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Les
gens
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| Arétin
(Pierre l'), fameux poète satirique et licencieux, né le
20 avril 1492, mort en 1557. Il naquit dans l'hôpital de la petite
ville d'Arezzo A Rome, il entre comme domestique dans
la maison d'un riche négociant, Augustino Chisi, vole une tasse
d'argent, disparaît, entre au service du cardinal A Bologne, écrit-il cyniquement, on a commencé à me donner.Il revient à Rome, mais Léon X est mort et l'austère Adrien VII lui succède. Il se lamentait encore, lorsque Adrien meurt remplacé par un nouveau Médicis, Clément VII. L'Arétin a trente-deux ans, il faut qu'il hâte sa fortune; il écrit les Laude di Clemente VII (Rome, 1521), qui lui valurent une pension du pape. La même année Jules Romain (Giulio Romano) ayant dessiné, pour ses amis, seize figures de la plus extrême licence, Marc-Antoine les grava et en répandit des exemplaires. La cour papale, qui était difficile à scandaliser, se fâcha néanmoins; Jules Romain prit la fuite, Marc-Antoine fut mis en prison. Le crédit de l'Arétin était déjà fort grand, car il sollicita et obtint le pardon des coupables. Mais, par une moquerie impudente, il s'avisa d'écrire pour les seize figures seize sonnets explicatifs. Se croyait-il assez fort pour se permettre tout? Voulait-il un scandale ? Il fut, en tout cas, obligé de quitter Rome au plus vite. Mais il était célèbre, et Jean de Médicis l'invita à venir auprès de lui. Ce prince aventurier fut un des meilleurs protecteurs de l'Arétin. Il le reçut magnifiquement, en fit son favori, lui donna libéralement le vivre, le couvert et la bourse, et à Milan le présenta à François Ier, qui s'entretint longtemps avec lui et paya royalement cette conversation d'un poète. Quand on commença à se battre, il crut prudent de rentrer à Rome. Là, ses querelles avec Berni, le fameux poète burlesque, achevèrent sa célébrité; mais, en 1526, Jean de Médicis meurt, l'Italie est à feu et à sang, il ne se sent plus protégé suffisamment, c'est à Venise Dès son arrivée, il accable
le doge et tous les seigneurs puissants de sonnets et d'épîtres Avec la fortune, son système d'intimidation
lui procura un autre bien : la liberté. Lui seul, peut-être,
à l'époque, a le droit de tout dire, et il en use. Il attaque
qui lui plaît, rois, princes et cardinaux Il était pourtant difficile,
même à l'époque, de mener une vie plus impudemment
dissolue. Son palais du Grand Canal est organisé d'une façon
particulière : six femmes le gouvernent sous sa direction. Elles
sont fort belles, et il les a nommées lui-même les Arétines.
L'une a pour domaine les cuisines, l'autre les offices, etc. Il reçoit
tout Venise Cette prostitution de tous les sentiments n'avait pas tué dans cet individu singulier et comme mystérieux, ce qu'au XVIIIe siècle on eût appelé la sensibilité. Il méprisait l'amour, se vantant de ne connaître que le plaisir; l'amour, comme il arrive parfois, se vengea : il devint amoureux. A peine eut-il installé chez lui une toute jeune fille, Pernia Riccia, qu'il se sentit atteint d'une passion violente. Elle tomba malade, l'Arétin la veilla nuit et jour avec un dévouement de tous les instants; elle mourut, sans avoir pu le récompenser de ses soins, et dans la mort il n'en aima pas moins cette femme qu'il avait si ardemment désirée. Sa douleur fut si grande que pendant plus d'un an cet homme de plaisir passa ses jours et ses nuits dans la solitude et dans les larmes. A la fin de sa vie, il la pleurait encore. Si cet amour fut pour Arétin vivant une sorte de noble expiation, il est pour Arétin mort un commencement de réhabilitation. Il mourut, non d'avoir trop ri, comme le veut la légende, mais bien de maladie, au mois de décembre 1557, aussi couvert de gloire que d'infâmie, riche, comme on ne l'était pas à l'époque, de plus d'un million. Quelle est la valeur littéraire
de l'Arétin? On peut répondre d'abord que sa réputation
d'écrivain licencieux a fait tort à la reconnaissance en
lui d'un poète. On goûtait fort toutes ses productions au
XVIe siècle, mais, peu à
peu, comme on réimprimait la partie immonde de son oeuvre, on délaissait
celle qui aurait dû survivre uniquement. Ce siècle où
l'on a exhumé tant de réputations douteuses, justement ensevelies
dans l'oubli du passé, n'a pas osé, dans sa pruderie, faire
la moindre tentative en faveur de l'Arétin, poète satirique,
comique, tragique, épique; de l'Arétin prosateur; de l'Arétin
épistolier. Dans ces quatre ou cinq genres différents, il
est un des premiers de son siècle, et, en quelques parties, s'il
le dépasse en mauvais goût, il le dépasse en heureuses
hardiesses littéraires. Sa première qualité, c'est
d'être original. Il a peu d'études, peu de lecture même,
il se fie à son génie et il n'est pas toujours mal servi
par un esprit qui ne s'est cultivé que dans les cours italiennes
où la grossièreté coudoyait la courtoisie. Il ne manque
ni d'invention dans le style ni de fécondité dans la création,
et s'il a le tort de fabriquer des mots dans une langue suffisamment riche,
ses trouvailles en ce genre ne sont pas toutes malheureuses. Cependant,
en un point il est sans excuses et absolument mauvais : c'est à
lui et à sa préciosité pitoyable que doit remonter
la responsabilité de cette école des Marini, des Achillini,
des concettistes qui ont si fort gâté la littérature
italienne du XVIIe siècle et un
peu la la littérature française. L'Arétin, contraste
assez piquant, est le véritable ancêtre des précieuses
ridicules et cette phrase, tirée d'une de ses lettres, aurait pu
être prononcée à l'hôtel de Rambouillet « Vous jetez les bûches de votre courtoisie dans le foyer brûdant de mon amitié. »C'est encore lui qui inventa ces redondances emphatiques qui se retrouvent dans Balzac et dans Voiture : « C'était une ruine antique, admirablement grande, grandement admirable. »Ses livres pieux sont tous écrits dans cette double forme précieuse et ronflante; aussi eurent-ils une énorme popularité. Jusqu'à la Révolution, ils étaient en usage dans tous les couvents de France et d'Italie, et n'ont été que difficilement détrônés. Ses comédies ont de la valeur. Elles sont certainement supérieures à celle de l'Arioste et de bien peu inférieures à celles de Machiavel. Son Maréchal a servi à Shakespeare, à Ben Johnson et à Rabelais. M. de Pourceaugnac pouvait bien avoir son prototype dans Messer Maco de la Courtisane. L'hypocrite, la Talenta ont des qualités réelles d'observation. Quant au Philosophe, c'est la plus aristophanesque de ses pièces autant par la liberté impudique des détails que par l'entrain de la verve satirique. A ces comédies il faut joindre l'Orazia, tragédie qui, par la simplicité et l'unité du plan, la largeur de l'exécution, et surtout l'exactitude de l'observation des moeurs, est une des meilleures du XVIe siècle. Le prologue où il se qualifie d'élève de la nature est fort curieux. Quant au sujet, c'est celui de l'Horace de Corneille : on retrouve décidément l'Arétin partout. Il n'est guère un genre littéraire qu'il n'ait cultivé; il s'insinue à la suite de I'Arioste comme à la suite de Pétrarque, imite Martial, commente l'Evangile A l'époque où il vivait, les moeurs de l'Arétin n'étaient pas absolument une exception, il faut se souvenir de cela pour le juger; et se souvenir aussi que plus d'un livre d'une obscénité toute arétinesque a précédé et suivi les siens. Il a été un peu le bouc émissaire des moralistes, heureux de trouver un individu assez solide pour porter, sans ployer, le poids de leurs invectives; et ils n'ont peut-être choisi l'Arétin que parce que son génie le mettait en évidence. Sa gloire a été passagère, mais l'opprobre dont on l'a couvert demeure. On connaît surtout aujourd'hui que la partie vile de son oeuvre; son théâtre est devenu une rareté bibliographique. Il comptait tant sur la gloire que donne la postérité qu'il l'avait escomptée. Il fit frapper lui-même plusieurs médailles de cuivre et d'argent où se détachent des traits qui n'ont absolument rien de sympathique : une tête de loup qui va mordre, muffle pointu, front fuyant. Mazzuchelli en donne une reproduction dans sa Vie de l'Arétin. On y reconnaît du premier coup les stigmates de la luxure et de la lâcheté, car, si l'Arétin est estimable comme littérateur, il faut avouer qu'il eut un des caractères les plus bas, une des vies les plus méprisables dont fasse mention l'histoire littéraire. Telle est, rapidement esquissée, la vie et l'oeuvre de ce personnage singulier; même pour ceux qui l'ont étudié de près, il demeure un des caractères les plus difficiles à comprendre de toute l'histoire littéraire, et qui mériterait d'être scruté attentivement, sans préjugés, comme sans injustice, dans sa nature complexe et par moments réfractaire à l'analyse. (R. de Gourmont). |
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| Arétin. - Le
nom d'Arétin a été porté en Italie |
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