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Les ordres mendiants
Les Carmes
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Les Carmes, Carmelitae, Carmelitani fratres, Ordo Beatae mariae de monte Carmelo sont un des quatre grands ordres mendiants des Catholiques. L'origine de cet ordre ne paraît pas remonter au delà de la dernière partie du XIIe siècle. En effet, le premier document qui le concerne est le témoignage de Phocas, moine grec de Pathmos, cité par Papebroch. Phocas, qui visitait les Lieux saints en 1185, rapporte qu'on trouvait alors sur le mont Carmel, près de la caverne d'Elie, les ruines d'un grand monastère; que, depuis quelques années, un vieux moine venu de Calabre s'était établi en cet endroit, conformément à une révélation qu'il avait reçue d'Elie, et qu'il y vivait avec dix compagnons. Ce moine était Berthold, un croisé qui, dans un combat, avait fait venu d'embrasser la vie religieuse si les chrétiens étaient vainqueurs. Le monastère en ruines avait peut-être été commencé vers 400, car il paraît certain qu'à cette époque, Jean, évêque de Jérusalem, avait réuni sur le mont Carmel un grand nombre d'anachorètes qu'il soumit à la règle de saint Basile; mais, vraisemblablement, il avait dû être abandonné depuis longtemps, à cause de la conquête du pays par les Musulmans

L'antiquité de cette fondation, surtout l'habitation du mont Carmel et l'intervention d'Elie dans l'accomplissement du voeu de Berthold induisirent les Carmes, lorsqu'ils eurent passé d'Orient en Europe et qu'ils furent loin du temps et du lieu de leur origine, à dire et peut-être à croire que leur ordre est le plus ancien du monde, ins titué par Elie et ayant eu Elisée pour abbé, eux-mêmes étant les successeurs des disciples de ces deux grands prophètes. Cette succession leur semblait confirmée par les témoignages de Tacite et de Suétone racontant que Vespasien avait consulté un oracle sur le mont Carmel : Est Judaeam inter Syriamque Carmelus, ita vocant montem deumque : nec simulacrum deo aut templum (sic tradidere majores), ara tantum et reverentia. llic sacrificanti Vespasiano, cum spes occultas versaret animo, Basilides sacerdos, inspectas identidem extis : quidquid est, inquit, Vespasiane... (Tacite, Histor., lib. II, cap. 78; Suétone, in Vespasiano, cap. 5).

Evidemment, ce Basilides, qui avait prédit à Vespasien la réalisation de ses espérances, n'avait pu être qu'un Carme, Cette prétention, qui irritait les autres ordres, ayant été réfutée péremptoirement par Papebroch, jésuite d'Anvers, dans les Acta sanctorum (8 avril, 27 mai), les Carmes firent condamner par le tribunal de l'inquisition de Tolède les quatorze premiers volumes de cette collection, qui fut menacée d'un pareil traitement à Rome. Pour se défendre, Papebroch composa sa Responsio ad exhibitionem errorum (Anvers, 1696-1699, 3 vol.), l'oeuvre la plus sérieuse qui ait été produite en la controverse sur l'antiquité des Carmes, controverse qui fut longue, passionnée, et à laquelle se mêlèrent divers écrivains, qui y apportèrent beaucoup moins de critique historique que d'imagination et d'injures. La cour de Rome évita de se prononcer catégoriquement; en 1698, Innocent XII imposa silence aux deux partis, qui ne se résignèrent à se taire que lorsqu'ils furent lassés de se disputer. Berthold s'était retiré sur le Carmel, vers 1156. 

Le nombre des ermites qui venaient se recueillir dans les nombreuses grottes de cette montagne augmenta à mesure que se multiplièrent les dangers auxquels ils étaient exposés ailleurs. On dit que Almeric, patriarche d'Antioche, légat d'Alexandre III, dirigeait vers cette résidence tous ceux qui se trouvaient dans les parties menacées de la contrée. En 1209, Brocard, successeur de Berthold, obtint pour eux d'Albert, évêque de Verceil, alors patriarche de Jérusalem, une règle en seize articles combinant la vie érémitique avec certaines dispositions du régime conventuel (Alberti régula, dans Holstenius, Codex regularum monasticarum et canonicarum, Augsbourg, 1759, t. III, p. 18, 6 vol. in-fol.) Cette règle fort sévère fut confirmée en 1224 par Honoré III, et ainsi fut constitué l'ordre des Frères ermites de la Vierge du mont Carmel. 

Les victoires des Musulmans leur enlevèrent le mont Carmel et, finalement, les contraignirent à quitter la Palestine. Ils y revinrent plus tard. Dès 1238, ils avaient commencé à fonder des couvents à Chypre et en Sicile; ils s'établirent successivement en Angleterre, en Provence, en France et en Italie. En 1245, ils tinrent, en Angleterre, un chapitre dans lequel Simon Stock fut élu supérieur général et où des adoucissements considérables furent introduits dans la règle primitive, à raison du changement de climat. Cette réforme fut approuvée en la même année, par Innocent IV, qui confirma l'ordre sous son nom définitif et lui accorda les privilèges des ordres mendiants, sans autre destination que de vouer une dévotion particulière à la Vierge

Les Carmes, qui se prétendent les serviteurs privilégiés de la Vierge, affirment qu'elle apparut à Simon Stock et qu'elle lui présenta le Scapulaire, promettant une protection insigne à ceux qui le porteraient, gardant la virginité, la continence et la chasteté conjugale, selon leur état, et qui réciteraient le petit office de Notre-Dame; elle les délivrerait, en outre, des peines du purgatoire, car elle irait tous les samedis les en retirer. Le scapulaire présenté à ce saint pour les Carmes consistait en une bande de laine brune devant être portée sur le dos, les épaules et la poitrine; dans les peintures et dessins figurant l'apparition et pour les laïques qui pratiquent cette dévotion, il consiste en deux petits morceaux d'étoffe réunis par un ruban que l'on passe autour du cou, et il doit être placé par eux sur la poitrine, sous leurs vêtements. Ce culte, qui a été illustré par un nombre infini de miracles et pour lequel une confrérie a été instituée, a été recommandé par Paul V, Pie V, Clément VIII, Clément X et Benoît XIV. Il est même l'objet d'une fête spéciale, célébrée le 16 juillet.

La légende du scapulaire a été fortement contestée par des écrivains dont l'attachement à l'Eglise catholique n'est pas douteux. Le plus ardent de ces contradicteurs fut Jean de Launoy, docteur de Sorbonne, surnommé le dénicheur de saints, qui a soutenu dans une Dissertatio de Sim. Stochii visione (Paris, 1623) que la vision de Stock est une imposture, que les bulles citées en sa faveur sont des bulles supposées et que les Carmes n'ont commencé à porter le scapulaire que longtemps après la date de cette prétendue vision. D'autres, aboutissant à une conclusion analogue par une voie différente, affirment que le scapulaire des Carmes date de 1287, adopté alors dans un chapitre général tenu à Montpellier; mais que la légende de l'apparition est du XVe siècle. Dans deux de ses ouvrages (De canonisatione sanctorum, 2e part., ch. IX; De festis beatae Mariae Virginis, I. Il, ch. VI), Benoît XIV a entrepris de réfuter la dissertation de Launoy.

La faveur des fidèles était nécessairement acquise à un ordre qui était né sur le mont Carmel et qui prétendait avoir pour fondateur le grand prophète Elie; de plus, chassé de l'Orient par les revers tant regrettés des croisades et se présentant miraculeusement comme le canal d'élection pour les bienfaits de la sainte Vierge, cet ordre jouit promptement d'une prospérité dont le développement est attesté par ce fait, qu'il y a peu de villes où ne se trouve pas une rue ou une église des Carmes. Avec la prospérité était venu le relâchement, secondé d'ailleurs par les troubles de l'Eglise

Pendant le schisme d'Occident, les Carmes se divisèrent en deux partis, chacun reconnaissant un pape différent et ayant son propre général, lequel, tout naturellement, était dans la nécessité de ménager ses partisans. Après l'extinction du schisme, on proposa, dans un chapitre général (1430), de réformer les abus. Mais ce voeu de réforme paraît avoir eu pour objet principal un extrême adoucissement de la règle, destiné vraisemblablement à modérer, en les légitimant en partie, les habitudes prises. En 1431, Eugène IV, sur la demande des Carmes, leur permit de manger de la viande trois fois par semaine et de diminuer le temps du silence; il leur accorda une grande latitude pour leurs promenades aux heures de récréation. En 1459, Pie Il autorisa leur général à régler la question du jeûne selon qu'il le jugerait convenable. Quelques couvents refusèrent ces mitigations, protestant de vouloir rester fidèles à l'observance de la règle ancienne. Beaucoup d'autres, au contraire, semblent avoir dépassé énormément les concessions obtenues et même toutes les tolérances permissibles. Car l'opinion commune sur les moeurs des Carmes nous est parvenue formulée par de fort vilains dictons, par des censures du parlement et par bon nombre d'anecdotes typiques, parmi lesquelles l'emprisonnement au For-l'Evêque (1658) de douze Carmes arrêtés dans un festin, qui fit alors grand scandale.

Au XVIIIe siècle, cet ordre possédait sept mille couvents, comprenant cent quatre-vingt mille religieux ou religieuses, répartis en trente-huit provinces, dont sept pour la France. Sa principale maison à Paris, située près de la place Maubert, avait été fondée en 1309 sur un emplacement cédé par Philippe le Bel (cet emplacement a été converti en marché en 1812). Les religieux qui y résidaient prétendaient être restés fidèles à l'ancienne observance; ils se consacraient à l'instruction des écoliers pauvres et ils étaient agrégés à l'Université; mais la médisance contemporaine leur reprochait les vices imputés aux Templiers. Les Carmes mitigés, qu'on appelait à Paris Billettes, s'étaient établis, en 1631, dans la rue qui porte encore leur nom. 

Lorsqu'ils arrivèrent de la Palestine, les Carmes portaient une robe brune et, par-dessus, une chappe barrée de blanc et de couleur tannée, en souvenir, disait-on, du char de feu qui avait emporté au ciel le prophète Elie. Comme ce costume, d'aspect oriental, paraissait peu conforme à leur état, Martin IV leur commanda, dès 1281, de le changer. Dans un chapitre général, tenu en 1287 à Montpellier, ils adoptèrent la robe noire avec un capuce et un scapulaire de même couleur et, par-dessus, une ample chape et un camail de même couleur. Les membres du tiers-ordre, que Sixte IV les autorisa à constituer (1476), pouvaient garder les vêtements laïques, pourvu qu'ils fussent de couleur sombre. Ces tertiaires se recrutèrent principalement dans les campagnes, lesquelles étaient le théâtre préféré de l'activité des Carmes.

L'institution des Carmélites est due à Jean Soreth, qui avait été nommé général des Carmes en 1451. La fondation de la maison de Vannes pour des religieuses de cet ordre date de l'année suivante. J. Soreth ayant obtenu de Nicolas V pour ses Carmélites les privilèges des Augustines, des Dominicaines et des Franciscaines, leurs couvents se multiplièrent très rapidement, sous le régime et avec les tendances des Carmes mitigés. Sainte Thérèse, qui s'était retirée dans une de ces maisons, les jugeait ainsi, après une longue et intime expérience : 

« Si les parents voulaient suivre mon conseil, je leur dirais de retenir leurs filles auprès d'eux et de les marier moins avantageusement qu'elles ne le désireraient, plutôt que de les engager dans des monastères où elles sont plus exposées à se perdre que dans le monde. » 
Elle conçut le projet de fonder un monastère où la règle primitive de l'ordre du Mont-Carmel serait observée dans toute sa rigueur. Après des épreuves diverses, qui seront indiquées en la notice affectée à cette sainte, elle parvint, avec la protection de son provincial, à établir à Avila et à ouvrir, le 24 août 1562, un couvent qu'elle dédia à saint Joseph; mais elle n'obtint qu'en 1563 la permission d'en prendre la direction. Quand elle mourut, elle laissait seize autres monastères constitués suivant sa réforme. Cette constitution avait été confirmée en 1565. Elle est ce qu'on peut attendre d'une sainte qui aimait à se discipliner avec des orties, des trousseaux de clefs et des chaînes de fer : abstinence complète de viande, sinon en voyage et en cas de maladie, jeûnes prolongés; silence, flagellation régulière les lundi, mercredi et vendredi, pour toute chaussure des bas grossiers et des chaussons.

Le 16 octobre 1604, six de ces Carmélites réformées furent amenées d'Espagne à Paris, et placées rue d'Enfer, près du Val-de-Grâce, dans un monastère construit pour leur ordre, par la princesse Catherine d'Orléans, fille de Léonor d'Orléans, duc de Longueville. Cette princesse avait obtenu pour cette fondation des lettres patentes du roi et une bulle du pape. Les Carmes déchaussés n'étant pas encore établis en France, on tint à soustraire ces religieuses à la direction des autres Carmes. Une bulle leur donna des supérieurs spéciaux, les affranchissant, en outre, entièrement au spirituel et au temporel, de toute juridiction, visite et correction de l'évêque, et les plaçant sous la protection immédiate du Saint-Siège. Quelques années plus tard, le pape soumit le monastère des Carmélites de Paris et les autres érigés ou à ériger, aux soin, visite, correction et supériorité de P. Bérulle : ce qui attira sur celui-ci l'animosité des Carmes. C'est au couvent de la rue d'Enfer que Louise de la Vallière pénitente se réfugia. La duchesse de Berry, fille du régent, aimait à y faire de fréquentes retraites, comme Mme de Pompadour chez les Capucines. En 1789, les Carmélites possédaient trois autres maisons à Paris, et soixante-deux dans le royaume. Louise de France, troisième fille de Louis XV, fut simple religieuse en l'un de ces couvents, à Saint-Denis, près de Paris.

Sainte Thérèse avait réussi à faire partager ses voeux de réforme à Jean de Yepes, Carme sous le nom de Jean de Saint-Mathias, qui prit plus tard le nom de Jean de la Croix, et à Antoine de Hérédia, qui changea aussi son nom et s'appela Antoine de Jésus. Jean de la Croix fut même son confesseur, et c'est pendant qu'elle était sous sa direction qu'elle eut ses extases les plus merveilleuses. En 1564, ils formèrent près d'Avila un couvent de Carmes de la stricte observance ou Carmes déchaussés, lequel fut transféré en 1570 à Manzera. Malgré la violente opposition des Carmes mitigés, leur oeuvre prit rapidement un grand développement. En 1593, Clément VIII accorda aux maisons de cette réforme, que Pie V avait approuvée et Grégoire XIII confirmée, un général propre; en 1600, ces maisons furent réparties en deux congrégations ayant chacune leur général : la congrégation Italienne, dite de saint Elie, comprenant l'Italie, la France, l'Allemagne, la Pologne, la Flandre, etc.; la congrégation Espagnole s'étendant jusqu'aux Indes. Ces religieux sont soumis à un régime analogue à celui des Carmélites, y compris la discipline, qu'ils se donnent trois fois la semaine. Dans toutes leurs provinces, ils doivent avoir un ermitage, où chacun doit pendant un an vivre dans la solitude comme les premiers Carmes. Louis XIV leur en avait donné un près de Louviers. Leur costume est gris foncé avec un scapulaire; par-dessus le manteau, un capuce blanc; des semelles de cuir sont attachées à leurs pieds. nus.  Ils s'établirent en France deux ans après les Carmélites; ils y possédaient quarante-cinq couvents avant la Révolution. (E.-H. Vollet).

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Dictionnaire Religions, mythes, symboles
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