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Léon Bloy


Ch. Grosdidier
2007
Bloy (Léon). - Écrivain et journaliste né à Périgueux en 1846, mort en 1917. On a dit de Léon Bloy qu'il était l'un des prosateurs les plus puissants de la langue française.  On a aussi comparé l'homme à un monstre. Malgré la « conspiration du silence » dont il s'estimait la victime, la plupart de ses oeuvres, un siècle après sa mort, ont été plusieurs fois rééditées. Quelques-uns de leurs titres, seulement, permettent d'apprécier Léon Bloy, l'écrivain... Propos d'un entrepreneur de démolitions, paru en 1884 et où il attaquait avec fougue le gotha littéraire du moment, Les funérailles du Naturalisme, Je m'accuse (on est en 1900, en pleine affaire Dreyfus), Belluaires et Porchers, Sueur de sang (1896), Le Mendiant ingrat (1898),  Mon Journal (1904), Quatre Ans de captivité à Cochons-sur-Marne (1906), Celle qui pleure, Le Sang du pauvre, Dans les Ténèbres... 

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Photo de Léon Bloy.
Léon Bloy (1846-1917).

C'est sa rencontre avec Barbey d'Aurevilly qui va pousser vers la littérature le jeune Léon Bloy tout juste débarqué à Paris. Publiant ses textes dans le Figaro, puis dans le Gil Blas, etc., il se pose déjà en défenseur de la foi chrétienne par opposition aux valeurs de l'humanisme et du progrès, mais la violence de son style l'éloigne très vite des milieux traditionalistes. Une rupture qui sera définitivement consommée après la publication de ses Dernières colonnes de l'Église, où sa verve mordante n'épargne aucun des grands écrivains catholiques qui appartiennent pourtant à sa famille de pensée : Brunetière, Huysmans, Bourget , etc. Seul Jehan Rictus s'en tire de justesse. 

La vie privée de Léon Bloy n'est pas non plus à l'image de celle des bigots : il rencontre une jeune prostituée, avec qui il mènera une aventure parcourue d'hallucinations mystiques qui mèneront la malheureuse jeune femme à la folie. Léon Bloy s'inspirera de leur passion pour écrire en 1887 son premier roman, le Désespéré. On y voit en particulier l'héroïne présenter à son amant son visage défiguré, après s'être fait arracher toutes les dents... Un passage bien connu, qui donne sur l'écrivain une idée de son absence totale de retenue.

Léon Bloy est assurément plus prudent dans la vie. En 1894, il refuse de se battre en duel, et est exclu du Gil Blas, le journal pour lequel il travaillait alors. Marié, et père de famille, il poursuivra sa carrière dans la gêne, consacrant une bonne part de son activité littéraire à écrire des lettres pour quémander des aides en argent, qu'il estimait pourtant ne l'obliger aucunement. Il verra mourir l'un de ses fils que ses prières adressées à l'au-delà, en remplacement des soins médicaux qu'il ne voulait pas engager, ne sauveront pas... 

Outre ses quelques sublimités pamphlétaires, il est possible d'aimer Léon Bloy pour au moins trois raisons. Sueur de sang, un recueil de nouvelles où, face à la presse antisémite, l'auteur du Salut par les Juifs (1892), avec plusieurs dizaines d'années d'avance,  fait montre d'une étonnante intuition en massacrant les Allemands dans un grand bain de sang... Exégèse des lieux communs (1902), une sorte de bêtisier dans lequel Léon Bloy tente de démontrer l'inversion des valeurs de ce monde par rapport au message évangélique. Enfin, comment ne pas ouvrir l'éternité à celui qui, dans ce qu'il a de plus authentique, tout au long de son oeuvre, de sa vie que parcourt un interminable frisson de haine pour l'état de bourgeoisie, s'écriait, alors que la France se partitionnait en deux pour un officier juif injustement accusé : « Je ne suis ni dreyfusard, ni anti-dreyfusard, je suis anti-cochon! »?  (Christophe Grosdidier, 2007).

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Dictionnaire biographique
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