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Anneau

Anneau épiscopal
Dans les premiers siècles de l'Eglise, les évêques, comme les simples fidèles, durent porter sauvent des anneaux ornés d'emblèmes chrétiens. Mais, s'il s'agit de l'anneau épiscopal, en tant qu'insigne particulier de la dignité de l'évêque, des discussions se sont élevées sur l'antiquité de son emploi. C'est à partir du VIe et surtout du VIIe siècle que les textes sont assez nombreux et assez précis pour ne laisser aucun doute. Les actes du concile de Tolède en 633 mentionnent l'anneau en même temps que l'oraire et le baton, parmi les insignes que reçoit l'évêque lors de la consécration. L'ancien Ordo romenus, le Sacramentaire de Grégoire Ier, Isidore de Séville dans son De officiis ecclesiasticis, parlent aussi de la bénédiction et de la remise de l'anneau épiscopal. Plus tard les liturgistes expliquèrent longuement et avec un mysticisme subtil les significations de l'anneau épiscopal et ils y virent le symbole des fiançailles de l'évêque avec l'église (Voir notamment Innocent III, De missae mysteriis, I. 46: Durand. Rationale divinarum officiorum, III, 14).

On lit aussi chez ces auteurs que l'anneau épiscopal doit être en or pur, avec chaton formé d'une pierre précieuse, généralement sans figure. A partir du XIIIe et du XIVe siècle on accorda l'anneau épiscopal aux abbés réguliers. Les cardinaux le portent aussi, mais avec addition des armes du pape qui les a promus. Au Moyen âge l'investiture par la crosse et l'anneau fut, on le sait, l'occasion de luttes fameuses entre la papauté et l'empire. 

Anneau du pêcheur. 
Les papes désignent ainsi l'anneau dont ils se servent pour sceller les brefs apostoliques; ces actes sont dits donnés sub annulo piscatoris. L'empreinte de ce sceau est toujours en cire rouge; il représente saint Pierre dans une barque jetant ses filets, entouré d'une légende donnant le nom du pape et l'indication en chiffres romains du rang qu'il occupe parmi les papes du même nom. Dans les premiers temps ce sceau fut parfois plaqué au bas de l'acte pontifical, mais par la suite il fut employé à le maintenir clos, à le cacheter, et dès lors appliqué au dos ou sur la bandelette de parchemin dont on l'entourait. Cette empreinte se brisait presque toujours lorsqu'on ouvrait le bref, aussi est-il rare d'en trouvés d'intactes. L'anneau du pêcheur fut employé à sceller les brefs à partir d'Eugène IV, mais on en trouve des mentions antérieures et l'on admet généralement que dès le XIIe siècle les papes s'en sont servis pour leur correspondance privée.

Anneau nuptial.
Au temps de Tertullien, c'était une coutume déjà établie parmi les femmes chrétiennes, que de porter un anneau nuptial (Apologia, VI). Tertullien dit que cet anneau était en or; on prétend que, précédemment, il avait été en fer ; certains manuels anciens, parmi lesquels le Manuel de Paris, exigent qu'il soit simplement en argent, sans pierre ni ciselure. Dans la célébration du mariage, suivant le rituel romain, le prêtre bénit l'anneau, en priant Dieu d'y répandre son esprit, afin que celle qui le portera soit animée de l'esprit de la céleste défense; puis il le rend à l'époux, témoignant ainsi qua l'Eglise scelle son coeur par le sacrement, disent les docteurs, afin que jamais plus ni le nom ni l'amour d'aucune autre femme y puisse entrer. Entre les mains de l'époux, l'anneau devient le signe d'une mutuelle affection et le gage de l'union des coeurs; enfin l'époux le met au doigt de l'épouse, au quatrième de la main gauche, parce que c'est par là que passe le veine qui porte le sang au coeur. 

Anneaux mystérieux. 
Les premiers chrétiens portaient un anneau sur lequel les deux lettres grecques XP (ch r) étaient gravées en monogramme, signifiant Christus redemptor, le Christ rédempteur; c'était un signe de reconnaissance entre eux, dans les temps de persécution, où ils ne pouvaient se réunir qu'en assemblées secrètes. 

Anneaux magiques.
Il y avait autrefois beaucoup d'anneaux enchantés ou chargés d'amulettes. Les magiciens faisaient des anneaux constellés avec lesquels on opérait des merveilles. 
Cette croyance était si répandue chez les païens, que leurs prêtres ne pouvaient porter d'anneaux, à moins qu'ils ne fussent si simples qu'il était évident qu'ils ne contenaient pas d'amulettes (Aulu Gelle, lib X, cap XXV).

Les anneaux magiques devinrent aussi de quelque usage chez les chrétiens, et même beaucoup de superstitions se rattachèrent au simple anneau d'alliance. On croyait, comme on vient de le dire, qu'il y avait dans le quatrième doigt, qu'on appela spécialement doigt annulaire ou doigt destiné à l'anneau, une ligne qui répondait directement au coeur; on recommanda donc de mettre l'anneau d'alliance à ce seul doigt. 

Le moment où le mari donne l'anneau à sa jeune épouse devant le prêtre, ce moment , dit un vieux livre de secrets, est de la plus haute importance. Si le mari arrête l'anneau à l'entrée du doigt et ne passe pas la seconde jointure, la femme sera maîtresse; mais s'il enfonce l'anneau jusqu'à l'origine du doigt, il sera chef et souverain. Cette superstition serait, paraît-il, encore en vigueur, et les jeunes mariées auraient soin de courber le doigt annulaire au moment où elles reçoivent l'anneau, de manière à l'arrêter avant la seconde jointure.

Les Anglaises, qui observent la même superstition, font le plus grand cas de l'anneau d'alliance, à cause de ses propriétés. Elles croient qu'en mettant un de ces anneaux dans un bonnet de nuit, et plaçant le tout sous leur chevet , elles verront en songe le mari qui leur est destiné.

Les Orientaux révèrent les anneaux et les bagues, et croient aux anneaux enchantés. Leurs contes sont pleins de prodiges opérés par ces anneaux. lls citent surtout, avec une admiration sans bornes, l'anneau de Salomon, par la force duquel ce prince commandait à toute la nature. Le grand nom de Dieu est gravé sur cette bague, qui est gardée par des dragons, dans le tombeau inconnu de Salomon. Celui qui s'emparerait de cet anneau, serait maître du monde et aurait tous les génies à ses ordres. 
A défaut de ce talisman prodigieux, ils achètent à des magiciens des anneaux qui produisent aussi des merveilles.

Henri VIII bénissait des anneaux d'or, qui avaient, disait-il, la propriété de guérir de la crampe.

Les faiseurs de secrets ont inventé des bagues magiques qui ont plusieurs vertus. Leurs livres parlent de l'anneau des voyageurs. Cet anneau, dont le secret n'est pas bien certain, donnait à celui qui le portait le moyen d'aller sans fatigue de Paris à Orléans, et de revenir d'Orléans à Paris dans la même journée. Il était surtout utile aux Parisiens qui voulaient aller à Orléans.

Mais on n'a pas perdu le secret de l'anneau d'invisibilité. Les cabalistes ont laissé la manière de faire cet anneau, qui plaça Gygès au trône de Lydie. Il faut entreprendre cette opération un mercredi de printemps, sous les auspices de Mercure, lorsque cette planète se trouve en conjonction avec une des autres planètes favorables, comme la Lune, Jupiter, Vénus et le Soleil. Que l'on ait de bon mercure fixé et purifié; on en formera une bague où puisse entrer facilement le doigt du milieu; on enchâssera dans le chaton une petite pierre que l'on trouve dans le nid de la huppe, et on gravera autour de la bague ces paroles : Jésus passant † au milieu d'eux † s'en alla (Saint Luc, Chapitre IV verset 30) ; puis, ayant posé le tout sur une plaque de mercure fixé, on fera le parfum de Mercure; on enveloppera l'anneau dans un taffetas de la couleur convenable à la planète, on le portera dans le nid de la huppe d'où l'on a tiré la pierre, ou l'y laissera neuf jours; et quand on le retirera, on fera encore le parfum comme la première fois; puis ont le gardera dans une petite boîte faite avec du mercure fixé, pour s'en servir à l'occasion. Alors on mettra la bague à son doigt. En tournant la pierre au dehors de la main, elle a la vertu de rendre invisible aux yeux des assistants celui qui la porte; et quand on veut être vu, il suffit de rentrer la pierre en dedans de la main, que l'on ferme en forme de poing.

Porphyre, Jamblique, Pierre d'Apono et Agrippa, ou du moins les livres de secrets qui leur sont attribués, soutiennent qu'un anneau fait de la manière suivante a la même propriété. Il faut prendre des poils qui sont au-dessus de la tête de la hyène, et en faire de petites tresses avec lesquelles on fabrique un anneau, qu'un porte aussi dans le nid de la huppe. On le laisse là neuf jours; on le passe ensuite dans des parfums préparés sous les auspices de Mercure (planète). On s'en sert connue de l'autre anneau, excepté qu'un l'ôte absolument du doigt quand on ne veut plus être invisible.

Si, d'un autre côté, on veut se précautionner contre l'effet de ces anneaux cabalistiques, on aura une bague faite de plomb raffiné et purgé; on enchâssera dans le chaton un oeil de jeune belette qui n'aura porté des petits qu'une fois; sur le contour on gravera les paroles suivantes : Apparuit Dominus Simoni. Celle bague se fera un samedi, lorsqu'on connaîtra que Saturne est eu opposition avec Mercure. On l'enveloppera dans un morceau de linceul mortuaire qui ait enveloppé un mort; on l'y laissera neuf jours ; puis, l'ayant retirée, on fera trois fois le parfum de Saturne, et on s'en servira.

Ceux qui ont imaginé ces anneaux ont raisonné sur le principe de l'antipathie qu'ils supposaient entre les matières qui les composent. Rien n'est plus antipathique à la hyène que la belette, et Saturne rétrograde presque toujours à Mercure; ou, lorsqu'ils se rencontrent dans le domicile de quelques signes du zodiaque, c'est toujours un aspect funeste et de mauvais augure (Petit Albert).

On peut faire d'autres anneaux sous l'influence des planètes, et leur donner des vertus au moyen de pierres et d'herbes merveilleuses. 

« Mais dans ces caractères, herbes cueillies, constellations et charmes, le diable se coule, comme dit Leloyer, quand ce n'est pas simplement le démon de la grossière imposture.  Ceux qui observent les heures des astres, ajoute-t-il, n'observent que les heures des démons qui président aux pierres, aux herbes et aux astres mêmes. » 
(DSO /  E.-H. Vollet / D. et B. / B.).
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Dictionnaire Religions, mythes, symboles
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