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Les Eclipses
Croyances et rituels
Les éclipses de Soleil et de Lune sont des phénomènes qui ont excité autrefois beaucoup de curiosité et même d'épouvante. Aujourd'hui, la cause de ces phénomènes est tellement connue et facile à préciser, que les astronomes peuvent longtemps à l'avance prédire à une seconde près l'heure exacte du commencement et de la fin d'une éclipse. Aussi pourrait-on imaginer qu'elles ont perdu de leur intérêt fantastique auprès du public, et que les grandes frayeurs ont cessé parce que les calculateurs électroniques et Internet règnent sur le monde. Mais les fantasmes suscités par exemple par l'éclipse du 11 août 1999, complaisamment relayés par les médias, montrent assez s'il en était besoin qu'il n'y a pas de croyance plus absurde que celle qui voudrait qu'il n'y plus aujourd'hui place pour les croyances absurdes (Scientisme). C'est en gardant cette remarque à l'esprit qu'il convient donc de considérer ce que l'on a cru à propos des éclipses en d'autres temps, ou ce que l'on croit encore parfois en d'autres lieux. 

Les éclipses en Europe.
Dans la Grèce antique.
La cause des éclipses de lune était attribuée aux visites qu'Artémis ou la Lune rendait à Endymion, dans les montagnes de Carie. D'autres prétendaient que les magiciennes, surtout celles de Thessalie, où les herbes vénéneuses étaient plus communes, avaient le pouvoir, par leurs enchantements, d'attirer la Lune sur la terre, et, à en croire les auteurs grecs et latins (Platon, Pline, Tite Live), qu'il fallait faire un grand bruit de chaudrons et autres instruments sonores pour l'empêcher d'entendre leurs évocations et leurs chants magiques. 

Les Anciens Grecs regardaient déjà ces phénomènes comme les présages des plus grands malheurs. L'histoire nous raconte que Périclès rassura ses marins et ses soldats terrifiés par une éclipse de Soleil. Alexandre, près d'Arbelles, usa de toute son adresse pour calmer la frayeur de ses troupes au moment d'une éclipse de Lune. Sulpicius Gallus, lieutenant de Paul-Emile, prédit une éclipse de Lune qui arrivait le lendemain, et changea en confiance la terreur qu'auraient eue ses soldats.

En Scandinavie.
Les Scandinaves avaient à peu près les mêmes idées. La Lune et le Soleil, Mane et Sunna, qui sont le frère et la soeur, marchent vite, poursuivis par deux loups terribles prêts à les dévorer. Le plus redoutable est Managarmer, monstre qui s'engraisse de la substance des humains approchant de leur fin, mange parfois la Lune, et répand du sang dans le ciel et dans les airs (allusion à la teinte rouge noirâtre de la Lune pendant les éclipses totales). 

Chez les lapons.
Selon les traditions des  Lapons, les éclipses de lune sont occasionnées par les démons qui dévorent cet astre. C'est pourquoi ils font vers le ciel des décharges d'armes à feu, afin d'épouvanter les mauvais génies et de secourir la Lune.

Les éclipses chez les Juifs et les Chrétiens.
Le mot éclipse ne se lit pas dans la Bible. Les Hébreux ne paraissent pas avoir beaucoup philosophé sur les éclipses. Ils les considéraient comme des effets miraculeux et comme des marques sensibles de la colère de Dieu (Joel. II, 10, 51, et III, 13.). Job semble dire que l'éclipse est causée par l'interposition de la main de Dieu entre nous et l'astre éclipsé (Job. IX, 7) : In manibus abscondit lucem, et praecipit ei ut rursus adveniat. Il dit ailleurs (Job. XXXVI, 52) que Dieu fait défense au Soleil de se lever, et qu'il ne se lève pas; qu'il enferme les étoiles, et les met comme sous le sceau. Ezéchiel parle d'une manière plus populaire (XXXII, 7), lorsqu'il dit que Dieu couvre le Soleil de nuages, lorsqu'il nous en dérobe la lumière par une éclipse.

L'auteur de l'Apocalypse nous représente une femme drapée dans le Soleil, qui a la Lune sous ses pieds et qui porte un diadème surmonté de douze étoiles. Un dragon à sept têtes, capable d'entraîner avec sa queue un tiers des étoiles du ciel, attend le fruit que cette femme va mettre au monde pendant l'éclipse pour le dévorer.

L'éclipse supposée être survenue au moment de la crucifixion de Jésus (Math. XXVII, 5) est également  présentée comme un miracle, puisque la Lune, étant alors dans son plein (et donc à l'opposé du Soleil), ne pouvait naturellement causer d'éclipse. De plus les éclipses ne durent d'ordinaire qu'environ une heure (et quelques minutes seulement pour la phase de totalité). Celle-ci en dura trois : A sexta hora, tenebrae factae sunt super universam terram, usque ad horam nonam. Origène (in Matth. XXVII), suivi de plusieurs autres, a cru que cette obscurité ne fut que pour la Judée, qui est assez souvent désignée sous le nom de toute la Terre. D'autres auteurs chrétiens croient que tout un hémisphère fut alors couvert de ténèbres. Jules Africain (apud Syncell.), Eusèbe et saint Jérôme (in Chronic) ont cité Phlégon, affranchi de l'empereur Hadrien, qui dit qu'en la quatrième année de la deux cent deuxième olympiade, qui est celle où l'on place la la mort de Jésus, il y eut une éclipse du Soleil, la plus grande que l'on eût encore vue, puisqu'en plein midi on découvrait les étoiles dans le ciel. Tertullien (Apologet. C. XXI) renvoie les païens aux archives publiques pour y trouver la nuit arrivée en plein midi.

Rufin (l. IX, c. VI Hist. Eccl.) fait dire à saint Lucien, prêtre d'Antioche, martyrisé en 312, parlant aux païens :

Consultez vos annales, et vous trouverez que lorsque Jésus mourut le Soleil cessa de paraître, et le jour fut interrompu par des ténèbres extraordinaires. 
Thallus, auteur ancien, est aussi nommé par Jules Africain comme ayant marqué les ténèbres de la passion de Jésus. Le faux Denys l'Aréopagite (Ep. 7 ad Polycarp.) dit qu'étant à Héliopolis en Egypte, il remarqua l'éclipse arrivée dans cette occasion; et comme il savait que, selon les règles de l'astronomie, elle ne pouvait arriver en ce temps-là, Allophanes, qui étudiait alors dans cette ville avec lui , s'écria : 
Ce sont là, mon cher Denys, des changements surnaturels et divins; (ou, ce sont là des changements des choses divines). 
Suidas fait dire à saint Denys même : 
Ou la divinité souffre, ou elle compatit à celui qui souffre. 
Les premiers Chrétiens sonnaient les cloches, non seulement pendant les orages (ce qui se faisait encore au XVIIIe siècle), mais encore pendant les éclipses, pour combattre l'action des esprits malfaisants, pour repousser seulement l'obscurité causée par les fantômes, souvenir des génies obscurs qui dévorent la Lune.

En 1654, pendant l'éclipse de soleil qui arriva cette année, une terreur panique  bouleversa toutes les têtes. Les uns achetaient d'une certaine drogue qu'ils regardaient comme un préservatif contre le mauvais effet de l'éclipse; les autres se tenaient renfermés dans leurs chambres, les portes et les fenêtres bien closes. Quelques-uns, plus timides, allaient se cacher dans les caves. La plupart couraient en foule vers l'église, persuadés que le monde allait être enseveli dans une nuit éternelle.

Les éclipses chez les Musulmans.
Le rituel musulman offre des prières pour le temps des éclipses, non que Mahomet, qui les institua, partageât à leur sujet l'opinion des anciens Arabes, mais afin de rassurer le peuple contre l'effroi qu'elles pourraient lui causer. Mahomet ayant perdu son fils Ibrahim, dont la mort coïncida avec une éclipse de Soleil, le peuple parut frappé de cet événement. 

« Certes, dit Mahomet, le Soleil et la Lune sont deux signes de Dieu très-haut; mais ils ne s'éclipsent, ni pour la mort, ni pour la naissance de personne. A l'apparition de ces signes, abandonnez tout pour recourir à la prière. »
Pendant l'éclipse de Soleil, la prière doit être faite en commun et présidée par un imam; à défaut de ce ministre il faut la faire chacun à son particulier. Elle consiste à faire un namaz de deux rikats, et à réciter les second et troisième chapitres du Coran, qui sont les plus longs du livre. L'imam doit les prononcer à voix basse et lentement, jusqu'à ce que l'astre ait recouvré sa lumière. 

La prière pour les éclipses de Lune ne doit jamais être faite en commun; chacun la fait chez soi ou ailleurs par un namaz de quatre rikats

En Iran.
Dans la Perse du XVIIe s., on racontait que Dieu tient le Soleil enfermé dans un tuyau qui s'ouvre et se ferme à son extrémité par un volet. Ce bel oeil du monde éclaire l'univers et l'échauffe par ce trou; et quand Dieu veut punir les hommes par la privation de la lumière, il envoie l'ange Gabriel fermer le volet : aussi, dans la prière composée pour les éclipses, prient-ils Dieu d'apaiser sa colère, et rouvrir la porte à ce grand astre. 

Quant aux éclipses de Lune, on s'imagineait que la Lune était alors aux prises avec un énorme dragon; c'est pourquoi on faisait  grand bruit, pour épouvanter le monstre et le mettre en fuite.

En Afrique.
En Afrique de l'Ouest.
Dans leurs traditions populaires, les Mandingues, bien que professant l'Islam, attribuent les éclipses de lune à un chat qui met sa patte entre la Lune et la Terre; et pendant tout le temps que dure le phénomène, ils ne cessent de chanter et de danser.

Dans l'Egypte ancienne.
Chez les Egyptiens honoraient Isis, une des personnifications de la Lune, également avec un bruit pareil de chaudrons, de tambours et de timbales. Une éclipse totale était un événement terrible, un bouleversement terrible, une guerre à mort contre le Soleil ou contre la Lune, et répandait la consternation dans tous les esprits. L'annonce des éclipses et leur insertion dans les calendriers ne suffisait pas pour rassurer, et il s'est passé bien du temps avant que la multitude pût considérer ces phénomènes avec un oeil d'indifférence et de simple curiosité.

En Asie.
Les éclipses en Inde.
Les livres sacrés des Indiens racontent que les dieux et les démons ayant, par leurs efforts réunis, obtenu l'amrita ou breuvage d'immortalité, ils combattirent les uns contre les autres pour la possession de la précieuse liqueur. Vishnou ayant réussi à s'en emparer, il le fit boire aux dévas; mais Râhou , l'un des mauvais génies, prit la forme d'un déva, se glissa parmi les dieux et vint en boire à son tour. Le Soleil et la Lune, qui avaient découvert la supercherie, en prévinrent Vishnou, et ce dieu, d'un coup de son disque tranchant, fit tomber la tête du monstre avant que la liqueur fût parvenue à soit gosier; son corps mourut, mais sa tête qui avait participé à l'amrita fut douée d'immortalité. Plein de courroux contre les deux astres qui l'avaient dénoncé, Rahou est sans cesse occupé à les poursuivre dans les espaces célestes, et toutes les fois qu'il les rencontre, il cherche à les dévorer. Telle est la cause des éclipses. C'est pour obtenir la délivrance de ces astres que les Hindous se livrent à la prière, à des ablutions et à des pratiques de piété pendant la durée des éclipses. Aussi l'époque de l'apparition de ces phénomènes est-elle soigneusement indiquée dans les almanachs publiés annuellement par les brahmanes astrologues.

« Le 2 juillet 1666, dit le voyageur Tavernier, à une heure après midi, il y eut une éclipse de soleil. Il y eut alors une multitude prodigieuse de gens qui accouraient de tous côtés pour venir se laver dans le Gange. Ce lavement doit commencer trois jours avant qu'on voie l'éclipse. Pendant ces trois jours, les Hindous apprêtent toute sorte de riz, de laitage et de confitures pour les poissons et les crocodiles qui sont dans le fleuve. Tout cela s'y jette aussitôt que les brahmines l'ordonnent, et qu'ils connaissent que c'est la bonne heure. Quelque éclipse que ce soit, ou de Soleil ou de Lune, dès qu'elle commence, les idolâtres ont accoutumé de casser toute la vaisselle de terre qui leur sert pour le ménage, et de n'en pas laisser une pièce en son entier. Les brahmines cherchent dans leurs livres l'heure favorable à cette cérémonie. Quand elle est venue, ils crient au peuple de jeter ses offrandes dans le Gange, Alors il se fait un bruit horrible de clochettes, de tambours et de plaques de métal, qu'ils frappent l'une contre l'autre. Dès que les offrandes sont dans le fleuve, le peuple y entre, s'y frotte, s'y lave le corps jusqu'à ce que l'éclipse soit finie [...]. Les brahmines qui sont à terre, au bord du rivage, essuient le corps de ceux qui sortent de l'eau, et leur donnent du linge sec dont ils se couvrent le ventre : ensuite ils les font asseoir dans un endroit où les plus riches de ces gentils ont fait apporter du riz et plusieurs autres provisions. Ces mêmes brahmines consacrent avec de la bouse de vache un petit espace carré du terrain où ils sont assis, et surtout observent avec grand soin qu'il ne s'y trouve aucun insecte. Ils tracent dans ce petit espace de terre plusieurs sortes de figures, sur chacune desquelles ils mettent un peu de bouse de vache avec deux ou trois petites branches de bois que l'un frotte bien, de peur qu'il ne s'y rencontre quelque insecte; sur ces petites branches ils mettent du riz, des légumes et autres choses de cette nature, à quoi ils ajoutent du beurre, et y mettent le feu; ensuite ils observent la flamme, et forment, sur ses différentes agitations, des prédictions touchant la récolte de ces grains. »
Bernier nous fournit d'antres détails sur les pratiques superstitieuses auxquelles se livrèrent les Hindous, pendant cette fameuse éclipse de 1666. Il en fut lui-même témoin oculaire, car il habitait alors dans une maisuit située sur le bord de la rivière Yamouna. Du haut de sa terrasse il vit des deux côtés de la rivière les Indiens plongés dans l'eau jusqu'à la ceinture, les yeux fixés vers le ciel, afin de se cacher entièrement sous l'eau, dès que l'éclipse commencerait. Les enfants des deux sexes étaient entièrement nus, les hommes avaient les cuisses couvertes d'une espèce d'écharpe, et les femmes d'un simple drap. De l'autre côté de la rivière il vit les radjas, les banquiers et les marchands, qui étaient sous des tentes avec leurs familles. Ils avaient planté dans la rivière des espèces de paravents qu'ils nomment kanates, afin que personne ne les vit se laver. Dès que l'éclipse commença, tous les Indiens se plongèrent dans l'eau plusieurs fois de suite, poussant de grands cris : puis, levant les yeux et les mains vers l'astre éclipsé, ils le saluèrent par plusieurs inclinations profondes, marmonnant certaines prières, et faisant plusieurs contorsions. Ils prirent aussi de l'eau dans le creux de leur main, et la jetèrent vers le soleil. Lorsque cet astre eut repris sa clarté, ils sortirent de l'eau. Mais, avant de se retirer, ils jetèrent par dévotion plusieurs pièces d'argent dans la rivière, et se revêtirent d'habits nouveaux qui avaient été apportés exprès sur le rivage. Les plus dévots firent présent aux brahmanes de leurs anciens habits.

Les femmes enceintes, en Inde, se tiennent également soigneusement renfermées dans leurs maisons, sans oser en sortir pendant la durée de l'éclipse, dans la crainte que Rahou, le génie malfaisant qui cause l'éclipse, ne dévore le fruit de leur sein.  Au reste, il semble que les cérémonies qu'on vient de décrire ont lieu principalement pour les éclipses de soleil; car les Hindous ont l'air de s'inquiéter peu de celles de Lune.

Les éclipses dans la chine impériale.
L'empereur Wen-ti, qui régnait à la Chine vers 170 av. J.-C., publia à l'occasion d'une éclipse de soleil la déclaration suivante :

"J'ai toujours entendu dire que le Ciel donne aux peuples qu'il produit des supérieurs pour les nourrir et les gouverner. Quand ces supérieurs, maîtres des autres hommes, sont sans vertus et gouvernent mal, le Ciel, pour les faire rentrer dans leur devoir, leur envoie des calamités ou les en menace. 

Il y a eu, cette onzième lune, une éclipse de soleil; quel avertissement n'est-ce pas pour moi! En haut, les astres perdent leur lumière; en bas, mes peuples sont dans la misère. Je reconnais en tout cela mon peu de vertu. Aussitôt que cette déclaration sera publiée, qu'on examine dans tout l'empire, avec toute l'attention possible, quelles sont mes fautes afin de m'en avertir; qu'on cherche, et que l'on me présente, pour remplir cette fonction, les personnes qui ont le plus de lumières, de droiture et de fermeté. 

De mon côté, je recommande à tous ceux qui sont en charge, de s'appliquer plus que jamais à bien remplir leurs devoirs, et surtout à retrancher au profit du peuple toute dépense inutile. Je veux en donner l'exemple; et , ne pouvant laisser mes frontières entièrement dépourvues de troupes, j'ordonne qu'on n'y en laisse que ce qui est nécessaire."

Les Chinois, comme d'autres peuples de l'Orient, se sont imaginé que dans le ciel , il y avait un dragon d'une prodigieuse grandeur, ennemi déclaré du Soleil et de la Lune qu'il veut dévorer. Ainsi, à l'époque impériale, dès qu'on s'aperçoit du commencement de l'éclipse, ils font tous un bruit épouvantable de tambours et de bassins de cuivre, sur lesquels ils frappent de toutes leurs forces, et jusqu'à ce que le monstre, effrayé du bruit, ait lâché prise. D'autres croient que les éclipses sont occasionnées par un mauvais génie qui, de sa main droite, cache le Soleil, et la Lune de sa main gauche. C'est un crime capital, pour un astronome, que de ne pas prédire une éclipse; l'ignorant qui se trompe sur cet article est puni de mort. On raconte souvent à ce sujet l'histoire (il est vrai purement légendaire) de des deux astronomes Ho et Hi furent condamnés à mort pour n'avoir pas prévu, comme la loi le leur prescrivait, l'éclipse du Soleil arrivée sous le règne de l'empereur Tchong-Kong vers l'an 2153 avant notre ère.

Lorsqu'il doit y  avoir une éclipse, le tribunal des rites a soin de faire mettre, quelques jours auparavant, dans une place publique, une affiche où sont marqués en gros caractères le jour, l'heure, et même la minute où l'éclipse doit paraître. Il ne manque pas aussi d'en faire donner avis aux mandarins de tous les ordres, qui, revêtus de leurs habits de cérémonie, se rendent dans la cour du tribunal d'astronomie; et tandis que les observateurs sont à la tour occupés à examiner les tables sur lesquelles est trace cours des astres, à déterminer le commencement, la durée et la fin de l'éclipse, les autres mandarins sont à genoux dans une salle ou une cour du palais, toujours attentifs à ce qui se passe dans le ciel. Dès que le phénomène commence , ils se prosternent tous, et se frappant le front contre terre, soit devant le Soleil, comme pour lui porter compassion, ou devant le dragon, pour le prier de laisser le monde en repos, et de ne pas dévorer un astre qui lui est si nécessaire. En même temps, le son des tambours et des timbales retentit dans toute la ville.

Ces cérémonies sont restées encore en usage jusqu'au tournat du XXe sièle,  bien que tous ces mandarins aient su parfaitement, et depuis longtemps, à quoi s'en tenir sur la cause des éclipses.

En Thaïlande.
Les anciens Siamois s'imaginaient, comme les Indiens et les Chinois, que les éclipses de Soleil et de Lune sont occasionnées par un dragon aérien qui veut dévorer l'astre; et pour délivrer celui-ci ils font un grand bruit avec des poêles et des chaudrons, croyant par ce moyen faire lâcher prise à l'animal.

Au Vietnam.
Il en est de même des Tonkinois (Nord du Vietnam), qui, au moment de l'éclipse, non contents de pousser de grands cris et de faire raisonner les instruments culinaires, y ajoutaient encore le bruit des cloches, des tambours, et même celui de l'artillerie; car le roi  faisait, à cette occasion, mettre toutes ses troupes sur pied, et leur faisait prendre les armes.

En Indonésie.
Dans les croyances populaires de Sumatra et de Malaisie, l'obscurcissement de l'astre est causé par un grand serpent qui l'entortille dans ses plis. Les Alfourous de Céram croient que la Lune s'endort pendant les éclipses, et battent du tambour pour la réveiller.

Les éclipses en Amérique.

A la Jamaïque.
Christophe Colomb allait se trouver à la merci des habitants de l'île de la Jamaïque lorsque ses vivres allaient être épuisés quand une éclipse de Lune lui fournit le moyen de sortir d'embarras. Il fit dire aux chefs qu'il allait les livrer aux derniers malheurs s'ils ne lui apportaient immédiatement tout ce qu'il désirait, et qu'il commencerait par les priver de la lumière de la Lune. Les Amérindiens méprisèrent d'abord ses menaces; mais, quand arriva l'éclipse de Lune, ils furent frappés de terreur, donnèrent à Colomb tout ce qu'il désirait et le conjurèrent d'avoir pitié d'eux...

En Floride.
Lors des éclipses de lune, la plupart des Indiens qui habitaient la Floride, s'imaginaient, comme les Orientaux, que cet astre était en danger d'être dévoré par un dragon. Pour le sauver de ce péril, ils dansaient toute la nuit, jeunes et vieux, hommes et femmes, en faisant de petits sauts, les pieds joints. Ils mettaient une main sur leur tête, l'autre sur leur hanche; ils ne chantaient pas, ils ne faisaient que pousser des cris lugubres et effrayants. Ceux qui avaient une fois commencé à danser, étaient obligés de continuer jusqu'au jour, sans pouvoir y renoncer pour quelque raison que ce fût. Cependant une jeune fille tenait à la main une calebasse, dans laquelle il y avait quelques petits cailloux. Elle la remuait vivement, et lâchait d'accorder sa voix avec le bruit qu'elle faisait.

Au Mexique.
Les Aztèques jeûnaient pendant les éclipses. Les femmes se maltraitaient, et les filles se tiraient du sang des bras. Ils s'imaginaient que la Lune avait été blessée par le Soleil pour quelque querelle de ménage.

Au Pérou.
Quand la Lune était éclipsée, les Incas la croyaient malade. Dès qu'un la voyait entamée, l'inquiétude se répandait dans tous les coeurs. Si elle allait disparaître tout entière, ce serait le signe d'une mort certaine, car elle ne pourrait plus se soutenir au ciel, tomberait sur la Terre, écraserait les pauvres mortels et le monde finirait. Aussi, dès que l'on s'apercevait d'une de ces éclipses, dont on ignorait les dates, chacun se précipitait sur les instruments qu'il pouvait trouver sous la main, tambours, trompettes, chaudrons, faisant un bruit épouvantable. Ils attachaient les chiens et les fouettaient pour leur faire pousser des cris de lamentation, persuadés que la Lune aime ces animaux, et que, touchée de leurs gémissements, elle ferait un effort pour se ranimer. 

Au Pérou, encore, pendant les éclipses de Lune, les hommes, les femmes et les enfants criaient avec un ensemble assourdissant : mama quilla! mama quilla! c.-à-d. maman Lune, suppliant les puissances célestes de ne pas la laisser mourir. Quand elle reprenait sa lumière, on louait le grand dieu Pachacamac, soutien de l'univers, qui l'avait guérie, et cette guérison l'avait empêchée de mettre fin à l'existence des hommes. 

Ailleurs en Amérique.
Pour quelques tribus de l'Amérique du Sud, c'est un chien gigantesque qui dévore la Lune pendant les éclipses. C'est un jaguar pour les Guarani du bassin de l'Orénoque, un requin pour les Makkah du détroit de Fuca. Dans certaines sociétés, on tirait des flèches en l'air pour écarter les ennemis prétendus de la Lune et du Soleil. 

Les Hurons et les Caraïbes avaient à peu près les mêmes idées : le terrible démon Mahoya, qui est l'auteur des apparitions effrayantes, des maladies, du tonnerre et des tempêtes, essayait de dévorer l'astre des nuits. Pour mettre le monstre en fuite, on faisait un grand bruit en frappant sur des écorces, sur des timbales, des chaudrons, et surtout en agitant les maracas (calebasses renfermant des cailloux, comme nos clochettes ont des grelots). Les Caraïbes dansent alors toute la nuit, aussi bien les jeunes que les vieux, les femmes que les hommes, sautant les deux pieds joints, une main sur la tête et l'autre sur la fesse, sans chanter, mais poussant des cris lugubres et épouvantables. Ceux qui ont commencé à danser sont obligés de continuer jusqu'au point du jour, sans oser quitter pour n'importe quelle nécessité.

Dans l'Arctique.
Les Inuit cachent les provisions et ferment les maisons, de peur que le Soleil ou la Lune n'y entrent. Les humains jettent des cris et frappent des coups retentissants; les femmes tirent les oreilles des chiens. Si ces animaux crient, la fin du monde n'est pas encore proche, car ils existaient avant les hommes, et ont un pressentiment de l'avenir beaucoup plus certain. (L. Barré / A. Bertrand).

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Dictionnaire Religions, mythes, symboles
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