Ouest l'Ouest et le Nord des régions peu connues.

Les archipels de l'Océan Indien.
On n'évoquera ici que les archipels les plus "africains" de l'Océan Indien : ceux des Seychelles, des Comores et des Mascareignes (Réunion, Maurice et Rodrigues), ainsi que les îles plus dispersées de leur voisinage. La découverte de ces îles remonte aux premiers voyages des Européens dans ce qu'ils appellent alors la mer des Indes, au commencement du XVIesiècle; mais le peu de certitude des méthodes hydrographiques de ce temps, ,joint à l'ignorance des géographes qui dressèrent les cartes des explorations entreprises par l'ordre des rois de Portugal, ont rendu impossible l'éclaircissement complet et le classement des découvertes effectuées par leurs capitaines de mer. La plus inextricable confusion régna durant plus de deux siècles sur la géographie de ces archipels. 

Les portulans primitifs étant notoirement inexacts, chaque navigateur corrigeait à sa fantaisie la position des terres, imposait arbitrairement de nouveaux noms à des îles déjà connues, ou trompé par ses calculs, croyait ne faire qu'une reconnaissance lorsqu'il effectuait une véritable découverte. De là ces déplacements arbitraires, ces doubles emplois, ces corruptions d'orthographe, ces méprises ou plutôt ces bévues sans nombre qui défigurent les cartes des XVIe et XVIIe siècles : la nomenclature primitive de ces archipels est devenue presque méconnaissable.  A tel point qu'il est encore aujourd'hui difficile de proposer une chronologie des découvertes qui serait affranchie de toute équivoque. Au moins voit-on toujours revenir les mêmes noms :  Vasco da Gama, de Cabral, de Joaõ da Nova, d'Alfonso et de Francisco d'Albuquerque, de Diego Péreira, de Francisco et de Lourenço Almeida, de Tristan da Cunha, de Dom Garcia de Noronha, de João de Castro, de Pedro (Pero) Mascarenhas, etc.

La position des différentes îles, sur les portulans, offre des incongruités non moins frappantes : les îles dont, à force de recherches et de comparaisons, on parvient à établir l'identité, présentent au moins deux degrés de différence entre la latitude que leur assignent les anciennes cartes, et celle où les placent les travaux modernes. Nous ne parlerons pas de leurs longitudes, obtenues par l'estime; elles variaient en général de 10 à 20 degrés. Comme on le voit, privée de guides sûrs, la navigation était impossible dans ces parages parsemés de dangers, et peu de navires se risquaient à s'y engager pour se rendre dans l'Inde. Lorsqu'on y était absolument forcé, 

« on veillait de près à la conduite du vaisseau, tant de jour que de nuit, parce qu'il y avait beaucoup plus d'îles et d'écueils qu'il n'y en a de marqués sur les cartes; c'est pourquoi il fallait sonder fréquemment, examiner continuellement la couleur de l'eau et surtout ne point faire voile la nuit. » (Routier d'Aleixo da Motta.)
On préférait donc généralement suivre une route plus longue mais mieux connue, et cela a retardé significativement  la connaissance de ces archipels, alors mêmes que les mers qui les entouraient était très fréquentées. En fait, les Comores et les Mascareignes n'ont pas trop tardé à livrer leurs secrets (même si les errances autour de la localisation de Rodrigues portent à relativiser cette assertion); ce sont surtout  les Seychelles et les îles dispersées qui ont représenté le défi de loin le plus difficile à relever. 

Les Comores ne paraissent pas avoir été connues des anciens. La première carte sur laquelle elles se trouvent dessinées, est celle de Diego Ribero, en 1527. Le nom d'Ilhas do Comoro, les îles de Comor, qu'ils leur donnèrent, était emprunté aux Arabes, car les Arabes connaissaient, depuis des siècles, toute cette région maritime qu'ils avaient colonisée jusqu'à Sofala (Zanzibar, la côte swahili et le Mozambique) où les navigateurs portugais les trouvèrent établis. Ces îles ont été visitée ensuite par Cornelis Houtman en 1598, par Davis en 1599, par Paris en 1607 et  par Hamilton en 1720

Les Mascareignes, à la géographie assez simple ont également bénéficié d'une connaissance relativement précoce. Avant le navigateur portugais Pedro (ou Pero) de Mascarenhas, auquel on attribue la découverte de l'île de la Réunion, qui porta d'abord son nom, et dont la date même est incertaine, savoir 1505, 1507,1508, 1513, 1528, 1545, Diego Fernandez Pereira, selon certains auteurs, aurait été son vrai découvreur, en même temps que des îles Maurice et Rodrigues, et lui aurait donné son premier nom, Santa Appollonia. On a aussi dit que les îles Mascareignes étaient connues des habitants de la côte d'Afrique à l'époque où les Européens doublèrent le cap de Bonne-Espérance. Dès le commencement du siècle suivant, en 1508, des cartes étaient tracées, où figuraient ces îles avec la grande île de Madagascar (Maillard).

Les Seychelles. - Malgré la confusion qui règne dans les anciennes cartes, on ne peut douter que les Portugais n'aient eu connaissance des Seychelles dès leurs premiers voyages aux Indes. Les portulans manuscrits du XVIe siècle portent tous, à l'est des Ilhas do Admirante (les Amirantes des cartes modernes), une chaîne de petites îles appelées Mascarenhas, que nous n'hésitons pas à identifier avec les Seychelles. La découverte de cet archipel devait nécessairement suivre celle des Amirantes; car il serait difficile de se rendre de ces dernières îles dans l'Inde, sans apercevoir à l'est les hautes montagnes des Seychelles. Quoi qu'il en soit, les Portugais ne s'arrêtèrent jamais dans ces îles; car s'ils l'avaient fait, ils y auraient certainement découvert l'existence du palmier qui produit le coco de mer; or nous voyons, par leurs propres écrivains, que l'origine de cette noix curieuse fut encore longtemps un mystère pour eux comme pour tous les peuples qui attribuaient à ce fruit d'incomparables vertus médicinales.

De fait, ces îles n'ont commencé à être connues que lorsque la Compagnie française des Indes orientales forma un établissement à l'Ile Maurice, et que le besoin de communiquer promptement avec l'Inde nécessita l'exploration des divers archipels et groupes d'îles situés entre ces deux points. La Bourdonnais fut le promoteur de cette entreprise. En 1742, il chargea le capitaine Lazare Picault, commandant de deux petits navires (la tartane l'Elizabeth et le bot le Charles, aux ordre de Jean Crossen), de pénétrer au milieu des principaux archipels de l'océan Indien, et d'en tracer la carte. Ce marin y effectua, d'après ses ordres, plusieurs voyages, et découvrit successivement les Seychelles et les différentes îles du groupe de Peros-Banhos : 

Ce fut le 19 novembre 1742 qu'eut lieu la découverte réelle de  l'archipel des Seychelles. Trompé par ses calculs, Picault crut d'abord avoir découvert les îles de Tres Irmaös ou des Trois frères, portées sur les anciennes cartes non loin du point où il croyait être arrivé. Picault et ses compagnons, ayant pénétré dans l'intérieur de la plus grande du groupe, y trouvèrent beaucoup d'oiseaux, tels que tourterelles, merles, perroquets, etc.; et ils y virent aussi une grande quantité de tortues de terre et de mer, des crocodiles de diverses grandeurs. A leur retour, ils s'aperçurent ils avaient commis une grosse méprise relativement à la position des îles qu'ils venaient de visiter, car au lieu d'atterrir à Rodrigues , comme ils le croyaient, ils allèrent donner sur Madagascar : c'était se tromper de plus de 300 lieues! Ils corrigèrent leur route tant bien que mal , au moyen de la variation, et se convainquirent que ces îles étaient inconnues avant leur arrivée; en conséquence, ils leur imposèrent le nom de Mahé en l'honneur du gouverneur de l'île Maurice (alors appelée île de France). Le récit avantageux qu'ils firent de leur découverte, à leur arrivée dans cette colonie, engagea La Bourdonnais à y envoyer de nouveau la tartane l'Élisabeth sous le commandement de Lazare Picault. Celui-ci s'y rendit en effet au mois de mai 1744, jeta l'ancre à Mahé, dans une petite anse du sud-ouest que l'on appelle encore l'anse Saint-Lazare, et, au nom du roi , prit possession du groupe entier, qu'il nomma îles de La Bourdonnais, réservant à l'île principale le nom de Mahé, qu'elle a conservé; le port de cette île reçut le nom de Port-Royal.

Malheureusement la guerre de 1744 vint distraire le gouverneur de ses projets, et son rappel en France mit un terme aux autres expéditions qu'il méditait.  En 1756, Magon, nouveau gouverneur de l'Ile Maurice, pensa qu'il serait avantageux de faire poursuivre les explorations entamées par Picault, et de remarquer la situation des îles, et de recenser leurs ports, la qualité de leur terrain, les productions naturelles qu'elles renferment, les espèces d'arbres qui y croissent, enfin, de tout ce qu'elles peuvent contenir de bon, de curieux et d'utile. C'est dans ce but qu'il y envoya, dans la même année, la frégate le Cerf, commandée par le lieutenant Morphey, et la goélette le Saint-Benoît, commandée par le sieur Prejean, 

avec ordre de prendre possession sous le nom d'Isle-de-Seychelles de celle où l'on serait assez heureux pour trouver un bon port, et d'y laisser pour marque une pierre gravée aux armes de France. 
Cette prise de possession fut effectuée le 1er novembre 1756, et pour la constater, Morphey fit poser et maçonner une pierre aux armes de France, et élever, sur le rocher en forme d'éventail que l'on voit dans le port, un mât de 55 pieds de hauteur, auquel on arbora le pavillon français. Le procès-verbal en sera conservé aux archives de la cour d'appel de l'île Maurice.

Le nouveau nom que l'on imposait à l'île était un hommage rendu au contrôleur des finances et secrétaire d'État Moreau de Seychelles : cependant La Bourdonnais mourait à la suite des persécutions dont il avait été l'objet de la part d'une administration jalouse, ingrate et inique; mais le sort n'a pas voulu que le souvenir de cette victime d'une politique corrompue fût entièrement effacé de l'histoire modeste de cet archipel, dont le premier il avait compris l'importance : le nom de Mahé rappelle encore les généreux efforts qu'il tenta pour fonder la puissance française dans les mers de l'Inde, et, quoique restreint à une seule petite île, il éclipse par sa célébrité le nom de Seychelles, que la flatterie imposa à l'archipel entier, et dont d'arides recherches peuvent seules aujourd'hui retrouver l'origine.

Pendant douze ans on ne s'occupa plus des îles Seychelles. En 1769, le capitaine Marion-Dufresne, commandant la flûte la Digue, reçut du duc de Praslin, alors ministre de la marine, l'ordre d'aller reconnaître les archipels situés entre les Maldives et l'île Maurice. Ce navigateur envoya son bâtiment vers les Seychelles à la fin du mois de septembre : la saison des pluies, qui commence dans ces îles à cette époque de l'année, ne permit pas aux explorateurs d'en faire un examen approfondi; mais une découverte à laquelle ils étaient loin de s'attendre, donna à cette reconnaissance beaucoup d'importance, et excita les administrateurs de l'île Maurice, Poivre et Desroches, à y envoyer une seconde expédition. Ils chargèrent de cette mission le chevalier Grenier, officier d'un rare mérite, qui commandait la corvette l'Heure du Berger, et mirent sous ses ordres une corvette plus petite nommée le Vert-Galant, dont le lieutenant de frégate la Fontaine eut le commandement. Par décision du ministre, l'abbé Alexis Rochon, depuis membre de l'Institut, fut spécialement chargé de déterminer la position des îles et des écueils que l'on rencontrerait. Ils arrivèrent à Mahé le 13 juin 1769. Nous reproduisons ici en l'abrégeant le récit de Rochon : 

« Je ne fatiguerai pas le lecteur du détail de mes observations : je ne me permettrai pas même d'énumérer les productions de cet archipel : depuis qu'il est habité, les colons doivent le connaître beaucoup mieux que moi; mais je dirai que, pendant que le capitaine faisait caréner sa corvette, il fit faire une vergue d'un seul arbre d'un bois blanc dont le suc est laiteux et l'aubier assez semblable à celui de l'ébène; ces arbres ont soixante-dix pieds de hauteur, et ce n'est qu'au bois de natte et aux arbres à pommes de singes qu'ils le cèdent en dimensions. J'ai vu des bois de natte qui avaient cinq pieds de diamètre et quatre-vingts pieds de haut. En général ces îles sont couvertes de bois de différentes espèces; la vue en est pittoresque; mais en descendant à terre, le tableau n'en est pas si riant ce n'est plus qu'un terrain sablonneux, hérissé de montagnes dont l'accès est difficile, et coupé de vallons tellement resserrés, qu'on rencontre rarement des plaines d'un demi-kilomètre de long.
On est surpris qu'un lieu aussi voisin de la ligne [l'équateur] soit aussi tempéré. La position de l'île Mahé et la bonté de son port là rendent intéressante sous plus d'un rapport; l'air y est pur, et lorsqu'elle sera habitée, on la délivrera de ces monstrueux crocodiles qui s'élancent sur les hommes qui ne sont pas sur leurs gardes. Nous avons couru quelques dangers de ce genre; mais ils étaient moins grands que ceux auxquels nous nous exposions en nous rendant fréquemment à terre, tant de jour que de nuit, de la part des requins et des torpilles. Plusieurs hommes de notre équipage ont été blessés par ces animaux, qui nous poursuivaient, dès que notre canot était échoué, pendant l'espace d'un demi-myriamètre, chemin que nous étions forcés de faire dans l'eau pour atteindre le lieu où mon observatoire était placé...

L'intendant Poivre nous avait chargés de rapporter à l'Ile-de-France [Maurice] de jeunes plants de cocotiers de mer;, nous remplîmes avec zèle cette commission; nous fîmes plus : nous apportâmes, pour le Cabinet d'histoire naturelle de Paris, une grande palme de vingt pieds de longueur, et divers renseignements qui furent accueillis avec intérêt... » 


En 1770, le vicomte du Roslan, secondé du chevalier d'Hercé, continua avec fruit les recherches du chevalier Grenier; son expédition se composait des corvettes l'Heure du Berger et l'Étoile du Matin. Telles sont les principales explorations qu'entreprirent les Français dans les îles situées au nord de l'île Maurice. Les travaux exécutés par ces marins servirent à la confection du bel Atlas de d'Aprés de Mannevillette, qui parut en 1746 et dissipa  la terreur qu'inspirait jusque là aux navigateurs le passage direct de l'Ile Maurice à l'Inde. Les incertitudes inséparables d'un travail aussi considérable disparurent peu à peu, par la suite, grâce aux relations plus fréquentes qui s'établirent entre l'Inde et Maurice, et entre les différentes îles des archipels, devenues en peu de temps le but d'un cabotage actif.

En 1819, Lislet-Geoffroi , correspondant de l'Institut à l'île Maurice, publia une carte de la mer des Indes, et un mémoire où il rectifia, d'après des données nouvelles, un grand nombre de positions restées douteuses jusqu'alors. Le capitaine Moresby, chargé, en 1821, par le gouvernement anglais, de faire l'hydrographie de ces archipels, a publié dans le Nautical Magazine le résultat de ses explorations. Enfin, en 1841, le capitaine Jehenne visita de nouveau ces îles sur la gabarre la Prévoyante, et vérifia leurs positions avec un soin particulier. (A19).

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