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Adam de la Halle

Adam de la Halleou de la Hale est un trouvère du XIIIe siècle, qui paraît être né à Arras, dans les premières années du XIIIe siècle; quelques auteurs disent qu'il fut bossu, de là son nom d'Adam le bossu ou le Bossu d'Arras, mais il protesta contre ce sobriquet lorsqu'il écrit dans le poème du Roi de Sicile:
 « On m'apèle Bochu, mais je ne le suis mie. » 
On peut voir dans ses oeuvres, et particulièrement dans le Jeu de la Feuillée, que le père d'Adam s'appelait Henry et était un bourgeois d'Arras, fort à son aise et fort avare, si l'on en croit son fils qui eut plus d'une fois recours à la bourse paternelle pour payer ses fredaines. Étant encore jeune Adam demeura quelques années de gré ou de force à la célèbre abbaye de Vaucelles et paraît y avoir complété son éducation musicale. Revenu à Arras, Adam dut s'exiler de sa ville natale pour sa réfugier à Douai, avec son père; il revint à Arras pour se marier, avec une fille nommée Marte, dont il  parle souvent dans ses vers et de façon bien différente, suivant les péripéties de son amour un peu volage. 

On ne sait au juste si Adam est venu à Paris, mais on est sûr qu'attaché à la maison de Robert II, comte d'Artois et neveu de saint Louis (Louis IX), puis à celles de Robert de Béthune, comte de Flandre, et de Charles d'Anjou, frère de saint Louis, il pérégrina longtemps à travers l'Égypte, la Syrie, la Palestine et l'Italie. Ce fut à Naples qu'il écrivit le Jeu de Robin et de Marion, son oeuvre la plus célèbre, et qu'il mourut entre 1285 et 1288, si l'on en croit un trouvère nommé Jehan Madas, qui se disait neveu d'Adam de la Halle et qui a laissé les vers suivant sur le Bossu d'Arras :

Ces Jehannes Madas at non, 
Qu'on tenait à bon compaignon. 
D'Arras estait. Bien fu connus 
Ses oncles Adans li boçus,
Qui pour reval, par compaignie 
Laissa Arras.
Ce fu folie; 
Car il est orémus et ames. 
Quant il mourut ce fut pités. 
Car onques plus engignex han. 
Si prions a Dieu bonnement 
Que s'arme mête à souvement, 
Et gart Madot de vilonnie 
Que l'escriture a parfurnie, 
Ensi com vas oi l'aves.
C'est ainsi que l'histoire n'a pu retrouver sur cet artiste célèbre que quelques notes biographiques assez incomplètes. Il se montre lui-même dans ses vers d'un caractère inconstant et léger, aimant les voyages et les aventures, prenant son plaisir à faire grand bruit dans les rues d'Arras, avec quelques joyeux drilles de son espèce, tels que Hanikel, Haucart et Gaublot qui fait l'ivre.
Si proprement et si bel,
Qu'il semble à son musel, 
Qu'il doie traire à sa fin
Et tous en hoquetant 
Sont si seduisant 
Si gay, si joiant
Et si riant
Cil quatre enfant,
Que mile gent tant.
Nous sommes mieux renseignés sur les oeuvres de ce joyeux vivant que sur les détails de son existence. A part les lais et les mystères, Adam paraît avoir cultivé tous les genres de poésie et de musiques en vogue au XIIIe siècle, c.-à-d. les chansons, les motets, les rondeaux, les jeux parties, les petits poèmes se rapprochant de la chanson de geste, la satire et les jeux dramatiques, ou pièces de théâtre. Le caractère dominant de ces poésies est l'esprit plein de malice, et une certaine grâce élégante. On compte de lui seize jeux parties, un petit poème moitié élégiaque, moitié satirique, le Congié, dans lequel, à l'exemple de Jehan Bodel et de Baude Fastaul, il raconte ses aventures personnelles en douzaines octosyllabiques.

Le poème du Roi de Sicile a été écrit en l'honneur de Charles d'Anjou, roi de Naples, en 1282. Voici comment Gilles le Muisis, évêque de Tournai, en fait mention :

« Facta principes kurali nubiles habentur in metro et in prosa, et maxime Adam li Bochus de Atrebato fecit et composuit librum unum ni quo plurimum apsum commendavit. » 
Le Jeu Adam ou de la Feuillée et le Jeu de Robin et de Marion peuvent être considérés comme la partie la plus importante des oeuvres d'Adam de la Halle, puisque c'est à ces deux petites comédies qu'il doit sa popularité. Dans le Jeu Adam, l'auteur se met lui-même en scène ainsi que son père et quelques-uns de ses amis. Le Jeu de Robin et de Marion est la première comédie villageoise ou opéra-comique connue. L'histoire des amours de Robin et de Marion a fait le fond d'un grand nombre de récits et de chansons du Moyen âge; mais le poète musicien d'Arras est passé aujourd'hui à l'état de type littéraire auquel on rattacherait volontiers toutes les oeuuvres sacrées et profanes de son époque. 

Dans le Théâtre français au Moyen âge de Montmerqué et Francisque Michel, on trouve un assez curieux tableau des aventures des deux amants. Sans diminuer la gloire d'Adam de la Halle, il est nécessaire de faire ici une observation. En lisant ces diverses pièces on peut supposer que le poète enrichit sa petite fable de refrains déjà connus et de chansons populaires depuis longtemps sur un sujet traditionnel. Une des chansons les plus célèbres du Jeu de Robin est Robin m'aime, Robin m'a; une ballade de Perrin d'Angecourt, antérieure par conséquent à la petite pièce d'Adam, contient entre autres refrains celui-ci :
Robin m'aime, Robin m'a, Robin m'a demandée, si m'aura.
Le refrain étant identique, il n'est pas impossible que la musique qui accompagnait ces vers fût la même que celle choisie par Adam, d'autant plus que ce même refrain populaire se retrouve dans d'autres recueils de chansons, comme le manuscrit de Montpellier; quoi qu'il en soit le Jeu de Robin et de Marion est non seulement la forme la plus complète de ce petit roman villageois, mais il peut être considéré comme le premier opéra-comique français. 

On attribue encore à Adam de la Halle une autre petite composition dramatique intitulée le Jeu du pèlerin.

L'importance d'Adam de la Halle est peut-être plus grande au point de vue musical qu'au point de vue littéraire. En effet, c'est ce trouvère qui a laissé le plus de musique profane signée de son nom ou qui puisse lui être attribuée. On trouve de la musique dans ses chansons, ses rondeaux, ses motets, dans ses jeux parties et dans ses pièces de théâtre; le Congié, le Roi de Sicile, le Jeu de la Feuillée, en sont seuls privés. Cette musique se présente de deux façons, ou bien, comme dans les chansons, les jeux parties, le Jeu du pèlerin, elle est écrite à une seule voix sans accompagnement d'autre voix ou d'instruments, ou bien, comme dans les motets et rondeaux, on la chantait à trois voix peut-être accompagnées ou doublées par les violes ou d'autres instruments. 

La musique des chansons et des jeux est simple et facile, on y voit apparaître quelque chose de la tonalité moderne; c'est surtout dans le Jeu de Robin et de Marion que les mélodies d'Adam ont de l'aisance et de la naïveté. Les rondeaux et motets sont composés à plusieurs parties dans le style du déchant fort en honneur au XIIIe siècle; l'harmonie d'Adam est encore barbare comme celle des déchanteurs de cette époque dont on a trouvé tant de compositions dans le fameux manuscrit de Montpellier. Cependant elle montre que leur auteur avait fait de bonnes études musicales. On trouve les oeuvres poétiques et musicales réunies ou éparses dans un grand nombre de manuscrits à Paris, à Arras, à Montpellier, à Aix, à Cambrai, à Rome, à Oxford et à Sienne (H. Lavoix).

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