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Abufelda
ou Aboul-fédà ou Aboulféda (Ismail
Ab'ul-Fida
ou IsmâIl Imâdd ad-Dîn al-Ayyoûbî)
prince de Hamâ, historien et géographe arabe, né l'an
1273 (672 de l'hégire), mort en 1331, appartenait à une branche
de la famille des sultans Ayyoûbites qui régnaient alors sur
l'Égypte et la Syrie. Il naquit à Damas où son père
Al-Malik-al-Afdal, frère du prince de Hamâ, s'était
réfugié devant l'invasion des Mongols .
Aboul-Féda étudia les diverses sciences : théologie ,
philosophie,
jurisprudence, médecine, mathématiques ; mais il reçut
aussi une éducation militaire, car, à peine âgé
de douze ans, il suivit son père dans un combat livré aux
chevaliers de l'Hôpital ( Les
Croisades );
il prit part à différentes batailles contre les croisés
ou les Mongols et, par sa bravoure et sa fidélité, sut acquérir
la faveur du sultan Al-Malik-an-Nâsir. En effet, celui-ci lui donna
en 1310 (740 de l'hégire) le gouvernement de la principauté
de Hamâ; en 1312 (712 de l'hégire), il lui conféra
le titre d'al Malik as Salih, et, en 1320 (720 de l'hégire), la
dignité de sultan avec le titre d'al Malik al Mouayyid et une autorité
absolue qu'il garda jusqu'à sa mort. Sa vie active ne l'empêchait
pas de s'adonner à d'importants travaux d'érudition.
Aboul-Féda a laissé une Histoire
universelle en deux parties : l'une qui renferme l'histoire antéislamique
et l'autre qui comprend la vie de Mohammed
et l'histoire du monde musulman jusqu'en 1328; il en existe à Paris
un manuscrit revu par l'auteur lui-même. Son autre oeuvre est son
Takwûn al Bouldân ou Takwyn
Albodan (= Détermination
des pays [d'après les longitudes
et les latitudes ]),
géographie universelle, terminée en 721 de l'hégire.
(J. Preux). |
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La
géographie d'Aboulféda
Le traité
d'Aboulféda, le Takwyn Albodan, est dans sa forme une imitiation
de la géographie de Ptolémée,
moins les cartes qu'un ingénieur d'Alexandrie ,
Agathodémon, avait jointes à l'ouvrage de l'astronome grec.
Il s'ouvre par un aperçu de la constitution physique du globe, de
la place qu'il occupe au centre de la sphère céleste et de
sa division en sept climats, ainsi que par des notions générales
sur les mers, les lacs, les fleuves et les chaînes de montagnes.
L'auteur décrit ensuite les divers pays de la Terre ,
à chacun desquels il consacre un chapitre. Ce plan, qui est celui
de Ptolémée, a été considérablement
agrandi, par le géographe arabe, qui a multiplié les détails
topographiques et historiques. De toutes les contrées, l'Arabie
est celle qui appelle d'abord son attention : c'est la patrie du fondateur
de l'islam
et le berceau de la langue arabe, l'idiome sacré de tous les musulmans.
Cette double prérogative a dicté le choix d'Aboulféda.
De la péninsule arabique, il nous conduit en Égypte, et de
là dans l'Afrique occidentale ou Maghreb, dans les îles de
la Méditerranée et dans celles de l'Océan à
l'ouest de l'Afrique. Il nous fait ensuite retourner sur nos pas pour parcourir
successivement la Syrie et les contrées plus à l'est jusqu'en
Chine; puis la portion du globe comprise entre les deux tropiques, et enfin
le nord de l'Europe et de l'Asie. Les chapitres traités avec le
plus de soin par l'auteur et avec une prédilection qui lui et commune
avec tous les géographes orientaux sont ceux qui comprennent les
régions soumises aux lois du Coran .
En dehors de ces limites, leurs connaissances sont incomplètes;
en revanche, ils connaissent beaucoup mieux que les Européens l'Asie
centrale ( Le Monde Turco-Mongol )
et l'intérieur de l'Afrique.
Quoique Aboulféda
ait emprunté une grande partie de ses matériaux à
ses devanciers, il y a plusieurs de ses descriptions qui ont un caractère
neuf et original, dû à sa position personnelle. Il a étudié
de visu la Syrie, centre de sa principauté, l'Égypte, le
territoire de l'Arabie, qui est au nord de Médine et de la Mecque ,
et les contrées qui s'étendent au nord de la Syrie, depuis
Tarse jusqu'à Césarée
de Cappadoce ,
et à partir de cette dernière ville jusqu'à l'Euphrate.
Quelquefois il invoque le témoignage des voyageurs contemporains
: son chapitre de l'Inde, par exemple, est rédigé d'après
les récits d'un homme qui avait visité ce pays, et se recommande,
dans sa brièveté, par le mérite de l'exactitude.
Le livre d'Aboulféda
n'est pas exempt de défauts, et Reinaud reproche avec raison au
prince de Hamat d'avoir réuni des documents de provenance très
diverse sans s'être embarrassé souvent de les lier ou de les
fondre ensemble. Cette négligence imprime au style une obscurité
qu'augmente encore le génie elliptique de la langue arabe. Au milieu
des systèmes que la science géographique enfanta chez les
musulmans, et qui n'étaient au fond qu'un prolongement de ceux qui
avaient divisé les savants de la Grèce, Aboulféda
s'abstient ordinairement de se prononcer, et, lorsqu'il adopte une opinion,
il ne la discute pas ou ne cherche pas à la justifier. Son traité
n'en est pas moins une oeuvre capitale. Les défauts que l'on y remarque
tiennent aux distractions d'une vie littéraire sans cesse troublée
par les exigences d'une haute position politique. Le loisir manqua au prince
arabe pour revoir son ouvrage, monument qu'il était jaloux d'élever
à sa gloire, sans le secours d'une main étrangère.
Tel qu'il est, il atteste une érudition peu commune, une rectitude
de jugement qui, dans toutes les questions fondamentales, va droit à
la vérité, et un esprit de critique que ne posséda
pas au même degré aucun des géographes orientaux ou
européens de la même époque. Aboulféda a rejeté
les légendes et les faits merveilleux auxquels ajoutaient foi ses
contemporains, et n'a admis que des faits avérés et d'un
caractère purement scientifique. (A19).
Dès
son apparition le Tableau des Pays conquit les suffrages des savants
de l'Orient. Il fut abrégée, transformé en dictionnaire ,
traduit en persan et turc. En Europe, il ne tarda à fixer l'attention
des érudits. Lorsque après la Renaissance des lettres le
goût de la littérature orientale commença à
prendre faveur, quelques chapitres de ce livre furent traduits. Schickard
en Allemagne, Thévenot et le chevalier
d'Arvieux en France, ainsi qu'un prêtre
maronite attaché à la Bibliothèque du Roi nommé
Askery, s'essayèrent tour à tour à faire passer l'ouvrage
entier en latin; mais ces ébauches sont restées inédites.
A la fin du XVIIIe siècle, un professeur allemand, célèbre
par ses profondes connaissances dans les lettres grecques et orientales,
Reiske,
en publia une version latine, mais la rapidité sans exemple avec
laquelle il exécuta ce travail, qui de son aveu ne lui coûta
que quarante jours, ne lui laissa pas le temps de se livrer aux recherches
qu'exige l'interprétation d'un ouvrage de géographie mathématique
et; descriptive.
C'était
une tâche difficile que de donner une version du texte arabe d'Aboulféda
dans les conditions que réclame l'intelligence complète des
doctrines sur les quelles il est basé. Il ne suffisait pas de posséder
la connaissance grammaticale des idiomes de l'Orient; il fallait joindre
aussi à cette étude celle de plusieurs branches des sciences
mathématiques et physiques, être au courant de tout ce que
l'antiquité nous a légué de systèmes et de
documents géographiques, avoir lu tous les ouvrages auxquels a eu
recours Aboulféda, et les avoir comparés avec le sien. C'est
par des études si variées que M. Reinaud s'est préparé
à la publication qu'il vient de soumettre à l'appréciation
des savants. Sa traduction, longuement élaborée, reproduit
le sens de l'original avec une fidélité littérale;
dans ses notes, il a discuté toutes les questions relatives aux
sciences physiques ou historiques que suggère chaque passage où
un éclaircissement est nécessaire. La description du monde,
telle que nous la donne Aboulféda, est comparée par lui avec
ce que nous en ont appris les écrivains de l'antiquité, les
voyageurs du Moyen-âge et des temps modernes. (Ed. Dulaurier, Revue
des deux Mondes, 1851).
Pour de plus amples détails, consulter
l'autobiographie d'Aboul-Fédâ, traduite par de Slane, dans
le tome Ier du Recueil des historiens
orientaux des croisades, et une notice historique sur Aboul-Fédâ
et ses ouvrages, par Am. Jourdain, dans les Annales des voyages,
publiées par Malte-Brun. t. XIV. Le
texte arabe de l'Histoire universelle d'Aboul-Fédâ
a été publié à Istanbul ,
en quatre parties, formant 2 volumes.
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En
bibliothèque - L'Histoire
antéislamique a été publiée et traduite
en latin par Fleischer (Leipzig, 1834); la Vie de Mohammed a été
publiée en arabe avec traduction latine par J. Gagnier (Oxford,
1723), traduite en français par Noël des Vergers (Paris, 1837),
traduite en anglais par W. Murray (Londres). - les Annales musulmanes
ont été publiées en arabe et traduites en latin par
Reiske (Copenhague, 1789-94, 5 vol.), et elles ont même été
traduites en hindi (Delhi, 1846, 4 vol. ). Quant à la Géographie,
elle a été publiée à Dresde, par Schier (1842-46),
et à Paris, par Reinaud et de Slane (1837-40, 2 vol.). Le texte
arabe a été ensuite traduit en français par Reinaud,
avec une biographie d'Aboul-Fédâ et une introduction générale
à la Géographie des Orientaux (Paris, 198, 2 vol.).
Cette traduction, interrompue par la mort de Reinaud, a été
achevée par Stanislas Guyard (Paris, 1883). De nombreuses monographies
en latin, en français, en allemand, ont été extraites
des oeuvres d'Aboul-Fédâ.
Wüstenfeld
: Die Geschichtschreiber der Araber und ihre Werke (Göttingen,
1882), p. 167 et suiv., avec une bibliographie soigneusement indiquée.
En outre, des fragments du Takwûn al Bouldân ont été
traduits en grec moderne par Démétrius Alexandridès
(Vienne, 1807).
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