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Le calendrier du jardinier
de M. Pirolle, Pierre Boitard et Louis Noisette, 1855

M. Pirolle,
Pierre Boitard,
Louis Noisette
1855

Janvier

Pleine-terre. 
S'il ne gèle pas on peut encore planter les oignons de tulipes, jacinthes et autres espèces que l'on aurait oubliées en automne, ainsi que des renoncules et anémones; mais ces fleurs ne réussiront pas aussi bien que celles qu'on aura plantées en octobre. On plante encore des arbres dans les terres sèches et légères, mais la reprise est moins assurée dans ce genre de terre que si on l'avait faite en novembre et décembre. Dans les terrains forts et humides, il vaut mieux, au contraire, attendre février et mars. On éclate les touffes des plantes robustes et vivaces pour les multiplier ou pour refaire des bordures, comme oseille, primevères, statices, etc.

Dans les premiers jours de ce mois on sème les graines qui sont lentes à lever, si on ne les a pas mis stratifier, comme par exemple celles de rosier, aubépine, érable, sorbier, frêne, et les noyaux d'amandier, pêcher, prunier, abricotier, merisier, Sainte-Lucie, etc.

Tous les travaux de la terre se font très bien dans ce mois, en observant de n'ouvrir par aucun labour celle qui recèle dans son sein des plantes ou des oignons. On maine et on défonce les terres en friche destinées à être plantées ou ensemencées au printemps. On transporte les fumiers et autres engrais où ils sont nécessaires, et on les enterre en labourant. On prépare les terres par de profonds labours; on fait les composts ou terres composées, et on les mélange en raison des plantes auxquelles on les destine. Enfin on trace les jardins, on dessine les allées, etc.

Si le temps est doux on peut encore risquer en pleine terre abritée, des fèves de marais, des petits pois hâtifs, et des oignons. Tout défavorable qu'il est pour la végétation, ce mois fournit encore quelques fleurs, telles que : fragon piquant, tussilage odorant, arbousier commun, hellébore noir, laurier-thym, violette odorante, et s'il n'y a pas eu de gelées trop fortes, réséda, violette, et quelques autres espèces.

Après une pluie on nettoie les arbres des mousses et lichens qui s'attachent à leur écorce. C'est aussi le moment de couper les boutures sur les arbres et arbrisseaux. On leur donne un pied et demi de longueur, on les réunit en petites bottes, et on les enterre à moitié longueur dans du sable humide ou de la terre, en un lieu abrité de la gelée et du soleil, pour les planter en mars et avril.

Lorsqu'on est menacé de fortes gelées, il est bon de recouvrir avec de la litière les jeunes semis de l'année, ou même de l'année précédente, comme arbres verts, tulipiers, catalpas, et autres qui craignent la gelée dans leur jeunesse.

Quoi qu'en disent certains ouvrages, il est prudent de s'abstenir de tailler les arbres pendant ce mois.

Châssis. 
Le jardinier intelligent, qui veut obtenir des produits avant la saison ordinaire, doit semer sur couche, sous châssis ou en bâche : carottes, céleri, cerfeuil, chicorée sauvage, choux-fleurs tendres, ciboule, concombres, endive, fèves de marais, haricots hâtifs, laitue à couper, laitue pommée printanière, laitue gotte, laitue crêpe, melons, melongènes, oignons, pastèques, poireaux, pois hâtifs, pourpier, rave hâtive. On plante : asperges, baume, cardons, chicorée sauvage, cive, estragon, fraisiers, oseille, persil, pimprenelle. Pour obtenir des fleurs on force : anémones, jacinthes, jonquilles, lis, renoncules, tulipes, et autres liliacées; lilas, jasmins, diosma, héliotropes, melaleuca, myrtes, orangers, rosiers. Enfin, dans la bâche, on chauffe : vigne, figuiers, pommiers, abricotiers, cerisiers, pêchers, pruniers et poiriers. On peut encore y forcer des fraisiers, mais ces derniers conviennent mieux au châssis.

Toutes les primeurs se font sur couche chaude de trois manières, à savoir : 1° sur couche à l'air libre avec cloches ou verrines; 2° sous châssis; 3° en bâche ou en serre. Sur couche chaude on sème séparément et sous cloches des melons, pour les repiquer sur une nouvelle couche et sous châssis quinze jours ou trois semaines après. Pour assurer la reprise du repiquage, il est bon de les semer dans des petits pots. Le point essentiel pour réussir parfaitement dans ces primeurs, c'est de soutenir constamment la chaleur de 15 à 20 degrés pour les plantes herbacées, et de 20 à 25 pour les arbres et arbustes; de ne pas les noyer d'eau, afin de conserver la chaleur des couches; de leur donner autant de lumière qu'il est possible, et de renouveler l'air toutes les fois qu'on peut le faire sans danger. Pour conserver ou raviver la chaleur des couches, il est quelquefois nécessaire de les remanier tous les 15 ou 20 jours, et de renouveler souvent les réchauds ou bordures de fumier dont on les entoure.

Serres. 
On visite toutes les plantes afin de s'assurer si l'humidité et la moisissure n'ont pas pénétré dans la serre, ce qui arrive quand on n'a pas donné de l'air toutes les fois que la température le permettait. Dans ce cas on visite scrupuleusement chaque plante, on la nettoie, on tranche jusqu'au vif les parties pourries, mais avec la précaution de placer ces plantes amputées sur les tablettes les plus sèches et les plus éclairées de la serre chaude. On entretient le feu avec la plus grande surveillance. La serre chaude doit être maintenue à la température de 15 à 20 degrés; la serre tempérée entre 8 et 10, et l'orangerie entre 3 et 5. Cette règle s'applique à tous les mois de l'hiver.

On doit profiter de tous les moments de beau temps pour soulever les panneaux afin de donner de l'air. Si, au contraire, il fait très froid, on les couvre avec des feuilles sèches, de la litière, de la paille ou d'épais paillassons. Toutes les fois qu'il fait du soleil on lève ces couvertures pour les replacer ensuite. On ne donne que les arrosements indispensables, afin d'éviter l'humidité.

Si les couches et les tannées des serres chaudes et tempérées ont perdu une partie de leur chaleur, on les remanie entièrement, avec le soin de ramener dessus le fumier qui était dessous, et de reporter au milieu de la couche le tan qui était sur les bords. Cette opération suffit pour renouveler la chaleur jusqu'en mars.

Dans la serre à légumes, le jardinier visité les cardons, céleri et choux-fleurs, dont il hâte le blanchiment en les couvrant de paille ou de litière sèche. Il veille à ce que les racines et tubercules soient à l'abri de la pourriture et du froid. Enfin, dans une cave sombre et chaude, il doit dresser les couches à champignons et surveiller celles qui sont en rapport.

Février

Pleine-terre. 
Dans les terrains chauds, légers et sablonneux on peut semer sur les côtières, avec, couverture de litière des oignons, poireaux, laitue hâtive, fèves, pois; carottes hâtive, courte et ordinaire; panais, persil, épinards, radis. - A la fin du mois, choux de Milan et des Vertus, et, si la saison est très favorable, du chou cabu ordinaire. On sème également : laitues romaine et pommée, cerfeuil , artichauts, raifort, chicorée sauvage, lentilles, gombo, perce-pierre, roquette, spilanthe, salsifis, scorsonère, vesce blanche, tétragone. - En terrain sablonneux on sème des asperges dans des fosses bien préparées, et, outre qu'elles deviennent plus vigoureuses que celles que l'on plante, elles produisent presque aussitôt. - On plante : échalotes, ciboule, ail, topinambours, et on risque quelques pommes de terre hâtives. On repique en place des choux-fleurs.

On refait, dans le potager, des bordures d'estragon, lavande, ciboulette, oseille, thym, fraisiers, et autres plantes vivaces, et, dans le fleuriste, les bordures de buis, primevères, oeillets de poète et mignardise, statice ou gazon d'Olympe, violettes, etc. On peut encore planter des anémones et des renoncules. Déjà l'on peut semer en place beaucoup de fleurs, telles que pavots, coquelicots, balsamines, capucines, pieds-d'alouette, thlaspis, et généralement toutes celles indiquées pour les mois de septembre et octobre, si l'on veut en avoir en deux saisons.

On donne de l'air et de la lumière, quand le temps le permet, à tous les végétaux que l'on a empaillés ou buttés, et on les recouvre le soir.

Dès les premiers jours du mois les groseilliers doivent être taillés , et l'on continue la taille des autres arbres dans l'ordre de leur précocité, ainsi qu'il suit : 1° abricotier, 2° pêcher, 3° prunier, 4° poirier, 5° cerisier, 6° pommier. On finit par ces derniers vers le commencement d'avril. On rabat les framboisiers. On taille la vigne dans le courant de ce mois, au commencement dans le midi, à la fin à Paris.

On ébranche les arbres quand cela est rigoureusement nécessaire; on les nettoie de leur mousse et de leur bois mort. On taille les haies et palissades. Enfin on laboure autour des arbres fruitiers et on amende leur terre. - C'est pendant ce mois et le suivant que l'on prépare les fosses et plates-bandes de terré de bruyère pour azalées, rosages, kalmia, etc.

Les travaux de la terre sont les mêmes que dans le mois précédent, mais on peut biner et labourer dans les blanches plantées. On sème en pépinière toute sorte d'arbres et arbustes, et, si le temps est chaud vers la fin du mois, on peut déjà mettre en place les châtaignes et glands stratifiés, et continuer les plantations d'arbres.

On greffe en fente et en approche les arbres dont les yeux commencent à grossir. Si les pêchers et abricotiers fleurissent, il faut empêcher les gelées accidentelles de détruire les fleurs; pour cela on couvre les arbres, à la moindre apparence de froid, avec des paillassons, des toiles, etc. - On rechausse, on butte les petits pois et les fèves semés en décembre, afin de garantir leur collet de la gelée, et on continue à les couvrir de paillassons pendant la nuit ou les gelées.

On voit fleurir, outre les plantes du mois précédent, les : helleborine, pervenche, bruyère herbacée, cognassier du Japon, daphné des collines, pâquerette, acorus à feuilles de graminées, galanthe perce-neige, safran printanier, iris jaunâtre, anémone hépatique, pensée de Rouen, romarin officinal, coecrète du Japon.

Châssis. 
Sur couche chaude et sous cloches ou châssis, on replante en place, pour pommer, les laitues semées en décembre, et on repique celles semées en janvier. On sème : tomates, melongènes, piment, concombres, carottes, raves et radis, pourpier, choux de Milan, laitue; pois michaux pour repiquer en pleine terre un mois après, le long d'un mur au midi. Pour la dernière fois on chauffe des asperges et des fraisiers en pots. On repique les choux-fleurs, melons et concombres semés le mois précédent.

Vers la fin du mois on replante en place, sur de nouvelles couches, les melons et concombres semés au commencement de décembre. Sous les châssis et même à l'air libre, les couches que l'on fait dans ce mois peuvent être établies avec moitié de fumier neuf et moitié de fumier de vieilles couches.

En bâche, on continue à chauffer les arbres des mois précédents, et l'on s'occupe à établir les nouvelles couches destinées à recevoir les ananas que l'on veut pousser à fruits. On sème, si on veut avoir des fleurs printanières, des giroflées, quarantaines, celosies, amaranthes, etc., ainsi que des sensitives, datura fastueux, pervenche de Madagascar, lotier St-Jacques, et autres plantes délicates. On renouvelle tous les semis qui ont manqué dans le mois précédent.

Serres. 
Les mêmes soins que dans le mois précédent. Mais on donne plus souvent de l'air aux plantes, et il est indispensable de les y accoutumer peu à peu. On fait disparaître les couvertures de litière; on remanie les couches et tannées, etc. S'il y a quelques jours de temps chaud, on en profite pour ouvrir les panneaux de l'orangerie et de la serre tempérée, et on allume en même temps les poêles, ce qui est le meilleur moyen de chasser l'humidité. Depuis quelques années on a inventé des ventilateurs d'une grande utilité, que l'on ferait très bien de faire établir dans les grandes serres.

Si la saison est favorable, on commence les rempotages des arbrisseaux les plus robustes. On greffe par approche ou en fente, des camélia, etc., on fait des marcottes, et, dans la serre chaude, on commence à séparer les caïeux des plantes bulbeuses et tubéreuses ; on sème dans des pots enfoncés dans la tannée des pépins de citronniers.

Mars

Pleine-terre.
Les semis et plantations sont très nombreux pendant ce mois; non seulement on peut faire ceux indiqués dans les deux mois précédents, mais encore tous ceux qui sont indiqués pour le printemps. On fait de nouveaux semis de salades, pois, fèves, radis, épinards. - On sème des choux, beaucoup de menues herbes à couper pour fournitures; dans les terrains lé gers, de la betterave, et si on a de la vieille graine, on peut risquer une première saison de navets hâtifs. On plante les choux et choux-fleurs et la plupart des racines, conservés pour porte-graines. - On oeilletonne et on éclate les racines et les touffes d'un grand nombre de plantes vivaces, telles que fraises, juliennes, oeillets d'Espagne, hépatiques, lychnis, campanules, primevères et oreilles-d'ours, pâquerettes, renoncules, boutons-d'or et autres. On sépare et plante les marcottes d'œillets; on refait les bordures. 

On peut semer sur terreau à exposition chaude, vers la fin du mois, la belle de jour, les trépides rose et barbue, la nigelle de Damas; les adonides, chrysanthèmes, reines-marguerites; on laboure et bine les artichauts, cardons, choux, laitues, et généralement toutes les planches de légumes.

Nous ferons remarquer que tous les engrais employés depuis mars jusqu'en automne doivent être très consommés. On découvre tous les végétaux, arbres et plantes, qui ont été couverts de paille ou de litière, et on donne ensuite le labour général de printemps. - On continue activement la transplantation des arbres fruitiers on greffe en approche et en fente, avec des ramilles cueillies quinze jours à l'avance et repiquées en terre pour les conserver. On fait des boutures de cognassiers et autres arbres de pleine-terre et d'orangerie, des cottes, etc.; on achève de tailler; enfin on sème ou plante avec précaution les graines et noyaux stratifiés. 

On fait des labours au pied des arbres fruitiers, mais, pour cela, il est indispensable de se servir de la fourche, et non de la bêche, afin de ne pas blesser ni détruire les racines. La pluie, pendant ce mois, est sujette à battre et plomber la terre : il faut donc pailler cette dernière, c'est-à-dire couvrir sa surface, surtout sur les semis, de fumier de vieilles couches, de feuilles d'arbres à  moitié consommées, de paille hachée, ou même de mousse hachée, selon la délicatesse des graines semées.

En mars la plupart des pêchers et des abricotiers sont en pleine fleur c'est alors qu'il faut déployer la plus active vigilance pour les soustraire, en les couvrant la nuit, aux funestes effets de la gelée. - Les plantes qui fleurissent dans ce mois sont déjà très nombreuses; aussi ne citerons-nous que les principales, à savoir : tulipes de Cels, et odorante ; merendère bulbocode; iris nain, de Perse, scorpioïde; fritillaire damier; primevère, oreille-d'ours, ériné des Alpes, pulmonaire de Virginie, linaire à fleurs d'orchis, anémone à fleurs bleues, anémone sylvie, cynoglosse printanière, ficaire, populage; giroflée jaune, variable; ibéride, réséda, pensée , orobe, dirca des marais, daphné commun, corète du Japon, etc.

Châssis.
Dans ce mois on fait le plus grand nombre des plantations, sur couche, de pastèques et de melons. On sème encore, la plus grande partie des plantes du mois précédent, plus : basilics, capucines, céleri, chicorée; concombres, laitue, melongènes, piment, potirons, pourpier, tomates. On plante, chicons de toute espèce, gotte, grosse crêpe qui pousse sous cloche; patates en pots pour être replantées sur ados en mai. - Pour le fleuriste, on sème balsamines, belles de nuit, oeillets d'Inde, passeroses, quarantaines, seneçon des Indes, etc.

On établit des couches chaudes et des couches sourdes qui n'en diffèrent que parce qu'elles sont enterrées, et on y sème, outre les plantes que nous venons d'indiquer, des haricots, dans le commencement du mois, pour être remis en pleine terre à la fin d'avril et au commencement de mai. On plante les tubercules de dahlia dans des pots enfoncés dans la couche, on les y laisse jusqu'à ce qu'ils aient poussé des bourgeons de cinq à six pouces, et alors on les plante en pleine terre. On agit de même pour les oignons de tubéreuse.

Dans la bâche, on traite les arbres et les fraisiers comme dans le mois précédent, mais on leur donne de l'air plus souvent, dans les moments les plus chauds de la journée. C'est surtout dans le temps de la floraison qu'il faut donner de l'eau et de la lumière, si on ne veut pas voir couler la fleur.

Serres.
Les rayons du soleil commencent à avoir de la force, et il faut prendre contre eux des précautions, si on veut empêcher les plantes de recevoir des coups de soleil qui leur nuisent beaucoup et les font quelquefois périr. Il faut donc, depuis onze heures du matin jusqu'à deux ou trois heures du soir, les en garantir au moyen de toiles ou de légers paillassons que l'on étend sur les panneaux. Ce n'est que peu à peu qu'il faut les accoutumer à la grande lumière.

Les végétaux d'orangerie et de bâche doivent, dans ce mois, s'accoutumer peu à peu au grand air. Pour cela, on commence à soulever un peu les panneaux et seulement pendant quelques heures les plus chaudes; puis on les ouvre un peu plus et plus longtemps de jour en jour, et enfin quand les plantes sont bien accoutumées à l'air, on tient pendant tout le jour les fenêtres et les panneaux entièrement ouverts, mais seulement pendant les temps secs et chauds, pour ne pas jeter de l'humidité dans la serre. - Il n'est plus nécessaire d'allumer les fourneaux dans l'orangerie ni dans la serre tempérée, mais il peut être encore utile, selon la température, d'entretenir du feu dans la serre chaude.

il faut surtout visiter scrupuleusement les plantes, afin de les nettoyer de toute la poussière et des ordures qui peuvent s'être amassées sur leurs feuilles. Si le mois offre quelques journées chaudes, on en profitera pour seringuer, sur le feuillage de toutes les plantes, de l'eau que l'on réduit en forme de pluie fine, au moyen d'une pomme d'arrosoir à trous fins, que l'on ajuste au bout de la seringue ou de la pompe à main. Cette opération se fait le matin, afin que les feuilles aient le temps de sécher avant la nuit. - Nous n'avons pas besoin de dire que l'eau qui doit servir à cela, ainsi que celle des arrosements, doit, avant d'être employée, avoir resté au moins deux ou trois jours dans la serre, afin d'être en harmonie de température avec l'atmosphère de cette dernière.

Avril

Pleine-terre. 
On peut encore faire tous les semis des mois précédents, mais il faut y mettre la plus grande activité. On sème de la laitue de Hollande pour la repiquer et  la faire pommer en mai; de la chicorée qui blanchit sur place en juillet si elle est beaucoup arrosée. On éclaircit les carottes, et on choisit les moins avancées pour les repiquer, avec beaucoup de soin, où il en manque. A la fin du mois on risque des hari cots hâtifs au pied d'un mur au midi. Les semis de concombres et de cornichons se font en place, dans des petites fosses remplies de fumier et recouvertes de terreau; on agit de même pour les courges, giraumons, potirons, ainsi que pour les piments et tomates. On laboure les artichauts, on les oeilletonne, et on ne laisse a chaque pied que deux ou trois tiges-mères au plus, choisies parmi les plus vigoureuses. Les oeilletons que l'on replante aussitôt donneront des fruits en automne, s'ils sont bien enracinés. Ordinairement on ne découvre les artichauts que dans ce mois, mais il vaudrait mieux les découvrir plus tôt si l'on voulait prendre la précaution de les recouvrir en cas de gelée, car ces plantes craignent plus l'humidité que le froid.

On peut encore éclater 'ou séparer les touffes des plantes vivaces. On sarcle pour détruire les mauvaises herbes. On emploie tous les moyens pour détourner des semis les limaces et les insectes, pour les premières, le meilleur est d'arroser avec une légère décoction de tabac; les autres sont écartés par la cendre, l'urine, la suie, et quelques eaux composées. - On transplante toute sorte de légumes; on rame déjà des petits pois; on pince l'extrémité de la tige des fèves en fleurs. Dans ce mois, on arrose le matin afin de ne pas  refroidir la terre.

A une bonne exposition on peut semer la plupart des fleurs indiquées pour les semis sur couche du mois précédent. On éclate les tubercules de dahlia, avec la précaution de laisser à chacun une portion de la tige, sans quoi il ne pousserait aucun bourgeon.

On fait encore, surtout dans les terrains humides, des plantations d'arbres fruitiers ou autres. C'est le moment le plus favorable pour planter ceux qui se plaisent sur le bord des eaux, tels que : aulne, peuplier, cyprès chauve, saule, tupélo, etc.

On achève la taille. des arbres qui ont été oubliés, et l'on peut même retarder jusque dans ce mois celle des pommiers nains, parce qu'alors on juge mieux des boutons à fruits qui doivent être conservés. On échenille les arbres; on coupe jusqu'au vif toutes les parties qui sont attaquées de chancre, et on les recouvre avec de la cire à greffer. Si la saison est peu avancée, on fait encore des greffes en fente, ou, si elle l'est trop, on peut déjà greffer en écusson à oeil poussant; mais pour cela il faut lever les écussons sur des rameaux qui ont été coupés en février et mars, et conservés à moitié enterrés au pied d'un mur à l'exposition du nord. On greffe aussi en flûte et en couronne; on fait des marcottes et boutures; on transplante les arbres verts, et on sème en pleine terre les graines d'arbres et arbrisseaux délicats dont les jeunes sujets craignent le froid et ont besoin de couvertures de litière pendant les deux ou trois premières années.

On éclate, les pieds ou l'on sépare les oeilletons, pour les replanter de suite, de toutes les plantes et arbustes de, terre de bruyère. Enfin on continue les minages, labours, etc.

Les semis dans le potager sont si nombreux, qu'il serait inutile de les énumérer ici; ils comprennent à peu près toutes les plantes cultivées.

Châssis. 
On sème encore sur couche, dans le potager concombres, melons, melongènes, piment, et la plupart des espèces citées dans les deux mois précédents. Pour le, parterre on sème : capucines, célosie, belles de nuit, giroflées, liserons, oeillets, seneçon des Indes, passerose de la Chine, et autres plantes délicates que l'on repique en place plus tard. On plante également sur couche toutes les semences de mars, choux, choux-fleurs, chicorée, céleri, etc.

On visite et soigne exactement les melons, afin de ne leur laisser que deux ou trois tiges vigoureuses et de retrancher les autres à mesure qu'elles se montrent. On les conduit et taille. 

Les couches à l'air libre sont moins utiles que dans le mois précédent; cependant, celles que l'on nomme sourdes serviront à semer les melons, pastèques et concombres. On place de nouveaux réchauds autour des châssis, lorsque cela est nécessaire; on leur donne de l'air, et au besoin quelques arrosements modérés.

Serres.
Quoique plus chauds, les rayons du soleil sont moins dangereux pour les plantes que dans le mois précédent, aussi les en laisse-t-on jouir toute la journée. Les végétaux commencent alors à donner, dans la serre, des signes de végétation; il faut donc redoubler de soins et d'attention, car ils deviennent beaucoup plus sensibles au froid. - La serre chaude exige absolument les mêmes soins que le mois précédent; de plus, il faut refaire les couches avec moitié fumier chaud et moitié fumier vieux, moitié tan neuf, et moitié tan vieux. Avant d'y enfoncer les pots, il faut sonder la couche afin de s'assurer qu'elle n'a pas trop de chaleur. On donne de l'air toutes les fois que la température le permet; et, si les couches sont en bon état, il est assez ordinaire de n'avoir plus besoin d'y faire du feu.

Déjà on peut sortir de l'orangerie quelques plantes robustes, telles que giroflées, oeillets, grenadiers et autres arbres et arbustes à feuilles caduques et à bois sec et dur; mais il ne faudra pas les exposer tout à coup au soleil, et on les tiendra quelques heures à l'ombre ou à demi-ombre, pour les y accoutumer. Pour les sortir on devra choisir un jour où le ciel sera nébuleux.

On bine la terre des caisses et des pots pour l'empêcher de se battre; on remet dans des pots plus grands les plantes qui en ont besoin. On continue à faire des greffes, des marcottes, des boutures, et des semis. Il faut surtout s'occuper à détruire les insectes qui s'attachent aux plantes, et surtout les cochenilles. Pour cela on nettoiera minutieusement avec un chiffon mouillé les tiges et les feuilles qui en seraient attaquées.

Mai

Pleine-terre. 
Dans le courant de ce mois on doit renouveler au moins deux fois les semis de plantes po tagères, si on veut n'en jamais manquer. En conséquence on sème des choux de toutes les variétés qui ne pomment pas. On oeilletonne les artichauts pour les planter en terrain profond, chaud et substantiel. On sème toutes les espèces et variétés de haricots, quelques melons rustiques, des concombres et cornichons, tomates, piment, aubergines ou melongènes; ces trois dernières à exposition très chaude ou sur couche sourde; des potirons et pastissons. On plante de l'estragon, de la menthe, et autres plantes vivaces aromatiques dont on fait des bordures.

On plante, et détache les oeilletons, de primevères et d'oreilles-d'ours; on fait des marcottes et boutures de toute sorte d'arbustes et de plantes de pleine-terre, soit en terre de bruyère, soit sur couche sourde. On sème encore quelques fleurs d'automne; pour bordure, des pieds-d'alouette, balsamines, giroflées de Mahon, scabieuses. C'est Ie moment le plus favorable pour semer les giroflées et oeillets, qui ne doivent fleurir que l'année suivante, ainsi que les graines de robinier, de févier, sophora du Japon, tulipier, virgilia, catalpa , etc. On récolte vers la fin du mois ou au commencement de juin, si elles sont mûres, les graines d'orme et on les sème de suite. On continue à séparer ou à éclater les pieds des plantes et arbustes de pleine-terre de bruyère.

On transplante on bine, on sarcle, on arrose. Il est de principe général que quand les nuits sont fraîches, on doit arroser le matin entre neuf heures et midi, afin de ne pas refroidir la terre; quand, au contraire, les nuits sont courtes et chaudes il faut arroser le soir, afn que l'humidité, et la fraîcheur se maintiennent plus longtemps. Ceci doit s'entendre pour toute l'année.  Si les matinées sont fraîches, on se sert de toiles et de paillassons pour abriter les jeunes plantes de semis, ainsi que les fleurs des arbres fruitiers. On éclaircit les semis et on repique les carottes, oignons et autres plantes. Les figuiers, noyers; châtaigniers, et autres arbres à bois tendre et, à écorce épaisse, et même les cerisiers dans quelques pays, se greffent en flûte; les autres en écus son. On commence à ébourgeonner les plus vigoureux. On retranche les rameaux sauvageons des sujets greffés l'année précédente, et l'on fixe le bourgeon de la greffe au sujet ou à un tuteur, afin de lui faire prendre une position verticale, et pour le soustraire aux accidents qui pourraient le décoller. On s'attache surtout à détruire les mauvaises herbes, les insectes et les autres animaux nuisibles, tels que taupes, mulots, souris, etc.

On sème encore en pleine terre : artichauts, arachide, brocolis, betteraves, basilics, carottes, choux non pommés, cardons, céleri, cerfeuil, chicorée sauvage, ciboule, cresson, épinards, endive, scarole, fèves, Fenouil, navets hâtifs, oignons si les premiers ont manqué; panais, persil, poireaux, pourpier, radis, raves, romaine, roquette, salsifis, scorsonère, tétragone, tomates, trique-madame.

Châssis. 
On sème sur couche sourde : aubergines ou melongènes, melons, tomates, piment, et toutes les plantes exotiques vivaces dans leur pays et cultivées comme annuelles en France. Ces couches sourdes n'ayant pas besoin d'une grande chaleur, durent ordinairement toute l'année, et ne servent guère qu'à faire ces semis et quelques boutures. On élève encore des couches ordinaires pour semer des melons, seule plante potagère qui en ait encore besoin dans ce mois. On en profite cependant pour élever quelques -plantes délicates et annuelles, dont plusieurs ne réussissent parfaitement que. sur couche.

Serres. 
Dans les premiers jours de ce mois on sort les végétaux les plus robustes, et pour les autres on attend le milieu du mois, afin de ne pas leur faire courir la chance de la moindre gelée blanche. Dans l'un et l'autre cas il faut prendre de certaines précautions. On attend un jour sombre et pluvieux, pour ne pas exposer tout à coup les plantes aux rayons du soleil, ni même à un air sec, chaud et desséchant; le moment ne sera que plus favorable si l'on a une petite pluie fine. A mesure que l'on sort les caisses et les pots, on les dépose dans un lieu ombragé et on les y laisse quelques jours avant de les mettre en place, ou on les réunit en massif que l'on abrite avec des toiles pendant que le soleil est trop chaud. On peut, sans inconvénient, les mettre en place huit jours après. C'est alors que l'on greffe les jeunes sujets d'orangers à l'anglaise et à la pontoise, et qu'on taille les arbres faits pour leur former une belle tête, bien arrondie.

La serre chaude exige à peu près les mêmes soins que dans le mois précédent, mais il est rarement besoin d'entretenir du feu dans les fourneaux. Pendant une grande partie de la journée on soulève entièrement les panneaux. On continue à lancer de l'eau sur le feuillage avec la pompe ou la seringue, afin de maintenir sa propreté. On fait des marcottes, des greffes, et des boutures. Ces dernières se font ordinairement en terrines remplies de terre de bruyère ou mélangée à moitié de terreau, et plongées dans la tannée; on les recouvre d'une cloche de verre, afin de concentrer une chaleur et une humidité convenable, et, seulement quand elles ont commencé à pousser, on leur donne de l'air peu à peu.

Juin

Pleine-terre.
Il faut encore faire un assez grand nombre de semis pour obtenir des produits en automne et au printemps suivant. Les fournitures doivent se semer peu à la fois, à demi-ombre, et tous les quinze jours pendant l'été. On les arrose continuellement, ou deux fois par jour au moins, afin qu'elles montent moins vite et qu'elles soient moins âcres. - On sème dans le commencement du mois : cerfeuil ; choux-fleurs, brocolis, choux-navets, à grosses côtes, verts frisés, d'Allemagne, rutabaga; chicorée sauvage, frisée, endive, scarole; haricots flageolets, suisses; laitue pommée; navets; pois d'automne, de Clamart; radis longs, gros noirs, gris; raves d'Augsbourg; romaine; à la fin du mois, carottes, céleri, cresson, épinards, fenouil, fèves, persil, petits radis ronds, pourpier, poirée, raifort, raiponce, et toutes les petites fournitures.

On repique en place : choux-fleurs, de Bruxelles, brocolis, choux verts; cardon, céleri, chicorée, laitue, oignons, poirée, poireaux, etc.

On marcotte et bouture les plantes d'orangerie; on greffe en écusson à oeil poussant, les églantiers et autres arbrisseaux, pêchers et cerisiers. On sarcle et oeilletonne les artichauts, et l'on rabat au rez de terre les tiges qui ont produit, afin d'obtenir une seconde récolte en automne. On éclaircit les semis de carotte, oignon, betterave, salsifis et autres. Parmi les plantes les plus vigoureuses on conserve les porte-graines, mais il faut avoir soin de les choisir éloignées des autres plantes d'une autre variété, afin d'éviter le croisement dans la fécondation, ce qui les ferait dégénérer.

Il est temps d'ébourgeonner beaucoup d'arbres fruitiers, et principalement la vigne qu'il faut aussi palisser. L'ébourgeonnement est essentiel pour tous les arbres fruitiers soumis à une taille régulière; mais il est indispensable pour les pêchers, abricotiers et vignes. Il consiste à supprimer pendant tout le cours de la végétation les bourgeons inutiles ou mal placés. Quoique nous l'indiquions pour ce mois, il peut également se faire avant et après. Les poiriers et les pommiers ne doivent s'ébourgeonner que lorsque la végétation est presque arrêtée; cette opération est tout à fait inutile sur les quenouilles. C'est le moment de détacher toutes les pousses qui paraissent sur les tiges, et particulièrement sur le collet des racines car rien n'épuise plus un arbre; si on retardait leur amputation, elles formeraient à leur base une nodosite qui donnerait sans cesse naissance à de nouveaux bourgeons, ce qui nécessiterait une large et dangereuse amputation.

On bine, on sarcle, on arrose journellement; on ratisse les allées; on détruit les mauvaises herbes partout où elles se montrent; on fait la chasse aux insectes et aux autres animaux nuisibles. On effile les fraisiers; on tond les haies, les palissades, les bordures de buis. On laboure de nouveau les planches qui ont déjà fourni leurs produits, afin de les ensemencer ou planter de nouveau, et l'on a soin de ne jamais semer deux fois de suite la même plante dans la même planche : ce n'est qu'au bout de deux ou trois ans qu'on peut l'y ramener si l'on veut obtenir des produits excellents.

On repique les fleurs d'été à demeure, et l'on commence déjà à recueillir un certain nombre de graines. Vers la fin de ce mois on retire de terre les bulbes, griffés et oignons dont le feuillage se dessèche. Il est bon de laisser les oignons, particulièrement ceux de jacinthes, quelques jours en tas sur la terre pour leur donner le temps de s'essuyer parfaitement. On les nettoie ensuite et on les, dépose sur des tablettes dans un lieu sec et aéré.

C'est ordinairement dans ce mois que la grêle est le plus à craindre. On ferait très bien d'en abriter les espaliers de pêchers, les plantes de bruyère et enfin tous les végétaux précieux, au moyen de toiles et de bannes. Quant aux paragrêles, il y a longtemps que
l'expérience a fait reconnaître leur inutilité. Si on veut faire, l'incision annulaire a quelques sarments de vigne, pour avancer un peu la maturité du raisin et en obtenir des grains plus gros, le moment est, venu, car cette opération se pratique un peu avant la floraison, ou de suite après, mais toujours sur des parties, qui devront être enlevées à la taille.

Châssis.
Les châssis et les couches deviennent parfaitement inutiles, pendant ce mois.

Serres. 
L'orangerie et la serre tempérée ne renferment plus de plantes. Aussi est-ce ce moment que l'on choisit pour faire les réparations intérieures, pour que les plâtres aient le temps de parfaitement sécher. La serre chaude exige seule quelques soins particuliers. Si le mois est chaud et qu'on ne craigne pas d'orage, on laisse les panneaux soulevés le jour et la nuit. On tient des paillassons tout prêts pour être jetés sur les vitraux en cas de grêle. On profite d'un beau jour pour éplucher soigneusement les arbres et les arbustes. Cette opération se fait dehors, sous un hangard ou une toile tendue, assez loin de la serre pour que les pucerons et punaises que l'on détache du feuillage ne puissent pas y retourner. Chaque plante est sortie, nettoyée et rentrée à son tour; avec un petit morceau de bois plat, on écrase les cochenilles et pucerons qui peuvent se trouver appliqués contre les feuilles, les bourgeons et les tiges; puis, si le feuillage de l'arbre est lisse, c'est-à-dire sans poils, glandes ou poussière glauque, on le lave avec une éponge et de l'eau limpide qu'on a laissée s'échauffer au soleil dans des baquets ou des tonneaux, au moins pendant deux jours. Vers la fin du mois les rayons du soleil deviennent desséchants pour les plantes de la serre; il faut les en abriter au moyen de toiles, depuis dix heures du matin jusqu'à trois du soir. Du reste, on continue, à les soigner comme dans les mois précédents. On donne quelques petits labours sur la terre des pots et des caisses; on arrose selon le besoin, et l'on continue de multiplier les individus par le moyen de la greffe, de la bouture, de la marcotte, de l'éclat des pieds et des oeilletons.

Toutes les plantes cultivées dans la serre chaude n'exigent pas rigoureusement un degré de chaleur très élevé; on peut donc, dès le mois de juin jusqu'à la fin d'août, sortir celles-ci de la serre pour les cultiver en plein air. Pendant ce temps-là celles qui restent en serre jouissent davantage de l'air et de la lumière.

Juillet

Pleine-terre. 
On peut encore semer les espèces du mois précédent, à l'exception des choux-fleurs et des choux à grosses cotes. Il ne serait plus temps non plus de semer les brocolis et les choux-navets, si l'on attendait que les premiers jours du mois fussent passés. Vers le quinze, on greffe en écusson à oeil dormant, sur épine, poirier, cognassier, pommier et églantier. On attend la fin du mois ou le commencement d'août pour greffer les fruits à noyau; car si la sève était trop abondante, les greffes pourraient être noyées, ou elles pousseraient des bourgeons faibles, qui n'auraient pas le temps de mûrir leur bois, et qui périraient pendant l'hiver.

On met une grande activité à ébourgeonner et palisser les arbres fruitiers. On commence à marcotter les oeillets et l'on continue jusqu'en août. On achève de retirer de terre les oignons à fleurs, griffes et pattes, pour replanter en octobre. On arrache également les oignons à fleur qui doivent rester en terre toute l'année, tels que lis, martagons, narcisses, couronne impériale, etc., mais seulement pour en séparer les caïeux, et on les replante de suite. La plupart des plantes bisannuelles, campanules, digitale, giroflées, lychnide, mauves, nigelles, roses-trémières, sainfoin d'Espagne, etc., se sèment dans ce mois et ne fleuriraient pas au printemps si l'on attendait plus longtemps. Dans une terre bien amendée et préparée avec du terreau de feuilles très consommé, ou mieux en caisse, on sème les graines de tulipe, jacinthe, anémone, renoncule, et autres plantes bulbeuses et tubéreuses.

On ratisse les allées, on bine, on sarcle; on donne de copieux arrosements soir et matin, et l'on récolte journellement les graines à mesure qu'elles mûrissent. On prépare déjà des semis pour repiquer sur couche en octobre, et obtenir des primeurs.
On sème, pour être mangés en vert, des pois, des haricots, etc., de l'oignon blanc qui ne réussira que dans les terres fortes; dans celles qui sont sablonneuses et légères, on ne fera le semis qu'en août, et l'on pourra repiquer en octobre. Les poireaux et la ciboule, semés dans le commencement du mois, ou vers le quinze au plus tard, seront bons à être repiqués en septembre. Les choux, les panais, les carottes seront semés à exposition fraîche et ombragée, pour en faire usage au printemps. - On sème dans le commencement du mois choux-navets, pour passer l'hiver, brocolis, ciboule, haricots, poireaux; petits pois. - Dans le courant du mois carottes; céleri, cerfeuil; choux verts, frisés d'Allemagne, rutabaga; chicorée sauvage; frisée; cresson, endive, épinards, fenouil, fèves, scarole; haricots flageolets, suisses; laitue pommée, mâche, navets, panais, persil; pois d'automne, de Clamart; pourpier, poirée; radis longs, petits ronds, gros noirs, gris; rave d'Augsbourg, raifort, romaine, raiponce. - Vers la fin du mois oignons blancs, scorsonères.

Châssis
Les couches sont parfaitement inutiles, excepté cependant dans les bâches où l'on élève des ananas.

Serres.
La serre chaude exige les mêmes soins que dans le mois précédent.  On, continue à éplucher et nettoyer les plantes; on arrose souvent leur feuillage au moyen de la seringue ou de la pompe. On arrose plus abondamment que dans les mois précédents, et les arrosements (non ceux du feuillage) peuvent être faits avec des eaux préparées avec des mélanges de plusieurs engrais. On abrite les plantes avec des toiles, depuis dix heures du matin jusqu'à quatre, pour les défendre des rayons brûlants du soleil, et on lève les toiles quand le ciel est nébuleux. On établit des courants d'air qui pourraient être dangereux à d'autres époques. Les ventilateurs sont peu connus en France : on les remplace par des petits châssis que l'on établit du côté du nord, et que l'on ouvre en même temps que les portes de la serre.

On remanie entièrement, sans y ajouter du fumier neuf, les couches qui ont perdu leur chaleur; cependant, on peut, si on le veut, y en ajouter un tiers ou un quart, si on le juge nécessaire. On commence à donner, de l'air aux boutures faites en juin, en soulevant un peu leurs cloches.

Comme on ne taille pas ordinairement les plantes de serre chaude, on les forme; par le pincement qui se fait le plus ordinairement dans ce mois. Il consiste à couper avec les ongles l'extrémité, des jeunes rameaux ou bourgeons. - Toutes les plantes de serre ont de la tendance à s'élever verticalement et à se dégarnir dans le bas; on y veille attentivement pour les arrêter au sommet, ce qui les force à pousser des branches latérales.

Août

Pleine-terre. 
On empaille et on lie les cardons et les chicorées pour les faire blanchir, et on butte le céleri. On peut encore risquer, à bonne exposition, des semis de pois et de haricots pour cueillir en vert. On sème encore une grande quantité de petites fournitures. - Dans le commencement du mois on sème : choux-fleurs, cresson, épinards, gros choux pommes, laitue d'hiver, navets; oignons blancs, d'Espagne; oseille, radis noirs, petits radis, radis d'Augsbourg; romaine d'hiver, raiponce. - A la fin du mois : carottes ordinaires et hâtives pour produire au printemps; cerfeuil et autres fournitures; chicorée; choux pain de sucre, d'York, pommés hâtifs, de Bonneuil, de Milan, d'Aubervilliers; ciboule; laitue à coquille, mâches ou doucettes, panais, persil, scorsonères, vesce blanche.

Il est encore temps de séparer les caïeux des oignons à fleurs qui doivent rester en terre toute l'année. On continue de marcotter les oeillets; on sème dans le fleuriste, pour fleurir au printemps suivant, des adonides, bleuets, coquelicots, immortelles, pavots, pieds d'alouette, thlaspis, et autres espèces indiquées pour le mois précédent. Comme les pluies de septembre gâtent quelquefois les graines, il faut se hâter de les cueillir à mesure qu'elles mûrissent, principalement celles de laitue, betterave, cerfeuil, carotte, persil, radis, oignon, ciboule, etc.

On continue le palissage s'il est nécessaire, et l'on effeuille sur les fruits afin de les faire colorer par les rayons du soleil. Mais cette opération doit se faire peu à peu, afin que les rayons du soleil ne dessèchent pas les fruits au lieu de les colorer; outre cela il ne faut pas ôter trop de feuilles pour ne pas nuire à la végétation de l'arbre. On effile les fraisiers, on arrache les mauvaises herbes, on sarcle, on ratisse et on ne ménage pas les arrosements soir et matin. On remet en terre les oignons de couronne impériale, de perce-neige, et quelques autres qui craignent de rester trop longtemps hors de terre. Si les nuits deviennent fraîches vers la fin du mois, on modère les arrosements, et on les fait le matin.

On greffe en écusson sur cerisier, merisier, cognassier, franc de poirier et de pommier doucin, paradis, amandier, prunier, églantier, sur beaucoup d'autres arbres et arbustes d'agrément. On fait, en plate-bande de terre de bruyère, ou en terrines remplies de la même terre, des boutures d'arbres et arbustes délicats. On les couvre d'une cloche, et, si elles sont en terrines, on les place dans un lieu ombragé. On a soin de les entretenir dans une humidité convenable. Du reste, tous les travaux indiqués dans le mois précédent pour le fleuriste, peuvent encore s'exécuter dans ce mois-ci.

Châssis. 
On commence à semer des quarantaines sur couche sourde, pour repiquer en place de bonne heure. Si l'on veut obtenir des fraises de primeur, c'est à présent le moment de semer des fraisiers en pots, que l'on enfonce dans la couche chaude de la bâche, ou d'un châssis. On peut aussi planter des fraisiers en pots que l'on place sur les tablettes de la bâche, pour avoir des primeurs; mais il ne faut pas qu'elle soit chauffée à plus de dix à douze degrés. On fait aussi des boutures sur couche chaude et sous cloche de verre dépoli, en plein air; et d'autres dans les bâches et sous les châssis.

Serres.
On donne aux plantes à peu près les mêmes soins que pendant le mois précédent. On continue à nettoyer et laver leur feuillage, et on leur donne, le plus souvent possible, des arrosements en forme de pluie fine. Il faut, quand la sécheresse l'exige, arroser non seulement le feuillage et la terre des pots, mais encore les chemins de la serre. Les arrosements journaliers des vases se font avec de l'eau ordinaire, mais il peut être nécessaire d'avoir des eaux composées pour les plantes souffrantes, et pour celles dont on veut obtenir une végétation vigoureuse et rapide. C'est en août que les rayons du soleil ont le plus d'action sur les plantes : on les en préservera avec encore-plus de soin que dans le mois précédent. On laisse les panneaux de la serre ouverts pendant tout le jour et toute la nuit. - On peut encore faire des boutures, marcottes et greffes, et même un habile jardinier peut en faire toute l'année dans la serre chaude.

Lorsque, malgré toutes les précautions, les ananas ou autres plantes analogues sont la proie des pucerons, il faut, pour les détruire, employer des moyens plus efficaces que le lavage : on les asphyxie avec des fumiga tions de tabac, et l'on saupoudré les parties infestées avec de la fleur de soufre.

Septembre

Pleine-terre. 
Les semis sont plus nombreux que dans le mois précédent, parce que l'on commence à préparer les primeurs. - Au commencement du mois on sème : choux-fleurs pour passer l'hiver sur ados au midi, choux d'York, gros pommés, et autres variétés hâ tives; épinards, qui ne donneront leur produit que dans le cas où la saison serait favorable; mâches, qui commenceront à produire dès les premières gelées, et qui four niront jusqu'au printemps; radis, qui ne produiront qu'autant qu'il n'y aura aucune gelée blanche, en octobre. - A la même époque on sème encore pour mettre en bâche et obtenir des primeurs : épinards, ca rottes, salades de diverses sortes; haricots de Hollande, à bouquets; petits pois. - Dans le courant du mois : angélique, carottes ordinaires et hâtives pour produire au printemps; cerfeuil, chervis, ciboule, chicorée; choux pain de sucre, d'York, pommés hâtifs, de Bonneuil, de Milan, d'Aubervilliers; cresson, endive, laitue ordinaire et coquille, mâches ou doucettes, navets, panais, persil, raifort, raves, roquette, scorsonères, vesce blanche.

On peut encore continuer à faire des boutures d'arbres et arbustes délicats en terre de bruyère ombragée, comme nous l'avons dit pour le mois précédent. On effeuille sur les fruits, particulièrement sur les raisins, pour les colorer.

C'est dans ce mois qu'il faut planter les fraisiers si l'on veut en obtenir des récoltes pour l'année suivante. On continue à lier les cardons et les chicorées, et à butter le céleri. On commence, vers la fin du mois, à planter des jonquilles, narcisses, jacinthes et tulipes, mais seulement dans les terrains chauds et secs. On sème les graines de tulipes, jacinthes, anémones, renoncules, et autres plantes bulbeuses et tubéreuses : mais il faut avoir grand soin, pendant l'hiver, de les garantir des pluies, de la neige, et surtout de la gelée. On marcotte encore des oeillets, mais pour ne les lever qu'au printemps. On sème encore des quarantaines pour les repiquer de bonne heure, et d'autres fleurs qui résistent au froid. On peut aussi éclater les plantes vivaces à tiges persistantes, comme violettes, oreilles-d'ours, primevères et autres semblables, qui fleuriront au printemps. On sème les oreilles-d'ours en terrine. Il est encore temps de semer en place : adonides, bleuets, coquelicots, immortelles, pavots, pieds-d'alouette, thlaspis, et toutes les autres espèces qui peuvent résister aux gelées.

Il est indispensable de visiter les greffes en écusson faites en août, pour desserrer les ligatures et empêcher la formation de bourrelets. Cette opération, dans ce mois comme dans les autres, doit se faire vingt-cinq à trente jours après qu'on a greffé. On écussonne les jeunes pêchers, cerisiers, pruniers et amandiers.

On continue les récoltes de graines; on arrose moins fréquemment, et seulement le matin. On sarcle, on ratisse; on laboure et amende déjà les terres destinées à des plantations d'arbres. On plante dans le potager des artichauts, fraisiers, et topinambours à bonne exposition.

Châssis
On prépare des couches chaudes sous châssis ou avec cloches et verrines, pour faire, en terrines de terre de bruyère, des boutures d'arbustes délicats. Dès les premiers jours du mois on refait à neuf les couches des bâches et des châssis, et l'on y place les plantes qui doivent y passer l'hiver. On tient les panneaux levés tout le jour, et on ne les ferme la nuit que si la gelée menace. Le jardinier prépare ses cloches, ses châssis, répare les panneaux , et s'apprête à construire ses couches d'hiver.

Serres. 
Les nuits commencent déjà à devenir froides; aussi doit-on se défier de la température et fermer chaque soir les panneaux de la serre chaude. Si, vers la fin du mois, la température ne se soutient pas entre dix et douze degrés centigrades, on fera bien de tenir les panneaux fermés une partie de la journée. On cesse d'arroser le feuillage, et les autres arrosements deviennent.

moins abondants. Du reste, on donne les mêmes soins que pendant le mois précédent. Vers la fin du mois, si les couches se sont refroidies, et surtout si l'automne est pluvieux, on commence à refaire celles d'hiver , ou au moins à les remanier en y ajoutant un peu de tan et de fumier neufs. On peut encore continuer à faire des marcottes; des greffes et même des boutures, mais ces opérations demandent beaucoup de soins, et, dans les grands établissements, Il existe une serre entièrement consacrée à cela.

Vers la fin du mois on rentre les plantes de serre tempérée, et l'on prépare l'orangerie à recevoir les siennes. Dans la serre tempérée il faut que les plantes soient placées de manière à jouir, chacune dans son espèce, d'autant d'air et de lumière qui lui sont nécessaires. Pour cela, les plus délicates, celles d'une substance charnue et succulente, se mettent sur le premier rang, le plus près des vitres; sur le second rang on met celles d'une nature herbacée; sur le troisième, celles à feuillage persistant, et à bois tendre, moelleux et spongieux; sur le quatrième, celles à feuillage persistant, mais à bois sec et dur; enfin, sur le cinquieme rang seront celles qui perdent annuellement leur feuillage. On tâchera de les arranger de manière à ce que les plus basses soient sur le premier rang et les plus hautes sur le dernier, afin qu'elles ne se privent pas d'air et de lumière en se masquant les unes les autres. Ceci s'entend pour toutes les serres, bâches et châssis.

Quelque temps avant de rentrer les plantes, on ménagera les arrosements, afin que la terre des pots ne porte pas l'humidité dans la serre; on fera un empotage ou un demi-empotage à celles qui l'exigeront , et on les épluchera toutes de manière à ce qu'il ne reste ni feuilles pourries ou moisies, ni bois mort.

Octobre

Pleine-terre. 
Dans ce mois on peut encore risquer, mais à bonne exposition, les mâches; les épinards, qui donnent leurs produits en mars. On petit aussi semer sur ados, au pied d'un mur au midi, des pois d'hiver et michaux. Du reste, le nombre des plantes dont, on doit s'occuper est peu considérable; on sème cependant cerfeuil, ciboule, coriandre, laitue gotte, panais, pimprenelle, cresson; laitues crepe, de la Passion, et coquille; raves, radis, raifort, roquette, romaine, romaine hâtive. - On plante choux d'York, pommés; fraisiers, hyssope, lavande, laitue, ognon blanc, oseille. Les choux d'York et pommés, semés en août, se repiquent en pépinière pour n'être replantés en place qu'en février et mars. Les choux-fleurs semés en septembre se repiquent sur ados au midi, ainsi que les laitues d'hiver. On repique encore l'oignon blanc.

On continue de butter les céleris, de lier et empailler, les cardons. On nettoie les planches d'asperges et d'artichauts de toutes leurs vieilles tiges; on charge les premières avec de la terre et des engrais, et l'on couvre les secondes avec de la grande, litière, pour les garantir du, froid, et surtout de l'humidité.

A la fin du mois, si les arbres dépouillés de leurs feuilles ne donnent aucun signe de végétation, on peut déjà commencer à planter dans les terrains secs et légers toutes les espèces d'arbres fruitiers, et l'on peut conti nuer cette opération pendant tout l'hiver, chaque fois que le temps le permet. Dans les terrains froids et humides, on fera beaucoup mieux d'attendre le printemps. On élague les arbres, on les nettoie de leurs branches mortes ou mal placées.

On plante encore, dans le fleuriste, des anémones jacinthes, narcisses, renoncules, tulipes et autres oignons à fleur; ils résisteront même mieux aux grandes gelées que ceux plantés en septembre, et fleuriront presque en même temps. On plante les marcottes d'oeillets, ainsi que les marcottes, boutures enracinées et drageons des plantes vivaces et des arbustes.

On risque quelques semis de plantes annuelles rustiques, telles que immortelles, réséda et autres, et on en obtiendra des fleurs dès le printemps, si la saison n'est pas trop rigoureuse. - On sépare ou éclate les touffes de la plupart des plantes vivaces, soit pour massifs, soit pour bordures, et cette opération ne doit jamais se faire avec un instrument tranchant, mais avec les mains et par déchirement. Il vaut mieux mettre en place de suite toutes les jeunes plantes, boutures, marcottes, drageons, etc., mais elles s'accommodent, également de la pépinière jusqu'au printemps.

Dès ce moment, jusqu'au printemps, on profite de tous les moments de beau temps pour tondre les haies, les charmilles, les palissades, les tonnelles, etc. On commence les travaux de l'amendement des terres; on fait le labour général d'hiver; enfin, on empaille déjà les plantes les plus délicates, et on couvre leurs semis de litière. Les carrés et planches que l'on destine à recevoir au printemps des plantes bulbeuses ou des oignons à fleur, doivent être fumés dès ce mois, et encore avec des engrais consommés, si on ne veut les voir pourrir. Il est de règle générale, pour toutes les saisons, que le terrain où l'on doit planter des bulbes, griffes ou oignons, doit être amendé six mois àl'avance.

Châssis.
On défait, toutes les vieilles couches, et on enlève les fumiers et terreaux qui ne peuvent plus servir qu'à l'amendement des planches et carrés de pleine-terre, et l'on refait des couches neuves. Du reste on agit comme dans le mois précédent,

Serres.
C'est dans le commencement du mois, et même plus tôt si l'on craint les gelées, que les plantes d'orangerie doivent être rentrées. On cesse de les arroser une huitaine de jours~à l'avance, et on les traite absolument comme nous l'avons indiqué le mois précédent pour les plantes de serre tempérée. C'est peu à peu qu'il faut accoutumer les plantes à être renfermées, et il faut y mettre autant de précaution que lorsqu'il s'agit de leur rendre l'air libre. Il faut surtout leur donner de la lumière et du soleil autant qu'il est possible. Mais chaque soir on fermera exactement les fenêtres et les portes, afin de ne pas se laisser surprendre par la gelée.

Dans la serre chaude, on profite d'un beau jour pour refaire entièrement les couches avec des matières neuves. Les meilleures, celles qui conservent le plus longtemps leur chaleur, sont faites avec un tiers de fumier chaud de cheval, employé à l'instant où il sort de l'écurie, un tiers de feuilles sèches bien mélangées avec le fumier de cheval , et un tiers de tan formant le lit supérieur. On ne doit pas mélanger le tan avec le fumier, parce que le terreau qui en résulterait serait tout à fait stérile et ne cesserait de nuire à la végétation qu'au bout de plusieurs années. Si on manquait des matériaux indiqués, on pourrait les remplacer par les matières que nous allons énumérer dans l'ordre de leur chaleur, en faisant observer que celles qui en donnent le plus sont aussi celles qui se refroidissent le plus tôt : 1 ° fumier de mouton; 2° fumier de cheval, d'âne et de mulet; 3° feuilles sèches en mélange avec les précédents; 4° feuilles sèches seules; 5° marcs d'oeillettes, de pommes, d'olives, de noix; 6° marc de raisin.

Il faut veiller, vers la fin du mois, à ce que l'humidité ne se mette pas dans les serres; si cela arrivait, on y allumerait un peu de feu, mais seulement pendant que les panneaux seraient ouverts, afin de ne pas donner une chaleur préjudiciable dans cette saison.

Novembre

Pleine-terre.
Il est remarquable que les asperges semées dans ce mois réussissent mieux que celles semées au printemps. On peut, si on veut, risquer des pois michaux sur des côtières bien terreautées et à exposition très chaude. Il n'est pas encore trop tard pour planter l'ail et la rocambole. On peut également semer dans la pépinière : aubépine, érable, merisier, Sainte-Lucie, et toutes les graines osseuses d'arbres et arbrisseaux. Dans le fleuriste on plante les oignons de tulipes, jacinthes, ornithogales, narcisses de Constantinople; les pattes et griffes d'anémone et de renoncule, qui auraient été oubliées.

Dans les terrains secs et légers, on continue les plantations d'arbres fruitiers et autres, et ils réussissent mieux qu'au printemps, parce que pendant l'hiver ils se fixent au sol et ont le temps d'émettre des racines. On arrache le céleri pour le planter près à près dans des tranchées profondes afin de le faire blanchir. Quelques jardiniers se bornent à le lier et le butter; d'autres à le recouvrir d'une bonne couche de litière , ce qui le rend plus facile à déterrer dans les fortes gelées. Si le temps est rigoureux, on couvre avec de la litière ou des feuilles sèches les artichauts, les laitues d'hiver, etc. On butte avec de la terre le pied de la plupart des végétaux pour les soustraire aux effets pernicieux des pluies et des gelées; on enveloppe de paille les grenadiers, lauriers et autres arbrisseaux du midi, ainsi que les figuiers.

On donne des tuteurs aux arbres verts pour les soutenir contre le givre et les grands vents. Enfin, on nettoie les arbres des mousses, lichens et autres plantes parasites.

Le labour général d'hiver se continue; on transporte les terres, on amende au plus tard dans ce mois celles qui doivent recevoir des plantes bulbeuses, mais il faut bien se garder de tondre, ébrancher ou tailler les arbres, quoique ces opérations soient indiquées pour novembre par quelques auteurs.

Châssis.
Voici le moment d'établir les premières couches à primeurs. Elles servent à repiquer les laitues se mées en août, septembre et octobre, pour pommer dans le milieu de décembre ou au commencement de janvier. On y sème de nouvelles laitues, soit a couper, soit à faire du plant, des raves, des radis, du crésson et du cerfeuil, on y transplante des pieds d'oseille, d'estragon, de persil, etc. et même des pieds d'asperge. Toutes ces plantes doivent être placées dans un ordre tel que l'on puisse retirer les fumiers à mesure qu'une place se videra, sans préjudicier aux autres plantes.

Dans les lieux obscurs et chauds, comme par exemple dans une cave ou autre souterrain, on fait les couches à champignons. A mesure que les gelées prennent de l'intensité et que les couches se refroidissent, on renou vellé leur chaleur au moyen de réchauds.

Dans les bâches on commence à forcer des arbres fruitiers et de la vigne On les taille, si déjà 'là vigne ne l'est pas; plusieurs fois dans l'hiver on les bine et laboure; on arrose  de manière à entretenir la terre fraîche, et l'on continue ces soins jusqu'à ce que les fruits, raisins ou autres, aient  acquis leur grosseur.

Souvent  on chauffe Ia vigne et les arbres fruitiers d'une manière plus simple. Devant un espalier à bonne exposition, on creuse; à 66 centimètres du collet des ar bres,une fosse de 50 centimètres environ de profondeur, sur un mètre de largeur; on la remplit de fumier chaud l'on élève en couche à 80 centimètres au-dessus du sol sur cette couche on pose des panneaux de serre que l'on appuie à leur sommet contre la muraille; on bouche les côtés avec des planches, et l'on calfeutre tous les interstices avec de la mousse, afin que le froid ne puisse pas pénétrer dans cette serre improvisée. On établit sur un des côtés un petit fourneau qui s'allume par le dehors, avec des tuyaux en terre qui parcourent la serre dans toute sa longueur. On donne à l'espalier les soins ordinaires, aux arbres que l'on force, et, quand la récolte est faite , on enlève la couche et les panneaux; on laisse, les arbres se reposer deux ans, après quoi on peut les forcer de nouveau.

Serres. 
Dans. l'orangerie on ménage beaucoup les ar rosements et on n'en donne, que ce, qui est rigoureusement nécessaire pour ne pas laisser sécher la terre des pots. On visite toutes les plantes les unes après les autres, pour, retrancher et enlever tout ce qui est attaqué de moisissure et, de pourriture, mais il faut éviter les grandes plaies, et si l'on était forcé : d'en faire sur les plantes charnues, il  faudrait porter ces plantes sur les tablettes de la serre chaude et les y laisser jusqu'à ce que la plaie fût bien cicatrisée.

Dans la serre chaude toutes les couches et tannées doivent être faites; si elles ne l'étaient pas, il serait encore temps de les établir. Les fourneaux sont allumés toutes les fois que le besoin l'exige; mais il faut modérer la chaleur  afin d'empêcher la végétation autant que possible. Le thermomètre centigrade doit se maintenir entre. 12 et 16 degrés. Il faut tenir en très bon état les tuyaux. des poêles, car s'ils laissaient échapper de la fumée dans la serre elle nuirait beaucoup aux plantes. On donne de l'air chaque fois que la température extérieure le permet. Il ne faut pas couvrir les vitraux de litière ou de paillassons avant que la rigueur du froid ne l'exige, impé rieusement, car la lumière est plus indispensable que jamais. On donne des arrosements modérés, et surtout on prend garde de mouiller les couches ou de laisser tomber de l'eau dans le coour des plantes, ce qui les ferait pourrir. Enfin, l'eau dont on se servira pour arroser dans ce mois comme pendant tout l'hiver, devra avoir séjourné dans la serre pendant au moins quarante-huit heures à l'avance.

Décembre

Pleine-terre. 
On peut déjà, à exposition très chaude et parfaitement abritée, risquer des semis de fèves de marais. Il est encore temps de planter des oignons de tulipes, jacinthes, narcisses et autres que l'on aurait oubliés, ainsi que des pattes et griffes d'anémones et de renoncules. On butte et enterre les choux brocolis. On jette sur les semis d'oseille et autres plantes vivaces du potager un peu de colombine pour hâter leur végétation. On laboure, on plante des arbres, et on continue tous les travaux du mois précédent. On sème encore : asperges, pois d'hiver, pois michaux; on sème ou l'on fait stratifier : aubépines, amandiers, érables, merisiers, rosiers, Sainte-Lucie, et toutes les graines osseuses d'arbres et arbrisseaux. On plante de l'ail et de la rocambole.

On échenille avec grand soin les arbres fruitiers, et on écrase ou brûle les nids. On nettoie et lave leurs vieilles écorces pour trouver et détruire les charançons et forficules qui se trouvent dessous.

Châssis. 
Dans ce mois on fait les couches très étroites, afin que la chaleur des réchauds puisse les pénétrer plus aisément. On y fait les mêmes semences qu'en novembre, telles que ciboule, cresson, laitue, panais, persil, radis, raves. On commence aussi à semer des concombres hâtifs, et on hasarde quelques châssis de melons qui périssent fort souvent faute d'air et de lumière. Sur la même couche on sème de la laitue à couper, qui ne gêne pas les melons, parce que ces derniers sont en état d'être repiqués en même temps que la laitue. Comme dans le mois précédent, on réchauffe quelques vieux plants d'asperges, et autres légumes, pour en obtenir des primeurs. Le fumier des réchauds et des couches du mois précédent est encore fort bon pour les nouvelles couches, en y ajoutant moitié de fumier chaud et neuf.

Serres.
Les gelées sont ordinairement très rigoureuses dans ce mois; aussi on veille avec plus de soin que jamais à maintenir la température intérieure des serres. Il ne faut pas cependant priver absolument les plantes d'air et de lumière, sous peine de les voir périr d'étiolement; d'un autre côte, il faut savoir leur donner ni trop d'arrosement pour les faire pourrir, ni trop peu pour les laisser se dessécher. C'est au jardinier à employer toutes les ressources de son intelligence pour éviter les nombreux écueils que l'inclémence de la saison lui montre de toute part.

On tient les poêles allumés jour et nuit, et cependant il faut maintenir la chaleur à un degré tel que les plantes ne végètent pas; car, sans cela, elles pousseraient des bourgeons étiolés qui, en périssant bientôt, entraîneraient après eux la perte de la plante entière. On tient, autant qu'on le peut, le thermomètre centigrade à 12 degrés dans la serre chaude, à 5 ou 6 dans la serre tempérée et à zéro dans l'orangerie. Dans cette dernière serre, il vaudrait mieux qu'il descendit à 1 ou 2 degrés au-dessous de glace, que de monter à 5 ou 6 au-dessus. On jette de la litière sur les panneaux, mais avec la précaution de l'enlever toutes les fois qu'il fait du soleil et que le froid n'est pas très intense. Si, à l'air libre, la température ne descendait pas au-dessous de zéro, on pourrait soulever les panneaux pendant une demi-heure ou une heure, pour renouveler l'air. Si par hasard elle montait à 4 ou 5 degrés, on les tiendrait ouverts.

Enfin, on prend toutes les précautions indiquées pour les mois précédera et suivant, on fait tous ses efforts pour éviter l'étiolement, et pour se garantir de la moisissure dont les progrès sont d'autant plus rapides que le lieu est à la fois plus chaud, plus obscur et plus étouffé.

Il faut, au moins une fois par jour, visiter toutes les plantes de serres chaude et tempérée, afin de remédier promptement aux maladies qui pourraient les attaquer, et surtout pour les tenir très proprement en enlevant les feuilles mortes et autres malpropretés qui pourraient provoquer la moisissure et la pourriture.

Nous n'avons pas besoin de dire qu'on ne doit allumer les fourneaux dans les orangeries qu'autant que la gelée menacerait d'y pénétrer. (M. Pirolle, P. Boitard et L. Noisette,1855)

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