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Cabet

Étienne Cabet est un socialiste français, né le 2 janvier 1788 à Dijon, mort le 9 novembre 1856 à Saint-Louis (Missouri [Etats-Unis]). Fils d'un tonnelier de Dijon, il fit de brillantes études, puis vint à Paris, étudia le droit, collabora au Journal de la Jurisprudence de Dalloz; obligé de gagner sa vie pour continuer ses études, il fut maître répétiteur dans plusieurs institutions. Reçu avocat, il se rallia au parti libéral, se fit affilier à la Charbonnerie française (Carbonarisme) et ne tarda pas à être nommé membre du comité directeur (1827). 

Après la révolution de 1830 il fut envoyé dans la Corse, en qualité de procureur général, les idées radicalement républicaines qu'il n'hésitait pas à afficher ne tardèrent pas à amener sa révocation. Il entra alors dans la société démocratique connue sous le nom de Aide toi le ciel t'aidera, et en 1834 il fut nommé député de la Côte-d'Or. Avec Rodde et Canchois-Lemaire, il avait fondé le Populaire, journal où la cause de la Pologne était soutenue avec une grande ardeur et où, en même temps, le ministère Thiers-Guizot était violemment pris à partie. Etienne Cabet dut se réfugier en Angleterre; il y resta cinq ans, se lia avec les amis du communiste anglais Robert Owen et, quand il revint en France, sous le bénéfice de la Prescription, en 1839, ses idées politiques et économiques avaient subi des modifications profondes. 

Ce fut à cette époque qu'il publia l'Histoire de la Révolution. Cabet eut à soutenir une lutte ardente contre l'école communiste rivale dont le chef était Dezamy. Les partisans de celui-ci l'emportèrent tout d'abord, mais Cabet ne tarda pas à reprendre le dessus. Il avait, en effet, en faveur de ses doctrines, imprégnées d'un vague spiritualisme, l'esprit christolâtre de l'époque, qui s'accommodait mieux de l'idéalisme mal défini de Cabet que du matérialisme de ses adversaires. En 1840, Cabet fit paraître l'oeuvre capitale de sa vie, celle qui devait donner à son école le nom qu'elle porte dans l'histoire, un roman philosophique intitulé Voyage en Icarie dans lequel il exposait, de la façon la plus complète, ses théories communistes. Il publia, en outre, un Almanach icarien et organisa une série de cours publics pour vulgariser sa doctrine. 

Entre temps il faisait reparaître le Populaire, dont les principaux rédacteurs furent Vauzy, les frères Watripont, Krolikowsky. Le journal eut de nombreux procès à Paris, Tours, Blois, Lyon, Toulouse, Saint-Etienne, Saint-Quentin, Rive-de-Gler. Les condamnations furent multiples et sévères, mais le seul résultat fut de grossir considérablement les rangs des icariens, et l'apparition du nouveau livre de Cabet, le Nouveau christianisme, fut un véritable événement dans le monde des travailleurs. En 1842, le comité des communistes lyonnais, dont les principaux chefs étaient Greppo, Vincent et Guinard, tenta vainement de réconcilier Cabet et Dezamy. La querelle persista, et le prolétariat adhéra en masse aux sections icariennes.

Cabet ne tarda pas à songer à passer de la théorie à la pratique; des souscriptions furent ouvertes pour l'organisation, en Amérique, d'une grande communauté icarienne; l'argent afflua de tous les côtés; des terrains furent achetés aux Etats-Unis, et, le 3 février 1848, une avant-garde icarienne s'embarquait à Brest pour le nouveau monde. En arrivant en Amérique, les émigrants apprirent la nouvelle du renversement du gouvernement de Louis-Philippe, et peu s'en fallut qu'ils ne reprissent le chemin de la France. Après de vives discussions ils décidèrent de persister dans leur entreprise, et, en juin 1848, ils arrivaient au Texas, épuisés de fatigues et de privations. Ils bâtirent quelques huttes, mais ils avaient choisi un emplacement malsain; la fièvre fit son apparition; le médecin de la colonie et cinq Icariens succombèrent. Ceux qui restaient battirent en retraite sur Shrewport et la Nouvelle-Orléans. Ils durent faire cinq cent milles dans un pays désert et avec des ressources dérisoires; en route ils perdirent encore quatre de leurs compagnons. 

Ce ne fut qu'en mars 1849 qu'ils arrivèrent à la Nouvelle-Orléans; ils y trouvèrent d'autres Icariens qui venaient d'arriver de Paris. Ils partirent, au nombre de 280 pour Nauvoo, ancienne ville mormonne de l'Illinois. Ils y furent rejoints par Cabet et 300 autres Icariens. Cabet s'était décidé à quitter la France, en juin 1848, après l'échec, à Paris, de sa candidature à l'Assemblée constituante, en dépit des nombreuses affiches placardées à profusion dans la capitale et portant ces seuls mots : Nommons Cabet! Il ne tarda pas à être rappelé en France par un procès judiciaire qui intéressait gravement son honneur. Une condamnation par défaut était prononcée contre lui, par le tribunal civil de la Seine, pour s'être indûment approprié 200,000 F du capital social de la communauté icarienne. Le jugement fut frappé à temps d'opposition, et le 26 juillet 1854, après de très émouvants débats, Cabet fut acquitté. Il revint à Nauvoo. La colonie avait d'abord prospéré, mais des querelles éclatèrent, des divisions intestines se produisirent, et Cabet, voyant son autorité méconnue, quitta Nauvoo à la tête de 200 icariens. Il mourut d'une attaque d'apoplexie.

Le système de Cabet.
Il y a une phase de transition et une phase de constitution définitive. La devise générale est la devise communiste : De chacun selon ses forces; à chacun selon ses besoins. Dans la phase de transition, Cabet admet qu'une période de cinquante ans est nécessaire avant que ses doctrines puissent recevoir leur complète application. Le droit de propriété est donc maintenu, mais seulement d'une façon transitoire. Le travail est libre et non obligatoire. Le but des gouvernants doit être l'établissement d'une inégalité décroissante et d'une égalité croissante. Les objets de première nécessité et les instruments de travail sont affranchis de tout impôt. Un impôt progressif est établi sur la richesse et le superflu. Le salaire des ouvriers est réglementé par une loi; les objets de première nécessité sont soumis à la taxation légale. Une somme de 500 millions, au minimum, est appliquée à assurer du travail aux ouvriers et des logements aux pauvres. L'armée est supprimée. Il n'y a pas, pour la femme, d'égalité politique.

Arrivons maintenant à la période dite de constitution définitive. Le territoire, sol et sous-sol, ne forme plus qu'un seul domaine, le domaine social. Tous les biens, meubles et immeubles, des associés, tous les produits de la terre ou de l'industrie, forment le capital social. Le peuple icarien délègue le pouvoir législatif à une assemblée populaire, il garde la décision suprême au moyen du droit de referendum, et se réserve l'attribution de la justice. 

Les mandataires sont élus à temps et sont toujours responsables. Le cumul des fonctions est interdit. L'obligation du mariage légal est absolue; le concubinat est proscrit sévèrement et le célibat réprouvé. L'enfant reste à la mère jusqu'à l'âge de cinq ans. Alors a lieu la réception scolaire, et jusqu'à dix-huit ans, il fréquente les écoles de la république. A dix-huit ans a lieu la réception ouvrière et l'éducation industrielle commence pour durer jusqu'à l'âge de vingt et un ans où a lieu la reception civique. 

Travail.
Le même nombre d'heures de travail est exécuté par chaque Icarien; les professions sont distribuées par voie de concours, et en tenant compte des aptitudes de chacun. Tous les produits de la terre et de l'industrie sont déposés dans les magasins publics. Les mandataires du peuple dirigent et organisent le travail dans toutes les branches de l'activité collective. Ils organisent aussi la répartition des produits, en déterminant le nombre d'objets nécessaires pour la consommation de chaque citoyen. L'Icarien à soixante-cinq ans, l'icarienne à cinquante ans, ont droit au repos absolu. L'argent monnayé est supprimé; le travail est rétribué en nature.

Les disciples de Cabet.

Après la mort du fondateur de la communauté, la majorité icarienne alla s'établir dans l'Iowa, où elle fonda une colonie qui existait encore, à grand-peine il est vrai, en 1888. De 1876 à 1880 de nouvelles divisions éclatèrent parmi les disciples de Cabet. Deux partis s'étaient formés : celui des progressistes (jeunes Icariens) et celui des non progressites (Icara). Le 17 avril 1876, la minorité progressiste réclama une séparation amiable. La majorité fit quelques concessions sur le mode d'admission dans la communauté, et les progressistes se soumirent. Mais, le 26 septembre 1877, les querelles recommencèrent plus violentes, et le 17 août 1878, à la demande de la minorité, la cour d'Iowa prononça la forfaiture de la charte de la communauté, et nomma trois liquidateurs qui, le 15 janvier 1879, furent remplacés par une commission arbitrale. Le 25 février 1879, la scission fut un fait accompli. La majorité (28 personnes) quitta Icarie et la jeune Icarie s'établit à Icarie Adam's Co et Iowa. La communauté ne comptait plus alors que douze hommes et douze femmes. Les disciples de Cabet possèdent un petit journal, la Jeune Icarie, qui paraissait assez irrégulièrement, qu'ils imprimaient eux-mêmes et qu'ils expédiaient quatre ou cinq fois par an à leurs coreligionnaires d'Europe, peu nombreux d'ailleurs. 

A l'école de Cabet il faut rattacher Krolikowsky, l'ancien rédacteur du Populaire, qui est mort en Amérique en 1883. Il avait modifié la doctrine du maître dans le sens d'une sorte de christianisme mystique. (A. Crié).

Voici la liste des ouvrages de Cabet : 

L'Emigration de M. Guizot à Gand; Réfutation de tous les écrits contre la communauté; Six lettres sur la crise politique; le Procès du communisme à Toulouse; Masques arrachés; le Salut est dans l'Union; le Voyage en Icarie; Réalisation de la communauté d'Icarie; Histoire de la Révolution (1789-1830); Almanach Icarien; Eau et feu; Guerre de l'opposition; le Vrai christianisme selon J.-C. (Paris, 1846); Notre procès en escroquerie (Paris, 1849); Procès et acquittement du citoyen Cabet (Paris, 1849); la Colonie Icarienne aux Etats-Unis (1856). 

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Dictionnaire biographique
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