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Les
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| Arnaud
de Brescia a été un réformateur supplicié
à Rome Arnaud de Brescia
est souvent cité parmi les précurseurs de la Réforme;
mais cette qualification ne peut être admise qu'avec quelques réserves.
Il n'eut jamais en vue qu'une part, la seconde part de l'oeuvre de ceux
que l'histoire appelle les réformateurs; car il ne paraît
avoir touché ni aux dogmes ni aux rites de l'Église. Otton
de Freisingen dit bien qu'il enseignait des erreurs sur la sainte Cène Ému des désordres, des corruptions et des conflits produits par les richesses de l'Église et par l'immixtion du clergé dans les affaires du siècle, visant la pauvreté apostolique, dont le mirage paraît avoir séduit beaucoup de ses contemporains, Arnaud prêchait une réforme morale, consistant en l'abandon complet par l'Église de tous ses biens et de tous ses pouvoirs temporels. Il fut un agitateur religieux, plutôt qu'un hérétique proprement dit. Aussi Baronius nous paraît-il avoir caractérisé judicieusement l'opposition qu'il fit au clergé de son temps, en l'appelant le patriarche des hérétiques politiques. L'oeuvre d'Arnaud
est mieux connue que sa personne, les documents faisant défaut pour
établir une histoire suivie de sa vie; plusieurs écrivains
y ont suppléé par des imaginations fantastiques. Il est probable
qu'il naquit à Brescia et il est certain qu'il y remplit, en sa
jeunesse, non l'office de prêtre, comme on l'a dit, mais les fonctions
d'un des ordres mineurs, celui de lecteur. De là, il se rendit en
France En 1145, on trouve
Arnaud à Rome, au milieu d'un mouvement singulièrement favorable
à ses sentiments et vraisemblablement suscité par la propagation
de ses idées. Un peu avant la mort d'Innocent
II (1143), les Romains s'étaient révoltés contre
lui et avaient constitué un sénat. Ils voulaient rétablir
l'Empire tel qu'il existait, alors que l'empereur et le Sénat gouvernaient
le monde. Ils invitèrent Conrad III à prendre le rôle
des anciens empereurs, à ne plus permettre qu'il y eût de
pape sans son consentement, ni que les prêtres s'occupassent de gérer
les affaires temporelles. Le pape Lucius II, qui voulut combattre ce mouvement,
fut tué, en menant ses troupes à l'assaut du Capitole (1145).
Le peuple somma son successeur, Eugène III, de se contenter du pouvoir
spirituel, sans autres revenus que les dîmes et les oblations volontaires.
Le pape quitta Rome L'effet qu'Arnaud de Brescia produisit sur ses contemporains atteste son ardeur et son éloquence. Quoiqu'il ne reste sur lui que les témoignages de ses adversaires, la sincérité et la pureté de ses moeurs n'ont jamais été contestées. Il était d'un désintéressement complet et d'une merveilleuse austérité, pratiquant lui-même ce qu'il réclamait de l'Église. Saint Bernard a écrit de lui : Il plût à Dieu que sa doctrine fût aussi saine que sa vie! Il ne mange ni ne boit; comme le diable, il n'a soif que du sang des âmes.Nicollini a fait un drame, dont Arnaud de Brescia est le principal personnage. Tantardini lui a élevé une statue, et son nom est resté populaire en Italie. Mais son oeuvre, comme toutes les entreprises précoces de réforme religieuse, qui n'ont pas été préparées dans les esprits et qui commencent par les choses extérieures, ne devait laisser aucun résultat durable. Son parti ne lui survécut que dans quelques disciples qui disparurent sans avoir de successeurs. En 1184, Lucius III condamna les arnoldistes, mais sans mentionner leurs doctrines. Ils sont encore nommés dans la loi que Frédéric II fit, en 1224, sur les hérétiques; mais vraisemblablement ils le sont pour mémoire, afin de ne rien oublier; car aucun fait relaté par les contemporains n'indique leur existence. (E.-H. Vollet). |
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© Serge Jodra, 2004. - Reproduction interdite.