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Blondel

Blondel de Néelle. - Poète français du Moyen âge. On n'a aucun détail sur sa biographie. Son surnom de Néelle n'indique pas même sûrement son origine, car on peut hésiter entre les nombreuses localités qui portent aujourd'hui le nom de Nesle ou de Noyelle (Aisne, Marne, Nord, Pas-de-Calais, Seine-et-Marne, etc.); il est probable toutefois que Blondel était originaire des environs de Béthune, où trois villages portent le nom de Noyelles. Comme plusieurs de ses poésies sont adressées an trouvère bien connu Quenes ou Conon de Béthune, on peut affirmer que Blondel vivait à la fin du XIIe siècle et au commencement du XIIIe. Ses poésies ont été publiées par Prosper Tarbé (Les Oeuvres de Blondel de Néelle, Reims, 1862, in-12). Elles se composent d'une trentaine de chansons ayant toutes l'amour pour sujet. Blondel est inférieur comme poète à quelques-uns de ses contemporains tels que Conon de Béthune, Jean Bodel, Gace Brulé; çà et là cependant quelques vers gracieux rompent la monotonie de ses épanchements amoureux, par exemple ce début d'une chanson :
Li rossignols annonce la nouvelle
Que la saison du doux temps est venue,
Que toute rien renaist et renouvelle,
Que Ii pré sont couvert d'erbe menue.
Un poète rémois de la fin du XIIIe siècle, Eustace Lepeintre, rappelle que Blondel fut un amant parfait et associe son nom à celui du légendaire Tristan et du célèbre châtelain de Coucy :
Onques Tristans n'aura de tel maniere,
Li chastelains, ne Blondiaus autressi
Comme j'ai fait, tres douce dame chiere.
Au nom de Blondel se rattache une touchante légende. Le plus ancien texte qui en fasse mention est la chronique de Rains, publiée par Louis Paris en 1837, qui paraît remonter aux dernières années du XIIIe siècle et qui contient un chapitre intitulé Comment li rois Richars fu mis hors de prison par Blondel le ménestrel. D'après ce récit, Blondel était un jongleur ou ménestrel que le roi Richard Coeur de Lion avait longtemps entretenu à sa cour. Lorsque ce prince, au retour de la croisade, eut fait naufrage sur les côtes de l'Adriatique, et que le duc d'Autriche l'eut fait saisir et enfermer dans le château de Durrenstein, sur les bords du Danube, on ignora longtemps en Angleterre le lieu de sa détention : le vaillant ménestrel jura de le trouver et il partit à la grâce de Dieu. Longtemps il erra en vain à la recherché de son maître. Enfin, le hasard le conduisit à Durrenstein, sous les murs du château : le roi prisonnier l'aperçut et se mit à chanter les premiers vers d'une chanson qu'il avait autrefois composée en collaboration avec Blondel et qui n'était connue que d'eux seuls. Le ménestrel sut ainsi que Richard était prisonnier dans ce château; il regagna en hâte l'Angleterre et informa les barons anglais de sa découverte. Ceux-ci s'empressèrent alors d'envoyer au duc d'Autriche une rançon considérable grâce à laquelle Richard fut immédiatement remis en liberté. 

Ce récit est reproduit avec quelques variantes dans les Anciennes chroniques de Flandre. Fauchet en donna, au XVIe siècle, une longue analyse, d'après un manuscrit qu'il possédait et qui est aujourd'hui à la Bibliothèque nationale. En 1705, parut un roman d'un auteur français aujourd'hui bien oublié, Mlle Lhéritier de Villaudon, où la vieille légende, empruntée sans doute à Fauchet, était arrangée au goût du jour. Ce roman, intitulé la Tour ténébreuse, fut analysé en 1776 dans la célèbre Bibliothèque des Romans, et c'est évidemment là que Sedaine a trouvé le sujet de l'opéra de Richard Coeur-de-Lion, représenté pour la première fois le 21 avril 1784. Cet opéra, dont la musique est, comme on sait, de Grétry, a donné à la légende de Blondel une vogue durable. Plus d'un historien a cru pouvoir admettre ce, récit, au moins dans ses traits essentiels : il n'est donc pas inutile d'affirmer nettement qu'aux yeux d'une saine critique cette légende n'a aucune valeur historique. Il est même très probable que le Blondel de la légende ne se rattache d'aucune façon, si ce n'est par le hasard du nom, au trouvère Blondel de Néelle dont nous avons parlé au commencement de cet article. Le fond du récit légendaire appartient au folklore : une variante a été appliquée un peu plus tard à la captivité du duc de Lorraine Ferry III (vers 1270), et dans cette variante curieuse le ménestrel Blondel est remplacé par le couvreur Petit-Jehan. (Antoine Thomas).

Blondel (Robert). - Ecrivain français du XVe siècle, né vers 1390, mort après 1460. Il était issu d'une noble famille du Cotentin qui possédait de grands biens à Ravenoville (canton de Sainte-Mère-Eglise, arr. de Valognes). Quand Henri V, après avoir débarqué à Saint-Vaast-la-Houque (août 1416) s'empara du Cotentin, cette famille s'enfuit en Bretagne, plutôt que de se soumettre au vainqueur, et perdit ses domaines. Ces malheurs et cette noble conduite des Blondel expliquent les sentiments qui animèrent dés lors le jeune Robert, son ardent patriotisme, sa haine pour les Anglais. Quand Paris fut tombé au pouvoir des ennemis (1418), quand la France elle-même fut livrée à Henri V par le traité de Troyes (mai 14420), R. Blondel exhala ses douloureuses et viriles protestations dans un poème latin, intitulé Liber de Complanctu bonorum Gallicorum, qui fut bientôt traduit en français par un autre clerc normand, appelé Robinet. La Complainte des bons Français paraît avoir eu, à cette époque, un grand retentissement. Blondel l'offrit au dauphin Charles, chef et dernier espoir du parti français. On est porté à supposer, d'après cela, qu'il vivait dans l'entourage du jeune prince et qu'il était peut-être attaché déjà à la maison d'Anjou. En 1434, il figure dans un document authentique parmi les serviteurs de la reine de Sicile, Yolande d'Aragon, belle-mère de Charles VII.

En 1449, le nom de Blondel reparaît avec éclat dans les circonstances les plus mémorables. Il était alors précepteur du jeune comte d'Etampes, François, neveu du connétable de Richemont et, après lui, héritier présomptif du duché de Bretagne. Charles VII venait de recommencer la guerre contre les Anglais; le connétable avec son autre neveu, François Ier, duc de Bretagne, attaquait le Cotentin, qu'il allait bientôt reprendre (septembre 1449). C'est alors que Blondel écrivit son Oratio historialis, où il résume l'histoire des luttes entre la France et l'Angleterre pour la possession de là Normandie, depuis Henri Ier jusqu'en 1420. L'ouvrage débute par un éloquent appel aux armes contre les oppresseurs de la France. Plus tard, il fut aussi traduit en français. C'est dans le prologue de l'Oratio historialis qu'on trouve le peu de détails que Blondel a laissés sur lui-même. Bientôt il eut le bonheur de voir les Anglais chassés du Cotentin et de toute la Normandie, après la capitulation de Cherbourg (12 août 1450). Il recouvra les biens de sa famille, que Charles VII lui rendit. Vers 1454, il devint aumônier de la reine de France, Marie d'Anjou (fille de Yolande d'Aragon) et précepteur de son fils Charles, duc de Berry. Il fut aussi employé, avec d'autres clercs, par Charles VII, à divers travaux historiques et littéraires. On ne connaît pas l'année de sa mort, mais elle est postérieure à 1460.

Outre la Complainte des bons Français et l'Oratio historialis, on doit encore à Blondel un ouvrage intitulé Reductio Normanniae et une traduction française des Douze périls d'enfer, traduction qu'il fit pour la reine Marie d'Anjou. La Reductio Normanniae est l'ouvrage le plus important de Blondel. Il y raconte le recouvrement de la Normandie, en 1449-1450, avec une abondance et une précision de détails qu'on ne trouve pas dans les autres chroniques du temps, pas même dans celle de Berry. On sent qu'il connaissait bien le théâtre et les principaux acteurs des événements qu'il expose. D'ailleurs, il était bien placé pour voir les choses par lui-même et pour recueillir tous les renseignements dont il avait besoin. C'est là ce qui donne à son oeuvre une valeur toute spéciale, quoique son style, souvent trop poétique, n'ait pas le naturel et la simplicité qui conviennent à l'histoire. Un érudit anglais des plus compétents, J. Stevenson, d'accord avec Vallet (de Viriville) considère la Reductio Normanniae comme le récit le plus important et le plus complet de la célèbre campagne qui se termina par l'expulsion des Anglais.

Les manuscrits qui contiennent les oeuvres de Blondel sont à la Bibliothèque nationale, à Paris (Mss, lat. 5964, 6915, 6198, 6707, fr. 4916, 17516, etc.). La Reductio Normanniae a été publiée, avec le Recouvrement de la Normandie du héraut Berry, par J. Stevenson dans le volume de la collection des Rerum britannicarum medii aevi scriptores intitulé Narratives of the expulsion of the English from Normandy m.CCCC.XLIX-M.CCCC.L. il est très probable que R. Blondel fit encore d'autres ouvrages, notamment un petit poème latin sur Jeanne d'Arc (Mss. lat. 5970). (E. Cosneau).

Blondel (David). - Ministre et écrivain protestant, né à Châlons-sur-Marne (Châlon-en-Champagne) en 1591, mort à Amsterdam en 1655. Bayle dit de lui «-qu'il a passé pour un des hommes du monde qui avait la plus grande connaissance de l'histoire ecclésiastique et de l'histoire civile ». De 1614 à 1644, il fut pasteur de l'église de Houdan, qui se réunissait dans le château de François de La Rochefoucauld, comte de Roussy. En 1644, le synode de l'lsle-de-France, convaincu que Blondel, qui avait déjà publié plusieurs livres avec un grand succès, rendrait à l'Eglise plus de services par ses écrits que par sa prédication, lui permit de résider à Paris, où il devait trouver plus de facilités pour ses études; et le synode national, tenu à Charenton, lui alloua un traitement supplémentaire de mille livres. Après la mort de Vossius, les curateurs de l'Ecole-Illustre d'Amsterdam l'appelèrent pour lui succéder dans l'enseignement de l'histoire
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David Blondel.
David Blondel.

Les frères Haag ont donné dans la France protestante la liste des ouvrages de Blondel. Voici les principaux : Modeste Déclaration de la sincérité et vérité des Eglises réformées de France (Sedan, 1619, in-8). Ce livre est une réponse aux attaques de quelques écrivains catholiques, principalement de l'évêque de Luçon, qui fut plus tard le cardinal Richelieu. Pseudo-Isidorus et Turrianus Vapulantes (Genève, 1628, in-4) : démonstration de l'inauthenticité des Fausses-Décrétales. Traité historique de la primauté de l'Eglise, auquel les Annales du cardinal Baronius, les Controverses du cardinal Bellarmin, la Réplique du cardinal Du Perron sont confrontées avec la réponse du sérénissime roy de la Grande-Bretagne (Genève, 1641, in-fol.). Familier éclaircissement de la question si une femme a esté assise au Siège papal de Rome, entre Léon IV et Benoist III (Amsterdam, 1647, in-8, et 1649). 

Cet écrit, qui réfute la fable de la papesse Jeanne, valut à Blondel les applaudissements des catholiques et le blâme de plusieurs protestants. Actes authentiques des Eglises réformées de France, Germanie, etc., touchant la paix et charité fraternelle que tous les serviteurs de Dieu doivent sainctement entretenir avec les Protestants qui ont quelque diversité, soit d'expression, soit de méthode, soit même de sentiment, rassemblées pour la confirmation et consolation des âmes pieuses et pour l'instruction de la postérité (Amsterdam, 1655, in-4); Commonitorium de fulmine nuper ex Esquiliis vibrato, sive adversus Innocentii Bullam in tractatum Monusteriensem (Amsterdam, 1651, in-4) : traité en faveur de la liberté de conscience, publié sous le pseudonyme d'Amandus Flavianus. (E.-H. Vollet).

Blondel (François), sieur des Croisettes et de Gallardon, diplomate, mathématicien, ingénieur militaire, architecte et architectonographe français, né à Ribemont (Aisne) en 1617 ou 1618, mort à Paris le 21 janvier 1686. Fils d'un professeur de mathématiques et ayant reçu une très forte éducation littéraire et scientifique, François Blondel fut choisi par le secrétaire d'Etat de Loménie pour diriger son fils, Louis-Henri de Loménie, comte de Brienne, pendant un voyage d'études accompli de 1652 à 1655 dans le nord de l'Europe, l'Allemagne et l'Italie, voyage dont on possède une relation latine parue en 1660 et rééditée en 1662 avec un index géographique. Blondel fut ensuite envoyé en juin 1657 à Berlin pour travailler conjointement avec d'Avaugour et de Lumbres à maintenir l'électeur de Brandebourg, Frédéric-Guillaume, dans l'alliance franco-suédoise, et quitta la Prusse en novembre 1658 pour aller remplir une nouvelle mission diplomatique à Constantinople au sujet de l'affaire Jean de la Haye-Vantelet, d'un ambassadeur français détenu à Andrinople, mission dont Blondel profita pour visiter l'Egypte

A son retour, poursuivant ses études mathématiques, il fut attaché comme géomètre à l'Académie royale des sciences en 1664 et nommé membre titulaire de cette Académie en 1669; mais la vue des monuments antiques de la ville de Rome lui avait donné le goût de l'architecture et, nommé ingénieur du roi, il se montra, en 1665, savant constructeur dans la restauration et l'agrandissement du pont de Saintes sur la Charente et dans la restauration de l'arc antique à deux étages de deux arcades chaque qui décore ce pont. En 1666, il donna le tracé de la nouvelle ville de Rochefort, sous la direction de M. de Clerville, ingénieur général du royaume, et commença la construction de la corderie et des forges de l'arsenal de cette ville, travaux qu'il interrompit pour faire en Amérique un voyage nécessité par l'état de des colonies françaises. 

Revenu en France et nommé successivement conseiller, lecteur et professeur du roi en mathématiques, professeur et directeur de l'Académie, royale d'architecture (dont il prononça le discours d'ouverture le 31 décembre 1671), puis maréchal de camp aux armées du roi et maître de mathématiques de M. le Dauphin, François Blondel, chargé de conférences sur l'architecture, eut la direction des ouvrages élevés par la ville de Paris au pourtour de son enceinte en l'honneur de Louis XIV. C'est ainsi que, de 1670 à 1677, il restaura, agrandit et décora de nouveaux ornements et d'inscriptions latines de sa composition la porte Saint-Antoine et la porte Saint-Bernard, aujourd'hui démolies, et que, avec le concours de Michel Anguier et de Girardon, il fit élever, en 1671 et 1672, la porte Saint-Denis, arc de triomphe monumental qui passe encore aujourd'hui pour un modèle de ce genre d'édifices. Il décora aussi vers la même époque le choeur de l'église Saint-Laurent à Paris, église au chevet de laquelle il ajouta la chapelle de la Vierge sur un plan elliptique qui termine ce monument.

François Blondel fut de plus un écrivain fécond dons les genres les plus divers et a laissé les ouvrages suivants : 1° Comparaison de Pindare et d'Horace, dissertation parue à Paris en 1673, in-12, et réimprimée dans les Oeuvres diverses du P. Rapin (La Haye, 1725, in-12); 2° Notes et figures pour la réimpression de l'Architecture française des bâtiments particuliers composée par Louis Savot, médecin (Paris, 1673 et 1685, in-8); 3° Relation des quatre principaux Problèmes d'architecture (Paris, 1673, in-fol., impr. roy., réimprimée dans le Recueil de plusieurs traités de mathématiques de l'Académie royale des sciences, 1677, infol. et 1729, in-4, avec pl. [t. V, dédié à Colbert); ces quatre problèmes traitent les sujets suivants : de l'enflure et de la diminution des colonnes; du tracé des arcs rampants et des joints de tête des arcs rampants; de la coupe des poutres pour les rendre également résistantes; 4° Cours d'architecture enseigné dans l'Académie royale (Paris, 1675, in-fol. pl.), augmenté et réimprimé en 1698 (Paris, 2 vol. in-fol.) comprenant cinq parties, et l'oeuvre la plus précieuse de cet auteur; 5° histoire du Calendrier romain (Paris, 1682, in-4 et La Haye, 1684, in-12); 6° Cours de mathématiques, pour le dauphin (Paris, 1683, 2 vol. in-4); 7° Nouvelle manière de fortifier les places (1683, in-4) et 8° l'Art de jeter les bombes (La Haye, 1685, in-12); ces deux mémoires, présentés en 1675 au roi Louis XIV, qui récompensa l'auteur mais ordonna d'en différer l'impression, de crainte de fournir aux ennemis de la France les moyens d'attaquer avec succès ses places fortes maritimes. (Charles Lucas.).

Blondel (Jacques-François). - Architecte et architectonographe français, né à Rouen le 17 janvier 1705, mort à Paris, au Louvre, le 9 janvier 1774, neveu et élève du précédent. Jacques-François Blondel vint à Paris vers 1729; il restaura en 1732 l'hôtel d'Aumont, rue des Poulies, puis il ouvrit, en 1739, un cours d'architecture qui groupa autour de lui un certain nombre d'élèves, lui valut une juste célébrité et le fit recevoir le 5 septembre 1756 membre de l'Académie royale d'architecture dont il devint aussitôt un des professeurs : il resta même, malgré ses voyages, en fonction jusqu'à sa mort. On sait que Jacques François Blondel fit exécuter divers travaux à Paris dans des églises ou des hôtels aujourd'hui démolis; mais c'est surtout dans les provinces du Nord et de l'Est qu'il eut occasion de montrer son talent d'artiste et de constructeur. On lui doit à Metz, de 1764 à 1774, l'Hôtel de Ville, la décoration de la place d'Armes, le grand portail de la cathédrale et divers travaux d'agrandissement du palais épiscopal ainsi que les plans d'un hôtel du Parlement et d'un nouvel évêché qui ne furent pas exécutés; à Cambrai, en lui attribue la réfection de l'ancien couvent des Bénédictins, aujourd'hui palais archiépiscopal; enfin à Strasbourg, où il fut nommé membre de la Commission chargée de veiller à la conservation de la cathédrale, il fit construire, vers 1768, l'Hôtel de ville, la salle de spectacle, de nouvelles casernes et des ponts en pierre.

Blondel, qui donna pour ses élèves une édition française des oeuvres de Vignole, fut plus célèbre encore par ses ouvrages et surtout par son Cours d'Architecture française que par les nombreux édifices qu'il fit exécuter. On lui doit, outre des Discours et des Mémoires tirés à part : 1° De la distribution des maisons de plaisance et de la décoration des édifices en général (Paris, 1737, 2 vol. in-4, 160 pl.); 2° Architecture française ou recueil des plans, élévations, coupes et profils des églises, maisons royales, palais, hôtels et édifices les plus considérables de Paris, ainsi que des châteaux et maisons de plaisance situés eux environs de cette ville, ou en d'autres endroits de la France, bâtis par les plus célèbres architectes et mesurés exactement sur les lieux, avec la description de ces édifices, et des disser taions utiles et intéressantes sur chaque espèce de bâtiments (Paris, 1752-1758, 4 vol. in-fol., 600 pl.), cet ouvrage est le plus précieux que nouss possédions sur l'architecture française depuis la Renaissance jusqu'au milieu du XVIIIe siècle et est généralement connu, parmi les érudits, sons le nom de grand Blondel pour le distinguer du Cours d'Architecture en 2 vol, de Français Blondel; 3° Cours d'Architecture civile, ou Traité de la décoration et contruction des bâtiments, augmenté (terminé) par Patte (Paris, 1771-1777, 6 vol. de texte et 3 de pl., in-8.). (Charles Lucas).

Blondel (Jean-Baptiste). - Architecte français, né à Paris, où il mourut en mars 1825. Jean-Baptiste Blondel, qui passe pour avoir appartenu à la famille du précédent,  les Blondel originaires de Rouen, fut attaché comme architecte de la Ville de Paris à la section des Halles et Marchés et fit, avec Delannoy, vers la fin du premier Empire, d'importants travaux d'agrandissement à l'ancien marché du Temple, puis dirigea seul la construction du marché Saint-Germain, près de l'église Saint-Sulpice, sur l'emplacement de l'ancienne foire de ce nom, marché qui, lors de son ouverture, fut considéré comme « le plus vaste, le plus beau et le mieux construit de tous les marchés de Paris et même de France ». Le marché Saint-Germain fut publié par son auteur sous le titre de : Plan, coupe et élévation et détails du nouveau marché Saint-Germain (Paris, 1816, in-fol., 11 pl.,). Une seconde édition parut en 1843, par les soins de Lusson. (Ch. L.).
Blondel (Laurent). - Hagiographe français, né à Paris le 28 juillet 1671, mort à Argence (Eure) le 25 juillet 1740. Après avoir terminé ses études théologiques et reçu la tonsure, il vécut dans l'intimité de l'abbé Loger, curé de Chevreuse, possesseur d'une riche bibliothèque, rassembla les premiers matériaux d'une histoire de Port-Royal dont il visitait souvent les ruines, et fournit à Jacques Boileau des notes pour son Histoire des Flagellants. Après avoir professé dans les «petites écoles » de Chaillot et de Chevreuse, il surveilla pendant dix-sept ans les travaux de l'imprimerie de Desprez à Paris, puis passa les douze dernières années de sa vie à Vernouillet, près de Chartres. Très versé, dit l'abbé Goujet, dans la bibliographie, il n'a laissé toutefois que des livres d'édification rédigés au point de vue janséniste : Vie des saints pour chaque jour de l'année (1722, in-fol.); Idées de la perfection chrétienne (1727, in-12); Epîtres et Evangiles des dimanches et fêtes (1736, in-16). (M. Tx.).
Blondel (Pierre-Jacques). - Littérateur français, né à Paris en 1674, mort dans la même ville le 31 avril 1730. Clerc tonsuré, il fut nommé prieur de Saint-Jean-Saint-Doucelin-d'Alonne (diocèse d'Angers), et remplit les fonctions de précepteur dans la famille de Montaran. Il fournit, de 1702 à 1710, le compte rendu des séances de l'Académie des inscriptions et de celle des sciences aux Mémoires dits de Trévoux et aux Nouvelles de la république des lettres. Il a également publié dans le premier de ces journaux un Avis touchant les dictionnaires universels (mai 1708). P.-J. Blondel faisait partie d'une sorte d'académie particulière ou l'on traitait alternativement des sujets sérieux ou burlesques, mais où, dit le Moreri de 1759, « la liberté de penser était poussée trop loin ». C'est sans doute pour ce motif que rien ne nous a été conservé des travaux de cette société, non plus que les noms de ses membres. On peut du moins juger de la causticité de son principal représentant par un curieux Mémoire sur les vexations qu'exercent les imprimeurs et libraires de Paris (1725, in-fol.), où il dénonçait des abus criants. La corporation qu'il visait eut le crédit de le faire supprimer et peut-être d'empêcher un second mémoire, annoncé par l'auteur, et qui n'a jamais paru. Le premier a été réimprimé par Lucien Faucon dans le Moniteur du bibliophile et tiré à part (1879, in-4).  On serait tenté de restituer à son homonyme un autre livre de P.-J. Blondel : les Vérités de la religion enseignées par principes (1705, in-42), si l'on ne savait qu'il y avait paraphrasé un sermon de l'abbé Bignon, bibliothécaire du roi, dont il espérait ainsi s'attirer les bonnes grâces. (M. Tx.).
Blondel (François),. - Médecin français, né à Paris, mort à Paris le 5 septembre 1682. Nommé professeur de botanique en 1647, trois fois doyen en 1658-1660, il a laissé la réputation d'une grande érudition; mais il était pédant, orgueilleux et chicaneur et intenta un procès aux écoles de la rue de la Bûcherie. Il combattait avec ardeur la secte chimique, mais faisait une guerre aveugle à l'antimoine. Outre les trois derniers volumes des Commentaires de Chartier sur Hippocrate, il a publié diverses thèses, entre autres Statuta Facultatis medicinae Parisiensis (Paris, 1660, in-12). (Dr L. Hn).
Blondel (Jean-François). - Architecte français, né à Rouen en 1681 ou 1683, mort à Paris le 9 octobre 1756. Cet artiste, que l'on ne peut rattacher par aucun lien de parenté au précédent, le célèbre François Blondel, architecte et maréchal de camp des armées du roi Louis XIV, fut le premier en date d'une nouvelle famille d'architectes distingués et acquit, par ses propres talents, une réelle réputation, tant à Rouen où il fit construire, vers 1725, l'hôtel des Consuls, aujourd'hui Palais de la Bourse, qu'à Paris où il devint architecte du roi et fut nommé membre de l'Académie royale d'architecture en 1728. Cette réputation le fit aussi appeler à Genève où il donna les plans de trois grandes et belles maisons de plaisance, dont celle connue sous le nom d'hôtel Buisson; mais c'est à Paris et dans les environs de cette ville que furent exécutées les principales oeuvres de cet architecte auquel on devait la chapelle de la Communion de l'église Saint-Jean-en-Grève, près de l'Hôtel de Ville, chapelle qui comprenait vestibule, fonts baptismaux, sacristies des messes et des vêtements, sanctuaire et choeur avec bas-côtés exhaussés formant tribunes au pourtour; le maître-autel avec baldaquin de la chapelle de la Vierge de l'Eglise Saint-Sauveur; les agrandissements de l'habitation de M. Rouillé, secrétaire d'Etat, dans la rue des Poulies; une maison de
plaisance à Charonne (alors petit village près de Paris); l'hôtel des Gardes du corps à Versailles, etc. On attribue de plus à Jean-François Blondel la direction des fêtes des deux mariages du second dauphin, père de Louis XV, fêtes dont les dessins ont été gravés en 2 vol. in-fol. Cet artiste appartint comme membre honoraire amateur à l'Académie royale de peinture dès 1707, mais ne figure plus sur les listes de cette académie dès 1715. (Charles Lucas).
Blondel (Louis-Augustin). - Gentilhomme ordinaire et honoraire de la maison du roi, conseiller d'Etat, diplomate français, né à Paris le 26 octobre 1696, mort après 1760. Blondel était fils de messire François Blondel, seigneur de Vaucresson, conseiller du roi, trésorier-général de France en la généralité, de Caen, et de dame Jeanne-Marie Morin. En 1713, il entra à l'Académie politique fondée par Torcy. En 1717, le régent le chargea d'une mission en Espagne à l'occasion de la guerre de Sicile et, en 1719, il l'envoya également en Hanovre pour les affaires relatives à la pacification du Nord. Mais c'est en 1725 que Blondel débuta réellement dans la carrière diplomatique. Ayant été envoyé à Turin, il y resta comme chargé d'affaires depuis le départ du comte de Cambis (16 juin 1725) jusqu'à son retour (17 novembre 1725) et de nouveau du 13 avril 1726 au 19 juillet 1782. Il eut à suivre une foule d'affaires importantes dans ce poste, à l'occasion des traités de Séville et de Vienne, des négociations préparatoires au traité de Turin et du passage des cardinaux français qui se rendaient à Rome. La conduite de Blondel à Turin lui valut d'être envoyé à Mayence avec le grade de ministre. Il reçut des instructions, datées du 1er octobre 1732 et séjourna auprès de l'électeur du 7 février 1733 au 4 avril 1734. Il alla ensuite résider avec le même grade auprès de l'électeur palatin, et reçut dans ce but des instructions datées du 19 décembre 1734. Son séjour dans ce poste dura du 23 janvier 1735 au 1er octobre 1740. Il ne le quitta que pour revenir à Mayence. L'électeur de Mayence étant chancelier de l'empire en Allemagne, on donnait à Blondel une mission de confiance en l'envoyant auprès de lui. La mort de l'empereur Charles VI ouvrait en effet les deux questions de l'élection à l'Empire et de la succession d'Autriche, Blondel qui avait reçu des instructions datées du 25 décembre 1740, fut chargé de diriger les opérations de la diète électorale de Francfort et prit part à l'élection de l'empereur Charles VII et de son successeur. De 1741 à 1746, il dirigea toute la politique française auprès des diètes d'élection et des diètes d'Empire. Après la conclusion de la paix d'Aix-la-Chapelle, on lui confia une mission particulièrement délicate, en l'envoyant à Vienne, pour reprendre les relations que la guerre avait interrompues. Il devait s'attacher, disait son instruction (25 mars 1749)
« à faire entendre que la paix qui a été conclue à Aix-la-Chapelle par les soins infatigables du roi, doit désormais être a base du système que Sa Majesté veut suivre pour entretenir le repos et la tranquillité dans toute l'Europe, et que, dans cette vue, Sa Majesté est disposée, déterminée même, à entretenir l'union la plus cordiale avec la cour de Vienne-». 
Blondel réussit dans sa mission et, quand il revint en France, en 1751, il rapportait les premières ouvertures pour l'alliance franco-autrichienne. Indépendamment de ces différentes fonctions, Blondel fut chargé de diverses missions temporaires près du duc de Württemberg, du duc de Deux-Ponts, du landgrave de Hesse-Cassel, de l'évêque de Wurzbourg et, à deux reprises, près de l'électeur de Cologne. Il est un des plus remarquables exemples de ce genre de diplomates tels que les Durand, les Hennin, particuliers à l'Ancien régime, qui étaient-chargés de toute la partie importante et de tout le détail des négociations politiques, tandis que le sain de la représentation était laissé à quelque grand seigneur élégant et fastueux, qui n'avait, en réalité, que la direction nominale de l'ambassade ou de la légation.  (Louis Farges).
Blondel (Henry-Joseph). - Peintre français, né en 1781 à Paris, où il est mort en 1853. Elève de Regnault, il obtint le grand prix de Rome en 1803; le sujet du concours était Enée portant son père Anchise. Après son début au Salon de 1806, les principales toiles qu'il exposa furent : Homère demandant l'aumône, gravé par Dien, et la Mort de Louis XIII, actuellement au musée de Dijon (S. 1812); la Mort de Louis XII (S.1817). Ce tableau, maintenant au musée de Toulouse, obtint une médaille d'or; le Triomphe de la Religion sur l'Athéisme (S. 1834. Au musée du Puy); Portrait de M. Ch. Percier, architecte , membré de l'Institut (S. 1839); Philippe-Auguste et Richard Coeur-de-Lion s'emparent de Ptolémaïs (S.1841, galeries de Versailles); la Chute d'Icare, Zénobie mourant sur les bords de l'Araxe, l'Évanouissement d'Hécube après l'enlèvement de sa fille Polyxène, Sapho rappelée à la vie par le charme de la mélodie, Élisabeth de Hongrie déposant la couronne aux pieds de l'image du Christ, la Reddition de Ptolémaïs (au musée de Versailles), Philippe-Auguste à Bouvines (au Palais-Royal), Philippe le Long recevant la couronne, Louis XII proclamé père du Peuple, etc.

Il a exécuté, en outre, de nombreuses peintures décoratives parmi lesquelles on remarque les suivantes : le plafond de la salle ronde précédant la galerie d'Apollon au Louvre; Eole déchaînant les vents contre la flotte troyenne (S. 1819); le plafond de la salle de Henri Il au Louvre, composé de trois compartiments : la Dispute de Minerve et de Neptune, Mars et la Paix (S. 1822); le Salon et la galerie de Diane au château de Fontainebleau ainsi que la grande galerie de Fontainebleau, comprenant quarante compositions, mythologiques : les peintures en grisaille de la Bourse de Paris (1826); la chapelle des morts à l'église Notre-Dame-de-Lorette (1834); à Versailles, les portraits historiques des Héros de la première croisade, de Rois de France (3e dynastie), de Maréchaux anciens et modernes, etc. Les peintures décoratives de la Salle des Etats Généraux à Versailles sont aussi de sa main.

Blondel avait été décoré en 1824, nommé professeur à l'Ecole des beaux-arts en 1832 et membre de l'Institut la même année. En revoyant aujourd'hui ses oeuvres, d'un dessin correct, mais d'une touche sans vigueur, d'un modelé indécis et d'un coloris froid et sans harmonie, on s'explique difficilement la vogue dont elles jouirent au moment de leur apparition. (Ad. T.).

Blondel (Henri). - Architecte français, né à Reims (Marne) vers 1825. Henri Blondel, qui tint une place à part dans le grand mouvement de travaux d'architecture privée, occasionnés à Paris par les nombreux percements de voies nouvelles accomplis pendant le dernier tiers du XIXe siècle, s'est trouvé faire exécuter, dans ce laps de temps, des constructions présentant un réel caractère artistique, telles que l'hôtel de la Caisse des dépôts et comptes-courants, à l'angle de la rue du Quatre-Septembre et de l'avenue de l'Opéra; le passage de l'Industrie sur le boulevard Sébastopol; les magasins de la Belle-Jardinière, réédifiés à l'angle de la rue du Pont-Neuf et du quai de la Mégisserie, et l'hôtel Continental, sur les terrains de l'ancien Ministère des finances, à l'angle de la rue de Castiglione et de la rue de Rivoli. C'est après l'inauguration de ce vaste édifice, dans lequel sont à noter de grandes et ingénieuses distributions intérieures, ainsi que de brillants travaux de décoration, et à la suite de l'exposition complète de ces diverses constructions ainsi que des, abattoirs de Vincennes et de maisons ouvrières érigées à Charenton, que Blondel obtint, au Congrès international de 1878, la grande médaille de la Société centrale des architectes français, et fut nommé peu après chevalier de la Légion d'honneur. Cet architecte, à la suite du prolongement de la rue du Louvre, fit modifier et aménager à l'usage de bourse du commerce l'ancienne halle aux blés de Paris, dont il dut détruire en partie la galerie circulaire. (Ch. L.).
Blondel (Paul). - Architecte français, né à Belleville (alors faubourg de Paris), le 6 janvier 1847. Elève de Daumet et de l'École des Beaux-Arts, Paul Blondel fut lauréat des prix Deschaumes et Achille Leclerc, remporta le deuxième second grand prix d'architecture, en 1875, sur un projet de Palais de Justice pour Paris et le premier grand prix l'année suivante sur un projet de Palais des Arts. Ses envois de Rome, exposés aux Salons annuels, lui valurent une troisième médaille en 1880 et une première médaille en 1881 à l'occasion de ses belles études de restauration du Temple de la Concorde, au pied du Tabularium, à Rome, et du Casin antique de la villa Hadrienne, à Tivoli. A son retour à Paris, Blondel fut attaché, comme auditeur, au Conseil général des Bâtiments civils pendant les années 1881 et 1882, nommé inspecteur des travaux du même service et ouvrit un atelier d'architecture. On doit à Blondel la construction de plusieurs édifices publics et privés : Caisse d'épargne, dispensaire, diaconat-bibliothèque et hôtels à Mulhouse; Caisse d'épargne à Mayenne; école professionnelle des aveugles et cité ouvrière Lombart, à Paris. (Ch. L.).
Blondel d'Aubers. - Magistrat français, mort à Paris le 23 mars 1830. Il était conseiller au parlement de Paris, au moment de la Révolution. Il émigra pendant la Terreur et rentra en France après le 18 brumaire. En 1815, il fut élu membre de la Chambre des députés et siégea sur les bancs de la majorité. Il fit partie de plusieurs commissions importantes, notamment de celle qui fut chargée d'examiner la proposition de Hyde de Neuville, sur la réduction du nombre des tribunaux. Non réélu en 1816, il revint à la Chambre aux élections de 1820. En même temps, il avait été nommé conseiller à la cour de cassation. Il n'y siégea que quelques années et prit sa retraite avec le titre de conseiller honoraire. (G. L.).
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