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Bolingbroke (Henri Saint-Jean, vicomte de). - Politique et philosophe, né en 1678 à Battersea (Surrey), mort en 1750. Après avoir mené une jeunesse dissipée, il entra aux affaires, et y montra bientôt une habileté qu'on n'avait pas soupçonnée. Nommé en 1700 membre de la Chambre des Communes, il se déclara pour les tories, quoique toute sa famille fût whig (Tories et Whigs).  Il attira l'attention du roi Guillaume, puis de la reine Anne, et fut nommé secrétaire d'État en 1704. Renversé en 1708, il revint au pouvoir 2 ans après, fut chargé du ministère des affaires étrangères et conclut la paix d'Utrecht (1713). Pendant sa faveur, il fut créé pair avec le titre de comte de Bolingbroke. 

A la mort de la reine Anne (1714), Bolingbroke perdit tout son crédit et fut même proscrit par le Parlement et dépouillé de tous ses biens. Il se réfugia en France, et offrit ses services au prétendant Jacques III; mais bientôt, mécontent de ce prince, il s'en détacha et sollicita auprès du nouveau roi, Georges I, son retour en Angleterre; il ne put l'obtenir qu'en 1723. Il vécut d'abord à la campagne, étranger aux affaires : mais en 1725 il reparut sur la scène, et pendant dix ans il fut par ses écrits le plus redoutable antagoniste du ministère Walpole. Désespérant enfin du succès de ses efforts, il se retira de nouveau en France (1735) pour y passer le reste de ses jours; mais, incapable de se fixer, il retourna dès 1738 en Angleterre, où il mourut sans avoir pu ressaisir le pouvoir. Il avait épousé en secondes noces une Française, la marquise de Villette, nièce de Mme de Maintenon.

Bolingbroke a écrit pendant sa retraite un grand nombre d'ouvrages : les uns politiques, tels que Lettre au chevalier Wyndham sur le patriotisme, Idée d'un roi patriote, Des partis; les autres littéraires ou philosophiques, tels que Réflexions sur l'exil, Lettres sur l'étude de histoire, Lettres à M. de Pouilly (en français). Dans ces derniers écrits, il se montre déiste et attaque ouvertement la révélation; il fut en cela le précurseur de Voltaire qui plus d'une fois emprunta son nom. Tous les écrits de Bolingbroke ont été réunis à Londres par Mallet, 1754, 5 v. in-4; ils ont été réimprimés en 1809, 8 vol. in-8. Plusieurs ont été traduits en français, notamment les Lettres sur l'Histoire, par Barbeu Dubourg, 1752. Bolingbroke fut lié avec les plus grands écrivains de son temps, Prior, Swift et Pope : c'est lui qui donna à ce dernier le sujet et le fond de l'Essai sur l'homme, qui est son chef-d'oeuvre. Il fut lui-même un bon écrivain : son style est vif, orné et brillant.

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Dictionnaire biographique
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