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Les Valkyries

Valkyries ou Walkyries (mythologie scandinave). - Les Valkyries, c.-à-d. celles qui choisissent les morts, sont, d'après une tradition relativement récente, les filles resplendissantes de beauté, et les compagnes d'Odin. Parfois elles apparaissent sous forme de nues, parfois sous forme de cygnes. Elles sont au nombre de douze, ou de bien davantage.

 Elles se présentent sous deux formes : comme des créatures terrestres et comme des êtres célestes. Les fonctions des dernières sont de plusieurs espèces; tantôt elles servent de l'hydromel aux Einhériens, tantôt elles vont se mêler du combat en décidant de la victoire ou de la défaite en même temps elles touchent de la lance que dirige la main, le héros bien heureux à qui est accordée la grâce d'expirer dans la lutte et qu'elles conduiront ensuite au Valhalla, le palais d'Odin. Souvent elles s'intéressent aux combats, 

« les belles vierges, assises sur leurs chevaux, en une brillante armure, leurs boucliers devant elles, solennellement pensives » (Hàkonarmàl).
Il est facile de comprendre comment l'idée a enfanté ces êtres; en s'imaginant que l'âme a été attirée, élevée jusqu'à la divinité, ou que l'essence divine descend jusqu'à se confondre avec l'esprit humain.

Les Valkyries d'Odin n'entrent pas dans la vie, elles ne se revèlent qu'à la fin, elles ne sont que la pensée et la volonté puissante qu'Odin jette dans le tumulte du combat; mais la Valkyrie du poète naît sur la terre, elle appartient à la vie réelle, elle s'unit au héros et expire avec lui pour ressusciter ensuite avec lui. Ainsi dans les Nibelungen Brunhylde (Brunehilde) est représentée comme une Valkyrie, piquée par une épine qui l'endort pour avoir désobéi à Odin, et condamnée à épouser un mortel.

Elle conserve toujours le souvenir de son origine céleste, et ses regrets à jamais assoupis lui rendent des attraits indéfinissables; la Valkyrie furieuse et sévère d'Odin qui n'inspirait que la terreur, est devenue un être angélique, avec lequel nous nous plaisons à vivre, car elle est l'ange tutélaire qui réside au fond du coeur humain. (Th. C. / S. Ricard).

Les Valkyries et les Nornes.
Il de nombreuses analogies entre les Nornes et les Valkyries. En effet, les unes et les autres sont des Femmes de Vision célestes, qui connaissent d'avance la Destinée (örlog) des hommes. La prescience étant symbolisée par le Cygne, les Valkyries, ainsi que les Nornes, sont revêtues du plumage éclatant du Cygne, et se transportent d'un endroit à l'autre, en volant sous forme de cygnes à travers les airs. Toutes les fois que les Valkyries se rendent à un endroit où l'on va livrer combat, elles sont sous la conduite de Skuld (Future), la plus jeune des Nornes, qui préside aux événements à venir. Le don de la prescience étant attribué principalement aux femmes vierges, les Valkyries, ainsi que les Nornes , sont généralement représentées comme des vierges. Cependant il y a aussi des Valkyries mariées. 
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Chevauchée des Valkyries.
La Chevauchée des Valkyries. 
(Lithographie d'Hermann Hendrich, 1906).

On peut comprendre ce rapprochement, quand on note que chez des peuples guerriers dont la vie, et par suite, la destinée individuelle, s'agitait principalement dans les combats, le destin se rapportait principalement aux événements, aux chances, et aux accidents de la guerre. Aussi l'issue des combats fut-elle considérée comme la destinée par excellence, et désignée, par conséquent, comme elle-même, du nom d'Établissement primordial (norr. örlög = destin;  holland. oorlog = guerre). L'oracle, la divination, la prescience étaient surtout employées, pour connaître d'avance la destinée ou l'issue des combats, par rapport à la victoire ou à la mort des combattants. 

Lorsque, au IIIe siècle avant notre ère (?), Odin devint dieu Suprême, il remplaça Tyr, comme dieu des combats, et Skalmoskis , comme seigneur des âmes, ou seigneur des trépassés. Comme dieu suprême, il fut aussi dieu du destin, et de la prescience. Lorsque plus tard, chez les peuples de la branche gète, Odin eut son habitation ou son sanctuaire céleste dans la Halle-des-Occis (le Valhalla), la mythologie mit aussi à son service devineressses célestes, nommées Val-Kyries, qui choisissaient, parmi les héros combattants, ceux qui devaient succomber, et aller augmenter le nombre des Compagnons (Troupiers-Uniques) d'Odin, dans la Halle-des-Occis. Aussi ces Servantes d'Odin, ces Victimaires célestes, eurent-elles le nom de Choisit-les-Occis (norr. Val-Kyrior). Les Choisit-les-Occis n'étaient non plus qu'une espèce particulière de Nornes. 

Les attributions des Valkyries se rapportant principalement à la destinée des héros, dans les combats et à la guerre, on se figurait les Choisit-les-Occis comme des Vierges guerrières. Aussi sont-elles désignées, dans la Vision de la Louve, sous le nom de Nonnor Herians (= Nonnes ou Vigoureuses du Combattant), nom qui, par un pur hasard, ressemble à celui des Nonnes ou Religieuses chrétiennes (lat. Nonnae = Mères, Aïeules), et semble énoncer que ce sont des femmes vierges, au service du Dieu de la guerre Odinn. Comme vierges guerrières, les Valkyries portent le heaume et le bouclier; de là leur nom de Vierges au Heaume (Hialm-meyiar), et de Vierges au Bouclier (Skiald-meyiar). De plus, le nom propre de plusieurs d'entre elles rappelle leurs fonctions et leur caractère guerriers. 

Snorri cite quelques-uns de ces noms, d'après la strophe 36 des Dits de Grimnir. La Valkyrie Hrist (Secousse) personnifie l'action de secouer les armes, ou les baguettes divinatoires (cf. norr. hrista teina), indices de l'issue du combat. Mist (Brume) est la personnification de la mêlée confuse, tempêtueuse, et embrouillée du combat qui ressemble à un brouillard. Skögul (Hérissée de Lances), Skeggiölld (p. Skeggi-völld, Manie-Hache), Randgrid (Fureur d'écus), Geira-höd (Lutte aux Framées) désignent le combat avec les différentes armes offensives et défensives. Hlöck (Chaîne), et Herfiôtur (Lien de Troupe) désignent les chaînes qu'on mettait aux prisonniers de guerre, condamnés à l'esclavage ou au sacrifice. Reginleif (Protection des Grandeurs) désigne l'invulnérabilité, et la protection invisible accordées, par les Grandeurs ou ses Dieux, à quelque héros dans le combat. Hildur (p. Hvildur; cf. anglos. qvild, la mort) dont le nom est emprunté à celui de la Déesse Hildur, qui est un dédoublement de Hel, désigne la mort sanglante à la guerre. Thrudur (Force) est la personnification de la valeur guerrière, et Radgrid (Fureur Résolue) désigne la Fureur, dans le combat, qui fait prendre des résolutions extrêmes.

Les Valkyries et les Nornes sont, les unes et les autres, des êtres mythologiques qui n'ont pas été adorés, comme des divinités, mais seulement vénérés, comme des puissances surhumaines. Objets de tradition plutôt que de culte, les Valkyries, comme les Nornes, figurent moins souvent dans les mythes proprement dits, que dans les poésies épiques. Si les Nornes sont en partie les protectrices (norr. Hamingiar = Issues du Couvrant) des hommes, les Valkyries sont aussi quelquefois les protectrices, les amies, les fiancées, et les épouses des héros, et elles protègent les hommes chéris d'Odin, comme Hlin protège les hommes chéris de Frigg

Par suite des analogies qu'il y avait entre les Valkyries et les Nornes, les unes ont été souvent confondues avec les autres. Ensuite, de même que les devineresses ou Femmes de Vision (Spâkonur), ont été souvent représentées, non pas seulement comme sachant d'avance et proclamant les décrets de la destinée, mais comme déterminant à leur gré la destinée humaine, de même aussi, se trompant sans doute sur la signification du nom de Choisit-les-Occis, on a vu en celles-ci des vierges guerrières, qui choisissaient à leur gré, ou qui, sans consulter les ordres d'Odin, ou les décrets de la destinée, décidaient elles-mêmes, arbitrairement, de la victoire et de la mort des héros. (F. G. Bergmann).

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Dictionnaire Religions, mythes, symboles
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