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La puissance magique
que le feu semble receler ajoutée aux procédés
longs et difficiles de l'obtenir expliquent l'importance qu'on lui a traditionnellement
attaché. On l'a partout conservé comme une chose des plus
précieuses. Presque partout c'est aux femmes qu'incombait ce soin.
Chez les Australiens, les femmes qui laissaient éteindre le feu
sont punies presque aussi sévèrement que l'étaient
les Vestales romaines. Les Papous de la Nouvelle-Guinée
préféraient faire plusieurs lieues pour chercher le feu chez
la tribu voisine que d'en allumer un autre. Aussi la préparation
du « nouveau feu » était-elle accompagnée chez
plusieurs sociétés d'Amérique et d'Océanie
de fêtes et cérémonies religieuses.
Dans certains cas, la difficulté
à obtenir le feu est devenue partie intégrante de son caractère
sacré. Les anciens procédés on ainsi souvent survécu
dans les traditions, dans le culte. Chez les Romains, les Vestales rallumaient
le feu éteint par mégarde par le frottement de deux morceaux
de bois; c'est par le même procédé que, jusqu'à
une époque récente, les Brahmanes
l'Inde obtenaient le feu pour les cérémonies religieuses
en face des boutiques où l'on vendait les allumettes anglaises...
C'est encore par frottement que les Indiens de l'Amérique, pourvus
amplement d'allumettes par les colons européens, se procuraient
le feu pour les fêtes sacrées. En Europe même, en Grande-Bretagne
et en Suède, on allumait encore jusqu'au commencement du XIXe
siècle le feu destiné aux usages superstitieux
(pour préserver les bêtes et les gens contre les maladies
contagieuses) en frottant deux morceaux de bois. Cette pratique a
été interdite par un décret datant de la fin XVIIIe
passé, dans ce même district de Jonköping d'où
se sont répandues à partir des décennies suivantes
par milliards les fameuses allumettes suédoises...
Le feu même a été
considéré comme une divinité par plusieurs peuples
(Kamtchadales, Aïnous,
Mongols).
Le feu inextinguible (pyr asbeston) des Grecs, qui brûlait
sans cesse à Athènes et à Delphes,
le culte d'Héphaïstos, le feu
qu'entretenaient à Rome les prêtresses de Vesta,
ont parfois été vus comme la trace d'une ancienne déification
du feu. Mais cette déification est plus assurée ailleurs.
Ainsi, le premier mot des hymnes védiques est Agni,
le dieu du feu, le prêtre divin du sacrifice. Les anciens Perses
regardaient le culte du feu comme la partie fondamentale de leur religion,
et les cérémonies de ce culte
sont retracées avec détail dans le Zend-Avesta .
Ils saluaient tous les matins le Soleil levant,
symbole du feu le plus pur; ils regardaient le feu comme le protecteur
des États, et conservaient dans des sanctuaires particuliers le
feu sacré qui ne devait s'éteindre jamais. Behram, fils d'Ormuzd
et l'un des 28 Izeds, était le génie
du feu. Les Parsis de l'Iran et de l'Inde modernes,
qui habitent surtout dans le Kerman et le Guzzerat, ont conservé
toutes les cérémonies des anciens Perses à l'égard
du feu. Nous passons le culte de Xiuliteuctli « seigneur du feu »
chez les anciens Mexicains, de Ptah chez les Égyptiens,
etc.
Souvent le culte du Soleil
était combiné avec celui du feu, et les anciennes fêtes
solaires, chantées par Ovide, sont devenues,
avec le Christianisme, les « feux
de la Saint-Jean ».
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Les feux
de Joie
Depuis
les temps les plus anciens, les feux de joie ont été un signe
de réjouissance. Les plus connus qui se sont perpétués
jusqu'à nos jours, dans les campagnes, sont les feux de la Saint-Jean
(24 juin) que les paysans allumaient, dit-on, pour fêter l'entrée
du Soleil dans le solstice d'été ( Fêtes
de la Nativité). D'une manière générale,
on peut y reconnaître un vestige du culte du soleil.
Dans
l'Antiquité ,
les Grecs
allumaient des feux de joie et des torches aux fêtes de Prométhée,
de Dionysos, de Déméter,
etc. A Rome ,
Servius
Tullius, au moment des semailles, prescrivit un jour de repos pendant
lequel on allumait de grands feux de paille : c'étaient les sementina.
Le peuple sautait par-dessus les feux.
Ces
usages ont passé du monde païen au monde chrétien
et se sont perpétués. Sauval, dans les Antiquités
de Paris, décrit le feu qu'on allumait sur la place
de Grève la nuit de la Saint-Jean. Après l'invention
de la poudre, on y joignit des feux d'artifice
et parfois on brûlait des animaux tels
que des chats. Dans les campagnes, les paysans allumaient des bures
ou brandons à l'époque du carême.
Ils parcouraient les campagnes avec des torches.
Les
feux de la Saint-Jean sont restés très populaires. En Bretagne ,
les habitants allument cette nuit-là des bûchers sur toutes
les collines et dansent autour : un tison du feu se suspend au chevet du
lit entre la branche de buis bénit et le gâteau des rois;
il porte bonheur. Dans le Poitou ,
on allume avec un cierge bénit un bourrelet de paille fixé
le long de la roue d'une charrette que l'on promène dans la campagne
: les champs éclairés par la lueur passent pour être
fertilisés. Dans beaucoup de pays, en Italie
par exemple, les feux de la Saint-Jean sont restés traditionnels;
à leur occasion on célèbre des fêtes
pittoresques. (Ph. B.). |
Nous ne pouvons que mentionner les légendes
relatives à l'origine divine du feu, et qui ressemblent toutes plus
ou moins à celle de Prométhée
(le Mahonïka des Polynésiens, le Tleps des Circassiens ,
etc.). Les sacrifices au feu ou par l'intermédiaire du feu sont
communs à un grand nombre de cultures; les Algonquins, les Toungouzes,
les Bouriates jetaient le premier morceau du repas dans le feu «
pour l'esprit »; les Chinois et les Siamois brûlaient les objets
précieux, les animaux, etc., pour que
leur « vapeur » monte au ciel vers les divinités, vers
la Lune, le Soleil, etc.
Presque partout le feu est donc une chose
précieuse, adorée, entourée d'un respect superstitieux.
C'est, traditionnellement, un péché de cracher dans le feu
chez les Ghialiaks comme chez les paysans russes. En Afrique, en Malaisie,
en Sibérie, on fait encore parfois passer à travers ou par-dessus
le feu, qui purifie tout, les enfants nouveau-nés, les femmes relevant
de couches, les malades. Chez les anciens Mongols un étranger ne
pouvait franchir le seuil de la tente sans être « purifié
» en sautant par-dessus un bûcher allumé. (J.
Deniker). |
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