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Les rabbins

Le mot rabbin est dérivé de l'hébreu ou de l'araméen (Rabbi = mon maître). Il désigne les chefs religieux juifs. C'est dans la Mischna  que nous trouvons pour la première fois ce titre, et il y est accolé à des noms de personnages qui ont vécu peu avant l'ère vulgaire. Ce titre est porté alors par les docteurs de la loi, les chefs des écoles juives où étaient enseignées la Bible, les lois religieuses, morales et sociales, qui sont le point de départ et forment comme la charpente du Talmud

Le titre de rabbi n'était conféré qu'à des hommes d'un vaste savoir et d'une moralité irréprochable. Il investissait le bénéficiaire du droit de décider en matière religieuse et juridique. Il était décerné par les maîtres au moyen de l'imposition des mains. Les Romains, impatients de toute autorité à côté de la leur, défendirent parfois, sous peine de mort, l'imposition des mains. Mais les docteurs, jaloux d'assurer à la tradition sa continuité et voyant dans la succession ininterrompue des rabbins la principale garantie de cette continuité, surent déjouer la surveillance des Romains et, au péril de leur vie, ils procédèrent à cette cérémonie dans la solitude des champs ou dans l'obscurité des retraites souterraines.

Plus tard, tandis que le titre de rabbi subsiste en Palestine pour les maîtres de la science juive, ils prennent en Babylonie celui de rab. En Palestine, comme en BabyIonie, ils président les écoles talmudiques, dirigeant les débats de leurs élèves, répondant à leurs objections, rédigeant des consultations, résumant les discussions et en tirant des conclusions pratiques.

Après la ruine des écoles talmudiques et à travers tout le Moyen âge, malgré l'abolition de l'imposition des mains, les rabbins, grâce à leur science profonde et l'exemplaire dignité de leur caractère, continuent à exercer une très grande influence sur leurs coreligionnaires. L'ascendant que leur donnaient une vie très vertueuse et leur science immense était considérable et mérité. Grâce à eux, la vie religieuse et intellectuelle chez les juifs, malgré l'absence de tout lien réel entre ceux des différents pays et des différentes villes, ne s'est jamais arrêtée; car, aux époques les plus sombres du Moyen âge, ils s'adonnaient, avec une incomparable, ardeur, aux études, études exégétiques et casuistiques et souvent philosophiques. 

Après la lente élaboration du Talmud et des écrits qui s'y rattachent, il n'y eut qu'une apparente interruption dans le travail intellectuel des savants rabbins. Et au Xe siècle, nous assistons à une admirable recrudescence de cette activité. Il y eut d'abord comme une puissante poussée intellectuelle à Bagdad. De là, elle se propagea en Espagne et au Maroc pour pénétrer au XIe siècle en France. Il y eut, à partir de cette époque, en France surtout, une véritable floraison de commentateurs et de glossateurs, dont plusieurs excellents, entourant les textes bibliques et talmudiques d'explications et d'interprétations. 

Mais il faut particulièrement mentionner, en parlant de cette époque, toute une littérature nouvelle à laquelle donna naissance la correspondance entre les rabbins : ce sont les consultations religieuses qu'ils s'adressent réciproquement et les réponses qu'elles provoquent. Ces lettres communément connues sous le nom de « Schéelot outechoubot » (questions et réponses) sont rédigées dans un idiome appelé hébreu rabbinique, sorte de langue artificielle empruntant ses mots à l'hébreu biblique, à la Mischna et au Talmud, et à partir duquel s'est construit l'hébreu moderne. Elles traitent, au point de vue religieux, des mille et mille incidents de la vie, de tous les cas de conscience possibles. Elles sont d'une importance inappréciable pour l'histoire des juifs au Moyen âge et donnent de-ci, de-là, de précieux détails sur la vie et les moeurs, l'état d'âme de l'époque.

Depuis le Révolution, les juifs étant entrés à peu près partout dans le droit commun, le Talmud a perdu toute valeur juridique, l'autorité des rabbins n'est plus qu'une autorité morale. Cette autorité est confinée dans la direction du culte, dans la prédication régulière, l'instruction religieuse des enfants, la fondation et la protection des oeuvres charitables, etc. (S. Debré).

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Dictionnaire Religions, mythes, symboles
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